Mosaïque du cirque de Carthage

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Dimensions2,70 m × 2,25 m[A 1]
InventaireInv. A 341[C 1]
PériodeIIe-IIIe siècle
Mosaïque du cirque de Carthage
Image illustrative de l’article Mosaïque du cirque de Carthage
Vue de la mosaïque.
Type Mosaïque
Dimensions 2,70 m × 2,25 m[A 1]
Inventaire Inv. A 341[C 1]
Période IIe-IIIe siècle
Culture Rome antique
Lieu de découverte Carthage
Coordonnées 36° 48′ 34″ nord, 10° 08′ 04″ est
Conservation Musée national du Bardo
Géolocalisation sur la carte : Tunis
(Voir situation sur carte : Tunis)
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Géolocalisation sur la carte : Tunisie
(Voir situation sur carte : Tunisie)
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La mosaïque du cirque de Carthage est une mosaïque romaine datée du IIe ou du IIIe siècle et découverte sur le site archéologique de Carthage, dans l'actuelle Tunisie, dans le premier quart du XXe siècle.

Le contexte archéologique de la trouvaille est très mal connu, les archéologues se concentrant alors sur l'objet découvert, et on ne sait pas grand chose de l'édifice qui la contenait, même s'il est permis de penser qu'il peut s'agir d'une domus vu sa situation non loin d'un secteur résidentiel mis en valeur de nos jours au sein d'un parc archéologique.

L'œuvre figure à la fois un cirque vu de l'extérieur et le spectacle qui se déroule à l'intérieur, offrant une double perspective de l'édifice et une représentation unique dans l'art de la mosaïque antique. Le mosaïste a représenté l'édifice et les personnages de manière déformée mais en accord avec les critères esthétiques de son temps. La scène figure une course de cirque qui se termine, un instantané du moment de la victoire de l'équipe des Bleus.

La mosaïque, déposée aussitôt après sa découverte au musée national du Bardo, est considérée par la plupart des spécialistes comme une représentation du cirque de la ville qui n'a laissé que de faibles traces sur le site archéologique. Cet édifice de la capitale de la province d'Afrique a fait l'objet de fouilles partielles au cours du XXe siècle et la mosaïque permet de se représenter l'édifice selon des critères de vraisemblance, en particulier l'étude exhaustive de la manière dont ont été figurés certains de ses éléments comme la spina, permettant de rattacher l'édifice à une série présente dans d'autres villes d'Afrique romaine disposant du même type d'édifice de spectacles.

Histoire antique

La mosaïque fait partie des pièces importantes exposées au musée national du Bardo, situé dans la banlieue de Tunis, dans la thématique de présentation des jeux du cirque.

Plan d'une ville organisée selon un plan orthogonal.
Plan de la Carthage romaine, la zone de la découverte est située à droite, entre le secteur des thermes d'Antonin et celui des deux édifices de spectacle, le théâtre et l'odéon.

L'œuvre date « au plus tôt » du IIe siècle selon Jean-Claude Golvin et Fabricia Fauquet[M 1], de la fin du IIe ou du début du IIIe siècle selon Hédi Slim[E 1], ou encore du IIIe siècle selon Aïcha Ben Abed[D 1],[H 1]. Les représentations des édifices de spectacles dans les mosaïques des cités de province étaient sans doute inspirées des édifices présents à proximité[A 2]. La mosaïque est l'œuvre d'artistes locaux selon Mohamed Yacoub[L 1].

Le contexte archéologique est mal connu, car la salle est alors « mal déblayée »[A 1]. La mosaïque était située dans une petite pièce interprétée comme le vestibule[A 1],[M 2] au sein d'un édifice dont la fonction n'est pas précisée même s'il est probable qu'elle appartienne à une domus, située dans le secteur d'un quartier d'habitation dont une partie est de nos jours conservée dans le parc archéologique des villas romaines.

Redécouverte

Portrait d'un homme âgé en costume d'académicien.
Photographie représentant Alfred Merlin, artisan du dépôt de la mosaïque au musée national du Bardo, en habit d'académicien en 1937, une vingtaine d'années après la découverte de la mosaïque du cirque.

