Odile Dupont
fondatrice de la Famille monastique de Bethléem, de l'Assomption de la Vierge et de Saint Bruno
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Odile Dupont, connue également sous le nom d'Odile Dupont-Caillard, sœur Marie en religion, est une religieuse catholique française née le au Havre en Seine-Maritime et décédée le à Saint-Laurent-du-Pont dans l'Isère.
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Sœur Marie |
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Elle est la fondatrice de la Famille monastique de Bethléem, de l'Assomption de la Vierge et de saint Bruno. Elle fait partie des fondateurs de communautés qui ont été proches de Marie-Dominique Philippe.
Biographie
Origines familiales
Odile Dupont est issue d'une famille aisée du Havre. Elle est la fille aînée dans une fratrie de six enfants composée de quatre garçons et deux filles, dont les parents sont François Dupont (1887-1961) et Marie Thérèse Fanny Mathilde Caillard (1897-1984). Sa mère est issue d'une famille renommée d'entrepreneurs du Havre qui fabriquent des engins de levage[1],[note 1].
Elle est également connue sous le nom d'Odile Dupont-Caillard, qu'elle a elle-même popularisé, jugeant son patronyme trop banal[2]. De façon similaire, son frère, Jean-François Dupont (1918-2005) et son neveu adjoignent à leur nom celui de Danican dans leurs livres consacrés à la famille Philidor, une dynastie de musiciens. Ce patronyme emprunté à la grand-mère paternelle, Charlotte Danican Philidor (1861-1923) serait la francisation du nom écossais Duncan, dont Odile Dupont se sert volontiers pour souligner les origines britanniques d'un père idéalisé[3] qu'elle présente sous le nom de François Dupont-Danican[2]. Sa biographe, Blandine de Dinechin, relève cette similitude et la rapproche de la propension de la fondatrice à rallonger le nom initial de sa communauté, « Bethléem », qui par la suite « s'anoblit avec plusieurs particules pour devenir la Famille monastique de Bethléem, de l'Assomption de la Vierge et de saint Bruno »[4].
Contrairement à ce qu'affirme un ouvrage paru en 2005, qui recense des « figures de sainteté » du XXe siècle[5], elle n'est pas la cousine des dominicains Thomas et Marie-Dominique Philippe, même si ce dernier a joué un rôle éminent dans la vocation d'Odile Dupont, la fondation et le développement de la Famille monastique de Bethléem[6].
Jeunesse et vocation religieuse
La vie religieuse tient une place importante dans la famille Dupont. Le père est oblat bénédictin de la Pierre-qui-Vire, la mère tertiaire dominicaine[3]. Avec ses parents, Odile Dupont fréquente le couvent dominicain du Très Saint-Rosaire[7] au Havre. Marie-Dominique Philippe est un ami de la famille[8], de même que l'oncle de ce dernier, Thomas Dehau qu'elle a connu enfant[9]. Elle est scolarisée au collège des Ormeaux[note 2] tenu par des dominicaines[10]. Sa scolarité terminée, elle entreprend des études d'infirmière. Son goût pour la mystique, qu'elle partage avec son père, la conduit vers une vocation religieuse[3].
Trois dominicains accompagnent l'entrée en religion d'Odile Dupont. Tout d'abord Marie-Dominique Philippe[8],[11], que sa tante, Paule Caillard (1906-1948) lui fait rencontrer en 1942[12]. Paule Caillard, sœur Jeanne de la Croix en religion, est alors dominicaine au monastère de La Croix et de la Compassion d'Étiolles, à côté du Saulchoir, dont la prieure est Cécile Philippe, sœur de Marie-Dominique Philippe, condamnée en 1956 par le Saint-Office avec Thomas Philippe et son oncle dans l'affaire de l'Eau vive[13].
Le dominicain Jourdain Bonduelle (1906-2003)[14], cousin de Marie-Dominique Philippe, élu prieur du couvent du Havre en 1945, suit également les débuts d'Odile Dupont dans la vie religieuse[10], de même que le dominicain Ceslas Minguet (1916-2001), du même couvent, considéré par son ordre comme instable et faisant partie des « mariolâtres », qu'elle rencontre en 1946[15].
Première expérience de vie religieuse (1946-1950)
Au vu de la complexité du parcours d'Odile Dupont durant cette période de quatre ans, Blandine de Dinechin, qualifie sa première vie religieuse de « chaotique »[16].
Séjour à Montpellier dans la congrégation des Tourelles (avril 1946 - septembre 1949)
Odile Dupont entre en chez les dominicaines des Tourelles à Montpellier et prend le nom de sœur Marie-Catherine[17],[18]. La congrégation, dont la prieure générale est mère Marie-Bernard Maistre, connaît alors de vives tensions internes et est placée sous la tutelle du père dominicain Vincent Héris, un proche de Thomas Philippe, son vice-régent au Saulchoir[19].
