Mohammad Mokri

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Mohammad Mokri (en persan : محمد مکری), né le à Kermanchah (Perse qadjare) et mort le à Évry (France), est un écrivain, poète, chercheur et linguiste iranien d'origine kurde, auteur de plus de 100 livres et 700 articles.

Naissance
Nom dans la langue maternelle
محمد مکریVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
محمد کیوان پور مکریVoir et modifier les données sur Wikidata
Faits en bref Ambassadeur iranien en Union soviétique (d), avril 1979 - 1983 ...
Mohammad Mokri
Fonction
Ambassadeur iranien en Union soviétique (d)
-
KiaTabatabaee (d)
Biographie
Naissance
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محمد مکریVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
محمد کیوان پور مکریVoir et modifier les données sur Wikidata
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Proche collaborateur du Premier ministre Mohammad Mossadegh, il quitte l'Iran pour la France en 1954, après le renversement de ce dernier lors de l'opération Ajax. Il vit en exil à Paris jusqu'en 1979, date à laquelle il retourne en Iran aux côtés de Rouhollah Khomeini, dont il devient l'assistant personnel et le premier ambassadeur auprès de l'Union soviétique (1979-1983)[1]. À la suite d'un conflit avec le Premier ministre Mir Hossein Moussavi, il retourne vivre en France en 1989 et y meurt en 2007.

Situation personnelle

Origines

Mohammad Mokri naît en 1300 (1921-1922 du calendrier grégorien)[2] ou 1305 du calendrier persan (1926-1927)[3] dans la ville de Kermanchah, au Kurdistan iranien. Il appartient à la tribu Mokri (en), originaire du nord de cette région[4], où elle dirigeait un émirat indépendant (en) au XVIIe siècle[5].

Formation

Dès son enfance, sous l'influence de son grand-père paternel Amir-Hasan-Khan Mokri, il étudie l'arabe et sa grammaire en parallèle du persan. Il maîtrise également, très tôt, trois dialectes kurdes et découvre, grâce à son grand-père maternel Faradj-Beig, les œuvres poétiques, épiques et historiques rédigées dans ces dialectes[5].

Il quitte sa ville natale de Kermanchah à l'âge de treize ans pour poursuivre ses études à Téhéran, notamment au lycée Charaf, puis à la faculté des lettres (en), à l'École normale supérieure et à la faculté de théologie (en). Il y approfondit ses connaissances en langue et littérature arabes, en philosophie et logique, ainsi qu'en droit et jurisprudence islamiques[5].

En 1949, il soutient une thèse de doctorat consacrée aux dialectes de l'ouest de l'Iran[6].

Carrière

Carrière académique

Parallèlement à ses activités d'enseignement  notamment du persan et du moyen perse à la faculté des lettres (en) (1952-1954), de la mythologie à l'École des Beaux-Arts (1951-1954) et de l'histoire à l'École militaire (1949-1953)  il mène des recherches de terrain, parcourant l'Iran à cheval, en contact direct avec les populations villageoises et nomades, dont il recueille les traditions, les coutumes et les vocabulaires dialectaux. Soucieux de préserver ce patrimoine culturel, il fonde une structure d'éducation destinée aux tribus et populations nomades iraniennes, qu'il dirige de 1947 à 1950[5],[7],[8]. Il participe également à la rédaction du dictionnaire Dehkhoda[3],[7],[8].

Mohammad Mokri poursuit ses activités académiques lors de son exil en France, donnant des cours à la Sorbonne et dirigeant des recherches au CNRS[3],[5],[8],[9],[10]. Il participe également à des traductions françaises de textes persans classiques, notamment de Rûmî avec Eva de Vitray-Meyerovitch. En 1965, il est honoré par l'Académie des inscriptions et belles-lettres pour l'ensemble de son oeuvre[3],[5],[8].

Carrière politico-diplomatique

Proche des idées de Mohammad Mossadegh, il est nommé directeur général du ministère de la Culture (fa) après l'accession de ce dernier au poste de Premier ministre en 1951[7],[8]. Incarcéré pendant un an après le renversement de Mossadegh en 1953, Mohammad Mokri s'exile ensuite en France[3],[5],[8].