La mosaïque est retrouvée sur la colline de l'odéon[L 2], à une centaine de mètres du théâtre et de l'odéon, en , « au bas du terrain de Dahr-Morali »[A 1]. À la suite de l'intervention d'Alfred Merlin, elle intègre aussitôt les collections du musée du Bardo[A 1]. La publication de la mosaïque en 1916 ne donne aucune autre précision sur son contexte de découverte.

La représentation est identifiée comme étant celle d'un édifice à la fois amphithéâtre et cirque dans les années 1980 et cette thèse est par la suite reprise par certains spécialistes dont John H. Humphrey[M 3]. Elle est toutefois rejetée par plusieurs spécialistes des jeux du cirque et des édifices de spectacles parmi lesquels Mohamed Yacoub et Jean-Claude Golvin, aucun édifice de cette forme combinée n'étant attesté dans l'Empire romain[M 4]. Des combats sont en effet attestés dans des cirques, mais les amphithéâtres n'ont pu servir de cadre à des courses[L 3], « l'arène d'un amphithéâtre [étant] ridiculement petite pour que l'on ait pu envisager d'y organiser des courses, même réduites »[M 3].

Description

La mosaïque figure le bâtiment du cirque et également ce qui se passe sur la piste.

Composition

La mosaïque, qui mesure 2,70 m sur 2,25 m[L 4], est constituée de tesselles de marbre et de verre, les plus petites étant en verre. La bordure est large de 0,20 m[A 1].

L'artiste utilise une perspective permettant de montrer trois faces de l'édifice[A 2]. Il figure un semblant de l'ombre de l'édifice et également des personnages et des quadriges présents sur la piste, l'ombre venant de la gauche de l'édifice[A 3]. La perspective utilisée, « conventionnelle à plusieurs points de vue »[C 1], est aérienne et oblique : c'est le point de vue des spectateurs qui est adopté pour la vision de l'intérieur de l'édifice[F 1].

Sa composition semble dictée par le plan et la fonction de la pièce où a été retrouvée l'œuvre, et la présence de deux portes, l'une au sud qui permettait d'accéder à l'édifice et l'autre à l'ouest[L 5],[M 2]. Il s'agissait pour l'artiste d'« [accompagner] [...] le mouvement tournant que l'on effectuait obligatoirement en traversant la pièce »[M 2] entre les deux portes sud et ouest, les courbes étant destinées à l'accentuer[L 5].

Description de l'édifice extérieur

Le cirque de Carthage est orienté nord-ouest sud-est et, selon Léopold-Albert Constans, « le moment choisi par l'artiste correspond aux premières heures de l'après-midi »[A 3].

Représentation d'un grand édifice sur une maquette
Circus Maximus sur le plan de Rome de Paul Bigot, conservé au sein de l'université de Caen.
Vue d'une représentation d'un mur avec deux niveaux d'arcades et un niveau supérieur.
Vue de la représentation de l'extérieur de l'édifice, avec ses deux niveaux d'arcades.

Le bâtiment, massif[F 1], possède deux étages[D 2],[J 1] de galeries à arcades[M 5] et un attique[J 2], 32 ouvertures voûtées[A 2] et deux tours vues de face[C 1]. La toiture du dernier étage est également représentée selon Fabricia Fauquet[L 6].

Selon certains spécialistes, dont Léopold-Albert Constans et Mohamed Yacoub, sur trois des côtés est représenté un velum destiné à protéger les spectateurs du soleil ou des intempéries[C 1], le dernier côté n'étant pas présenté, soit parce que cette façade était orientée de sorte à ne pas en avoir besoin, soit du fait d'un choix artistique destiné à montrer les gradins de l'édifice de spectacles[A 3]. Seuls les spectateurs sont protégés et non la piste[A 4]. Le système de fixation du velum est également représenté : il comporte des cordes transversales avec une séparation horizontale[A 4]. Le mosaïste aurait représenté les détails du système de fixation selon Léopold-Albert Constans, des anneaux étant reliés à des poulies et des mâts situés dans les parties hautes de l'édifice[A 5]. Les travaux de recherche les plus récents, comme ceux de Fabricia Fauquet et Jean-Claude Golvin, réfutent l'existence d'un tel velum du fait de l'absence d'anneaux permettant d'accrocher une telle installation sur un équipement dont la piste serait trop large[L 2],[M 5]. Le toit des carceres aurait été en tuiles[L 7],[M 1] ainsi que celui de la cavea[L 8], de couleur rose et rouge[M 2].

