Pekania pennanti
espèce de mammifères
From Wikipedia, the free encyclopedia
Pékan (De facto), Martre de Pennant, Martre pêcheuse, Martre du Canada
Répartition géographique
- Viverra fusca (P. L. S. Muller, 1776) (Protonyme) [1]
- Mustela canadensis (von Schreber, 1776) [1]
- Mustela Pennanti (Erxleben, 1777) (Protonyme valide) [1]
- Mustela Melanoryncha (Boddaert, 1785) [1]
- Mustela Zibellina nigra (Kerr, 1792) [1]
- Viverra Canadensis (G. K. Shaw, 1800) [1]
- Viverra Piscator (G. K. Shaw, 1800) [1]
- Mustela Nigra (W. Turton, 1802) [1]
- Martes pekan (Muirhead, 1819) [1]
- Gulo Castaneus (Griffith, 1822) [1]
- Mustela Pennantii (I. Geoffroy Saint-Hilaire, 1826) [1]
- Gulo Ferrugineus (J. E. Gray, 1827) [1]
- Mustela piscatoria (Lesson, 1827) [1]
- Ryzaena? Coase (J. B. Fischer, 1829) [1]
- Mustela Godmani (J. B. Fischer, 1829) [1]
- Mustela Canadensis, varietas alba (J. Richardson, 1829) [1]
- Martes Canadensis (C. H. Smith, 1842) [1]
- Eira ferruginea (C. H. Smith, 1842) [1]
- Martes nigra (C. H. Smith, 1842) [1]
- Martes Pennantii (C. H. Smith, 1842) [1]
- Mustela canadensis pacifica (Rhoads, 1898) [1]
- Martes pennanti pacifica (L. Kellogg, 1916) [1]
- Martes pennanti (L. Kellogg, 1916) [1]
- Martes pennanti columbiana (E. A. Goldman, 1935) [1]
- Mustela melanorhyncha (R. A. Powell, 1981) [1]
- Martes pennanti pennanti (Wozencraft, 2005) [1]
- Pekania pennanti R. D. Bradley, Ammerman, R. J. Baker, L. C. Bradley, J. A. Cook, Dowler, C. Jones, Schmidly, Stangl, Van Den Bussche & Würsig, 2014 [1]
Pekania pennanti, le Pékan, anciennement connu sous le nom de Martre de Pennant, est une espèce de mammifères carnivores de la famille des Mustélidés. Originaire d'Amérique du Nord, c’est un animal forestier dont l'aire de répartition couvre une grande partie de la forêt boréale au Canada et le nord des États-Unis. Ce Mustélidé bien que semblable à la Martre d'Amérique (Martes americana) et à la Martre de Merriam (Martes caurina), est bien plus grand et est la seule espèce du genre Pekania.
À l’exception de l’Homme, le pékan n'a que peu de prédateurs. Il est chassé depuis le XVIIIe siècle pour sa fourrure. Ses peaux furent si recherchées qu'il devint localement éteint dans plusieurs régions des États-Unis au début du XXe siècle. Des mesures de protection et de conservation ont permis à l'espèce de se rétablir, mais son aire de répartition actuelle demeure réduite. Dans les années 1920, alors que le prix des fourrures était élevé, certains producteurs de fourrures ont tenté d'élever des pékans. Cependant, leur mode de reproduction inhabituel avec implantation différée rendait l'élevage difficile. Lorsque les prix chutèrent à la fin des années 1940, la plupart des élevages cessèrent. Bien que le pékan évite généralement le contact avec l’Homme, l'expansion des activités humaines dans les milieux forestiers a entraîné certains conflits.
