Mohammad Ali al-Jabari
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Mohammad Ali al-Jabari, né en 1900 à Hébron et mort le 29 mai 1980 dans la même ville, est un homme politique palestinien.
Il est nommé maire de Hébron en 1940 par les autorités du mandat britannique. Il exerce cette fonction, avec des interruptions, sous administration britannique, jordanienne puis israélienne, jusqu'en 1976. En décembre 1948, il préside le congrès de Jéricho (en), dont les résolutions entérinent de fait l'annexion de la Cisjordanie par la Jordanie. Il s'intègre par la suite dans les institutions du royaume hachémite, comme membre du Sénat et plusieurs fois ministre entre 1955 et 1961.
Après la guerre des Six Jours, il adopte une position pragmatique à l'égard de l'occupation israélienne et plaide pour la création d'un État palestinien indépendant, démilitarisé et fédéré avec Israël. Il prend part aux tentatives israéliennes de mise en place d'une administration civile arabe en Cisjordanie.
Il fonde l'université de Hébron en 1971.
Mohammad Ali al-Jabari naît à Hébron en 1900. Il étudie à l'université al-Azhar du Caire, où il obtient le diplôme d'Ahliyya en 1918, puis l'Alimiyya en sciences islamiques en 1921. Il rentre à Hébron en 1922 puis enseigne à la mosquée Ibrahimi. Il s'engage dans la vie publique à partir de 1924 au sein de l'Association musulmane-chrétienne de Hébron, puis adhère en 1935 au Parti arabe de Palestine de Jamal al-Husseini[1].
Les autorités du mandat britannique le nomment maire de Hébron en 1940. Il reste en poste jusqu'en 1948[1]. Il est ensuite reconduit à plusieurs reprises sous administration jordanienne jusqu'en 1958, date à laquelle il démissionne. Il exerce de nouveau la fonction de maire, par décret royal, avec le rang de ministre du conseil, de 1964 jusqu'en 1976[2], lorsqu'il est battu par une liste pro-Organisation de libération de la Palestine (OLP)[1].
En décembre 1948, il préside le congrès de Jéricho (en), réunion de notables palestiniens dont les résolutions entérinent de fait l'annexion de la Cisjordanie par la Jordanie[3]. Membre du Sénat jordanien de 1950 à 1963, il occupe par intermittence entre 1955 et 1961 les portefeuilles de l'agriculture, de la justice et de l'éducation au sein de plusieurs gouvernements du royaume[1].
Après la guerre des Six Jours, il tente d'adopter une position pragmatique à l'égard des autorités d'occupation israéliennes, tout en plaidant pour la création d'un État palestinien indépendant[3]. Dès les premiers jours de l'occupation israélienne de la Cisjordanie, Jabari figure parmi les notables palestiniens les plus prompts à envisager une issue négociée avec Israël. Le 16 juin, il est le premier à s'exprimer publiquement en ce sens, en proposant que les dirigeants palestiniens de Cisjordanie et les Palestiniens citoyens d'Israël soient réunis au sein d'une même assemblée, chargée d'élaborer un plan de paix sur la base du plan de partage de 1947[4].
Il préconise la création d'un État palestinien démilitarisé, fédéré avec Israël, et se dit prêt à servir de médiateur auprès du gouvernement jordanien[4]. Il propose également une phase transitoire de cinq ans assortie d'un redéploiement militaire israélien, à l'issue de laquelle les Palestiniens exerceraient leur droit à l'autodétermination[1],[5]. Il soumet cette proposition à l'envoyé de l'ONU Gunnar Jarring fin 1969[1], position qui lui vaut des critiques de la part de la Jordanie et de l'OLP[5].
Selon l'ancien officier supérieur du Shin Bet David Ronen, des discussions israélo-palestiniennes auraient abouti à l'automne 1967 à un accord par lequel Mohammad Ali al-Jabari aurait assumé le poste de Premier ministre d'un État palestinien en Cisjordanie, la seule question en suspens portant sur le choix de la capitale entre Hébron et Ramallah[6].
À la suite du sommet de Khartoum, Jabari accorde des entretiens à la presse et rencontre des diplomates étrangers pour défendre la création d'une entité palestinienne indépendante, et cherche également à rallier les Gazaouis à l'idée d'un État palestinien. Il propose la constitution d'un comité exécutif de douze membres, élu par une conférence rassemblant 2 000 délégués palestiniens, qui serait habilité à négocier un règlement de paix avec Israël et les États arabes voisins[7].
Cette prise de position lui vaut de violentes attaques de la part d'Amman, qui le qualifie d'« agent » et d'« outil aux mains de l'ennemi », ainsi que des condamnations émanant du Comité d'orientation nationale (en) de Jérusalem-Est. Un journaliste français rapporte par ailleurs que le maire de Naplouse, Hamdi Kan'an, aurait laissé entendre qu'il serait « bientôt égorgé »[7].
En avril 1968, il rencontre le Premier ministre israélien Levi Eshkol et lui propose la création d'une administration civile arabe en Cisjordanie dont il serait le gouverneur, affirmant bénéficier du soutien de Bethléem et de Ramallah, soit entre 100 000 et 150 000 personnes. Il conditionne l'extension de son autorité à l'obtention de la bande de Gaza, dont les réfugiés devraient selon lui émigrer vers la rive est du Jourdain, et réclame un accès libre à l'esplanade des Mosquées pour Jérusalem. Eshkol lui répond par courrier en exprimant sa confiance dans la poursuite de leurs échanges autour de leurs « intérêts et objectifs communs »[8].
