Manifeste des anarchistes interventionnistes
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Le Manifeste des anarchistes interventionnistes (Manifesto degli anarchici interventisti), de son vrai nom « Pour la France et pour la liberté », est un texte publié le , à l'initiative des anarchistes Edoardo Malusardi et Maria Rygier, puis signé par 21 « anarchistes indépendants », afin de soutenir l'entrée en guerre de l'Italie dans la Première Guerre mondiale.
Le , est imprimé le manifeste « Per la Francia e per la libertà » (« Pour la France et pour la liberté »), signé par les « anarchistes indépendants d’Italie ». Première formulation collective de l’anarcho-interventionnisme italien, le document expose de manière synthétique, sous la plume de Oberdan Gigli, l'ensemble des raisons de soutenir l'entrée en guerre de l'Italie aux côtés des Alliés[1]. Ainsi, en se solidarisant avec les populations envahies par les armées austro-allemandes, les signataires disent répondre au péril qu’une défaite de la France entraînerait pour la Liberté et la révolution universelle.
Établissant une opposition entre la civilisation latine et la barbarie teutonique et, par conséquent, les nations libérales-démocratiques et les peuples rattachés aux régimes absolutistes, le manifeste encourage à « soutenir militairement la Belgique et la France contre les agressions des Empires Centraux », pour empêcher « la prédominance de l’impérialisme allemand, [qui] mènerait à une société militaire et féodale et à la destruction des conditions nécessaires à la naissance et à la maturation d’un complet problème syndical et libertaire »[1]. Dans un autre passage, les auteurs déclarent, non seulement que « la neutralité aujourd’hui n’est pour tous qu’un abject égoïsme national », mais aussi qu’elle équivaut à « la négation précise de l’internationalisme, qui est le soutien de la solidarité et du sacrifice »[1].
Texte
« La guerre a rappelé les hommes à une triste réalité : certains n’ont pas voulu la voir et continuent à fixer leur Soleil, se retranchant derrière de prétendues cohérences formelles ; nous, nous l’avons affrontée courageusement, en laissant qu’un vaste souffle d’humanité réchauffe la froide rigidité de l’idéal.
Nous sentons que notre « espérance » est intimement liée à la civilisation bourgeoise dont elle est née et dont elle s’élance vers de lointaines audaces : et de la civilisation bourgeoise, nous évaluons les différentes formes et nous avons des préférences marquées pour les institutions les plus libres et les plus démocratiques.
Nous ne pouvons donc pas comprendre le désintérêt face à la menace du retour de formes vieillies et réactionnaires, et nous ne pouvons rester indifférents à la douleur des peuples opprimés.
Nous savons aussi que la civilisation prolétarienne ne pourra naître d’une société de type « militaire », mais seulement d’une société de type « industriel », tant dans les rapports économiques que dans les institutions politiques.
Or, la prédominance de l’impérialisme allemand signifierait justement le retour à une société militaire et féodale, signifierait la destruction des conditions nécessaires à l’émergence et à la maturation d’un complet problème syndical et libertaire.
Notre devoir est donc de nous opposer résolument aux forces « conservatrices et modératrices » européennes, qui tentent une régression politique et économique dans les pays d’avant-garde.
Notre internationalisme dépasse vraiment les frontières : lui seul ne reconnaît pas la neutralité utilitaire et commode des gouvernements ; il veut vivre les douleurs et les espérances de tous les peuples qui défendent leur liberté.
La neutralité, aujourd’hui, n’est — pour tous — qu’un abject égoïsme national ; elle est la négation précise de l’internationalisme fait de solidarité et de sacrifice, qui nous a poussés sur les champs de France, de Grèce, du Mexique, de Serbie.
Toutes les guerres de libération sont nos guerres et maintenant nous répondons avec enthousiasme et avec amour à l’appel douloureux de la France.
Les événements pressent.
L’inertie est lâcheté et la neutralité, qui méconnaît encore la volonté populaire, est trahison.
C’est l’heure de l’action.
Que le gouvernement sache son chemin. Nous savons le nôtre. Nous devons agir pour notre France, pour la France de la Liberté et de la Révolution »[2],[3].
Signataires
Le manifeste est approuvé au total par une quarantaine d’anarchistes romains et par un groupe de sept anarchistes piombinois. Mario Gioda, qui à ce moment-là n’avait pas encore signé le texte, par « neutralité conditionnée », le rectifia peu après : « Nous n’avons pas signé le manifeste des interventionnistes à son époque. Nous le signons maintenant. La thèse que nous soutenions dans Volontà est désormais nulle et annulée par les événements ». Dédié aux anarchistes du Kaiser. (L’Iniziativa, )[1] :
- Edoardo Malusardi
- Maria Rygier
- Libero Tancredi (Massimo Rocca)
- Oberdan Gigli (1883-1949)
- Attilio Paolinelli (1882-1962)
- Aurelio Galassi (1878-1933)
- Vittor (ou Vittori) Ezio Marzocchini (ou Mazzocchi ?)
- Guido Mazzocchi
- Gino Tenerani
- Giuseppe Paparazzo
- Luigi Carnocchi
- Cesare Martello
- Emanuele Carletti
- Ugo Piermattei
- Leopoldo Jacobelli
- Pietro De Pasquali
- Bruno Bernabei
- Giovanni Provinciali
- Ezio Marzocchini
- Francesco Ardisson
- Gesualdo Grossi
- Otriade Gigliucci
- Francesco Sarti