Mandragore (Bibliothèque nationale de France)

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Mandragore est la base iconographique des enluminures des manuscrits conservés par la Bibliothèque nationale de France.

Enluminure turque représentant la récolte de la mandragore
Image d'accueil de la base d'enluminures Mandragore : Récolte de la mandragore, BnF, Supplément Persan 1063, f. 17v., https://mandragore.bnf.fr/ark:/12148/cgfbt929183

Son logo (jusqu’en 2022), puis l’enluminure mise en avant sur sa page d’accueil, est une scène de récolte de la mandragore issue d’un manuscrit turc du traité sur les merveilles du monde d’al-Qazwini[1].

En 2022, la base Mandragore décrivait 208 841 enluminures, ou unités de décor, issues de 6 831 manuscrits de la Bibliothèque de l’Arsenal et du département des Manuscrits de la BnF, de différentes époques et aires culturelles[2]. Les plus anciennes de ces œuvres remontent à l’Égypte pharaonique et les plus récentes à l’époque contemporaine, avec une couverture géographique allant du Mexique au Japon en passant par l'Europe, l'Afrique du Nord et la péninsule indienne. Cependant, toutes les collections de la Bibliothèque nationale de France ne sont pas encore indexées, et Mandragore est régulièrement mise à jour avec de nouveaux manuscrits[2].

Depuis 2022, les données de Mandragore sont organisées en notice d’unités de décor et d’unités de création, qu’il est possible de rechercher séparément. Une unité de décor est une scène d’une enluminure, schéma, dessin, sceau ou décor de reliure. Une unité de création est « l’ensemble des interventions d'un artiste à une même date et en un même lieu sur un manuscrit ou une œuvre donnés » et permet donc de distinguer les différentes opérations successives de décor d’un même manuscrit par plusieurs artistes[3].

Chaque unité de décor, localisée à l’intérieur d’un manuscrit (par sa cote, son numéro de page ou de feuillet, son unité de création et les références du texte illustré), est caractérisée par le sujet de la scène représentée. Tout ce qui est visible sur l’enluminure (objets, lieux, personnes identifiables…) est précisément indexé par des mots-clés. La notice donne également quelques informations de contexte (transcription des rubriques, des inscriptions présentes sur l’image, etc.). La plupart des unités de décor sont accompagnées d’une reproduction qu’il est possible d’afficher sous forme d’annotation IIIF dans le visualiseur Mirador[4].

Depuis 2022, le site de Mandragore permet trois types d’interrogation : la recherche simple (tous mots, guidée par une auto-complétion), la recherche avancée (avec de nombreux champs dont il est possible de parcourir les index) et l’exploration hiérarchisée des cotes de manuscrits, sujets des enluminures, et mots-clés d’indexation[5]. Les données de Mandragore sont publiées sous licence ouverte Etalab, à l’exception des reproductions, utilisables seulement pour un usage non-commercial à l’image des numérisations de Gallica[6].

Historique

Imaginée dès 1987, la base iconographique « Mandragore » est initialement un projet du Centre de Recherche sur les Manuscrits Enluminés, une unité mixte de recherche du CNRS et de la Bibliothèque Nationale, dirigée par François Avril[7]. Elle est mise en service en sur un ordinateur équipé du logiciel DBase, ce qui en fait l’une des plus anciennes bases de données informatisées de la Bibliothèque nationale de France encore en activité[8]. Son enrichissement est alors coordonnée par Jean-Pierre Aniel et Nicole Fleurier[9]. Les requêtes des chercheurs étaient formulées par courrier postal[7].

En 1995, la Bibliothèque nationale de France nouvellement formée envisage l’intégration de Mandragore dans BN-Opaline, son catalogué fédéré des collections et répertoires des collections spécialisées[10], mais la base est finalement migrée telle quelle vers un nouveau SGBD, Microsoft Access, en 2001[2]. Cette migration a notamment pour objectif d’associer des photographies des enluminures aux notices de décor[11].

