Manifestation du 11 novembre 1940
manifestation de la Résistance en France occupée
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La manifestation du est une manifestation de lycéens et d'étudiants ayant eu lieu à Paris, sur les Champs-Élysées et devant l'arc de triomphe de l'Étoile, en commémoration de l'armistice du . Rassemblant plusieurs milliers de personnes et durement réprimée par les occupants nazis, elle est considérée comme un des tout premiers actes publics de résistance à l'occupant en France après l'armistice du et l'appel du 18 Juin par le général de Gaulle.
| Date | |
|---|---|
| Localisation | Paris, France |
| Revendications | Hommage au Soldat inconnu, résistance face à l'occupant allemand |
|---|---|
| Nombre de participants | 5 600[1] |
| Types de manifestations | Manifestations, monômes, dépôts de gerbes de fleurs |
| Blessés | 100[2] |
|---|---|
| Arrestations | 143[2] à 1 000[1] |
| Procès | 5[2] |
Origines de la manifestation
Contexte estudiantin

La manifestation du tire ses origines de plusieurs événements survenus peu avant. Tout d'abord, l'occupation de Paris depuis est une humiliation pour les Parisiens, et l'installation de l'armée allemande avec ses corollaires (panneaux en allemand, drapeaux nazis, etc.) marque la défaite française de façon particulièrement visible.
Plus tard, la poignée de main entre le Maréchal Pétain et Adolf Hitler à l'entrevue de Montoire le signe l'entrée dans la collaboration. Pour nombre de Français persuadés que Pétain était en train de préparer une revanche, c'est une désillusion.
Le prefet de police, Roger Langeron, note à la date du 28 octobre : « Une suite que Petain n'avait pas prevue : le developpement de la campagne gaulliste, la recrudescence des papillons et des inscriptions à la craie : « Vive de Gaulle! » On parle de manifester le 11 novembre... Montoire a dejà eu un resultat : celui de stimuler la propagande gaulliste chez les étudiants »[3] .
La Sorbonne rouvre ses portes dès tandis que le régime de Vichy est instauré[4]. Tant bien que mal, lycéens et étudiants font leur rentrée scolaire et la vie universitaire reprend son cours. Les conférences universitaires d'ordre scientifique et littéraire sont maintenues à la Sorbonne et à la faculté de médecine. Rapidement, des lancers de tracts et d'œufs au Quartier latin sont rapportés[4]. « Des « V » sont tracés sur les murs, des « Vive de Gaulle » sont criés dans les couloirs du métro »[5], des papillons sont placés dans les livres des bibliothèques dénonçant l'occupation allemande, la mainmise de Vichy sur l'université et son « dessein d'asservissement intellectuel de la France »[4]. Le , les étudiants Christian Rizo et Félix Kauer sont condamnés à 2 mois de prison pour un lancer de tracts sur des personnalités allemandes dans un amphithéâtre[6]. La présence d'Allemands dans les amphithéâtres de la faculté de médecine en auditeurs libres irrite profondément les étudiants qui protestent. Le , les étudiants désertent un amphithéâtre devant trois officiers allemands[4]. Le , un incident similaire est rapporté à la Sorbonne[4].
À la faculté de droit, Jean Ebstein-Langevin, André Pertuzio et Alain Griotteray, sympathisants et militants de l'Action française, noyautent le comité de la Corporation de la faculté de droit de Paris (la « Corpo » de droit) pour en faire un bloc d'opposition à l'Association générale d'entraide aux étudiants de Paris, d'inspiration allemande[5],[7]. Quant à la Fédération des étudiants de Paris présidée par François Lescure, étudiant en lettres, militant communiste et militant de l'Union nationale des étudiants de France (UNEF), elle exige la « démobilisation rapide, la sortie de camps de jeunesse et des sessions de rattrapage »[4] pour les étudiants.
Au lycée Buffon, Raymond Burgard, professeur de lettres, encourage les élèves à participer à la manifestation du 11 novembre. Son fils sera arrêté le 11 novembre, puis relâché[8].
Au lycée Janson-de-Sailly, Henri Lablénie, autre professeur de lettres, lance avec son épouse et un groupe de lycéens, Notre droit, publication s’adressant à la jeunesse et se présentant sous la forme d’un recueil de maximes anti-allemandes et anti-vichystes. Distribué dans les lycées parisiens, son premier numéro contribue beaucoup à la mobilisation pour la manifestation des lycéens du 11 novembre 1940[9].
