Mebon occidental
temple, situé au centre du Baray occidental, réservoir de la zone d'Angkor, Cambodge
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Le Mebon occidental — certains auteurs francophones accentuent l'une ou l'autre des deux voyelles du nom : Bérénice Geoffroy-Schneiter écrit « Mébon »[1] , [2] tandis que Maurice Glaize écrit « Mébôn » [3] — (Khmer : ប្រាសាទមេបុណ្យខាងលិច) est un temple probablement construit au XIᵉ siècle. Il est situé au sein du complexe archéologique d’Angkor, au centre du baray occidental, le plus vaste réservoir du site. On y a mis au jour un bronze de Vishnou couché sur le serpent Ananta (Anatashayin), la plus grande statue ancienne de ce type découverte au Cambodge, mesurant plus de cinq mètres de longueur[4],[5].

De vastes travaux de restauration sont menés depuis une décennie pour remettre pleinement le site en valeur et améliorer sensiblement la compréhension de son histoire ; ils sont encore en cours[6].
Histoire et description

La construction du Mebon occidental remonte probablement au XIᵉ siècle, sous le règne de Sūryavarman Iᵉʳ ou de son successeur Udayādityavarman II. Dédié à Vishnou, le temple adopte un plan carré d’environ 100 mètres de côté, presque entièrement occupé par un bassin[4]. Chaque côté est bordé d’une enceinte percée de trois gopura monumentales en grès, en forme de tours couronnées de fleurs de lotus. Au total, on dénombre 16 tours. Au centre du bassin se dresse une plate-forme de pierre, lieu de culte, reliée au gopura oriental par un pont ; c’est là qu’ont été découverts les fragments du grand Vishnou de bronze, aujourd’hui conservé au Musée national du Cambodge à Phnom Penh.
De l’ensemble architectural ne subsistent plus que la plate-forme centrale et l’essentiel du mur oriental avec ses portes, les autres élévations n’étant plus visibles qu’à l’étiage du baray. En saison sèche, le temple est accessible par voie terrestre, tandis qu’en saison des pluies, la montée des eaux du baray occidental (8 × 2 km) en fait une véritable île. Installé ainsi au milieu d’une vaste étendue d’eau, le Mebon occidental reprend le symbolisme khmer des fossés et bassins figurant l’océan primordial entourant le monde des dieux de l'hindouisme.
Découverte du grand Vishnou couché

À la fin du XIIIᵉ siècle, le diplomate chinois Zhou Daguan visite Angkor et mentionne, dans son récit, que le Mebon occidental et le temple situé au centre du baray oriental abritent de grandes statues de Bouddha dont l’eau jaillirait du nombril[4]. La plupart des chercheurs estiment aujourd’hui qu’il a en réalité confondu une statue de Vishnou avec une représentation bouddhique.
En 1936, à la suite du rêve d’un villageois affirmant qu’un Bouddha était enfoui dans le Mebon occidental, le conservateur d’Angkor Maurice Glaize entreprend des fouilles et met au jour un réseau de tuyaux de bronze ainsi que la plus grande sculpture de bronze khmère connue : un Vishnou couché sur le serpent Ananta, long à l’origine de 5 à 6 mètres. Le dieu, endormi sur l’océan primordial, médite la création du monde ; de son nombril doit s’élever un lotus d’or d’où naît Brahmā, ce que les archéologues relient à un dispositif d’écoulement de l’eau, faisant jaillir le liquide du corps même de la divinité[7],[8]. Le Mebon occidental apparaît ainsi comme un lieu unique, au cœur d’une véritable mise en scène rituelle de l’eau, dimension moins spectaculaire qu’Angkor Vat ou le Bayon, mais tout aussi fondamentale.
La statue colossale est aujourd’hui fragmentaire : un buste de 2,2 mètres de long en bon état (tête, haut du torse et bras droits), une quarantaine de grands éléments et plusieurs centaines de fragments plus petits, soit seulement 25 à 30 % de l’œuvre originelle, selon Pierre Baptiste (musée Guimet)[9].
En 2024–2025, le « Vishnou du Mebon occidental » fait l’objet d’un important programme d’étude et de restauration associant le Musée national du Cambodge, le musée Guimet, le C2RMF et l’École française d’Extrême-Orient[10]. Il est ensuite présenté, aux côtés de 126 pièces de bronze cambodgiennes du IXᵉ siècle à nos jours, dans l’exposition « Bronzes royaux d’Angkor, art du divin » au musée Guimet, du au [5].
Travaux de restauration
Des premiers travaux de restauration sont entrepris au Mebon occidental dès les années 1940, puis le site ne bénéficie plus, pendant plusieurs décennies, que d’une maintenance de routine assurée par l’Autorité APSARA. Après avoir achevé la restauration du Baphuon, l’École française d’Extrême-Orient (EFEO) lance en 2012 une vaste campagne de restauration du Mebon occidental, placée sous la responsabilité de Pascal Royère. Les travaux, menés conjointement par des équipes cambodgiennes et françaises (conservateurs, sculpteurs, ingénieurs, architectes), se révèlent plus complexes que prévu en raison de la dispersion des blocs de grès et de la difficulté à reconstituer l’agencement originel du monument[4]. Pour permettre un chantier continu malgré la mousson, un batardeau est construit autour du temple, les matériaux sont acheminés par bateau et des maquettes 3D détaillées sont élaborées en amont des opérations[4].
Cette grande phase de remise en valeur atteint une première étape en 2018, mais le programme de restauration se poursuit et devrait s’achever en 2026, en amont du Sommet de la Francophonie organisé au Cambodge. À l’issue des travaux, le site doit être pleinement rouvert au public et complété par des expositions présentant les éléments partiellement restaurés, afin d’offrir aux visiteurs une meilleure compréhension de l’histoire du temple[4].