Mohammad Mokri, alors dirigeant du Front national iranien (le parti de Mossadegh) en Europe, commence à collaborer avec Rouhollah Khomeini en 1962[11]. Les deux hommes se rencontrent peu après l'installation de Khomeini à Nadjaf (Irak) en . Mokri place un « grand espoir » dans l'imam, qu'il assiste lors de son propre exil en France, à Neauphle-le-Château, de 1978 à 1979. Le , il fait partie de la vingtaine de proches qui l'accompagnent à bord du vol Air France 4721 pour son retour triomphal en Iran[3]. Une semaine plus tard, Mohammad Mokri livre sa vision panislamiste, libérale et socialisante de la révolution iranienne dans un entretien à Kayhan[11] :

« Nos valeurs et nos lois sont islamiques, et notre combat s'étendra à une part importante des nations musulmanes d'Orient. [...]. Toutes les minorités de notre pays sont libres, et leur liberté, dans le nouveau système, sera encore plus grande qu'aujourd'hui. Il est vrai que notre mouvement est islamique. Mais il y a peut-être eu et il y aura peut-être encore des individus dissidents au sein de ce mouvement. [...]. Ils sont libres d'agir. Ils peuvent avoir un parti et publier un journal. [...]. Une république religieuse diffère d'une république islamique. Nous ne parlons pas d'une république religieuse. Que vous souhaitiez prier ou non relève de votre choix personnel, mais notre culture est islamique. Et puisque les olama sont libres d'émettre des fatva sur les questions nouvelles, on se référera à eux pour les problèmes contemporains. Leur jugement ne sera certainement pas en décalage avec les exigences de l'époque actuelle. [...]. Bien sûr, nous sommes actuellement dans une phase de transition. Plus tard, lorsque la Constitution aura été adoptée, le Parlement désignera le Premier ministre. Après cela, nous n'aurons d'ailleurs plus de Sénat. Dans de telles conditions, le pays connaîtra de profondes transformations et plus personne ne pourra détenir des richesses extravagantes. Par exemple, les terres seront nationalisées et les bénéfices reviendront au travail. »

Le , Mohammad Mokri fait partie de la délégation envoyée par le gouvernement provisoire à Mahabad pour négocier avec les représentants du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI) dans le contexte des revendications d'autonomie du Kurdistan iranien après la révolution ; les négociations n'aboutissent cependant à aucun accord durable et la situation dégénère en conflit ouvert (en) entre le PDKI et le pouvoir central iranien à partir de [12].

En 1980, il est candidat malheureux à la première élection présidentielle iranienne[13].

Ambassadeur d'Iran en URSS

En , il est nommé premier ambassadeur de la république islamique d'Iran auprès de l'Union soviétique. À ce titre, il dénonce les deux derniers articles du traité d'amitié russo-persan de 1921 (en) (ceux concernant la sécurité intérieure et le droit d'intervention militaire soviétique en Iran), l'invasion soviétique de l'Afghanistan et le soutien soviétique (en) à l'Irak pendant la guerre Iran-Irak. Il tente également d'obtenir un partage plus équitable de l'exploitation des ressources de la mer Caspienne et la libre circulation à l'intérieur de ces eaux[3],[5]. Ces différentes manoeuvres lui valent des critiques de la part du Kremlin, qui l'accuse d'être « sous l'influence de la propagande politique américaine »[3].

Il reste en poste à Moscou jusqu'en 1983. Pendant toute cette période, il est également accrédité (en) comme ambassadeur auprès de la République populaire mongole[3],[5],[7].

Seconde incarcération, puis départ définitif d'Iran

De retour en Iran, Mohammad Mokri met son expertise diplomatique au service du ministère du Pétrole, où il officie comme conseiller principal aux affaires internationales jusqu'en 1986. Cette année-là, il est victime d'un accident de la route, puis d'une incarcération, qu'il impute tous deux au Premier ministre Mir Hossein Moussavi. Il est libéré après environ 32 mois de détention (9 mois dans une prison spéciale du Premier ministre puis 23 mois à la prison d'Evin) et quitte définitivement l'Iran pour la France en 1989. Selon le témoignage qu'il livre en 1991, Moussavi aurait cherché à se débarasser de quelqu'un qu'il considérait comme un rival et Khomeini n'aurait pas été au courant de ses manigances[3],[8].