Le changement de la date de la cérémonie
Le , le secrétaire d'État à l'Instruction publique, Georges Ripert, informe les recteurs que le , qui est férié depuis , sera un jour travaillé ordinaire. Il souhaite tout de même des cérémonies discrètes dans les établissements[4]. La lecture d'une circulaire interdisant les manifestations et commémorations est faite par les recteurs d'université et les proviseurs, annonçant indirectement aux jeunes qu'il y avait une tension sur le sujet[10]. L'information fuite jusqu'aux oreilles d'étudiants et lycéens qui n'entendent pas se laisser dicter leur conduite. En effet, la question de la commémoration du , traditionnelle et extrêmement importante depuis 1920, pose problème aux autorités allemandes (qui ne veulent pas d'une célébration de la défaite allemande de ) et aux autorités françaises (qui ne veulent ni déplaire au peuple, ni à l'occupant). Le gouvernement de Vichy surenchérit en déclarant que les morts de la Grande Guerre seront finalement commémorés le , jour de la Toussaint[4]. Spontanément, dans un Paris où le sentiment anti-allemand se développe, 20 000 personnes passent déposer à l'Arc de Triomphe près de 500 bouquets le [11].
Dans les jours précédant le , plusieurs incidents sont signalés entre des étudiants et des soldats allemands à l'université ou dans des cafés. En conséquence, le café d'Harcourt, lieu d'émulation étudiant, est fermé de même que les étages des cafés Dupont et Capoulade pour éviter les réunions[4].
En parallèle, depuis le début du mois de , un tract apolitique et rassembleur, manuscrit et transmis de la main à la main, circule dans les universités de Paris et les rues du Quartier latin. Il appelle à la manifestation devant la tombe du Soldat inconnu, le au soir :

« Étudiant de France,
Le 11 Novembre est resté pour toi jour de
Fête Nationale
Malgré l'ordre des autorités opprimantes, il sera
Jour de Recueillement.
Tu n'assisteras à aucun cours
Tu iras honorer le Soldat Inconnu 17 h 30
Le 11 Novembre 1918 fut le jour d'une grande victoire
Le 11 Novembre 1940 sera le signal d'une plus grande encore
Tous les étudiants sont solidaires pour que
Vive la France.
Recopie ces lignes et diffuse-les. »
— Tract trouvé dans le hall de la faculté de médecine de Paris (conservé à la BDIC)[12]

Arrestation de Paul Langevin
L'arrestation le de Paul Langevin, grande figure scientifique et professeur au Collège de France, est également considérée comme un des éléments déclencheurs de la manifestation. A peine la nouvelle est-elle connue que des tracts circulent. « L’arrestation du professeur Langevin est le signal de la lutte ouverte des puissances obscurantistes contre la culture et la pensée libre », indique l’un d’eux, diffusé par l’Union des étudiants et lycéens communistes[13]. Une cinquantaine d’étudiants communistes parvient à manifester le aux abords du Collège de France, malgré les dispositifs répressifs français et allemands, pour dénoncer l’arrestation du professeur[4]. Les communistes décident de rallier la manifestation du seulement trois jours avant, car Maurice Berlemont, responsable au Parti communiste des Jeunesses communistes, avait initialement estimé que l’initiative, qui émanait d’« étudiants patriotes de la Faculté de droit », ne correspondait pas à la ligne souhaitée, avant de se rallier finalement à la manifestation, l’accord du parti n'étant ainsi obtenu que très tardivement[4].
Le , Jacques Bonsergent de l'École nationale supérieure d'Arts et Métiers est arrêté pour une bagarre avec des soldats allemands. Il est fusillé le 1940 pour avoir refusé de dénoncer son camarade à l'initiative de la bagarre[5].
Enfin, la veille du , une note officielle est publiée parue dans les journaux du : « La préfecture de police communique : les administrations et les entreprises privées travailleront normalement le à Paris et dans le département de la Seine. Les cérémonies commémoratives n'auront pas lieu. Aucune démonstration publique ne sera tolérée »[5].