Les mâles et les femelles se ressemblent, mais se distinguent par la taille, les premiers pouvant être deux fois plus grands que les secondes. La fourrure du pékan varie selon les saisons, étant plus dense et plus brillante en hiver. En été, la couleur devient plus bigarrée en raison du cycle de mue. Le pékan préfère chasser dans des forêts denses. Bien qu'il grimpe avec agilité, il passe la majeure partie de son temps au sol, où il cherche sa nourriture autour des arbres tombés. Animal omnivore, il consomme une grande variété de petits animaux et parfois des fruits et des champignons. Il préfère chasser le lièvre d'Amérique et fait partie des rares animaux capables de s'attaquer avec succès aux porcs-épics. Le cycle reproducteur dure presque un an. La femelle met bas au printemps une portée de trois ou quatre petits. Elle les allaite et s'en occupe jusqu'à la fin de l'été, lorsqu'ils sont assez âgés pour se disperser. Les femelles entrent en œstrus peu après la mise bas et quittent le terrier pour trouver un partenaire. L'implantation du blastocyste est retardée jusqu'au printemps suivant, lorsqu'elles mettent bas de nouveau et que le cycle se répète.
Dénominations
- Nom scientifique valide : Pekania pennanti (Erxleben, 1777)[2] ;
- Nom normalisé anglais : Fisher ;
- Nom typique et recommandé en français : Pékan [3],[4],[5],[6], parfois orthographié pécan[5] ;
- Noms vulgaires[note 1] : Martre de Pennant[5],[7],[6] Martre pêcheuse[5],[7], Martre de pékan[7] ;
- Nom vernaculaire, pouvant désigner d’autres espèces : Martre du Canada.
Le nom « pékan », est dérivé de l'langue abénaquise. Dans les langues autochtones, l’espèce peut être désignée sous le nom de wejack, un mot algonquien adopté par les commerçants de fourrures. D'autres noms autochtones désignant le pékan sont le chipewyan thacho[8], et le carrier chunihocho[9], qui signifient tous deux « grande martre », ainsi que le terme wabanaki uskool.
Taxonomie

L’épithète spécifique en latin pennanti, donnant le nom français « Martre de Pennant » rend hommage à Thomas Pennant, qui décrivit l’espèce en 1771. Buffon avait décrit l’animal pour la première fois en 1765, sous le nom français actuel. Pennant examina le même spécimen, mais qu’il décrira sous le nom de fisher, ignorant la description antérieure de Buffon. D'autres scientifiques du XVIIIe siècle lui attribuèrent des noms similaires, comme Schreber, qui le nomma Mustela canadensis, et Boddaert, qui le nomma Mustela melanorhyncha[10]. Le pékan fut finalement placé dans le genre Martes par Smith en 1843[11], mais le zoologiste Britannique John Edward Gray constatait déjà des élément spécifiques au genre Martes et le plaça dans le groupe prévisionnel Pekania[12]. En 2008, les avancées dans les analyses ADN ont permis une étude plus détaillée de l'histoire évolutive du pékan. Il a été établi que le l’espèce et le genre Martes descendent d’un ancêtre commun, mais que le pékan était suffisamment distinct pour justifier la création de son propre genre. Le genre Pekania a donc été créé, et le pékan a alors été reclassé sous le nom Pekania pennanti[13],[14].
Les membres du genre Pekania se distinguent par la présence de quatre prémolaires sur les mâchoires supérieures et inférieures. Son parent proche, Mustela, n'en possède que trois. Le pékan possède 38 dents[15].
Phylogénie
Cladogramme des genres de Guloninae selon Koepfli et al. (2008) [13]:
|
Genre Eira (Tayra) | |||||||||||||
| |||||||||||||
Évolution
Certaines preuves suggèrent que les ancêtres du pékan ont migré vers l’Amérique du Nord pendant le Pliocène il y a entre 2,5 et 5 millions d'années. Deux mustélidés éteints, Pekania palaeosinensis et P. anderssoni, ont été découverts en Asie orientale. Le premier véritable pékan, P. diluviana, n’a été trouvé qu’en Amérique du Nord au Pléistocène moyen. P. diluviana semble étroitement lié aux fossiles asiatiques, ce qui suggère une migration. P. pennanti est attesté dès le Pléistocène supérieur, il y a environ 125 000 ans. Aucun changement majeur n’est observé entre le pékan pléistocène et le pékan moderne. Les fossiles indiquent que l’aire de répartition du pékan s’étendait plus au sud qu’aujourd’hui.
