Nizami

poète et mystique persan (c.1141-c.1209) From Wikipedia, the free encyclopedia

Nizami ou Nezami Gandjavi (en persan : نظامی گنجوی / Neẓâmi Ganjavi, signifiant littéralement « Nizami de Gandja » ; en azerbaïdjanais : Nizami Gəncəvi), né vers 1141 à Gandja (dans l'actuel Azerbaïdjan), et mort vers 1209, dont le nom complet est Nezam al-Din Abou Mohammad Elyas Ibn Youssouf Ibn Zaki Ibn Mou’ayyad Nezami Gandjavi, est un poète persan, reconnu pour sa force d'invention poétique[1]. C'est un grand savant, dont l'érudition apparaît dans sa poésie, mais surtout l'auteur d'épopées romanesques, influencé par le mysticisme.

Naissance vers 1141
Gandja
Décès entre 1202 et 1214
Gandja
Langue d’écriture persan
Genres
masnavi, épopée romanesque
Faits en bref Naissance, Décès ...
Nizami
Description de cette image, également commentée ci-après
Nezami représenté sur un tapis conservé à Gandja, en Azerbaïdjan.
Naissance vers 1141
Gandja
Décès entre 1202 et 1214
Gandja
Auteur
Langue d’écriture persan
Genres
masnavi, épopée romanesque

Œuvres principales

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Biographie

Très peu d’informations sur sa vie sont disponibles[2],[3] et la plupart reposent sur des indications tirées de son œuvre[4],[5]. L'UNESCO a choisi 1141 comme date de référence pour commémorer sa naissance en 1991[6]. Mais on sait seulement qu'il est né entre 1140 et 1146[6],[7]. Nizami est son nom de plume[6].

Certains[8] affirment que Nizami serait né à Ghahestan, un village près de Qom, en se fondant sur l'interprétation d'un vers du Livre d'Alexandre[3] :

Même si je suis perdu à Gandja comme une perle,
je suis de Ghahestan de Qom.

Cependant la plupart des sources situent sa naissance à Gandja (actuellement en Azerbaïdjan)[9],[7],[10],[2]. Il y vécut, puisque ses parents s'y installent, et ne l'a quittée qu'une fois[7]. Le vers cité indique seulement que sa famille est originaire de la ville de Qom, près de Téhéran[11]. En effet, son père quitta Qom, sa ville natale, pour aller s'établir à Gandja[5]. La cité est un lieu de passage qui a pu favoriser l'intérêt de Nizami pour d'autres cultures[4].

Il est devenu tôt orphelin et a été élevé par son oncle[10] maternel, Khadjeh Omar, particulièrement cultivé. C’est lui, d’ailleurs, qui transmet tout son savoir à Nizami. Dès son jeune âge, il commença à étudier toutes les sciences de son époque : astronomie[3], philosophie, médecine, mathématiques[6], géographie et musique[4]. À ce propos, il dit :

Tout ce qu'il y a en astronomie,
les détails dans toutes les sciences,
je les ai appris, et j'ai cherché dans toutes leurs pages, leurs mystères.

Sa mère, Raïssa, est d’origine kurde[7], et son père, Youssouf[4], d’origine iranienne[réf. nécessaire].

Il s’est marié trois fois[10]. Le prince de Darband, Fakhr-é din Bahramshah, lui offre une jeune et jolie esclave kiptchak. Elle s’appelait Afagh[4]. Il se marie avec elle[7]. C’était sa première femme, et sa bien-aimée, avec qui il a eu un seul et unique enfant, qu'il appela Mohammad Afagh. Sa femme mourut juste après l’achèvement de Khosrow et Chirine. Étrangement, les deux autres épouses de Nizami meurent peu après l’achèvement d’une de ses épopées[12]. C’est la raison pour laquelle il se plaint amèrement auprès de Dieu avec ce vers : « Oh Dieu, pourquoi est-ce que pour chaque masnavi je dois sacrifier une femme ? »

La date de sa mort est connue avec encore moins de précision que sa date de naissance : les hypothèses vont de 1180 à 1217[6]. Il paraît cependant plus probable qu'il est mort au XIIIe siècle[6],[5], ou du moins après 1197[13].