Elle y entre comme sœur « auxiliaire », « une sorte d'oblature, un état hybride inventé pour elle seule. [...] Elle n'est pas religieuse à part entière » en raison de ses difficultés à suivre la règle qui impose un lever de nuit qu'elle ne supporte pas[20]. Le diaire de la communauté évoque sa « profonde incertitude sur sa fixation définitive aux Tourelles. Sur le conseil du père Bonduelle, elle sollicite la grâce de faire profession quand même »[20]. Odile Dupont prononce ses vœux privés temporaires le et les renouvelle l'année suivante[21].
Ses difficultés d'adaptation[note 3] la conduisent en à plaider en faveur d'une attitude « de miséricorde à l'égard des sujets ayant une vraie vocation, mais peu de santé »[22]. Marie-Dominique Philippe conseille à Odile Dupont de sortir temporairement de la communauté[21].
Séjour chez les dominicaines de Sainte-Marie (octobre 1949 - mars 1950)
En , elle obtient de sa prieure l'autorisation de se rendre pour quelques mois en Suisse, à Bluche dans le diocèse de Sion, au sein de l'un des couvents des Dominicaines de Sainte-Marie ouvert un an plus tôt, qui adapte la vie contemplative aux sœurs de santé fragile, comme se considère Odile Dupont[23]. Il s'agit d'une congrégation nouvelle fondée en 1942[24] par Marie-Renée Seuillot (1910-1969), sœur Marie-Renée du Christ en religion[25],[note 4]. Marie-Dominique Philippe prêche régulièrement des retraites à Bluche et exerce un ministère de confession « qui lui donne un accès très large aux couvents de la congrégation »[26]. En , Odile Dupont essuie cependant un refus d'entrer dans la congrégation des Dominicaines de Sainte-Marie en raison de son noviciat à Montpellier qui la rattache aux Tourelles[23].
Ermitage au Perthus (avril - octobre 1950)
En , la prieure des Tourelles l'autorise à rejoindre au Perthus, dans les Pyrénées-Orientales[27],[5],[28],[note 5], une communauté des « ermites de Marie » d'inspiration cartusienne. Elle quitte l'habit dominicain[29]. En , Ceslas Minguet vient la chercher au Perthus afin de fonder avec elle l'« Ordre de la Sainte Vierge » dont le dominicain a conçu le projet quatre ans plus tôt en la rencontrant en 1946. Devant la résistance d'Odile Dupont, Ceslas Minguet intrigue auprès de l'évêque de Perpignan, Henri-Marius Bernard, en cherchant à discréditer la communauté du Perthus afin de l'en faire sortir. Ceslas Minguet retourne finalement au Havre pour convaincre les parents d'Odile Dupont de rappeler leur fille dans sa communauté d'origine. De son côté, mère Marie-Bernard Maistre demande également à l'évêque d'intervenir : Odile Dupont, qui n'a pas affiché ses intentions d'être ou non relevée de ses vœux aux Tourelles, ne peut pas prétendre à un postulat au Perthus[30]. Après la visite de l'évêque qui lui demande de partir, Odile Dupont quitte l'ermitage fin octobre sans savoir où aller. Après un bref séjour de trois jours dans une fraternité du père de Foucauld à Montpellier, où l'on refuse de l'admettre, elle se présente aux Tourelles où elle est accueillie à nouveau par mère Marie-Bernard Maistre dans l'attente d'une solution quant à sa vocation religieuse[31].
L'Eau vive (novembre 1950 - début 1951)
À l'approche du , date annoncée de la promulgation du dogme de l'Assomption par Pie XII, Ceslas Minguet depuis Le Havre organise en quelques jours un pèlerinage pour Rome[32] financé par Mme Boudy, une commerçante havraise. Les parents d'Odile Dupont[5] et leur fille Agnès sont du pèlerinage[33]. Cet événement est considéré comme fondateur par la Famille monastique de Bethléem[34]. Le trajet passe par l'Eau vive à Soisy-sur-Seine, où Ceslas Minguet est assigné depuis le début de l'année[note 6], afin d'emmener des résidents. Sur le chemin du retour, après que le car a dépassé la frontière italienne, Ceslas Minguet, ayant appris qu'Odile Dupont a finalement quitté le Perthus et se trouve à Montpellier, téléphone à mère Marie-Bernard Maistre pour qu'Odile Dupont vienne rejoindre à Aix-en-Provence le car qui se dirige vers le Havre avec une étape à l'Eau vive pour ramener ses résidents. Il convainc facilement la prieure des Tourelles de l'envoyer au couvent de l'Épiphanie[11],[35], ouvert en 1947 pour servir d'hôtellerie à L'Eau vive, centre de formation créé un an auparavant par Thomas Philippe[19]. Odile Dupont y étudie[12],[11] et y passe Noël 1950[35].
Fondation de la Famille monastique de Bethléem
Ceslas Minguet, qui n'a pas renoncé à la création avec Odile Dupont d'un « Ordre de la Sainte-Vierge »[note 7], sollicite de mère Marie-Bernard Maistre sa sortie du couvent de l'Épiphanie[35]. Marie-Dominique Philippe encourage également Odile Dupont[36],[11],[37] à créer une nouvelle fondation qui voit le jour à Chamvres dans l'Yonne en [37],[11]. C'est ainsi que voient le jour les dominicaines de Notre-Dame de la Nativité, couramment appelée communauté de Bethléem, qui sont reconnues comme pieuse union par l'évêque de Sens, Frédéric Lamy[38]. La communauté est érigée le en fraternité du Tiers-ordre des Prêcheurs par le père Albert-Marie Avril, provincial de France[39]. Pour Odile Dupont, cette date revêt un caractère symbolique en correspondant à celle de ses vœux temporaires dans la congrégation des Tourelles quatre ans auparavant[40].