Elle est mise en ligne en 2003 à l'occasion du Salon du livre de Paris[12]. Ce premier site Internet s’appuie sur une base de données Oracle[12]. Il décrit 80 000 enluminures, dont 10% sont numérisées, et propose déjà une recherche avancée appuyée sur différents index. Le thésaurus iconographique y est accessible sous forme d’« exploration thématique » avec des notices de descripteurs.

En parallèle de l’enrichissement de Mandragore (nouvelles descriptions et nouvelles numérisations), une longue réflexion en vue de la refonte de la base est menée dès 2009 pour aboutir à un nouveau site Internet en 2022[13]. Celle-ci est notamment menée dans le cadre de l’équipement d’excellence Biblissima de 2012 à 2021[14],[15]. Des expérimentations liées à l’interopérabilité des bases de données et des images, notamment à travers le protocole IIIF, y compris pour la segmentation et reconnaissance automatique, sont réalisées, et leurs résultats sont mis à disposition sur le site BnF API et jeux de données[16],[17],[18]. Le modèle conceptuel des données est revu avec par exemple une réflexion sur les notions de « cote », de « texte enluminé », d’« unité de création » et d’« unité de décor »[2]. En 2021, la base de production passe d’un modèle relationnel à un encodage des données en XML, selon la DTD EAD 2002 utilisée par les bibliothèques françaises pour la description des manuscrits, à travers un outil interne appelé PIXML[2],[13].

Thésaurus iconographique

La base Mandragore tirait initialement les mots-clés (ou descripteurs) servant à l’indexation des enluminures du Thésaurus iconographique de François Garnier[19], publié en 1984 et utilisé par de nombreuses bases de données du ministère de la Culture, telles que Joconde[20]. Les mots-clés n’étaient cependant pas hiérarchisés, mais regroupés selon quelques « catégories » choisies dans la classification décimale de Dewey[21].

Au fur et à mesure des enrichissements de Mandragore, de nouveaux mots-clés sont créés, ce qui conduit à faire diverger le vocabulaire iconographique des autres bases de données s’appuyant sur le Thésaurus de Garnier (conservé tel quel ou enrichi d’autres ajouts)[21]. Les choix d’indexation amènent à utiliser des concepts très précis, issus de taxonomies contemporaines, qui ne correspondent pas forcément aux connaissances des enlumineurs[21].

De 2006 à 2009, une expérimentation est menée dans le cadre du projet STITCH (Semantic Interoperability to Access Cultural Heritage) pour aligner le vocabulaire de Mandragore avec la classification IconClass de la Bibliothèque royale des Pays-Bas[21],[22],[23]. Il s’agit de l’une des premières utilisations du standard SKOS. À la suite de cette expérimentation, le vocabulaire devient multilingue grâce à la traduction des principaux mots-clés en anglais, allemand, italien et espagnol (sauf noms propres)[24].

Le référentiel des descripteurs iconographiques du portail Biblissima est construit grâce à l’alignement du vocabulaire de Mandragore et du thésaurus iconographique de la base Initiale de l'IRHT[25]. Il est publié au format SKOS et utilisé pour une interface spécifique de visualisation et d’exploration de l’iconographie[26]. Depuis 2022, le thésaurus iconographique de Mandragore est conforme à la norme ISO 25964. Il distingue concepts et termes, fait des liens aux fichiers d’autorités de la BnF et utilise des relations hiérarchiques et associatives entre concepts[21]. Il est consultable directement sur le site de Mandragore, par l’intermédiaire de l’exploration par mot-clé qui permet d’accéder au classement par catégories et aux notices de chaque mot-clé, et mis à disposition au format SKOS sur le site BnF API et jeux de données. En 2022, le thésaurus comptait 31 559 termes pour 20 376 mots-clés (concepts), utilisés 733 141 fois pour la description des enluminures[2].

Liens avec d'autres bases de données

Notes et références

Voir aussi

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