Marcel Gensoul
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| Inspecteur général des armées – Marine |
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Marcel Bruno Gensoul |
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Louis Gensoul (d) |
Marcel Gensoul, né le à Montpellier et mort le à Paris, est un amiral français, notamment connu pour avoir été à la tête de la Force de Raid lors de l'attaque de Mers el-Kébir, au début de la Seconde Guerre mondiale.
Famille
Marcel Bruno Gensoul naît le à Montpellier, de Louis Alexis Gensoul, magistrat, et de Caroline Emma Baccuet[1]. Il est le deuxième enfant d'une fratrie de cinq, comptant quatre garçons (Albert, Marcel, Maurice et Étienne) et une fille (Meryem)[2].
Le , il épouse Marthe Dupraz à Lausanne. Ils auront trois filles Blanche (1907), Christiane (1911) et Gisèle (1912)[1].
Débuts de carrière
Il entre à l'École navale en 1898[3]. À la sortie de l'École d'application, fin 1901, il est affecté sur le croiseur protégé Chasseloup-Laubat en mer de Chine[2]. En , il passe sur le cuirassé Le Redoutable, puis sur la canonnière Surprise, toujours en Extrême-Orient. Il est promu enseigne de vaisseau en , puis suit l'enseignement de l'École des apprentis fusiliers de Lorient[4].
En , il est affecté comme second sur le sous-marin L'Algérien, appartenant à la 1re flottille de sous-marins de la Manche. Il rejoint ensuite le cuirassé Carnot de l'escadre de la Méditerranée, comme adjoint à l'officier fusilier[4]. En , il sort breveté de l'École des officiers torpilleurs de Toulon, puis embarque sur le croiseur Galilée où il participe à la campagne du Maroc[4]. De à 1911, il est chargé de l'instruction des apprentis torpilleurs sur le cuirassé Marceau. En , il est élevé au grade de lieutenant de vaisseau. Après une mission de convoyage d'un train de chalands de Toulon au Maroc, il est affecté brièvement sur le cuirassé Brennus, puis embarque comme officier instructeur sur le croiseur D'Entrecasteaux[4]. En , il devient l'aide de camp du contre-amiral Sourrieu, commandant la division des écoles de la Méditerranée, puis il est affecté sur le cuirassé République en tant chef du service torpilles/électricité. Il est à ce poste lorsque la Première Guerre mondiale éclate[4].
Première Guerre mondiale
En 1915-1916, il prend part aux opérations en Méditerranée orientale (Grèce). Il reçoit son premier commandement, le torpilleur d'escadre Fanfare, en appartenant à la division navale de Syrie, et opère le long des côtes du Levant[5]. Il est promu capitaine de corvette en [5] et se retrouve aide de camp du contre-amiral Lanxade, commandant la division d'instruction de la Méditerranée (DEM), jusqu'en . Affecté sur le Jean Bart, il devient ensuite chef d'état-major de la DEM. Puis, en , il est promu capitaine de frégate et assiste le contre-amiral Beaussant jusqu'en , où il rejoint l'état-major du vice-amiral Fatou, alors préfet de la IIe région maritime (Brest)[6]. À partir d', il commande le 6e escadrille de patrouille basée à Bizerte et arbore son pavillon sur le contre-torpilleur Lansquenet[6]. Puis de à , il est affecté comme second du cuirassé Courbet[6].
Il est ensuite auditeur au Centre des Hautes Études navales (CHEN) et est promu capitaine de vaisseau à sa sortie en . Il reçoit alors le commandement du cuirassé Bretagne d' à [7]. Il commande ensuite le cuirassé Provence, navire amiral de la 1re escadre jusqu'en . Il est ensuite nommé chef d'état-major de la IIIe région maritime (à Toulon) où il assiste le vice-amiral Pirot, préfet maritime puis, en , est nommé contre-amiral[7]. Il est alors nommé 2e sous-chef d'état-major à l'état-major général de la Marine, à Paris[8]. Il y occupe ce poste jusqu'en , où il prend la tête de la 3e division légère de la 1re escadre. Il participe alors au retour de la dépouille du roi Alexandre 1er de Yougoslavie assassiné à Marseille, ainsi qu'à la défense des intérêts français en Grèce en 1935 lors de la tentative de coup d'État de 1935 en Grèce. À la suite du soulèvement nationaliste de juillet 1936 en Espagne, Gensoul est nommé Commandant supérieur du dispositif spécialement créée pour évacuer les ressortissants français[8].
Promu vice-amiral le (puis élevé au rang et appellation de vice-amiral d'escadre en mars de la même année[9],[10]), il est alors nommé préfet maritime de Toulon. En , il prend la tête de l'escadre de l'Atlantique et arbore sa marque sur le Dunkerque[11].
Seconde Guerre mondiale
En , à l'approche de la guerre, la force de haute mer est réorganisée en deux flottes : la flotte de la Méditerranée et la flotte de l'Atlantique, dont Gensoul prend le commandement. Il entame alors des exercices avec la Home Fleet, l'occasion pour lui de renforcer la bonne entente qu'il a avec les Britanniques. Le , Gensoul reçoit des mains de l’amiral Darlan, la plaque de Grand officier de la Légion d'honneur[11].
