Mouvement social de 2018 à Mayotte
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| Date | 19 janvier 2018 - mai 2018 |
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| Localisation | Mayotte |
| Revendications | Plus grande implication du gouvernement central métropolitain pour : lutter contre la pauvreté, lutter contre l'insécurité, lutter contre les problèmes d'explosion démographique, améliorer le système d'éducation, améliorer les infrastructures de santé, lutter contre l'immigration depuis les Comores |
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| Types de manifestations | Manifestations, grèves, blocage de routes et du port de Longoni |
Le mouvement social de 2018 à Mayotte, aussi appelé grève générale de 2018 à Mayotte ou opération « Île morte », est un mouvement social qui se produit à Mayotte au début de l'année 2018. Il fait suite au mouvement populaire de mobilisation contre un accord franco-comorien de vers la libre circulation des personnes entre l'union des Comores et Mayotte[1]. Le mouvement de 2018 se traduit par des manifestations depuis le et une grève générale à partir du . Des barrages paralysent Grande-Terre jusqu'au début avril, avant d'être levés progressivement jusqu'au . Après cette date, la grève reste théoriquement active afin de forcer le gouvernement d'appliquer ses promesses, mais dans les faits les actions sont rares. Un plan de sortie de crise est présenté par le gouvernement le [2]. Officiellement doté d'1,3 milliard d'euros, il est principalement axé financièrement vers la construction d'équipement scolaires, de logements sociaux et d'équipements hospitaliers. L'absence de financement des grandes infrastructures de transport et d'avancées importantes vers l'égalité sociale font l'objet de nombreuses critiques de la société civile et des élus d'opposition[3].
National
Les territoires français d'outre-mer sont plus confrontés à des problèmes de pauvreté, d'insécurité et sous-investissement public que la plupart des territoires métropolitains. Ainsi, un grand mouvement social avait déjà secoué la Guyane française au début de 2017 afin de demander l'amélioration des infrastructures électriques et de santé, une meilleure lutte contre l'insécurité et l'augmentation du budget public accordé à ce département.
Le mouvement à Mayotte se déroule avant et en même temps qu'une période de contestation sociale en en France métropolitaine, liée aux manques de moyens dans les hôpitaux publics et les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes, et pour une partie des manifestants à la réforme du statut de la SNCF et des cheminots. On trouve également des mobilisations d'étudiants opposés à une réforme de l'université qu'ils assimilent à une forme de sélection à l'entrée, et dont le mouvement est encouragé après l'attaque d'étudiants qui occupaient pacifiquement un amphithéâtre de la Faculté de Droit de Montpellier par un commando armé potentiellement d'extrême-droite et incluant un de leurs professeurs ; par des parents d'élèves et professeurs opposés à Parcoursup ; des pilotes d'Air France qui veulent bénéficier d'une partie des bénéfices de leur société ; et d'éboueurs et du personnel de Carrefour et d'Auchan qui veulent une amélioration de leur salaire et/ou des conditions de travail. Dans une certaine mesure, cette période de contestation sociale sert aussi de commémoration aux 50 ans de Mai 68. Malgré l'accumulation des mouvements, la contestation sociale en métropole est moins intense que celle à Mayotte au début de 2018.
La multiplication des insatisfactions sociales débouchera sur l'apparition du mouvement des Gilets jaunes à la fin de l'année 2018, quelques mois après la fin de l'Opération Île morte).[réf. nécessaire]
La spécificité de Mayotte
Mayotte est un des départements français les plus touchés par l'insécurité, la pauvreté et un investissement public insuffisant. Par exemple, dans le domaine scolaire, ces problèmes apparaissent : le nombre moyen d'élèves dans les classes REP et REP+ est de 28 à Mayotte contre 22 au niveau national[4]. L'insécurité dans les établissements scolaires est réelle, elle amène relativement régulièrement à des caillassages de bus scolaires et à des agressions au couteau dans et devant les établissements[4] ; ce qui se ressent dans les taux de réussite au bac, ceux de Mayotte étant plus bas que la moyenne nationale - à titre d'exemple le taux de réussite au bac L à Mayotte était toujours inférieur ou égal à 60 %[4].
Le taux de chômage est très élevé, à 26 %[5]. Et 84 % de la population de Mayotte vit sous le seuil de pauvreté[5].