Déroulement de la manifestation
La manifestation du débute tôt le matin à 5 h 30, quand André Weil-Curiel, Léon-Maurice Nordmann et Michel Edinger, membres du réseau du musée de l'Homme, déposent devant la statue de Georges Clemenceau en bas des Champs-Élysées une gerbe « en témoignage d'admiration envers l'homme qui ne voulut jamais capituler et ne désespéra pas de la Patrie ». La gerbe est entourée d'un ruban tricolore et accompagnée d'une « carte de visite » en carton d'un mètre de long, portant l'inscription « Le général de Gaulle à l'organisateur de la victoire ».
La carte de visite et le ruban disparaissent au cours de la matinée, ainsi que les nombreux bouquets qui avaient été déposés près de la gerbe par des mains anonymes[14]. Un certain nombre d'arrestations sont effectuées dont celle de René Beaudoin, professeur au lycée Lakanal. Tout au long de la journée des Parisiens viennent cependant sur la tombe du Soldat inconnu[15].
Dans la journée, le Quartier latin est calme, tandis que les lycées continuent leurs cours. Au lycée Henri-IV, Michel Cournot dépose des tracts d'appel à la manifestation sur les tables y compris celle de son professeur, René Maublanc . « J’avais déposé un tract sur sa table aussi. Il sourit en le prenant, il croyait à une plaisanterie. Son sourire cessa. Il parcourut la classe des yeux, dit : « Me faites-vous l’honneur d’être lycéen, ce soir ? » Ce fut tout, nous comprîmes qu’il y serait.[16] »
Les étudiants et lycéens ne commencent à converger vers la place de l'Étoile, par petits groupes, qu'à partir de 16 h. Vers 16h30, plusieurs centaines d'élèves du lycée Janson-de-Sailly arrivent en cortège[17] avec une gerbe de fleurs de deux mètres de haut en forme de croix de Lorraine, emblème de la France libre.
Yvan Denys, alors en classe de troisième au lycée Janson-de-Sailly , raconte: « Le mot d'ordre se diffuse comme une traînée de poudre. À la sirène de 4 heures, nous nous précipitons en nombre -une dizaine de notre classe- vers le portail, au milieu d’une foule de « grands » qui l’ont forcé, malgré les efforts des surveillants. Cette sortie massive, joyeuse, de plusieurs centaines d’élèves de 13 à 20 ans a des allures de reconquête de la liberté. La rue de la Pompe, l'avenue Victor-Hugo où nous avançons sont comme des territoires libérés. Près de la cité Argentine, place Victor Hugo, nous voudrions nous compter ... Impossible ! Nous sommes trop nombreux. Place de l’Étoile, sur le terre-plein entre les avenues Victor-Hugo et Kléber, une foule de jeunes nous masque en partie l’Arc de Triomphe. On a envie d'approcher, d'être sous l'Arc, près de la flamme du soldat inconnu. On est si nombreux, on se sent si forts ! »[18]
Apres 17 heures, des etudiants et des lyceens affluent du Quartier Latin et de tout Paris aux Champs-Elysees. Iis arrivent par le bas de l'avenue et la remontent vers l'Etoile[17]. Les estimations font alors état de plus de 3 000 jeunes, pour l'essentiel lycéens et étudiants présents le long des Champs Elysées[19], sur la place de l'Étoile et devant la tombe du Soldat inconnu[20]. De nombreux étudiants arborent le drapeau français et le drapeau anglais[19]. Une note de police rapporte qu'on chante La Marseillaise, qu'on crie « Vive la France », « Vive De Gaulle » ou, plus ironiquement, « Vive de… » en brandissant deux cannes à pêche (des gaules) ainsi que « Vive Catroux » en faisant rouler quatre roues[21]. Les manifestants conspuent les forces de l’ordre. Des cris fusent : « Salauds », « A bas Hitler. »
Des manifestants, dont fait partie Pierre Lefranc, envahissent le siège principal du groupe pro-nazi de Robert Hersant, « Jeune Front », située en bas des Champs Elysées au N°28, jettent des pierres, et en brisent les vitrines[22]. Vers 17h30 des soldats allemands, pour la premiere fois de la journée, interviennent pour arrêter cinq étudiants que leur avaient désignes les membres du « Jeune Front». L'atmosphère se tend fortement. Malgré les charges policières et les arrestations, les jeunes se dispersent puis se regroupent. La foule continue à grossir et à défiler sur toute l'avenue, de l'Etoile au Rond-Point [17].