Au bas du côté dont on voit les gradins, l'artiste a figuré les sept vomitoires[A 5]. Ces vomitoires sont destinés à mener les spectateurs vers leurs places[F 1]. De manière anormale, l'artiste n'a pas figuré de spectateurs dans cette partie de l'édifice[C 1].

Vue d'un théâtre sur une maquette, avec à l'arrière un temple.
Vue du complexe du théâtre de Pompée dans son quartier sur le plan de Rome de l'université de Caen, avec l'arrière du temple de Vénus Victrix.
Vue d'une représentation d'un mur avec deux éléments munis d'un toit au-dessus.
Vue des structures qui surplombent la cavea.

Les deux édifices qui surmontent la cavea étant tétrastyles et à fronton, Léopold-Albert Constans les identifie à des temples. Les édifices cultuels sont présents dans les édifices de spectacles, ainsi le Circus Maximus en est pourvu, tout comme le Circus Flaminius[A 6] et le théâtre de Pompée. Selon Mohamed Yacoub, ces édicules sont peut-être des loges destinées aux arbitres[C 1] ou des temples, les spécialistes étant partagés sur le sujet[F 1]. L'un des édifices serait le pulvinar et l'autre édifice serait un temple « dédié à une divinité majeure du cirque » selon Jean-Claude Golvin[J 3], soit Sol[L 8]. L'editoris tribunal ne serait pas représenté[M 6].

Vue de neuf ouvertures dont huit sont munies de grilles et d'une partie supérieure d'un édifice.
Vue des carceres et de la porte d'accès centrale.

Huit carceres sont également présents au nord-ouest de l'édifice, divisés en deux parties : les carceres sont fermés par des barrières, portes à claire-voie[C 1], et un large passage sépare les deux ensembles. À l'opposé de l'édifice se trouve une porte triomphale[A 7],[F 1]. La mosaïque représente la porta pompæ grande ouverte et d'une taille supérieure aux carceres[M 3]. Les spécialistes actuels de l'édifice y placent douze carceres et une porta pompæ similaire à celle du cirque de Maxence[L 6],[M 3]. La mosaïque ne représente pas de tours, appelées oppida, alors que de telles installations sont identifiées sur certains cirques comme celui de Maxence mais pas attestées avant le IVe siècle[L 9],[M 1]. De même, la représentation ne comprend pas de loge secondaire bâtie au-dessus des carceres[L 10].

Description de la piste et du spectacle

La représentation de la spina est seulement conservée en partie sur la droite[A 7] et sépare en deux l'espace représentant le spectacle[F 2]. Par symétrie, Jean-Claude Golvin et Fabricia Fauquet ont pu proposer une restitution de la représentation de cette partie perdue de la mosaïque[M 6].

Vue d'un détail d'une mosaïque avec une moitié endommagée et l'autre partie une suite de différents petits édifices.
Vue de la spina sur la mosaïque avec la moitié conservée.
Détail d'une mosaïque avec des détails architecturaux de l'intérieur d'un cirque romain.
Détail de la mosaïque du cirque du musée archéologique de Barcelone, avec l'édicule et le système de comptage des tours.

Sur la piste se détache la spina centrale, terminée en demi-cercle, et une borne constituée de trois cônes, la meta secunda, placée sur un soubassement[L 4],[M 6]. Au milieu de la spina se trouve, non un obélisque comme à Rome[C 1] mais une statue identifiée à Cybèle assise sur un lion[J 1], même si elle est perdue partiellement ; cette divinité préside en effet aux courses de chars. Alors que subsistent des traces de sa couronne, elle tient un sceptre dans un bras et l'autre est tendu, peut-être en direction du terme de la course[A 8]. La mosaïque de Piazza Armerina, tout comme celle de Barcelone, évoquent la présence d'un obélisque et d'une statue de Cybèle pour le Circus Maximus[L 11]. La mosaïque de la villa du taureau à Silin en Tripolitaine montre seulement une représentation de Cybèle sur un lion et évoque un « cirque africain », peut-être celui de Leptis Magna, où des vestiges d'un soubassement ayant pu appartenir à une statue monumentale d'une statue avec un lion ont été retrouvés[M 7]. La statue de Cybèle est au milieu de la spina sur la mosaïque[L 12], ce qui témoigne pour la divinité d'« une importance de premier plan en Afrique »[M 7].

