Mosaïque du cirque de Gafsa
From Wikipedia, the free encyclopedia
| Mosaïque du cirque de Gafsa | |
Vue de la mosaïque. | |
| Type | Mosaïque |
|---|---|
| Dimensions | 3,40 × 4,70 m[B 1] ; 3,45 × 4,90 m[E 1]. |
| Période | VIe siècle |
| Culture | Rome antique |
| Lieu de découverte | Gafsa |
| Coordonnées | 36° 48′ 34″ nord, 10° 08′ 04″ est |
| Conservation | Musée national du Bardo |
| Signe particulier | Inv. A 19 |
| modifier |
|
La mosaïque du cirque de Gafsa est une mosaïque romaine datée de l'Antiquité tardive découverte en 1888 à Gafsa, ville du sud-ouest de l'actuelle Tunisie. Elle est désormais conservée au musée national du Bardo.
La mosaïque représente une course de chevaux et, outre le spectacle sur la piste, figure des spectateurs de façon stylisée. Cette représentation des spectateurs fait de la mosaïque une œuvre exceptionnelle.
Elle constitue, en outre, selon Mohamed Yacoub, spécialiste des mosaïques tunisiennes antiques relatives au monde du cirque, « l'exemplaire le plus tardif d'une importante série de pavements africains inspirés par le monde du cirque ».
Localisation et histoire antique
La mosaïque fait partie des pièces importantes exposées au musée national du Bardo, par la thématique de présentation des jeux du cirque.

La ville de Gafsa occupe le site de l'ancienne Capsa, à 130 kilomètres de l'actuelle Gabès, l'antique Tacape[I 1], « lieu stratégique remarquable »[K 1]. Les vestiges archéologiques romains sont cependant peu nombreux dans la ville actuelle[I 1].
Fondée selon la tradition par Hercule[J 1] libyque[M 1], grande ville dès le IIe siècle av. J.-C., conquise par Jugurtha, elle est détruite par Marius en [J 2], en [M 1] ou en Sa population est tuée ou réduite en esclavage[M 1]. Reconstruite, elle devient une étape de la route reliant Tacape à Ammaedara[J 3]. Au IIe siècle, la cité est dirigée par deux suffètes[M 2]. Elle accède au statut de municipe sous Trajan, puis de colonie[I 1] à une date ultérieure non connue, mais au plus tard sous le règne de Gallien selon Mustapha Khanoussi[M 3]. La date de ce statut est peut-être liée à Sévère Alexandre selon l'épithète donnée à un édifice thermal[M 4]. Au Bas-Empire, des jeux y sont donnés pour Probus[K 1]. Une inscription datée de la fin du IVe siècle, peu avant la conquête vandale, évoque des travaux d'envergure dans des thermes, témoignant selon Claude Lepelley de la « permanence des plaisirs et de la vie urbaine »[M 5].

La ville demeure importante, puisqu'elle est ultérieurement l'« une des capitales de la Byzacène »[K 1]. Elle est dotée par Solomon d'une citadelle à l'époque byzantine[J 4] vers 540, puis est appelée plus tard Justiniana[K 1].
La mosaïque est « une présentation tardive des jeux du cirque »[B 1] car elle date du VIe siècle selon Mohamed Yacoub[C 1],[F 1],[G 1]. L’œuvre fait partie des « productions africaines les plus tardives »[F 1]. Selon Jean-Claude Golvin, elle est datable du IVe siècle[H 1].
Redécouverte

La mosaïque est découverte en [L 1] par le commandant Privat, du 4e régiment de tirailleurs tunisiens actif dans les découvertes archéologiques de Sousse[L 1], comme les mosaïques de la maison de Sorothus. La notice du Catalogue du musée Alaoui de 1897 évoque une découverte par le docteur Veillon et le capitaine Seta. La même publication note une présence de la mosaïque à Paris lors de l'Exposition universelle de 1889[1]. Antoine Héron de Villefosse est prévenu le [L 2].
Le détail des circonstances de la découverte de la mosaïque, qualifiée de « assez délabrée, mais curieuse par la scène représentée et par la naïveté du dessin », ne figure pas dans le compte rendu de la découverte publié par Héron de Villefosse[L 3].
L’œuvre est publiée en 1897 par René du Coudray de La Blanchère et Paul Gauckler dans la portion de la Description de l'Afrique du Nord : catalogue des musées et collections archéologiques de l'Algérie et de la Tunisie consacrée au musée Alaoui, l'actuel musée national du Bardo. La mosaïque de Gafsa y porte le numéro 19[1].
Description
Composition

La mosaïque est en grande partie dégradée[B 1], et représente en son milieu à la fois l'édifice et le spectacle qui s'y déroule[H 1] : sont conservées à peine la moitié de la représentation de la piste et une partie de la spina[B 1]. Sur les quatre chars appartenant aux factions, seuls deux sont conservés. La bordure comporte des médaillons avec des oiseaux[1].

