Martes americana

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Martre d'Amérique, Martre des Hurons

Faits en bref Règne, Embranchement ...
Martes americana
Description de cette image, également commentée ci-après
Martre d'Amérique photographiée dans le parc national de Yellowstone.
1.40000–0 Ma
21 collections
Classification
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Mammalia
Sous-classe Theria
Super-ordre Eutheria
Ordre Carnivora
Sous-ordre Caniformia
Famille Mustelidae
Sous-famille Guloninae
Genre Martes

Espèce

Martes americana
(Kerr, 1792)

Statut de conservation UICN

( LC )( LC )
LC  : Préoccupation mineure

Statut CITES

Sur l'annexe  II  de la CITES Annexe II , Rév. du 01/07/75

Synonymes

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Martes americana, la Martre d'Amérique, également connue sous le nom de Martre des Hurons, est une espèce de mammifère carnivore de la famille des Mustélidés.

Cette martre au pelage d’un brun jaunâtre à noirâtre, se rencontre dans la partie orientale de l’Amérique du Nord, à travers tout le Canada et dans certaines régions du nord des États-Unis, y compris l'Alaska, là où son espèce sœur, la Marte caurine (Martes caurina) est surtout présente sur la côte pacifique.

Vivent en sympatrie avec le Pékan (Pekania pennanti), la martre d’Amérique s’en distingue par une plus petite taille, un pelage plus clair, mais surtout la tache caractéristique sur la gorge qui permet également d’identifier les espèces eurasiennes. Le dimorphisme sexuel est prononcé, les mâles étant beaucoup plus grands que les femelles.

Cette martres est omnivores et leur régime alimentaire varie selon les saisons, bien qu'elle s'appuie principalement sur de petits mammifères comme les campagnols. Elle mène une vie solitaire, sauf pendant la saison de reproduction au milieu de l'été. Toutefois, l'implantation de l'embryon est différée (diapause ovarienne) jusqu'à la fin de l'hiver, donnant naissance le printemps suivant à une portée de un à cinq petits. Les jeunes restent avec leur mère dans une tanière aménagée jusqu'à l'automne, et ils atteignent leur maturité sexuelle à l'âge d'un an.

Leur fourrure semblable à celle de la zibeline en a fait une espèce intensément piégée au plus fort du commerce de la fourrure en Amérique du Nord. Le piégeage a atteint son apogée en 1820, entraînant un épuisement important des populations jusqu'au tournant du XXe siècle. Les effectifs ont rebondi depuis lors, l'espèce étant aujourd'hui classée en « préoccupation mineure » par l'UICN, bien qu'elle se soit éteinte dans certaines zones du Nord-Est.

Dénominations

Taxonomie

Illustration de Pine Mertens (Mustela martes) dans The Viviparous Quadrupeds of North America, 1845-1848.

Dans son ouvrage de zoologie interprêtatif sur le système de la nature de L’inné, le zoologie britannique Robert Kerr décrit une sous-espèce de zibeline du nom de American sable (Martes zibellina americana) citant l’History of quadrupedis de Thomas Pennant[8].

Le nom Marte des Hurons, ainsi que son épithète spécifique Huro vient du nom donné par Frédéric Cuvier dans son Dictionnaire des sciences naturelles[9]. Le terme Huron est un nom donné par les Français aux populations amérindiennes des Wendats, mais cette appellation est devenue obsolète depuis 2025[10].

La Marte caurine (Martes caurina) était autrefois considérée comme conspécifique avec la Martre d'Amérique, mais des études génétiques ont démontré qu'il s'agit d'une espèce distincte de M. americana[11],[12],[13],[14]. La martre caurine possède une aire de répartition plus occidentale, ce qui lui vaut son nom anglais de Pacific marten « Marte du Pacifique », s'étendant dans le Nord-Ouest Pacifique et descendant au sud jusqu'au Nord de la Californie. De plus, la martre caurine présente un museau plus long et un cranium plus large que la martre d'Amérique, ainsi que de légères variations dans la coloration de son pelage.