L'armée allemande, d'abord surprise, intervient brutalement vers 18h[22]. Une section d'infanterie avec fusils, baionnette au canon et fusil-mitrailleurs prend position au Rond-Point[16]. Des camions et des véhicules blindés barrent tout le front de l’avenue. Des mitrailleuses sont mises en batterie[16]. Une autre section arrive en camion au carrefour des Champs-Ellysees et de l'avenue Georges V. Revolver au poing et à coups de crosse les Allemands chargent les jeunes qui se trouvent sur les trottoirs. Jusqu’à la rue La Boétie, les Allemands sont maîtres d’un terrain, mais entre la rue Pierre-Charron et l’avenue George V la foule est dense et ne se prive pas de hurler des injures « Bandits, lâches, assassins » aux Allemands qui arrêtent sans discrimination tous ceux qui leur tombent sous la main[23]. Des voitures militaires sèment alors la panique en circulant à vive allure et en zigzag sur les trottoirs[17].
Et puis des coups de feu éclatent. Jean Guéhenno témoigne : « J’ai vu les soldats allemands charger, baïonnette au canon, les jeunes gens des écoles sur les trottoirs de l’avenue, des officiers les jeter à terre. Trois fois j’ai entendu tirer des mitraillettes [24]» .
Les manifestants se dispersent alors rapidement et de façon désorganisée dans les rues avoisinantes[16]. Vers 18 h 30 la manifestation est terminée sur les Champs-Elysées, laissant une quinzaine de blessés dont cinq graves[25]. Des groupes d'étudiants se reforment cependant sporadiquement dans le bas des Champs-Elysées, la rue Royale et même l'avenue de l'Opéra jusqu'à 19h[17].
Pierre Lefranc fait partie des blessés[26]: « Je me suis retourné et j’ai vu que les Allemands, déployés en tirailleurs, déblayaient les Champs-Elysées en les descendant au pas de gymnastique. Je me suis engouffré dans la rue de Presbourg, à peu près vide : nouveaux coups de feu – des éclats de pierre tombaient. Avec une dizaine de camarades, nous avons tourné à gauche dans l’avenue Marceau ; c’est là que j’ai été touché par des éclats de grenade à la cuisse gauche : sous l’effet du souffle, je suis tombé par terre. Des Allemands m’ont ramassé et emmené jusque devant l'actuel Drugstore, bras en l’air[22].»
Michel Cournot est lui aussi arrêté: « Ils nous enfournèrent dans leurs camions verts, à coups de crosse dans le dos. Les officiers hurlaient, les hommes paraissaient plutôt contrariés. On nous débarqua devant un hôtel de la rue de Castiglione. Nous nous retrouvâmes là une cinquantaine peut-être, les autres étaient parqués ailleurs. On nous repoussa vers le fond de la cour, plus ou moins adossés au mur, et devant nous apparut un peloton d’une quinzaine de géants qui, obéissant à des hurlements brefs, se mirent à charger leurs fusils. C’était tellement spectaculaire que l’on ne pouvait avoir peur, tout était trop fort, trop immédiat, et moi je ne songeais qu’à faire disparaître les tracts que j’avais encore.[16]»
Répression
Plus de 200 arrestations sont alors effectuées par la Geheime Feldpolizei, la police militaire allemande[20]. Les Allemands ont procédé eux-mêmes à la majorité des arrestations[27], et établi leur propre liste cumulative par établissement[20]. Les étudiants et lycéens arrêtés sont emmenés dans les prisons de la Santé[16], du Cherche-Midi et de Fresnes[28]. Le rapport du commandement militaire évoque 143 arrestations maintenues au 17 novembre, à la Santé ou au Cherche-Midi.
Le lendemain de la manifestation, le commandement militaire allemand de Paris fait fermer tous les établissements d'enseignement supérieur de la capitale. Les étudiants provinciaux doivent rentrer chez eux, les Parisiens sont tenus de pointer quotidiennement dans les commissariats. Gustave Roussy, recteur de l'académie de Paris, est relevé de ses fonctions le et remplacé temporairement par Jérôme Carcopino, directeur de l'École normale supérieure. Maurice Guyot, secrétaire général de l'Université de Paris, est également révoqué[29].