Trois sous-espèces ont été identifiées par Goldman en 1935 : Martes pennanti columbiana, M. p. pacifica et M. p. pennanti. Des recherches ultérieures ont remis en question la possibilité d’identifier ces sous-espèces de manière fiable. En 1959, E.M. Hagmeier conclut que les sous-espèces ne peuvent être distinguées ni par la fourrure, ni par le crâne. Bien que certains débats subsistent, le pékan est généralement reconnu comme une espèce monotypique sans sous-espèce actuelle[16].
Description
Le corps du pékan est long, fin et proche du sol. Les sexes présentent des caractéristiques physiques similaires, mais il existe un dimorphisme sexuel par la taille, le mâle étant beaucoup plus grand que la femelle. Les premiers mesurent de 90 à 120 cm de longueur totale et pèsent de 3,5 à 6,0 kg. Les secondes mesurent de 75 à 95 cm et pèsent de 2,0 à 2,5 kg. La longueur tête-corps des deux sexes varie de 47 à 75 cm, la queue ajoutant 30 à 42 cm supplémentaires[17],[18],[19]. Le plus grand mâle jamais enregistré pesait 9 kg[20].
Le pelage du pékan change selon les saisons et diffère légèrement entre les sexes. Les mâles ont un poil plus grossier que les femelles. En début d’hiver, le pelage est dense et brillant, allant de 30 mm sur la poitrine à 70 mm sur le dos. La couleur varie du brun foncé au noir, bien que le pelage paraisse beaucoup plus foncé en hiver lorsqu’il contraste avec la neige. De la face aux épaules, le pelage peut être gris doré ou argenté à cause des poils de garde tricolores. Le face dorsale du pékan est presque entièrement brune, sauf pour des taches aléatoires de poils de couleur blancs ou crème. En été, la couleur du pelage est plus variable et peut s’éclaircir considérablement. La mue commence à la fin de l’été et se termine en novembre ou décembre[21].
Le pékan possède cinq doigts à chaque patte, avec des griffes rétractiles non gainées. Ses pieds sont grands, ce qui facilite ses déplacements sur la neige. En plus des doigts, quatre coussinets centraux se trouvent sur chaque pied. Sur les pattes arrière, des poils raides poussent entre les coussinets et les doigts, augmentant l’adhérence sur les surfaces glissantes[22]. Les chevilles sont très mobiles et permettent de faire pivoter les pattes arrière presque à 180°, facilitant les déplacements dans les arbres et la descente la tête la première[23],[24]. Le pékan fait partie des rares mammifères capables de descendre de cette manière[25].
Une tache circulaire de poils sur le coussinet central des pattes arrière correspond à des glandes plantaires qui émettent une odeur caractéristique. Comme ces taches s’élargissent pendant la saison de reproduction, elles servent probablement à créer une piste olfactive permettant aux individus de se retrouver pour s’accoupler[22].
- Vue de face d'un Pékan en manteau d'hiver.
- Tête de face, pelage d’été.
- Tête de face, pelage d’hiver.
- Boîte crânienne vue sous différents angles.
Répartition

- Répartition actuelle
- Répartition historique
Le pékan est largement répandu dans les forêts du nord de l’Amérique du Nord. Il est présent dans la ceinture de forêts boréales et mixtes feuillus-conifères qui s’étend à travers le Canada, de la Nouvelle-Écosse à l’est jusqu’au littoral pacifique de la Colombie-Britannique et au nord jusqu’à l’Alaska. Il est présent jusqu’au lac des Esclaves dans les Territoires du Nord-Ouest et jusqu’aux montagnes de l’Oregon au sud. Des populations isolées existent dans la Sierra Nevada en Californie, dans toute la Nouvelle-Angleterre, dans les monts Catskill de New York et dans les monts Appalaches de Pennsylvanie, Maryland, Virginie-Occidentale[26], et en Virginie[27].
À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, le pékan a été pratiquement éliminé du sud et de l’est de son aire de répartition, incluant la plupart des États américains et l’est du Canada, dont la Nouvelle-Écosse. La chasse excessive et la perte de son habitat forestier sont les principales causes du déclin[28],[29].