Sept sous-espèces régionales ont officiellement été reconnues pour M. americana[15] :

Toutefois, aucune n’est distincte sur le plan morphologique. Généralement, la taxonomie de ces sous-espèces n'est mise en avant que dans le cadre de travaux portant sur ces groupes régionaux spécifiques, en raison de leurs besoins écologiques ou des menaces particulières qui pèsent sur eux (par opposition à une approche globale de l'aire de répartition de l'espèce)[16].

Dans la taxonomie actuelle, l’espèce est officiellement monotypique selon ITIS ()[17].

Phylogénie

Le cladogramme suivant présente les relations de parenté au sein du genre Martes. Il montre que la Martre d’Amérique (ainsi que la Marte caurine) entretient bien un lien avec la zibeline, mais reste moins proche que la marte des pins, les espèces américaines formant une branche distinctes des deux espèces eurasiatiques[18],[19],[20] :

Genre Martes
Sous-genre Charronia

Martes flavigula (Marte à gorge jaune)



Martes gwatkinsii (Marte de Nilgiri)



Sous-genre Martes

Martes foina (Fouine)



Clade Holarctique
Groupe d'Amérique

Martes caurina (Marte caurine)



Martes americana (Marte d’Amérique)




Groupe d'Eurasie

Martes martes (Marte des pins)



Martes zibellina (Zibelline)




Martes melampus (Marte à pieds noirs)






Description

Crâne d'une martre d'Amérique.

La Martre d'Amérique est un mustélidé au corps long et svelte de la taille d'un Vison, caractérisé par des oreilles arrondies relativement grandes, des membres courts et une queue touffue. Sa tête est grossièrement triangulaire et son museau est pointu. Sa fourrure longue et soyeuse arbore une coloration variable, s'étendant du chamois jaunâtre pâle au brun fauve et jusqu'au noir presque complet. La tête est généralement plus claire que le reste du tronc, tandis que la queue et les pattes s'avèrent plus sombres. La martre d'Amérique présente généralement sur la gorge et la poitrine unetache sur la gorge caractéristique, dont la teinte oscille entre le jaune pâle et l'orange vif[21]. Le dimorphisme sexuel est prononcé, les mâles étant en moyenne environ 15 % plus longs et jusqu'à 65 % plus lourds que les femelles[21].

La longueur totale de l'animal varie de 50 à 70 cm[22],[23], pour une queue mesurant de 135 à 160 mm[22]. Le poids des individus adultes oscille entre 500 et 1 400 g[22],[23] et fluctue selon l'âge et la localisation géographique. En dehors de ces différences de dimensions, les deux sexes partagent une apparence similaire[23]. Les martres d'Amérique possèdent des réserves de graisse corporelle limitées, subissent une perte de chaleur massique élevée et présentent une faible endurance au jeûne. Durant la saison hivernale, les individus peuvent entrer quotidiennement dans un état de torpeur superficielle afin de réduire leurs pertes de chaleur[24].

Écologie et comportement

Distribution et habitat

La Martre d'Amérique est largement répartie dans la partie septentrionale de l'Amérique du Nord. Du nord au sud, son aire de répartition s'étend de la limite supérieure des zones boisées dans l'Arctique, en Alaska et au Canada, jusqu'à l'État de New York. D'est en ouest, sa distribution s'étend de l'île de Terre-Neuve jusqu'à l'ouest de l'Alaska, et au sud-ouest jusqu'à la côte Pacifique du Canada. L'aire de répartition de la martre d'Amérique est vaste et continue au Canada et en Alaska. Dans le nord-est et le Midwest des États-Unis, sa distribution est en revanche limitée aux chaînes de montagnes qui lui fournissent ses habitats de prédilection. Au fil du temps, cette aire de répartition s'est contractée et étendue à l'échelle régionale, marquée par des extinctions locales suivies de recolonisations réussies dans la région des Grands Lacs et dans certaines parties du Nord-Est[23]. La martre d'Amérique a été réintroduite dans plusieurs zones d'où elle avait disparu, bien que dans certains cas, elle ait été introduite par erreur au sein de l'aire de répartition de la Martre caurine[21]. Elle est aujourd'hui considérée comme éteinte dans les États de Pennsylvanie, du Maryland, du Massachusetts, de Virginie-Occidentale, d'Ohio, du New Jersey et de l'Illinois[25].