Le taux de presque tous les crimes et délits à Mayotte est au-dessus de la moyenne nationale[5] - bien que ce soit à nuancer dans la mesure où la délinquance dans l'île a diminué de 9 % en 2017[5].
De plus, il y a une forte immigration illégale depuis les Comores, de la part de migrants qui cherchent à fuir la pauvreté (le PIB par habitant est 13 fois inférieur aux Comores qu'à Mayotte[6]) et le manque d'infrastructures médicales dans les autres îles de l'archipel comorien[7]. Cette pression migratoire tombe mal car elle a lieu en pleine explosion démographique. En effet, la population de Mayotte a été multipliée par 11 en 60 ans[5], l'indice de fécondité, en 2012, était de 4,1 enfants par femme[5] (contre 2 enfants par femme au niveau national[5]), et la moitié des Mahorais ont moins de 17 ans[5]. Le flux migratoire ajoute à l'instabilité et au ressentiment des Mahorais. Ainsi en 2016 42 % des habitants de l'île étaient des natifs des Comores (en comptant ensemble ceux qui sont présents légalement et illégalement)[7] et 69 % des bébés nés à Mayotte l'étaient de mère comorienne[7].
À tout cela il faut ajouter des services publics saturés[5], tout particulièrement les hôpitaux[5]. Dans le domaine médical, par exemple, il arrive que dans les maternités se trouvent trois mères venant d'accoucher par chambre, avec leurs bébés[8] ; et Mayotte était en 2015 le département français le plus touché par la tuberculose, avec 25,9 cas pour 100 000 habitants[9]. Ce qui amène les habitants à accuser le gouvernement français d'inaction face à cette situation[5].
Revendications
Loin de réclamer l'indépendance, les manifestants demandent au contraire un plus grand rapprochement de la France et une plus grande attention de la part du gouvernement[10] — le drapeau français est d'ailleurs l'un des symboles du mouvement[11]. Ils veulent que le gouvernement français agisse davantage pour régler les problèmes de service public — surtout dans les hôpitaux et les écoles — de pauvreté, de démographie et d'insécurité, au lieu de considérer Mayotte comme un territoire ultra-périphérique. À partir de mai et en écho aux manifestations populaires de contre un accord intergouvernemental franco-comorien d'assouplissement des conditions d'octroi des visas vers Mayotte, ceci se traduit également des manifestations pour défendre le statut départemental de Mayotte et contre une hypothétique co-souveraineté de la France et des Comores sur ce territoire (cette hypothèse proviendrait de rumeurs fausses selon le gouvernement).
Déroulement des événements
Dans un contexte de rejet d'une forte immigration clandestine et de dégradation continue de la sécurité publique marquée par une augmentation des violences aux personnes, des signes avant-coureurs apparaissent dès fin lors de l'exercice du droit de retrait des enseignants au lycée de Kahani à la suite de violences entre jeunes. Le , le député Mansour Kamardine interpelle sur la dégradation accélérée de la sécurité en milieu scolaire[12] le ministre de l'éducation nationale qui ne prend pas en compte les demandes d'équipements et de renforcement des moyens réclamés par les acteurs éducatifs du lycée Kahani. Le , des caillassages et une bagarre entre bandes rivales au lycée de Kahani obligent les forces de l'ordre à intervenir et à évacuer les élèves[5]. Les agents décident ensuite d'exercer de nouveau leur droit de retrait ; le lendemain ils sont rejoints par les chauffeurs de bus[5].
Des manifestations à proprement parler commencent donc fin janvier. Elles sont alors peu couvertes en France métropolitaine. Mais à partir du , les grèves se succèdent et se transforment en grève générale. Certains élus, emmenés par le député Mansour Kamardine affichent leur soutien aux manifestants[13]. Le , les élus mahorais rejoignent massivement le mouvement[14].
À partir du et au début du mois de mars[15], les barrages routiers deviennent plus nombreux et de plus en plus étanches[16] — gênant parfois aussi la circulation des piétons même si l'ambiance aux barrages reste calme[16] — jusqu'au , où trois barrages sont construits avec des arbres abattus et des pneus afin de bloquer Longoni, le principal port de Mayotte[15]. L'approvisionnement de l'île est alors coupé[15]. Alors que les barrages routiers se multiplient, des pénuries commencent à apparaître. Ainsi, le , le centre hospitalier de Mayotte lance une alerte sur son manque de médicaments, de nourriture, de matériel médical et de linge[17].