Dans les années 1930, la plupart des États avaient instauré des restrictions sur le piégeage du pékan, coïncidant avec la fin du boom forestier. La combinaison forest regrowth sur les terres agricoles abandonnées et l’amélioration de la gestion forestière a permis d’augmenter l’habitat disponible et de favoriser la récupération des populations résiduelles. Depuis, les populations se sont suffisamment rétablies pour que l’espèce ne soit plus considérée en danger. L’augmentation de la couverture forestière dans l’est de l’Amérique du Nord devrait maintenir des populations robustes à court terme. Entre 1955 et 1985, certains États ont autorisé la reprise limitée du piégeage. Dans les zones où le pékan avait été éliminé, les populations de porcs-épics ont ensuite augmenté, provoquant des dégâts importants sur les cultures forestières. Dans ces cas, le pékan a été réintroduit par relocalisation d’adultes dans la forêt. Une fois les populations rétablies, les effectifs de porcs-épics sont revenus à des niveaux naturels[30]. Dans l’État de Washington, des observations ont été rapportées jusque dans les années 1980, mais une enquête approfondie dans les années 1990 n’a trouvé aucun individu[31].
Des populations dispersées existent maintenant dans le nord-ouest Pacifique. En 1961, des pékans de Colombie-Britannique et du Minnesota ont été réintroduits en Oregon, dans le sud des Cascades près de chutes de Klamath et dans les monts Wallowa près de La Grande. Entre 1977 et 1980, des pékans ont été introduits autour du Crater Lake[32]. À partir de , des pékans ont été réintroduits dans l’État de Washington[33]. La réintroduction initiale concernait la péninsule Olympique pour un total de 90 individus, suivie d’introductions dans le sud des Cascades. Les animaux réintroduits sont surveillés par collier radio et caméras automatiques et se reproduisent[34]. Entre 2008 et 2011, une quarantaine de pékans ont été réintroduits dans le nord de la Sierra Nevada près de Stirling City, complétant les populations présentes dans le Yosemite National Park et le long de la frontière nord de la Californie entre les Pacific Coast Ranges et les monts Klamath[35]. Les pékans sont une espèce protégée en Oregon, Washington et Wyoming. En Idaho et en Californie, ils sont protégés par une fermeture de la saison de piégeage, sans protection spécifique [36] ; toutefois, en Californie, le pékan bénéficie du statut « menacé » en vertu de l’Endangered Species Act[37]. En , l’U.S. Fish and Wildlife Service a recommandé de retirer le pékan de la liste des espèces en danger en Idaho, Montana et Wyoming[18].
Des études récentes et des observations anecdotiques montrent que le pékan commence à prendre possession des zones suburbaines, des terres agricoles et des zones périurbaines dans plusieurs États américains et dans l’est du Canada, jusqu’au nord du Massachusetts, de New York[38],[39],le Connecticut[40],du Minnesota et de lowa[41], et même dans le nord-ouest du New Jersey[42]. Ayant pratiquement disparu après la construction du Cape Cod Canal au début des années 1900, certaines observations montrent que des populations se sont rétablies sur Cape Cod[43],[44],[45],[46], bien que ces populations soient probablement plus petites que celles de l’ouest de la Nouvelle-Angleterre[44].
Biologie et comportement
Habitat

Bien que les pékans soient de bons grimpeurs, ils passent la majorité de leur temps au sol et préfèrent les étendues forestières continues à tout autre type d’habitat. On les trouve dans de vastes forêts de conifères typiques de la forêt boréale, mais ils sont aussi communs dans les forêts mixtes de feuillus et de conifères. Les pékans privilégient les zones où la couverture forestière dépasse 80 % et évitent celles où elle est inférieure à 50 %[47]. Ils sont plus fréquemment observés dans les forêts primaires. Comme les femelles ont besoin d’arbres de taille modérée pour mettre bas, les forêts ayant subi une exploitation intensive et présentant une forte proportion de peuplements de jeunes arbres semblent inadaptées à leurs besoins[48].
Les pékans sélectionnent également des habitats où le sol forestier comporte de grandes quantités de bois mort de gros diamètre. Dans les forêts de l’Ouest, où les incendies éliminent régulièrement les débris du sous-bois, ils montrent une préférence pour les zones boisées rivulaires[49],[50],[51]. Les pékans tendent à éviter les zones où la neige est profonde. L’habitat est également influencé par la compaction et la teneur en eau de la neige[52].