On a longtemps pensé que ces martres vivaient exclusivement dans les forêts de conifères persistantes, mais des études approfondies ont démontré qu'elles fréquentent tant les forêts anciennes que les forêts de feuillus caduques et de conifères[26], ainsi que les forêts mixtes. C'est le cas en Alaska et au Canada, mais aussi plus au sud dans le nord de la Nouvelle-Angleterre[27],[28],[29] et dans le massif des Adirondacks dans l'État de New York[30]. Des populations de martres sont également établies dans le Midwest, notamment dans la péninsule supérieure du Michigan, le Wisconsin et une grande partie du Minnesota[26]. Bien que le piégeage et la destruction des habitats forestiers aient réduit leurs effectifs, elles demeurent nettement plus abondantes que le Pékan, un Guloniné plus grand. La population de Terre-Neuve (décrite sous le nom de M. a. atrata) est quant à elle considérée comme menacée.

Une vaste zone d'hybridation naturelle entre la martre caurine et la martre d'Amérique est documentée dans les montagnes Columbia, ainsi que sur les îles Kupreanof et Kuiu en Alaska[31]. Plusieurs introductions et relâchés de martres d'Amérique ont été effectuées sans tenir compte de la présence de la martre caurine, mettant cette dernière espèce en danger. Sur l'île Dall, des martres d'Amérique ont été introduites et s'hybrident avec la population locale de martres caurines, ce qui pourrait fragiliser cette population native. Sur de nombreuses îles de l'archipel d'Alexandre, des martres d'Amérique ont été introduites et s'y maintiennent sans qu'aucune trace de martre caurine ne soit observée ; il reste impossible de déterminer si ces îles étaient historiques ou non. De plus, des preuves génétiques d'introgression par la martre d'Amérique sont visibles dans d'autres portions de l'aire de répartition de la martre caurine, ce qui constitue très probablement une autre conséquence de ces introductions artificielles[13],[32],[31].

Domaine vital

Comparée à d'autres carnivores, la densité de population de la martre d'Amérique est faible au regard de sa taille de ce petit animal. Une synthèse rapporte des densités de population oscillant entre 0,4 et 2,5 individus par km²[23]. Cette densité de population peut varier sur une base annuelle[33] ou saisonnière[34]. Les faibles densités de population sont généralement corrélées à une faible abondance de proies de base[23].

La taille du domaine vital de la martre d'Amérique se montre extrêmement variable. Ces disparités s'expliquent par le sexe des individus[35], l'année, la zone géographique[23], la disponibilité des proies[23],[36], le type, la qualité ou la disponibilité du couvert forestier[23],[36], la fragmentation de l'habitat[37], le statut reproducteur, le statut de résident, la prédation[38] et la densité globale de la population[36]. En revanche, la taille du domaine vital ne semble pas corrélée à la taille corporelle des individus, quel que soit leur sexe[35]. La superficie de ce domaine s'étend de 0,1 km² dans le Maine, à 15,7 km², dans le Minnesota, pour les clichés, et de 0,1 km², dans le Maine, à 7,7 km² , dans le Wisconsin) pour les femelles[36].

Les mâles occupent généralement des domaines vitaux plus vastes que les femelles[35]. Certains auteurs émettent l'hypothèse que cette différence découle d'exigences d'habitat plus spécifiques chez les femelles, telles que les contraintes liées à l'élevage des jeunes au sein du gîte ou à la capture des proies, ce qui limiterait leur capacité à déplacer ou étendre leur territoire[39]. Toutefois, des domaines vitaux anormalement grands ont été observés chez quatre femelles au cours de deux études distinctes menées en Alaska[40] et au Québec[33].

Les domaines vitaux sont délimités par des marquages olfactifs. Les peaux des martres mâles adultes portent fréquemment des cicatrices sur la tête et les épaules, ce qui suggère l'existence d'une agressivité intrasexuelle liée à la défense territoriale[36]. Le chevauchement des domaines vitaux reste généralement minime ou inexistant entre mâles adultes[34], mais il peut survenir de manière courante entre un mâle et une femelle[34], entre un mâle adulte et un juvénile, ainsi qu'entre plusieurs femelles[41].