Publications

Liste partielle des publications

Ouvrages

  • Recherches de kurdologie, contribution scientifique aux études iraniennes, Paris, Librairie Klincksieck, , 418 p. (ISBN 2-252-00705-2, BNF 35260501)
  • La Grande Assemblée des Fidèles de Vérité au tribunal sur le mont Zagros en Iran (Dawra-y Dīwāna-gawra), Paris, Librairie Klincksieck, , 393 p. (ISBN 2-252-01938-7, BNF 34944130)
  • La lumière et le feu dans l'Iran ancien, Leuven, Peeters, , 2e éd., 172 p. (ISBN 2-80170110-6, BNF 36624897)
  • Recueil de poèmes (Dîvân) : odes, ghazals, fragments, distiques, quatrains, Peeters, , 341 p. (BNF 35723636)
  • La mystique de l'Iran ancien, Leuven, Peeters, coll. « Textes et études religieux, linguistiques et ethnographiques » (no 10), , 3e éd. (1re éd. 1975) (ISBN 978-90-6831-455-7, BNF 37147898)
  • Les tribus kurdes, vol. 1 : Tribu des Sandjābīs, Histoire, géographie, toponymie, groupes et clans, Paris, Peeters, , 3e éd. (BNF 34343696)
  • Études métriques et ethnolinguistiques : chants éternels kurdes, chants d'amours et de douleur, Paris - Louvain, Peeters, coll. « Langue et civilisation iraniennes » (no 14), (ISBN 2-87723-140-2, BNF 37673689)
  • Persico-Kurdica : Études d'ethnomusicologie, de dialectologie, d'histoire et de religion (parues dans les annees 1964-1978), Louvain - Paris, Éditions Peeters, coll. « Langue et civilisation iraniennes » (no 15), (ISBN 2-87723-279-4, BNF 37178054)
  • Lexique encyclopédique et thématique de l'Iran, vol. 1 : Le nom de vallée dans les toponymes iraniens, Paris, Peeters, , 188 p. (BNF 37012652)
  • Grammaire et lexique comparés des dialectes kurdes : éléments de linguistique iranienne, Paris, Éditions KARTHALA, , 907 p. (ISBN 2-84586-427-2, BNF 39098772, lire en ligne)
  • Les frontières du nord de l'Iran : Caucase, Asie centrale, mythologie, histoire et mémoires, Paris, Geuthner, , 224 p. (ISBN 978-2-7053-3740-7, BNF 39222845)

Chapitres dans des ouvrages collectifs

  • « L'idée de l'incarnation chez les Ahl-i-Haqq », dans Akten des XXIV. Internationalen Orientalisten-Kongresses München 1957, Wiesbaden, (BNF 39424981), p. 496-498
  • « Les songes et leur interprétation chez les Ahl-e-Haqq du Kurdistan iranien », dans Les songes et leur interprétation, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Sources orientales » (no 2), (BNF 39424993), p. 191-205
  • « La naissance du monde chez les Kurdes Ahl-e-Haqq », dans Trudy XXV Meždunarodnogo Kongressa Vostokovedov, t. II, Moscou, Vostočnoi literatury (ru), , p. 159-168
  • « Les rites magiques dans les fêtes du « Dernier Mercredi de l'Année » en Iran », dans Mélanges d'orientalisme offerts à Henri Massé, Téhéran, Imprimerie de l'Université, coll. « Publications de l'Université de Téhéran » (no 843), (BNF 39424990), p. 288-302
  • « La musique sacrée des Kurdes « fidèles de vérité » en Iran », dans Jacques Porte, Encyclopédie des musiques sacrées, vol. 1, Paris, Éditions Labergerie, (BNF 39424987), p. 441-453
  • Alliance Mondiale des Religions, « L'ange dans l'islam et en Iran », dans Anges, démons et êtres intermédiaires, Paris, Éditions Labergerie, (BNF 39425027), p. 65-87
  • « Lieux sacrés en Iran ancien et dans le monde musulman », dans Alliance Mondiale des Religions, Paris, (BNF 39457590), p. 137-150