A la demande des autorités d’occupation, l’administration française fait savoir que ces mesures constituent « une punition infligée aux étudiants de Paris responsables du désordre des rues que l’autorité allemande ne saurait accepter en aucune façon »[22].
Des rumeurs parlent d'étudiants fusillés, ou déportés. Radio Londres évoque le chiffre de 11 tués et 500 déportés le . Le nouveau recteur demande au préfet de Paris de faire démentir ces chiffres pour garder le calme. Il tente, dans les semaines qui suivent la manifestation, de faire atténuer la répression.
En même temps que les efforts de Carcopino, le commandement militaire allemand demande à Berlin de rouvrir les établissements parisiens, ce qui est fait progressivement entre le et le .
Pour prévenir tout retour d'opposition, les autorités allemandes procèdent à des arrestations préventives de jeunes autour des Champs-Élysées, avec pour point culminant le avec plus de 1 000 arrestations[30],[31]
François Lescure est arrêté le au siège de l'UNEF, place Saint-Michel, qui est perquisitionné[4].
Le commandement allemand libère les prisonniers du en trois vagues : , puis le 11 décembre[20]. Cinq personnes sont condamnées par les tribunaux militaires allemands, dont le professeur René Baudoin[29].
Le 8 décembre, dans une lettre au maréchal Pétain, Jérôme Carcopino admet : « Pendant plus d’une semaine j’ai craint de ne pouvoir apaiser l’effervescence des lycéens. » Il a fallu près d’un mois pour que les autorités se rassurent[20].
Sociologie
Lors de cette manifestation, on relève la présence d'André Weil-Curiel[23], Léon-Maurice Nordmann[23], René Beaudoin, André Le Troquer[23], Yves Kermen, François Bresson, Jean Ebstein-Langevin, Francis Cohen, Olivier de Sarnez, Germaine Ribière, Odile de Vasselot,[32] Alain Griotteray[33], Roger Nimier[34], Jorge Semprun[35], Françoise Gilot[35], Jean Zyromski[23], Marcel Bleitbreu[36], Pierre Brossolette[37], Ivan Denys[38], Philippe Guimiot[39], Gilles Haarbleicher[39], Henri Lablénie[9], Tony Bloncourt[40], Micheline Bood[19], André Pertuzio, Oriane Guéna[41] (femme de Yves Guéna), Jean Guéhenno[24], Pierre Lefranc[32], Pierre-André Dufétel, René Maublanc[16], Michel Cournot[16]. Le jeune Pierre Halbwachs, fils de Maurice Halbwachs, fut stupéfait « de retrouver à cette manifestation beaucoup d'étudiants qui formaient les années précédentes les « ligues » contre lesquelles il s'était battu et en particulier pas mal d'anciens de l'Action française »[4].
Du côté communiste, l'historiographie ne permet pas de connaître suffisamment le nombre de participants. Il est certain que les militants André et Robert Kirschen, Maroussia Naïtchenko, Pierre Daix et Jeanne Brunschwig, Jacques d’Andurain, Raymond Guglielmo et Pierre Hervé ne furent pas présents, « le plus souvent sur ordre de la direction [du Parti communiste clandestin], pour des raisons de sécurité »[4]. François Lescure et Maurice Berlemont y allèrent en observateurs[4].
Les travaux de l'historienne Danielle Tartakowsky sur les rapports de police des différentes arrestations permettent de cerner la sociologie de la manifestation : « 917 hommes et 122 femmes, 545 lycéens ou collégiens, 299 étudiants, 57 écoliers, 138 salariés (dont de nombreux professeurs et instituteurs). Une moyenne d'âge de 18 ans »[42].
Censure
La censure allemande n'a pas permis que les journaux en rendent compte le lendemain. C'est cinq jours après que des commentaires de la presse collaboratrice parisienne calomnient les manifestants en dénigrant l'irresponsabilité d'une certaine jeunesse, sans mettre en cause les éventuels participants communistes[28].
Mémoire


La composition des manifestants est assez floue et a donné lieu à des récupérations dès les années suivantes. Il semble que les étudiants et lycéens aient été relativement apolitiques et provenaient à la fois de la droite nationaliste et de la gauche communiste. Le tract d'appel à manifester est en effet reconnu comme particulièrement apolitique.