Plusieurs auteurs rapportent que les limites du domaine vital semblent coïncider avec des structures topographiques ou géographiques. Dans le centre-sud de l'Alaska, les limites des domaines coïncidaient avec des ruisseaux et une rivière majeure[42]. Dans une zone de l'intérieur de l'Alaska touchée par un incendie 8 ans auparavant, les limites territoriales s'alignaient précisément sur les zones de transition entre les habitats ripariens et non ripariens[41].

Activité

Une Martre d'Amérique laissant apparaître sa gorge caractéristique de couleur claire.

Les profils d'activité de la Martre d'Amérique varient selon les régions[36], bien que de manière générale, son activité s'avère plus importante en été qu'en hiver[21],[24]. Les individus peuvent être actifs jusqu'à 60 % de la journée en été, mais ce taux chute parfois à seulement 16 % en hiver[24]. Dans le centre-nord de l'Ontario, les martres restent actives environ 10 à 16 heures par jour en toutes saisons, à l'exception de la fin de l'hiver, période où leur activité se réduit à environ 5 heures par jour. Dans le centre-sud de l'Alaska, les martres d'Amérique se montrent plus actives en automne avec 66 % d'activité, qu'à la fin de l'hiver et au début du printemps avec 43 % d'activité[42].

La martre d'Amérique peut mener un mode de vie tant nocturne que diurne. La variabilité des profils d'activité quotidienne a été corrélée à l'activité de ses principales espèces de proies[36],[43], à l'efficacité de la recherche de nourriture[42], au sexe de l'animal, à la réduction de l'exposition aux températures extrêmes[42],[36],[41], aux saisons, ainsi qu'à l'exploitation forestière. Dans le centre-sud de l'Alaska, elles se montrent nocturnes en automne, tandis qu'une forte variabilité individuelle de l'activité nycthémérale s'observe à la fin de l'hiver. L'activité s'étale sur l'ensemble de la journée à la fin de l'hiver et au début du printemps[42].

La distance parcourue quotidiennement peut fluctuer selon l'âge[40], le sexe, la qualité de l'habitat, la saison[44], la disponibilité des proies, les conditions de déplacement, la météo et l'état physiologique de l'individu. Une martre suivie dans le centre-sud de l'Alaska a parcouru à plusieurs reprises entre 11 et 14 km en une nuit pour se déplacer entre deux zones clés de son domaine vital[42]. Un autre individu dans le centre de l'Idaho s'est déplacé jusqu'à 14 km par jour en hiver, bien que ses mouvements soient restés largement confinés à une zone de 518 hectares. Les jeunes martres d'Amérique dans le centre-est de l'Alaska parcourent chaque jour des distances nettement plus longues que les adultes, avec 2,2 km contre 1,4 km en moyenne[40].

Facteurs météorologiques

Une marge d’Amérique marchant sur le sol enneigé, dans le Parc National de Yellowstone.

Les conditions météorologiques peuvent affecter directement l'activité de la martre d'Amérique, son utilisation des sites de repos et la disponibilité de ses proies. Les individus peuvent entrer dans une phase d'inactivité totale lors des tempêtes ou des périodes de froid extrême[36],[45]. Dans l'intérieur de l'Alaska, une diminution marquée de l'activité au-dessus de la couche de neige a été constatée lorsque les températures ambiantes descendaient en dessous de −20 °C[41].

Dans de nombreuses régions de son aire de répartition, un habitat enneigé fournit à la martre d'Amérique une protection thermique importante[46] ainsi que des opportunités pour chasser et se reposer[44]. Les individus peuvent effectuer de longs déplacements sous le manteau neigeux. Ces voies de déplacement subniveaux mesuraient parfois plus de 10 mètres de long dans la péninsule supérieure du Michigan[47].