Chasse et alimentation
Le pékan est un prédateur généraliste. Bien que ses proies principales soient le lièvre d’Amérique et le porc-épic d’Amérique, il complète également son régime par des insectes, des noix, des baies et des champignons. On l’a observé mangeant de petites pommes en hiver. Étant un chasseur solitaire, le choix de ses proies est limité par sa taille. L’analyse des contenus stomacaux et des excréments a révélé la présence d’oiseaux, de petits mammifères et même de cerfs, ces derniers indiquant qu’il ne dédaigne pas manger des charognes[53]. Bien que ce comportement soit rare, le pékan a été observé en train de tuer des animaux plus grands, tels que le dindon, le raton laveur, le renard, la martre, le vison, la loutre, le lynx du Canada et le lynx roux[54],[55],[56],[57].
Les ratons laveurs peuvent être tués par un pékan de grande taille, que ce soit dans les arbres ou au sol. Les pékans peuvent également capturer des martres au sol ou dans les arbres ; généralement, une zone possède soit une population de pékans, soit de martres, mais rarement les deux[57].
Des chercheurs dans le Maine ont trouvé « environ une douzaine » de cas confirmés de prédation de pékans sur le lynx du Canada, et plusieurs autres cas suspects, dans une zone de quatre townships[58]. Selon le biologiste Scott McClellan du Maine Department of Inland Fisheries and Wildlife, les pékans impliqués attaquaient les lynx couchés dans la neige en tempête par une morsure rapide et puissante au cou[58]. Des signes de lutte indiquaient que certains lynx essayaient de se défendre, mais McClellan précise que « les pékans finissaient rapidement les félins. Il y avait certainement de la lutte, mais elle ne durait pas longtemps. Des branches cassées, des touffes de fourrure et des griffures indiquaient que le lynx essayait de s’échapper. »[58]. L’étude de McClellan publiée dans The Journal of Wildlife Management documente 14 cas de lynx du Canada tués par des pékans entre 1999 et 2011 dans le nord du Maine, et montre que la prédation était la principale cause de mortalité dans cette zone, 18 morts, dont 14 par pékan[59].
Les pékans sont l’un des rares prédateurs capables de s’attaquer aux porcs-épics. La littérature populaire rapporte qu’ils peuvent retourner un porc-épic sur le dos et « vider son ventre comme un melon mûr »[60] Cette idée a été identifiée comme une exagération dès 1966[61]. Les études d’observation montrent que les pékans attaquent plusieurs fois la face d’un porc-épic et le tuent après environ 25–30 minutes[62].
Reproduction
La femelle commence à se reproduire vers l’âge d’un an et son cycle reproductif dure presque un an. L'accouplement a lieu entre fin mars et début avril. Le blastocyste est alors soumis à une diapause de dix mois jusqu’à mi-février de l’année suivante, date à laquelle la gestation active commence. Après environ 50 jours de gestation, la femelle met bas un à quatre petits[63]. La femelle entre ensuite en œstrus 7 à 10 jours plus tard, et le cycle de reproduction recommence[64].
Les femelles nichent dans des arbres creux. Les petits naissent aveugles, sans défense et partiellement couverts de poils fins. Ils commencent à ramper après environ trois semaines et ouvrent les yeux vers sept semaines. Ils commencent à grimper vers huit semaines. Les petits dépendent complètement du lait maternel pendant huit à dix semaines, puis passent progressivement à une alimentation solide. Après quatre mois, ils deviennent intolérants à leurs frères et sœurs, et à cinq mois, la mère les pousse à devenir indépendants. Après un an, les jeunes ont établi leur propre territoire[64].
Structure sociale et territoire
Les pékans sont généralement crépusculaires, étant plus actifs à l’aube et au crépuscule. Ils sont actifs toute l’année et vivent en solitaire, ne se regroupant que pour se reproduire. Les mâles deviennent plus actifs pendant la saison de reproduction. Les femelles sont moins actives pendant la gestation et augmentent progressivement leur activité après la mise bas[64].