Nizami dédia ses œuvres écrites en persan à divers princes de la dynastie seljouqide[7],[4]. Cependant, il ne s'est mis au service d'aucun d'eux en particulier, refusant d'être un poète de cour[5],[6]. Il a écrit un divan, composé de qasidas et de ghazals, dont seule une petite partie a été conservée[3]. Des poésies lyriques aux poèmes didactiques de contenu moral et mystique, ses œuvres sont illustrées d'anecdotes, et très riches en énigmes mythologiques persanes, romaines, grecques, et arabes, mathématiques, astronomiques, littéraires et légendaires, etc. Mais il est célèbre surtout pour ses épopées romanesques[7], cinq romans en poésie, du genre masnavi, regroupés sous le titre de Khamsé[7],[14].

Œuvre

Le Khamsé

Nizami Ganjavi reçu à la cour du Shah
Nizami Ganjavi reçu à la cour du Shah

Les cinq grands poèmes de Nizami sont réunis sous le titre commun de Khamseh, que l'on peut traduire par « Quintette » — ensemble qui a également reçu le nom de Panj-Ganj, les « Cinq Trésors »[15],[16].

  • Makhzan al-Asrar (en) Le trésor des mystères »), (en persan : مخزن‌ الاسرار / Makhzan-ol-Asrâr) ; poème didactique composé en 1165[4] ou 1175[14].
  • Khosrow et Chirine (en persan : خسرو و شیرین / Khosrow o Chirine ; années 1180) ; conte la vie et les amours du roi sassanide, Khosrow II et de la princesse chrétienne Chirine[6].
  • Leïla et Madjnoun (en persan : لیلی و مجنون / Leïli o Madjnoun ; 1188) ; inspirée d'une vieille légende arabe, c'est l'histoire d'une passion amoureuse mutuelle qui ne s'accomplit que dans la mort[17] ;
  • Les Sept Beautés (en persan : هفت‌ پیکر / Haft-Peïkar, 1197[18]) ; l'histoire a pour héros le roi sassanide Bahram Gour, célèbre pour ses exploits et ses amours, ainsi que ses sept épouses, filles des rois des Sept Climats, qui lui content chacune une histoire merveilleuse[19].
  • Le Livre d'Alexandre[20] (en persan : اسکندرنامه / Eskandar-Nâmé, 1198) ; le poème exalte la sagesse surhumaine du conquérant Alexandre le Grand, « figure divinisée, comme un composant de messages prophétiques[21] » dans la tradition du monde islamique.

Caractéristiques

Ses œuvres sont notamment caractérisées par l'universalité, en ce qu'il réunit toutes les figures ; une force infinie ; un usage de métaphores, d'allégories, etc. ; l'imagination et l'innovation ; l'éloquence[22]. Cependant Nizâmi est un auteur difficile d'accès, car il a un langage codé et très complexe[3]. Le chercheur iranien Seyyed Mohammad Ali Oraizi (1882-1954) a consacré une grande partie de sa vie aux œuvres de Nizami, afin de tâcher de les interpréter.

« Son œuvre harmonique, est remplie de synecdoques. Il emploie sans cesse ses savoirs minutieux et infinis en astronomie, chimie, histoire, mythologie, religion, mysticisme, médecine… Finalement, son œuvre est un tableau parfait, une topographie des mots et des choses, un mélange de conglobations et d’antanaclases[22]. »

Analyse

Le mausolée de Nizâmi à Gandja, rebâti en 1999.

La poésie iranienne représentait toutes les particularités de la poésie classique à caractère moral et social dont Nezâmi est l’un des pionniers. « À ce propos dans son ouvrage intitulé Anthologie persane, Henri Massé souligne : "Nizami est le maître de l’épopée romanesque autrement dit, du roman versifié. C’est le Chrestien de Troyes de la littérature persane. Aussi habile que savant, possédant toutes les ressources du métier poétique, il est un admirable artiste »[23].