La martre d'Amérique est parfaitement adaptée à la neige. Dans la péninsule de Kenai, les individus se déplacent dans la neige profonde quelle que soit son épaisseur, leurs empreintes s'enfonçant rarement à plus de 5 cm dans le manteau neigeux. Les profils de précipitations neigeuses peuvent influencer leur distribution, la présence des martres d'Amérique étant fortement liée aux zones de neige profonde[46]. Là où de fortes couches de neige s'accumulent, l'espèce privilégie les types de couverts forestiers qui empêchent la neige de se compacter trop durement, et qui présentent des structures proches du sol, comme des souches, ou des chablis, facilitant l'accès aux sites de chasse subniveaux[48]. Bien qu'elles sélectionnent globalement des habitats caractérisés par une neige profonde, elles peuvent concentrer ponctuellement leur activité dans des parcelles où la neige reste relativement peu épaisse.

Régime alimentaire

La Martre d'Amérique est un prédateur opportuniste, dont l'alimentation est fortement influencée par l'abondance locale et saisonnière ainsi que par la disponibilité des proies potentielles[24]. Elle requiert environ 80 kcal par jour au repos, ce qui équivaut à la consommation de trois campagnols (des genres Microtus, Myodes et Phenacomys)[36]. Les campagnols dominent son régime alimentaire sur l'ensemble de son aire de répartition géographique[24], bien que des proies plus grandes, en particulier le Lièvre d'Amérique et l'Écureuil roux d'Amérique, puissent occuper une place majeure, notamment en hiver[46],[49]. Les campagnols à dos roux (genre Myodes) sont généralement capturés proportionnellement à leur disponibilité sur le terrain, tandis que les campagnols des prés (genre Microtus) sont consommés de manière préférentielle dans la plupart des régions. Les souris sylvestres (Peromyscus maniculatus), les musaraignes, les oiseaux et les charognes sont généralement moins consommés que prévu, mais peuvent constituer des ressources de substitution importantes dans les zones manquant d'autres espèces de proies[23].

Le régime alimentaire de la martre d'Amérique peut varier de façon saisonnière[42],[50],[46],[43],[51] ou annuelle[42],[45]. Généralement, son alimentation se montre plus diversifiée en été qu'en hiver, les menus estivaux intégrant une part plus importante de fruits, de noix, de matière végétale et d'insectes[49]. De manière générale, la diversité du régime de la martre d'Amérique est plus élevée que celle de la Martre caurine, bien qu'une forte diversité alimentaire s'observe également chez cette dernière dans les États de la côte Pacifique. Les martres d'Amérique affichent la diversité de régime la plus faible dans les zones subarctiques, ainsi que dans les régions où l'alimentation lourdement dominée par une espèce de proie de grande taille (comme le lièvre d'Amérique ou l'écureuil roux)[52].

L'espèce pourrait jouer un rôle majeur dans la zoochorie (dispersion des graines) ; les graines traversent généralement son système digestif intactes et conservent une bonne aptitude à la germination. Une étude menée sur l'île Chichagof, dans le sud-est de l'Alaska, a mis en évidence que les graines de l'airelle d'Alaska (Vaccinium alaskensis) et de l'airelle à feuilles ovales (Vaccinium ovalifolium) affichaient des taux de germination supérieurs après avoir transité par le tractus intestinal de la martre d'Amérique, comparativement aux graines simplement tombées du plant mère. L'analyse des déplacements de l'animal combinée aux temps de rétention digestive suggère que la martre d'Amérique est capable de disperser ces graines sur de longues distances ; 54 % des distances de dispersion modélisées dépassaient ainsi 0,5 km[53].

Reproduction

Accouplement

La Martre d'Amérique atteint sa maturité sexuelle à l'âge d'un an, mais la reproduction effective ne survient généralement pas avant l'âge de deux ans[24]. En captivité, des femelles âgées de 15 ans se sont reproduites avec succès[21],[54]. À l'état sauvage, la capacité de reproduction a été documentée chez des femelles âgées de 12 ans[54].