Lors de la répression, ce sont davantage les gaullistes qui sont incriminés par les autorités, mais des militants communistes identifiés, comme François Lescure, sont tout de même interrogés et la presse clandestine communiste salue la manifestation, tout en la rattachant fortement à l'arrestation de Paul Langevin. Les étudiants arrêtés nient toute origine politique. Les journaux d'occupation mettent la responsabilité de la manifestation sur l'irresponsabilité de la jeunesse. La presse clandestine salue la défense des traditions universitaires. Si le patriotisme est rarement mis en avant, les différents groupes commencent à s'attribuer la paternité de la manifestation.
Les années suivantes, les autorités surveillent fortement le Quartier latin afin de prévenir toute nouvelle tentative de manifestation. Le Front national étudiant salue la mémoire des étudiants de , ainsi que divers résistants en (comme Jean Guéhenno, ou Gustave Roussy lorsqu'il reprend ses fonctions en ). L'UNEF ne valorise pas cet événement, et demande sans insistance et sans succès la pose d'une plaque commémorative en .
De leur côté, les communistes, et notamment François Lescure, revendiquent la paternité de la manifestation et notamment l'impression des tracts d'appel à manifester. Le récit de l'événement est enjolivé, devenant une marche unie remontant les Champs-Élysées aux cris de « à bas Pétain, à bas Hitler ». Le rôle des communistes est donné comme prédominant. Ce discours, relayé jusqu'en , reçoit ses premières inflexions après une étude de Raymond Josse[43] puis d'autres historiens jusque dans les années 1990.
Une plaque commémorative est inaugurée le par le président de la République, René Coty : « Le devant la tombe de l'Inconnu les étudiants de France, manifestant en masse, les premiers résistèrent à l'occupant »[44]. Elle est située sur la façade de l'hôtel Landolfo-Carcano (actuelle ambassade du Qatar), au 156 avenue des Champs-Élysées, à l'angle avec la place de l'Étoile.
À la suite de la pose de cette plaque, une Association des Résistants du est créée en [45]. Son fondateur et délégué général est Jean Ebstein-Langevin. Elle accepte en son sein d’anciens manifestants parrainés par des membres. Elle est placée d'emblée sous la présidence d'honneur de Pierre Lefranc, gaulliste blessé et incarcéré lors de la manifestation. Elle organise lors des cérémonies du des dépôts de gerbe, reprenant la grande gerbe de deux mètres du lycée Janson-de-Sailly. Elle recueille également des témoignages d'anciens manifestants en lien avec la direction de la Mémoire, du Patrimoine et des Archives du ministère de la Défense. Elle accrédite la thèse d'une manifestation spontanée de jeunes étudiants et lycéens, « instinctivement patriotes » et parfois potaches contre l'occupant[46].
En 2002, l’association du qui regroupe les anciens lycéens et étudiants qui avaient participé à cette manifestation, se fond dans Le Souvenir français[47]. Dès lors, Le Souvenir français prend en charge la préparation de la cérémonie traditionnelle, organisée à proximité de l’Arc de Triomphe. En 2017, Le Souvenir français la refonde afin de l’imposer comme la cérémonie phare de la Résistance étudiante et lycéenne. Depuis 2019, le drapeau de l’association du est confié pour un an à un établissement parisien héritier de l’évènement. Sa passation annuelle auprès d’un nouvel établissement est effectuée lors de la cérémonie du .
Chaque année, la cérémonie débute à 9h30 – en amont de la cérémonie nationale organisée sur la tombe du Soldat inconnu, avec la participation des lycées héritiers des manifestations du ; des établissements scolaires parisiens dans lesquels ont été déposés des drapeaux d’associations d’anciens combattants dissoutes, de délégations des principaux syndicats et des principales organisations regroupant des étudiants et des lycées, ainsi que des personnalités officielles dont le ministre de l’Éducation nationale et le maire de Paris[48].
Le , le président de la République Nicolas Sarkozy inaugure une plaque commémorative sous l'Arc de Triomphe : « En hommage aux lycéens et étudiants de France qui défièrent l'armée d'occupation nazie le au péril de leur vie »[49].
Représentations culturelles
Bande dessinée
Dans le tome 1 de la série Les Zazous[50] de Salva Rubio et Danide, les jeunes héros participent à la manifestation du .
Cinéma
La manifestation est présente dans le film La Bataille de Gaulle : L'Âge de fer, sorti en 2026.