Il y a une perspective mais uniquement frontale, contrairement à la vision aérienne de la mosaïque du cirque de Carthage[F 2]. La scène est celle qui serait perçue par un spectateur installé sur la spina de l'édifice[F 3]. Les couleurs utilisées vont dans le sens d'un « colorisme abstrait »[F 1].
Description de l'édifice et du public
Description de l'édifice

La mosaïque représente le long côté d'un cirque romain muni d'un portique à arcades[C 1]. La partie supérieure de la mosaïque évoque la cavea[H 1], avec les colonnes et les arcs[H 2]. Les arcades en plein cintre sont pourvues de colonnes torses[F 3]. Le mosaïste s'est inspiré du cirque de Rome, archétype de ce type d'édifice de spectacles, pour refléter la générosité du donateur des jeux[F 4].
Description des spectateurs

La représentation des spectateurs a marqué les découvreurs. Les spectateurs, aux « têtes serrées et attentives », assistent au spectacle[L 4]. L'artiste a représenté les têtes des spectateurs qui s'entassent, entre les arcades des gradins de l'édifice[B 1]. Cette représentation du public est jugée « exceptionnelle »[H 2].
Les spectateurs sont alignés et ont un « aspect stéréotypé et [un] regard inexpressif »[F 3]. Les différents personnages sont juxtaposés et sans perspective, représentés sans naturalisme : les corps sont « trapus et mal proportionnés ». Cette « méconnaissance totale de l'anatomie » trahit la datation tardive de la mosaïque[F 1].
Ces personnages devraient être normalement mus par « une passion partisane » pour l'une des factions en lice, la façon dont ils sont représentés n'étant pas cohérente avec l'agitation qui régnait dans les cirques lors des courses[F 5].
Description de la piste et du spectacle
Spina et arène du cirque
Au milieu de la piste, on reconnaît le socle de la spina, élément d'architecture situé au milieu du cirque dans le sens de la longueur, autour duquel tournent les chars concurrents[C 1]. Le plus important selon les mosaïstes était la représentation de la scène de course[G 2].

La piste est divisée en deux par la spina, représentée de manière schématique : les bornes sont également tracées de façon maladroite, et au milieu se trouve un obélisque pourvu de lignes horizontales. Une statue d'athlète est présente non loin de l'obélisque. Sur la partie inférieure de la spina, mal conservée, se trouvent une panthère et un autre animal, peut-être un cerf[F 5].
Sur l'arène, on observe également un petit édicule à fronton, surmonté d'une statue de Victoire et muni de ce qui ressemble à une estrade, peut-être une « tribune amovible pour les juges de la course », que l'on trouve uniquement sur cette œuvre[F 6].
Sur la piste, on trouve quatre loges (carceres[H 1]) à droite avec, situés à leur entrée, quatre personnages en bronze : ces personnages sont des statues d'athlètes[F 5], la place de ces statues étant normalement au-dessus de ces carceres[C 1]. Le sexe des personnages n'est pas représenté. Les carceres sont dessinées de manière maladroite : les colonnes n'ont pas la même taille, et les arcs ne sont pas similaires[F 5]. Chacune des quatre factions du cirque peut disposer de l'une des carceres[H 1].
Compétition
L'artiste ou les artistes ont représenté une scène habituelle et non un événement particulièrement marquant. Les manœuvres effectuées par les quadriges sont courantes dans ce type de compétition[G 3].
La scène représentée est la scène finale de la course, « moment le plus crucial et le plus exaltant de la compétition », à l'instar d'autres mosaïques du cirque représentant le même moment[G 3]. Lors de cette phase finale de la compétition[E 1], « la plus excitante »[F 7], quatre quadriges aux couleurs des factions sont en compétition : les factions en lice conservées sont les Bleus et les Verts[F 8]. Deux chars sont conservés ; les auriges sont vêtus d'une tunique à manches longues et d'une écharpe, et portent un casque, ils tiennent les rênes de leurs chevaux à la main[F 8]. Les auriges conservés se présentent de trois quarts avec cependant le visage de face[G 4].
Le juge au milieu de la piste porte une serviette blanche et s'apprête à remettre la palme de la victoire[F 8].