Les adultes mènent une vie généralement solitaire, sauf pendant la saison des amours[21]. L'espèce est polygame et les femelles peuvent traverser plusieurs périodes d'œstrus[54]. Les femelles entrent en œstrus en juillet ou en août[24], la parade nuptiale s'étalant sur environ 15 jours[21]. L'implantation de l'embryon est différée (diapause ovarienne) jusqu'à la fin de l'hiver, et la gestation active dure environ deux mois[26]. Les femelles mettent bas à la fin du mois de mars ou en avril, donnant naissance à une portée de un à cinq petits[24]. Le taux de reproduction annuel s'avère faible au regard des prédictions basées sur la taille corporelle de l'animal. La fécondité varie selon l'âge et les années, et semble directement corrélée à l'abondance de la nourriture[23].

Naissance des petits

Une Martre d'Amérique photographiée à Sitka, en Alaska.

Les femelles utilisent des gîtes pour mettre bas et abriter leurs petits. Ces abris sont classés en deux catégories : les tanières natales, où a lieu la mise bas, et les tanières maternelles, où les femelles déplacent leurs petits après la naissance[23]. Les femelles de la martre d'Amérique explent une grande variété de structures pour établir ces refuges, notamment les branches, les cavités ou les cimes brisées d'arbres vivants, les chicots (arbres morts debout)[44], les souches, les troncs couchés[44], les tas de débris ligneux, les amas rocheux, ainsi que les nids ou les garde-mangers de l'Écureuil roux d'Amérique. La femelle prépare la tanière natale en tapissant la cavité de plantes sèches, de mousse et de feuilles[36]. Elle déplace fréquemment sa portée vers de nouvelles tanières maternelles dès que les petits atteignent l'âge de 7 à 13 semaines. La majorité des femelles passent plus de 50 % de leur temps à s'occuper des tanières pendant les périodes précédant et suivant le sevrage, ce temps de présence diminuant à mesure que les petits grandissent. Aucun soin paternel n'a jamais été documenté chez cette espèce[23].

Croissance des jeunes

Le sevrage intervient à l'âge de 42 jours. Les jeunes commencent à sortir de la tanière vers l'âge de 50 jours, bien que leur mère puisse les déplacer avant cet âge[23]. Dans le nord-ouest du Maine, les petits se montraient actifs mais encore mal coordonnés à l'âge de 7 ou 8 semaines, acquérant une pleine coordination motrice entre 12 et 15 semaines. Les jeunes atteignent leur poids d’adulte vers l'âge de 3 mois[24].

Les petits restent généralement en compagnie de leur mère jusqu'à la fin de leur premier été, et la plupart se dispersent à l'automne[23]. La période de dispersion des juvéniles n'est pas uniforme sur l'ensemble de l'aire de répartition de la martre d'Amérique, s'étandant du début du mois d'août jusqu'à octobre[23]. Dans le centre-sud du Yukon, les jeunes de l'année se dispersent entre la mi-juillet et la mi-septembre, une période qui coïncide avec le début de l'œstrus chez les femelles[34]. Des observations réalisées au Yukon[34] suggèrent toutefois que certains juvéniles peuvent également entamer leur dispersion au début du printemps suivant.

Mortalité et menaces

Une Martre d'Amérique en état d'alerte face à la présence d'un chien.

Espérance de vie et taux de survie

En captivité, la Martre d'Amérique peut vivre jusqu'à l'âge de 15 ans. Le plus vieil individu documenté à l'état sauvage était âgé de 14 ans et demi. Les taux de survie varient selon les régions géographiques, la pression du piégeage, la qualité de l'habitat et l'âge des individus. Dans une population non exploitée du nord-est de l'Oregon, la probabilité de survie d'une martre d'Amérique âgée de 9 mois ou moins s'élevait à 0,55 pour 1 an, 0,37 pour 2 ans, 0,22 pour 3 ans et 0,15 pour 4 ans. La probabilité moyenne annuelle de survie était de 0,63 sur 4 ans[55]. Dans une population soumise au piégeage dans le centre-est de l'Alaska, les taux de survie annuels des adultes oscillaient entre 0,51 et 0,83 sur 3 ans d'étude. Les taux de survie des juvéniles se montraient plus faibles, variant de 0,26 à 0,50[40]. À Terre-Neuve, la survie annuelle des adultes était de 0,83. La survie des juvéniles d'octobre à avril s'élevait à 0,76 au sein d'une population protégée, mais tombait à 0,51 dans les zones ouvertes au colletage et au piégeage[37]. Dans l'ouest du Québec, les taux de mortalité naturelle se sont révélés plus élevés dans les secteurs soumis à des coupes rases que dans les forêts non exploitées[56].