Le territoire de chasse d’un pékan varie de 6,6 km2 en été à 14,1 km2 en hiver. Des territoires jusqu’à 20,0 km2 sont possibles selon la qualité de l’habitat. Les territoires des mâles et des femelles se chevauchent. Ce comportement est imposé aux femelles par les mâles, en raison de leur dominance en taille et de leur volonté d’augmenter leur succès reproductif[49].
Prédateurs et parasites
Autant que l’on sache, les pékan adultes ne subissent pas de prédation régulière. Leurs prédateurs comprennent les ours (Ursus spp), les coyotes (Canis latrans), les aigle royaux (Aquila chrysaetos), les Pygargues à tête blanches (Haliaeetus leucocephalus), les lynxs (Lynx sp.), les pumas (Puma concolor), les gloutons (Gulo gulo), et peut-être les grand-ducs (Bubo virginianus)[65],[66],[67].
Les parasites du pékan incluent le nématode Baylisascaris devosi, le ténia Taenia sibirica, le nématode Physaloptera sp., les trématodes Alaria mustelae et Metorchis conjunctus, le nématode Trichinella spiralis, et Molineus sp.[68].
Le pékan et l’Homme
Les pékans ont eu une longue histoire de contacts avec l’Homme, mais la plupart de ces interactions ont été préjudiciables aux populations de l’espèce. Si les attaques sur l’Homme sont extrêmement rares, ils peuvent attaquer s’ils se sentent menacés ou acculés. Ils peuvent s’en prendre aux enfants, un cas parle d’une attaque sur un enfant de 6 ans[69],[70] et un autre sur un garçon de douze ans[71].
Commerce de la fourrure et conservation

Les pékans sont piégés depuis le XVIIIe siècle. Ils ont été populaires auprès des trappeurs en raison de la valeur de leur fourrure, utilisée pour des écharpes et des pièces de col. Il est rapporté que des queues de pékan ont servi à fabriquer des spodiks, un type de chapeau cérémoniel porté par certains courants hassidiques[réf. nécessaire].
Les meilleures peaux proviennent d’individus dans leur pelage d’hiver ; celles de printemps sont de qualité moindre, et les plus mauvaises proviennent des captures hors saison, lorsque les pékans muent. Ils sont faciles à capturer, et la valeur de leur fourrure incitait au piégeage[74].
Les prix des peaux ont varié considérablement au cours des 100 dernières années. Ils étaient plus élevés dans les années 1920–1930, avec un prix moyen d’environ 100 $ US [75]. En 1936, les peaux se vendaient entre 450 et 750 $ à New York[76]. Les prix ont décliné dans les années 1960, puis ont augmenté à la fin des années 1970. En 1979, la Compagnie de la Baie d’Hudson payait 410 $ pour une peau de femelle[76]. En 1999, 16 638 peaux ont été vendues au Canada pour 449 307 $ canadiens, soit un prix moyen de 27 $[77].
Entre 1900 et 1940, les pékans ont frôlé l’extinction dans le sud de leur aire de répartition en raison du piégeage excessif et de la modification de leur habitat. En Nouvelle-Angleterre, les pékans et la plupart des autres animaux à fourrure ont presque disparu en raison de pratiques de piégeage non réglementé. L’espèce a été éradiquée dans de nombreux États du Nord après 1930, mais restait assez abondante au Canada pour maintenir une récolte annuelle de plus de 3000 individus. Une protection limitée a été instaurée au début du XXe siècle, mais la protection totale n’a été accordée qu’en 1934. Les périodes de fermeture, la régénération forestière et les réintroductions ont permis leur retour dans une grande partie de leur aire originelle[75].
Le piégeage a repris aux États-Unis après 1962, lorsque les effectifs s’étaient suffisamment rétablis. Au début des années 1970, la valeur élevée des peaux de pékan a conduit à un nouveau crash démographique en 1976. Après quelques années de fermeture, la chasse a rouvert en 1979 avec une saison raccourcie et des quotas réduits. La population a depuis augmenté régulièrement, malgré une valeur marchande bien plus faible[72].