À partir du , l'on peut parler de « paralysie totale du territoire », selon les mots de Quentin Sedes, secrétaire général CGT Educ’Action Mayotte[18].
Le , des élus mahorais ont dressé un plan de développement des infrastructures de Mayotte, sur demande et à destination du ministère des Outre-mer, affirmant que l'île aurait besoin en urgence de 1,8 milliard d'euros afin de pouvoir se développer[19].
Le , la ministre des Outre-Mer Annick Girardin, arrive sur place pour écouter les doléances des habitants et annoncer des mesures[20]. Elle annonce des mesures incluant l'envoi de 3 escadrons de gendarmerie supplémentaire et un durcissement du contrôle de l'immigration, et pense alors avoir trouvé un « accord de principe » qui aurait dû permettre de lever les barrages[21]. Mais ses propositions ne satisfaisant pas la majorité des Mahorais, les syndicats décident de maintenir les barrages et la grève.
Le , les pénuries progressent : les hôpitaux affirment n'avoir de stocks suffisants de médicaments plus que pour 24h à 48h, et les supermarchés disent que leurs stocks sont suffisants pour tenir une dizaine de jours[22].
Le , les syndicats annoncent un durcissement supplémentaire des barrages, Salim Nahouda le secrétaire départemental de la CGT Mayotte précisant qu'à partir de maintenant seuls les véhicules d'urgence et de secours auront le droit de les passer[10]. Les petites embarcations ne sont pas directement bloquées par les barrages routiers, mais le début d'une pénurie d'essence à Grande-Terre limite également leurs déplacements[10].
C'est dans ce contexte tendu que se tient une élection législative partielle à Mayotte. Le premier tour a lieu le . Et le deuxième le . La candidate sortante LREM Ramlati Ali est réélue avec 54,99 % des voix exprimées face à son adversaire LR (soutenu de manière inattendue par le FN) Elad Chakrina[23]. Mais avec le mouvement social, la mobilisation électorale est faible, le taux de participation s'élève à 41,19 %[23].
En métropole, quelques manifestations ont lieu pour soutenir Mayotte. Le , une trentaine de Mahorais organisent un rassemblement de soutien à Rennes[24]. Le , plusieurs centaines de Mahorais installés à Marseille manifestent dans le Vieux-Port[11]. À l'inverse aux Comores, le , 200 personnes manifestent à Moroni pour soutenir les Comoriens à Mayotte[6].
Le , le gouvernement comorien annonce cependant qu'il refusera d'accueillir les citoyens comoriens expulsés de Mayotte[6]. Cependant le , le ministre de l'intérieur des Comores, Mohamed Daoudou, annonce que le gouvernement des Comores luttera contre les passeurs de migrants, surtout les kwassa kwassa[25]. Le , l'ambassadeur des Comores en France, Mohamed Soulaimana, est convoqué par le Ministère des Affaires étrangères pour demander aux Comores d'accepter d'accueillir ses propres citoyens expulsés[26].
Le , à la suite de l'arrivée du nouveau préfet et délégué du gouvernement Dominique Sorain la majorité des syndicats et le collectifs de citoyens à l'origine du blocage de l'île appellent à lever les barrages[27]. Les syndicats et le collectifs se félicitent en déclarant « Il est acté que la plateforme d'union des revendications qui a été remise au délégué sera prise en compte pour l'élaboration du futur plan de développement de Mayotte, qui sera présenté à la fin du mois d'avril »[27] et en évoquant la création d'un « comité de suivi » pour « s'assurer de l'exécution des décisions »[27]. Ils nuancent leurs propos : « Néanmoins, en l'absence d'un signal fort adressé à la population sur la lutte contre l'immigration clandestine à ce jour, la grève reste maintenue ; toutefois, elle pourra se manifester sous d'autres formes »[27]. Afin de pouvoir réagir en cas d'afflux dans les hôpitaux après la levée des barrages, 40 réservistes sanitaires arrivent à Mayotte[28].