Influences

On trouve dans son œuvre l'inspiration de Ferdousi et de Sana'i. Le trésor des mystères est inspiré du Hadiqat al-Haqiqat de Sana'i[5],[4]. Khosrow et Shirin s'appuie sur des personnages de Ferdousi[3], de même que le Livre d'Alexandre[6].

Certains biographes, tardifs, ont avancé que Nizami était membre d'un ordre soufi. Mais aucune preuve ne vient étayer leur affirmation[5],[24]. S'il y a une dimension spirituelle indéniable dans la poésie de Nizami, elle est présente en arrière-plan[5]. La dimension mystique est évidente, mais subtile, voilée, et moins présente que chez Rumi[4]. Son Makhzan al-asrar est considéré comme une œuvre mystique : mais le soufisme n'y est explicite que dans l'introduction[6]. Kamran Talattof et Jerome W. Clinton invitent à se méfier des lectures religieuses idéologiquement motivées, privilégiées en Iran depuis la révolution islamique, et selon eux réductrices[4].

Représentation de la femme dans le Khamseh

La place des personnages féminins dans l'œuvre de Nizami est étonnamment moderne, et même qualifiée d'anachronique par Kamran Talattof. Une comparaison entre Firdousi, Nizami et Djami montre que Nizami est le plus féministe des trois poètes persans[12].

Alors que Khosrow est le personnage dominant dans le Shah nameh de Firdousi - mais il faut reconnaître que c'est dans la logique du genre de l'épopée héroïque -, dans l'œuvre de Nizami, c'est Shirin qui acquiert la prééminence. Amante déterminée, c'est elle qui prend l'initiative. Elle est le guide moral qui soutient Khosrow, décrit comme faible, pour l'aider à progresser. Shirin est décrite avec sympathie, de sorte que certains commentateurs ont supposé que Nizami s'est inspiré de son épouse, Afaq[12]. Dans Les sept portraits, les sept princesses jouent également un rôle majeur dans la formation de Bahram. Enfin, même dans Majnun et Layla, où le personnage de Layla s'efface rapidement au profit de l'image idéalisée que Majnun se fait d'elle[25], le retrait de Layla s'explique par le contexte : vivant dans une société où le désir féminin est réprimé, la logique du récit implique qu'elle soit en arrière-plan. Avant de mourir, elle confie ce qu'elle pense de ces normes sociales qui l'étouffent. Mais elle ne se soumet pas passivement : elle exprime son rejet du patriarcat en refusant de se donner au mari qu'on lui a choisi[12].

Ce progressisme de Nizami pourrait s'expliquer par une familiarité avec le zoroastrisme, dans lequel Anahita, divinité féminine, est l'égale de Mehr, son homologue masculin. Peut-être aussi l'expérience personnelle du poète, la tendresse éprouvée pour ses épouses, a-t-elle joué un rôle[12].

Postérité

Son influence dans le domaine littéraire est très grande. Il a non seulement enrichi la poésie persane dans sa totalité, mais surtout a ouvert plusieurs voies[Lesquelles ?]. Son Khamseh a été souvent imité, notamment par Amir Khusraw Dehlavi et Djami[5]. Son Layla et Majnun est très populaire : on compte une vingtaine d'imitations en persan, une quarantaine en turc[6]. Fuzuli en a repris l'intrigue dans une version en turc[5],[24]. Il fait une lecture plus mystique de la légende[24]. Le Trésor des mystères, malgré sa difficulté, a souvent été imité[4].

Nizami a également beaucoup inspiré les calligraphes et les enlumineurs[6].

Commémorations

L'Unesco a proclamé l'année 1991 850e anniversaire de sa naissance, ce qui a donné lieu a des colloques, de Téhéran à Los Angeles[4]. La République d'Azerbaïdjan a proclamé 2021 — date du 880e anniversaire de la naissance du poète— « Année Nizami Gandjavi »[26].

Étudiants et professeurs du Ganja Pedagogical Institute autour de la tombe de Nizâmi. 1940.

Notes et références

Voir aussi

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