Captivité

Les pékans ont été capturés vivants pour l’élevage pour la fourrure, les zoos et la recherche scientifique. De 1920 à 1946, le prix moyen d’une peau était d’environ 137 $ canadien. Étant donné la valeur de leur fourrure, des tentatives ont été faites pour élever des pékans en captivité. L’élevage à fourrure étant populaire pour des espèces comme le vison ou l’hermine, on pensait appliquer les mêmes techniques, mais les éleveurs ont rencontré des difficultés en raison du cycle reproducteur particulier du pékan. La diapause embryonnaire était alors inconnue. Les éleveurs notaient que les femelles s’accouplaient au printemps mais ne mettaient pas bas. Avec le déclin des prix, la plupart des élevages ont fermé à la fin des années 1940[78].
Les pékans ont également été élevés dans certains zoos, mais ils y sont assez rares. Ce sont de mauvais animaux d’exposition car ils se cachent presque toute la journée. Certains zoos ont eu des difficultés à les maintenir vivants, car ils sont sensibles à de nombreuses maladies en captivité[79]. Toutefois, un pékan captif a quand même vécu jusqu’à 10 ans, et un autre jusqu’à environ 14 ans[80], bien au-dessus de leur longévité de 7 ans dans la nature[81],[82].
En 1974, R. A. Powell a élevé deux jeunes pékans pour étudier leur activité et leurs besoins énergétiques. Il les plaçait sur des tapis roulants simulant l’effort en milieu naturel et comparait leur dépense énergétique à leur alimentation. L’étude dura deux ans. Après un an, l’un des deux est mort pour une raison inconnue. L’autre a été relâché dans la péninsule supérieure du Michigan[83].
Interactions avec les animaux domestiques

Dans certaines régions, les pékans peuvent devenir des nuisibles lorsqu’ils attaquent les poulaillers, et des cas de prédation sur des chats et de petits chiens ont été rapportés[84],[85],[86],[87],[88],[89]. Cependant, une étude de 1979 examinant le contenu stomacal de tous les pékans piégés au New Hampshire n’a trouvé des poils de chat que dans un seul des plus de 1 000 estomacs analysés[90]. Une étude de 2011 en banlieue de l’État de New York n’a trouvé aucun reste de chat dans 24 échantillons, et une étude antérieure n’en a trouvé aucun reste dans 226 échantillons du Massachusetts[91].
Empoisonnement

En 2012, une étude menée par le Integral Ecology Research Center[92], l’UC Davis, l’ US Forest Service et la tribu Hupa a montré que les pékans de Californie étaient exposés et parfois tués par des raticides anticoagulants associés à la culture du cannabis[93]. Dans cette étude, 79 % des animaux testés en Californie étaient exposés à une moyenne de 1,61 raticides anticoagulant, et quatre sont morts de cette exposition. Une étude de suivi en 2015 a montré que cette tendance augmentait à 85 %, avec une moyenne de 1,73 raticides par individu, et neuf décès supplémentaires, pour un total de 13[94]. L’importance des cultures de cannabis dans les territoires du pékan a été confirmée par une étude de 2013 portant sur leur survie dans la forêt nationale de la Sierra[95]. Les pékans avaient en moyenne 5,3 sites de culture dans leur domaine vital[95] ; un individu en avait 16.
Littérature
L’une des premières mentions du pékan dans la littérature apparaît dans The Audubon Book of True Nature Stories. Robert Snyder y raconte plusieurs rencontres avec des pékans dans les montagnes Adirondacks, dont une où il assiste à l’attaque d’un porc-épic[96].
Dans Winter of the Fisher, Cameron Langford raconte une rencontre fictive entre un pékan et un vieil homme vivant isolé dans la forêt. L’ermite libère le pékan d’un piège et le soigne jusqu’à ce qu’il puisse retourner à la vie sauvage[97].
Les pékans apparaissent aussi dans d’autres ouvrages, dont The Blood Jaguar, Ereth's Birthday et Egg Marks the Spot, ainsi que dans The Sign of the Beaver, où un pékan est supposé avoir été pris dans un piège[98],[99],[100].