Refusant de signer une déclaration condamnant l'occupation de Jérusalem lors d'une réunion chez Anouar Nuseibeh (en), Jabari déclare à un journaliste israélien au sujet du régime jordanien : « Je ne suis pas prêt à suivre des ordres venus de l'extérieur. » En mai, il élabore avec le sénateur jordanien Wadi' Di'mas un plan prévoyant la constitution d'un canton palestinien limité à Hébron, Bethléem, Beit Jala et Beit Sahour et subordonné au gouvernement militaire israélien, excluant délibérément le nord de la Cisjordanie jugé peu réceptif à une telle démarche[8].
À l'été 1968, Jabari s'impose comme l'interlocuteur principal des tentatives israéliennes de mise en place d'une administration civile arabe en Cisjordanie occupée. Moshe Sasson, envoyé du gouvernement israélien, le sollicite comme personnalité modérée du sud de la Cisjordanie. Jabari accepte de participer au projet, mais pose comme condition d'en être nommé gouverneur civil — non seulement du district d'Hébron, mais de l'ensemble de la Cisjordanie —, et depuis le palais (en) de Hussein ibn Talal à Tell el-Foul. Cette exigence suscite des frictions avec les notables de Bethléem et de Beit Jala, qui refusent de lui être subordonnés[9].
Après des tractations au cours du mois de juillet, Jabari conditionne son soutien à une administration couvrant l'intégralité de la Cisjordanie, invoquant la crainte de représailles jordaniennes. Le projet s'effondre définitivement fin juillet, après qu'un communiqué du premier ministre jordanien Bahjat Talhouni dénonce publiquement la manœuvre et menace de mort les « collaborateurs ». Lors d'une rencontre avec Levi Eshkol en août, Jabari plaide en faveur d'une initiative unilatérale israélienne, mais s'oppose aux projets de réinstallation de réfugiés de Gaza dans la région d'Hébron qu'Eshkol lui soumet avec insistance[9].
Mohammad Ali al-Jabari s'oppose à la résistance armée des fedayin dans les territoires occupés, estimant qu'elle ne fait que desservir les Palestiniens[10]. En 1969, il envoie une délégation à Amman pour demander au Fatah de cesser son activité dans la région de Hébron. La presse jordanienne rapporte que Yasser Arafat aurait refusé la demande[11].
Il fonde l'université de Hébron en 1971[1].
Il meurt le 29 mai 1980 à Hébron[1].
Références
- 1 2 3 4 5 6 7 8 (en) « Mohammed Ali al-Ja‘bari - Political Leaders (1900 - 1980) » [archive du ]
, sur Interactive Encyclopedia of the Palestine Question (consulté le ) - ↑ (en) « Municipal Council over the Years »
, sur Site de la ville de Hébron (consulté le ) - 1 2 (en) Avi Raz, The Bride and the dowry: Israel, Jordan, and the Palestinians in the aftermath of the June 1967 War, Yale University Press, (ISBN 978-0-300-17194-5), « Dramatis Personae », xxviii
- 1 2 (en) Avi Raz, The Bride and the dowry: Israel, Jordan, and the Palestinians in the aftermath of the June 1967 War, Yale University Press, (ISBN 978-0-300-17194-5), chap. 1 (« The Two Options: 5 June-Early July 1967 »), p. 31-33
- 1 2 (en) « MOHAMMED ALI (SHEIKH) JA’ABARI »
, sur Palestinian Academic Society for the Study of International Affairs (consulté le ) - ↑ (en) Avi Raz, The Bride and the dowry: Israel, Jordan, and the Palestinians in the aftermath of the June 1967 War, Yale University Press, (ISBN 978-0-300-17194-5), « Preface », xiii
- 1 2 (en) Avi Raz, The Bride and the dowry: Israel, Jordan, and the Palestinians in the aftermath of the June 1967 War, Yale University Press, (ISBN 978-0-300-17194-5), chap. 5 (« An Entity Versus a King: September-November 1967 »), p. 144-146
- 1 2 (en) Avi Raz, The Bride and the dowry: Israel, Jordan, and the Palestinians in the aftermath of the June 1967 War, Yale University Press, (ISBN 978-0-300-17194-5), chap. 8 (« The Double Game Redoubled: Mid-May-October 1968 »), p. 231-234
- 1 2 (en) Avi Raz, The Bride and the dowry: Israel, Jordan, and the Palestinians in the aftermath of the June 1967 War, Yale University Press, (ISBN 978-0-300-17194-5), chap. 8 (« The Double Game Redoubled: Mid-May-October 1968 »), p. 235-244
- ↑ (en) Geoffrey Aronson, Israel, Palestinians and the Intifada: creating facts on the West Bank, K. Paul international Institute for Palestine studies, (ISBN 978-0-7103-0336-3), chap. 3 (« Palestinians Under Israeli Rule »), p. 46
- ↑ « Le maire d'Hébron demande la levée des mesures de sécurité », Le Monde, (lire en ligne [archive du ]
, consulté le )