Sur la spina on trouve également des bassins[F 2]. Le podium de la spina possède une forme concave à son extrémité[L 4]. La meta prima était située dans la lacune présente sur l'œuvre[L 4]. Outre les éléments assurés, la spina comportait un temple rond et « un ou deux éléments », peut-être une chapelle et une colonne monumentale[L 13],[M 7]. La spina était pourvue d'un riche décor de statues[L 1].

Une colonne est munie d'une statue de Victoire disparue[M 6]. Deux autres colonnes portent une architrave portant le système de comptage de tours composé de sept dauphins[F 2]. En parallèle, dans la lacune de la mosaïque, devait être présente une architrave portant sept œufs[A 9]. Après les colonnes se trouve un édicule hexagonal appelé fala par Constans[A 10],[L 14]. Le système de compte-tours, « monument aux dauphins », était en forme de potence[L 11] comme sur la mosaïque de Silin[M 6]. Les éléments figurés sur la mosaïque sont également présents sur « l'iconographie du Circus Maximus » mais une lacune empêche de confirmer la présence d'un obélisque[J 4]. L'édifice comprenait peut-être des « édicules aux œufs » compris dans la lacune de la mosaïque et attestés sur la mosaïque de Silin, celle de Lyon ou les vestiges de la spina de Mérida[L 11].

Mosaïque représentant un conducteur de chars avec trois chevaux conservés et figurant les stalles de départ à l'arrière-plan.
Quadrige vainqueur représenté sur la mosaïque de l'aurige vainqueur de Dougga, datée du IVe siècle et conservée dans le même musée que celle du cirque de Carthage.
Vue de deux quadriges dont l'un est pourvu d'un rameau de laurier et l'autre va dans une direction contraire.
Vue de deux quadriges dont l'un est pourvu d'un rameau de laurier et l'autre va dans une direction contraire.

Autour de la borne courent quatre quadriges, dont l'un va dans le sens opposé aux autres[D 3],[C 2]. Trois quadriges vont de droite à gauche, et l'un d'entre eux est en train de s'arrêter[A 11]. Le quadrige qui a terminé les sept tours[C 2] est vainqueur : il porte une palme[A 12] et a les rênes autour de la taille[F 2]. Les auriges portent un casque à cimier et les chevaux harnachés sont munis d'un panache de plumes[A 12].

Quand la creta, ligne d'arrivée sur laquelle se tenaient des arbitres, était franchie, le vainqueur se devait de faire un demi-tour pour se voir remettre la palme par un magistrat et s'apprêter à parader devant les gradins[E 1] ; il devait ensuite rentrer aux carceres, à gauche de la porte d'entrée : l'aurige de la mosaïque se tient en arrière pour freiner ses chevaux et il s'apprête à contourner la meta secunda[A 13]. Un cavalier est présent devant le quadrige vainqueur : c'est le jubilator ou hortator (ou selon Mohamed Yacoub le propulsor[F 2]) qui est chargé d'encourager le vainqueur[A 12].

Vue d'un personnage tenant une amphore et un fouet.
Vue d'un personnage tenant une amphore et un fouet.

Le quadrige arrivé en deuxième position est en train de s'arrêter, « le corps fortement penché vers l'arrière »[F 3] et de rejoindre les carceres mais doit s'arrêter, invité par un personnage qui tient dans ses mains une amphore et un fouet, un « fonctionnaire de piste »[F 4], le morator ludi selon Léopold-Albert Constans ou un sparsor selon Mohamed Yacoub[C 2] : ce personnage arrête le quadrige en arrosant les essieux du char et donne des soins aux équidés ainsi que de l'eau servant à rafraîchir leurs naseaux. À l'opposé sur la piste, un autre morator (ou sparsor), conservé partiellement, arrête un quadrige dont le conducteur lève le bras en guise d'acceptation de la défaite. L'intervention est normale, « l'issue de la course étant déjà connue »[C 2]. Le troisième quadrige semble fouetter ses chevaux, espérant gagner une place[A 14].

Rang d'arrivée des équipes
Rang d'arrivéeCouleur de l'équipe[A 15]
1er (vainqueur)Bleus
2Blancs (par déduction)
3Rouges
4Verts

Interprétation

Notes et références

Voir aussi

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