Au début de la Seconde Guerre mondiale, en , il commande la Force de Raid, regroupant les plus puissants navires de la Marine nationale à Brest, dont la mission est de détruire les forces ennemies dans l'Atlantique et de protéger les convois[12]. À partir de décembre, il est intégré au Conseil supérieur de la marine[13]. À la fin du mois d', la Force de Raid, s'installe en Méditerranée à Mers el-Kébir près d'Oran. Cette position est choisie pour faire face à l'Italie, de plus en plus belliqueuse[12]. Peu après l'armistice, le , il reçoit la visite de l'amiral North, venu tenter de la convaincre de rallier la Royal Navy pour continuer le combat. Gensoul s'y refuse, déclarant n'obéir qu'au gouvernement légal du maréchal Pétain, et assure que la flotte française ne sera jamais livrée à l'Allemagne[13]. Malgré la tension grandissante entre Français et Britanniques, le survol d'hydravions de la Royal Navy et les mises en garde de Darlan quant à une attaque potentielle des Anglais, Gensoul, très anglophile, juge une attaque improbable[14].
Mers El-Kébir
Face au risque de voir la flotte française être capturée par l'ennemi au mépris des conventions d'armistice, le Premier ministre Winston Churchill dépêche le une escadre britannique face à Mers el-Kébir[15].
À l'aube du , le destroyer HMS Foxhound se présente à l'entrée de la passe de la base navale, avec à son bord le capitaine de vaisseau Holland. Gensoul, informé de la présence au large de la Force H, refuse de le recevoir, « n'étant pas disposé à discuter sous la menace ». Il finit cependant par envoyer son officier d'ordonnance à sa rencontre[14]. Celui-ci lui remet une mise en demeure offrant plusieurs alternatives : rejoindre la Royal Navy dans le combat, ou rallier les Antilles françaises ou les États-Unis, sous escorte britannique, pour y être désarmés ou se saborder. Faute de quoi, dans un délais de six heures, ils seraient coulés[16].
Considérant que cet ultimatum est un bluff, Gensoul ne concède rien, fait allumer les chaudières et prendre les dispositions de combat à ses navires. Il n'informe l'Amirauté que d'une partie des termes proposés par les Britanniques, ainsi que de sa réponse : ses « bâtiments répondront à la force par la force ». La raison de son choix de ne pas mentionner la possibilité d'un désarmement aux Antilles ou aux États-Unis n'a jamais été explicitée[16]. Dans le même temps, Gensoul essaie de gagner du temps avec ses interlocuteurs, afin de recevoir des instructions de l'Amirauté, de négocier un compromis ou, à défaut, de tenter un appareillage rapide de sa flotte[17].
À 14 h 10, Gensoul ordonne le branle-bas de combat, mais accepte finalement de recevoir Holland. Il informe Somerville qu'il n'a pas l'intention de faire appareiller l'escadre, mais qu'il attend des instructions de son gouvernement. Il lui demande de sursoir à l'ultimatum, ce qui est accepté[17]. A 16 h, Holland retourne à bord du Dunkerque, où Gensoul tente de négocier le désarmement de la flotte à Mers El-Kébir. Dans l'après-midi, le vice-amiral Maurice Le Luc, directeur de cabinet de l'amiral Darlan, lui fit savoir par radio que les escadres françaises de Toulon et d'Alger se portaient à son secours[17].
À 17 h 20, les négociations sont brutalement interrompues : Churchill exige d'en finir, d'autant plus que le message du vice-amiral Le Luc a été intercepté par les Britanniques, qui craignent donc l'arrivée de renforts. À 17 h 56, Somerville donne l'ordre d'ouvrir le feu[18]. À 18 h, Gensoul informe l'Amirauté que l'attaque a débuté, et un quart d'heure plus tard, il se résout à faire hisser le drapeau blanc au mât du Dunkerque[18].
L'attaque de Mers el-Kébir conduit à la perte du cuirassé Bretagne (997 marins périrent son bord), et à la mise hors de combat du croiseur de bataille Dunkerque, du cuirassé Provence et du contre-torpilleur Mogador. L'attaque de la Royal Navy fit en tout 1 295 morts chez les marins français.
Un mois après Mers el-Kébir, en , Gensoul récompensa le Strasbourg et son équipage de la Croix de guerre, pour avoir réussi à échapper aux Britanniques.
Malgré ce désastre, Gensoul est élevé au grade d'amiral, le . Le , alors qu'il est sur le point d'atteindre la limite d'âge, il est nommé inspecteur général des forces maritimes à titre honorifique. Le lendemain, il est cité à l'ordre de l'armée de mer : « ayant reçu un odieux ultimatum, a refusé d'y souscrire et répondu à la force par la force ». Le 10, il quitte le commandement de la flotte Atlantique, qui est dissoute[19]. Le , il est nommé par Darlan à la tête du Service central des œuvres de la Marine, chargé des organismes d'aide aux familles de marin. Il y reste jusqu'en , date de son départ à la retraite[19].
Après-guerre
À la fin de la guerre, il est convoqué le , par la Commission d'épuration de la Marine et du personnel militaire, pour y répondre de la perte de bâtiments de guerre. Il lui est aussi reproché de ne pas avoir transmis toutes les propositions de l'ultimatum, notamment la possibilité de désarmer aux Antilles, et de ne pas avoir pris l'initiative d'emmener la flotte aux États-Unis. Cependant, après un an d'instruction, le directeur de la commission conclut que les poursuites sont inopportunes[20].
Gensoul évita toute sa vie de commenter l'affaire de Mers el-Kébir. L’opinion générale est que sa rigidité, à un moment clé, et alors que le gouvernement français était incapable de mener une politique efficace, a conduit au désastre[21].
Il meurt le , à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce[3]. Il est inhumé à Nice[22].
Grades successifs
Sources : Lasterle 2000, p. 72-88