Le vainqueur, membre de l'équipe des Verts, freine son char[C 1], « buste incliné vers l'arrière ». Il se tourne vers les spectateurs, mais son regard est sans expression et « l'absence de véhémence dans l'action » est soulignée[F 8]. Le cocher a également les jambes pliées, il manœuvre les rênes pour arrêter les chevaux tout en surveillant le quadrige juste derrière lui[G 3]. Les chevaux de cet attelage sont au « galop allongé », mais ils ne sont pas représentés selon les canons esthétiques correspondant au déroulé de la course ; leur dos devrait être courbe, or il est représenté de façon horizontale. Les pattes sont représentées selon une « perspective étagée » anormale et le ventre ou les queues des chevaux sont également représentés de façon anormale[G 5].
Le second équipage est représenté en plein élan ; l'aurige a le corps penché en avant et fait claquer son fouet, un « effort vain pour rattraper le quadrige précédent »[F 8]. L'attelage a juste contourné la meta et tente d'accélérer[G 6]. La représentation de cet attelage est également maladroite, tant pour les chevaux que pour les rênes de l'aurige[G 7].
Les deux autres équipages sont fragmentaires : on a conservé l'avant-train du troisième char, qui semble chuter, accident de courses de cirque fréquemment représenté. L'image du dernier char est à peu près totalement perdue[F 9].
Employés du cirque
Dans le reste de l'arène, divers employés du cirque sont présents : les sparsores qui aspergent d'eau les chevaux et les chars[G 8], et les propulsores qui activent le train des attelages[C 1],[F 9]. Le propulsor est quasiment debout sur son cheval et encourage le concurrent en seconde position. Les sparsores sont figurés selon un schéma classique dans les mosaïques de cirque ; la représentation est liée à la perspective adoptée, « en éventail »[G 6]. Le propulsor, qui est sur un cheval, est figuré de face et a une tête disproportionnée et un « corps trapu »[G 4].
Deux personnages sortent d'une estrade, peut-être un juge et un musicien comme dans d'autres mosaïques, ainsi la mosaïque de Piazza Armerina ou celle du cirque de Lyon[G 9]. L'un des deux porte une mappa (serviette blanche) et une palme ; cependant, le deuxième n'est pas muni de trompette mais d'un instrument constitué d'une peau de chèvre et de quatre tubes, un tibia. Cet instrument tout comme le joueur sont peu représentés car objets de mépris[G 10]. L'auteur de la mosaïque a décidé de représenter cette cornemuse comme « note personnelle »[G 11].
Les sparsores sont situés l'un à l'extrémité gauche de la spina et l’autre dans le registre inférieur droit. Cependant ces personnages ne sont pas munis d'amphores coniques mais d’une cortina de couleur rouge et noire. L'un des deux sparsores a laissé tomber sa cortina qui est par terre et laisse échapper de l'eau[G 8].

Les vêtements des personnages sont tous les mêmes, sauf pour un sparsor, avec une « tunique courte, fendue à l'avant, à manches longues », de couleur différente. Tous les vêtements ont une encolure ronde, sauf dans un cas, où le col est triangulaire. Cette forme d'encolure se développe au Bas-Empire. Elle se retrouve ainsi dans la représentation d'un valet de chasse sur la célèbre mosaïque du seigneur Julius. Ce type de vêtement, qui se développe surtout aux Ve et VIe siècles[G 12], est surtout présent sur d'autres œuvres datées du VIe siècle[G 13]. Certains personnages portent une genouillère ou un foulard autour du cou[G 14].
L'absence de toge est soulignée, alors que ce vêtement est présent sur la mosaïque de Piazza Armerina. Les auriges n'ont pas non plus le corset et la large ceinture habituelle sur les mosaïques, et sont jambes nues. Ils tiennent de la seule main gauche les rênes[G 15].