Articles

  • « Cinquante-deux versets de Cheikh Amîr en dialecte Gûrânî », Journal asiatique, Paris, Société asiatique, vol. 244, no 4, , p. 391-422 (BNF 39424980)
  • « Les vents du Kurdistan », Journal asiatique, Paris, Société asiatique, vol. 247, no 4, , p. 479-504 (BNF 39424998)
  • « La pêche des perles dans le Golfe Persique », Journal asiatique, Paris, Société asiatique, vol. 248, no 3, , p. 381-397 (BNF 39424989)
  • « Le symbole de la perle dans le folklore persan et chez les Kurdes Fidèles de Vérité (Ahl-e Haqq) », Journal asiatique, Paris, Société asiatique, vol. 248, no 4, , p. 463-481 (BNF 39424994)
  • « Le foyer kurde », L'Ethnographie, Revue de la Société d'Ethnographie de Paris, Paris, Librairie orientaliste Paul Geuthner, , p. 79-95 (BNF 39424979)
  • « Le Mariage chez les Kurdes », L'Ethnographie, Revue de la Société d'Ethnographie de Paris, Paris, Librairie orientaliste Paul Geuthner, , p. 42-68 (BNF 39424986)
  • « Le « Secret indicible » et la « Pierre noire » en Perse dans la tradition des Kurdes et des Lurs, fidèles de Vérité (Ahl-e Ḥaqq) », Journal asiatique, Paris, Société asiatique, vol. 250, no 4, , p. 369-433 (BNF 39424992)
  • « Étude d'un titre de propriété du début du XVIe siècle provenant du Kurdistan (notes d'ethnographie et d'histoire) », Journal asiatique, Paris, Société asiatique, vol. 251, no 2, , p. 229-256 (BNF 39424978)
  • « Kurdologie et enseignement de la langue kurde en URSS (Avec une bibliographie concernant les études kurdes) », L'Ethnographie, Paris, Librairie orientaliste Paul Geuthner, no 57, , p. 71-105 (BNF 39424985)
  • « L'Arménie dans le folklore kurde », Revue des études arméniennes, Paris, , p. 347-376 (BNF 35651312)
  • « Vente d'un village au Kurdistan au début du XVIe siècle (Qabāla-y Pāyīn-djūb ) », Journal asiatique, Paris, Société asiatique, vol. 255, no 2, , p. 169-184 (BNF 39424997)
  • « Kalām sur l'aigle divin et le verger de Pirdīwar », Journal asiatique, Paris, Société asiatique, vol. 255, nos 3-4, , p. 361-374 (BNF 39424984)
  • « Le kalâm gouranî sur le cavalier au coursier gris, le dompteur du vent (étude d'hérésiologie islamique et de thèmes mythiques iraniens) », Journal asiatique, Paris, Société asiatique, vol. 262, nos 1-2, , p. 47-93 (BNF 39424982)
  • « Un Farmân de Sulṭân Ḥusayn Bâyqarâ recommandant la protection d'une ambassade ottomane en Khorâsân en 679/1474 », Turcica, vol. 5, , p. 68-79 (BNF 39424995)
  • « Un traité persan relatif à la corporation prolétaire des porteurs d'eau musulmans », Revue des études islamiques, Paris, vol. 45, no 1, , p. 131-156
  • « Le Kalam gourani sur le pacte des Compagnons fidèles de vérité au sein de la Perle prémondiale (Études d’hérésiologie islamique et de thèmes mythico-religieux iraniens) », Journal asiatique, Paris, Société asiatique, vol. 265, , p. 237-271 (BNF 39424983)
  • « Notes sur la généalogie des fondateurs de la secte des Fidèles de Vérité (Ahl-i Haqq) d'après un manuscrit inédit de source sunnite », Journal asiatique, Paris, Société asiatique, vol. 282, no 1, , p. 37-110
  • « De la distinction des differents groupes d'hommes et de leurs attitudes (Dawra-y guruh-guruh) », Journal asiatique, Paris, Société asiatique, vol. 283, no 2, , p. 275-350 (BNF 39457588)

Traductions

Références

Liens externes

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