Prédateurs

Les martres d'Amérique sont vulnérables à la prédation par les rapaces et d'autres carnivores. Le risque de prédation pourrait constituer un facteur majeur influençant les choix d'habitats de l'espèce, une hypothèse déduite de son évitement systématique des milieux ouverts et d'observations comportementales similaires réalisées sur la Martre des pins d'Europe[23]. Les prédateurs spécifiques varient selon les régions géographiques. À Terre-Neuve, le Renard roux (Vulpes vulpes) constitue le prédateur le plus fréquent, bien que le Coyote (Canis latrans) et des cas de cannibalisme (conspécifiques) soient également responsables de plusieurs décès[37]. Dans les forêts de feuillus du nord-est de la Colombie-Britannique, la majeure partie de la prédation est attribuée aux oiseaux de proie[57]. Sur l'ensemble de l'aire de répartition de la martre d'Amérique, la liste des prédateurs comprend également le Grand-duc d'Amérique (Bubo virginianus), le Pygargue à tête blanche (Haliaeetus leucocephalus), l'Aigle royal (Aquila chrysaetos), le Lynx roux (Lynx rufus), le Lynx du Canada (Lynx canadensis), le Puma (Puma concolor)[21],[54], le Pékan (Pekania pennanti), le Glouton (Gulo gulo), le Grizzly (Ursus arctos horribilis), l'Ours noir (Ursus americanus) et le Loup gris (Canis lupus)[41].

Chasse et piégeage

La fourrure de la martre d'Amérique est brillante et luxueuse, ressemblant à celle de la Zibeline. Au tournant du XXe siècle, les populations de martres d'Amérique s'étaient effondrées en raison de l'intensité du Commerce de la fourrure. La Compagnie de la Baie d'Hudson faisait notamment le commerce des peaux de cette espèce. De nombreuses mesures de protection et des efforts de réintroduction ont permis aux effectifs de croître à nouveau, mais la Déforestation demeure un problème majeur pour ce mustélidé dans une grande partie de son habitat. Les animaux sont piégés pour leur fourrure dans la quasi-totalité des États et des provinces où ils sont présents[24]. Le prélèvement annuel le plus élevé jamais enregistré en Amérique du Nord a atteint 272 000 individus en 1820[36].

Le piégeage légal représente une source majeure de mortalité chez certaines populations[56],[40] et peut représenter jusqu'à 90 % de la totalité des décès dans certaines régions exploitées[23]. La surpréparation des captures a grandement contribué à des extinctions locales[58]. Le piégeage modifie considérablement la densité de population, le sex-ratio et la structure des âges[23],[24],[36]. Les juvéniles se montrent beaucoup plus vulnérables au piégeage que les adultes[58],[37], et les mâles y sont plus vulnérables que les femelles[23],[37]. Les martres d'Amérique s'avèrent particulièrement exposées à cette mortalité par piégeage au sein des forêts soumises à l'exploitation forestière industrielle[24].

Autres causes et pathologies

Les autres sources de mortalité répertoriées comprennent la noyade[47], la famine, l'exposition aux intempéries[55], l'étouffement ainsi que les infections consécutives à des blessures[37]. Lors des campagnes de capture d'animaux vivants (pour la recherche), une forte mortalité peut survenir si les individus se retrouvent mouillés par temps froid[21].

La martre d'Amérique héberge plusieurs parasites internes et externes, notamment des helminthes (vers), des puces (Siphonaptera) et des tiques (Ixodida)[36]. Dans le centre de l'Ontario, des individus étaient porteurs de la toxoplasmose et de la maladie Aléoutienne, sans toutefois que ces pathologies ne soient soupçonnées de causer une mortalité significative[54]. En revanche, une importante mortalité constatée au sein de la population de Terre-Neuve a été causée par une épidémie d'encéphalite[59].

Notes et références

Voir aussi

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