Le mardi soir, les barrages commencent à être levés. Cependant, dès le lendemain soir, mercredi , 8 barrages sont reconstruits[28]. Les barragistes laissent passer les piétons, les véhicules sanitaires, de secours et des forces de l'ordre, mais aucun autre véhicule[28] ; un seul barrage, celui du principal port de l'île Longoni, ne laisse passer aucun véhicule, car il y a des arbres sur la chaussée[28]. Sur Facebook, les commentaires anti-barrages se multiplient, accusant les grévistes d'empêcher les établissements scolaires et les services de santé de fonctionner, et d'aggraver la situation économiques des entreprises locales[28] ; ces mêmes commentaires accusent l’État français de ne pas s'occuper de la situation à Mayotte et d'abandonner l'île à son sort[28]. Le vendredi , le barrage de Longoni est levé et la route complètement dégagée, sans violence[29]. Le lundi , tous les autres barrages de l'île sont levés, également sans violence[30]. Les transporteurs scolaires annoncent reprendre le travail le mardi [30]. Cependant, ces-derniers disent rester sensibles à leurs revendications, comme la création d'une police des transports, qui n'ont pas encore été satisfaites[30]. Et l'intersyndicale, malgré le fait qu'elle approuve la levée des barrages, déclare la poursuite de la grève[30]. À partir de la levée des barrages, les actions se font rare. Le , les pompiers de l'aéroport de Mayotte déposent un préavis de grève pour le , car ils réclament le paiement de la prime PPA, prévention péril animalier[31].
Le , les agents du conseil départemental chargés notamment de la sécurité familiale et des prestations sociales usent de leur droit de retrait pour dénoncer leurs mauvaises conditions de travail[32].
Le , le Premier ministre Édouard Philippe rencontre les élus de Mayotte[33] à Paris. Il annonce les axes d'un plan qui sera présenté à Mayotte au mois de mai[34]. Le plan devrait comporter la création d'une Agence Régionale de Santé pour Mayotte, l'augmentation des moyens alloués à l'hôpital de Mamoudzou, la construction de nouvelles classes pour compenser le manque d'infrastructures scolaires, la création d'un système de transports en commun à Grande-Terre et la construction d'un contournement de Mamoudzou[34]. Philippe dit aussi qu'il tentera de baisser les prix des billets d'avion à l'aéroport de Mamoudzou en facilitant la concurrence[34].
Le le député Mansour Kamardine interpelle le Premier Ministre à l'Assemblée Nationale pour protester contre la faiblesse de la diplomatie française face aux provocations comorienne. Le , une délégation comorienne est envoyée au Ministère français des Affaires Étrangères afin de négocier autour des deux principaux différends entre la France et les Comores : le statut de Mayotte - considéré comme un département français par la France et comme un territoire occupé illégalement par les Comores[35] - et le refus de la part du Ministère comorien des Affaires Étrangères de laisser les Comoriens expulsés de Mayotte revenir sur les autres îles de l'archipel[35]. Le député Mansour Kamardine proteste de nouveau et demande la suspension de la délivrance des visas par l'ambassade de France à Moroni, la fermeté au ministre des affaires étrangères et le développement d'une action diplomatique pour la reconnaissance internationale de Mayotte française[36]. Une pétition est lancée par une ancienne journaliste d'origine mahoraise Estelle Youssouffa. A Sada, 70 personnes ont manifesté pour demander aux étrangers en situation irrégulière de repartir, ce qui a provoqué des heurts intercommunautaires entre les Mahorais et des Comoriens résidents légalement qui voulaient demander des comptes à la mairie[37]. Dans ce contexte, le Ministère des Affaires étrangères français annonce la suspension de la délivrance de visas aux Comoriens, rétrospectivement depuis le et jusqu'à nouvel ordre, car c'est à partir du que le gouvernement comorien refuse d'accueillir ses propres citoyens expulsés de Mayotte[38],[39]. Le Ministère des Affaires Étrangères, Jean-Yves Le Drian a indiqué que « la rumeur sur la communauté d’archipel des Comores est sans fondement. Nous ne transigerons pas sur le statut de Mayotte au sein de la République française. »[40]. La Ministre des Outre-Mers, Annick Girardin, vient faire une visite de 3 jours à Mayotte à partir du , en commençant par une rencontre avec les élus locaux[41]. Dès le premier jour, elle dément les rumeurs de projet d'une communauté d'archipel des Comores, et déclare « Combien de fois faudra-t-il le dire ? Mayotte est Français et restera Français (...) tant que les élus de ce territoire le souhaitent »[41]. Le , Annick Girardin annonce un plan pour régler les problèmes de Mayotte, comportant 53 engagements et 125 actions, pour un coût estimé à 1.3 milliards d'euros plus 500 millions d'euros pour le système scolaire (lire ci-dessous).