Afin de se rapprocher de Paris, la communauté s'installe en 1954 à Méry-sur-Oise[41], puis à Nemours en 1971[18]. Elle se sépare la même année de l'ordre dominicain et prend le nom de communauté monastique de Bethléem[18].
Orientation pseudo-cartusienne (1974)
Tirant partie de la mise à disposition par l'ordre des Chartreux en 1973 de la chartreuse de Currière à Saint-Laurent-du-Pont pour accueillir des retraitants, Odile Dupont oriente à partir de 1974 la communauté monastique de Bethléem vers une forme de vie semi-érémitique inspirée du modèle cartusien[27]. Elle s'attire le soutien de Dom André Poisson, alors ministre général des Chartreux et prieur de la Grande Chartreuse qui autorise la construction d’ermitages sur le site[42]. Odile Dupont joue de l’ambiguïté en laissant à croire que la communauté de Bethléem serait une nouvelle branche issue de l'ordre cartusien[43].
Réécriture de l'histoire de la communauté (1977)
Après le tournant pseudo-cartusien de 1974, la création de la branche masculine en 1976, et l'élaboration d'une règle de vie à l'automne 1977 sous la pression de la Congrégation pour les religieux, Odile Dupont réinvente le récit des origines de la communauté, qui faisait de la date du le point de départ de la communauté, au moment de l'installation à Chamvres dans l'Yonne[44].
Ce nouveau récit est élaboré lors de la visite à Rome le que font Odile Dupont et trois autres membres de la communauté pour y rencontrer Paul VI. Cette audience très formelle, limitée à une ou deux minutes, constitue pour la fondatrice une frustration, voire une humiliation. Seule sur la place Saint-Pierre, repensant au pèlerinage de sa famille en 1950, elle aurait alors imaginé un récit « surnaturel » de la fondation, dans lequel par « une sorte de motion intérieure [...] reçue par quelques pèlerins français lors de la proclamation du dogme de l'Assomption » la communauté de Bethléem aurait été fondée par la Vierge elle-même[45]. Il trouve son application en 1978 quand la communauté monastique de Bethléem adjoint à son nom celui « de l'Assomption de la Vierge », puis, en référence aux chartreux, celui de saint Bruno en 1998[46], au moment où les branches féminine et masculine sont érigées ensemble en institut religieux de droit pontifical par le Saint-Siège le [27]. Odile Dupont a réécrit elle-même le décret de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée pour le faire correspondre à la légende bâtie autour de la création de la communauté[47].
L'essor de la communauté de Bethléem doit beaucoup au charisme et aux capacités de séduction, voire de manipulation, d'Odile Dupont pour recruter de nouveaux membres et se concilier les autorités ecclésiales[37],[42],[48],[49],[12].
Mort
Après avoir été prieure générale de la communauté pendant près de 49 ans, Odile Dupont, meurt à Saint-Laurent-du-Pont à l'âge de 77 ans le . Selon Blandine de Dinechin, Odile Dupont serait en réalité décédée dans la nuit du 26 au à l'hôpital de Montpellier. Afin qu'elle repose au plus vite parmi ses sœurs, son corps aurait été transporté dès le lendemain, sans les autorisations requises, par le frère Patrick et le professeur Henri Joyeux au monastère de Currière à Saint-Laurent-du-Pont, où son décès a été enregistré[50].
Place dans la « galaxie Philippe »
Les travaux d'historiens commandés en 2021 par L'Arche, la Province de France des dominicains et la communauté Saint-Jean ont mis au jour en 2023 une doctrine cachée de nature mystico-érotique élaborée et appliquée par Marie-Dominique et Thomas Philippe en premier lieu au centre de l'Eau vive à Soisy-sur-Seine et dans les communautés religieuses féminines environnantes, entre la fin des années 1940 et le début des années 1950. Cette « gnose » partagée par des « initiés », source d'emprise et d'abus, a perduré ensuite dans les communautés dont ils ont été les fondateurs, y compris dans celles de leurs disciples. Sont notamment cités Jean Vanier, Gérard Croissant et Thierry de Roucy[51],[52],[53]. Céline Hoyeau, auteure de La Trahison des pères[54], classe Odile Dupont parmi les « fondateurs de communautés ayant été proches des frères Philippe et/ou figures ayant revendiqué leur influence sans pour autant être auteurs d'abus sexuels »[12].
Thomas Philippe
Parmi les communautés environnant l'Eau vive figure le couvent de l’Épiphanie, antenne de la congrégation des Tourelles, qui lui sert d'hôtellerie. C'est en 1950, au moment où Odile Dupont y est envoyée, que sa prieure générale, mère Marie-Bernard Maistre, commet avec Thomas Philippe des « actes impurs graves » selon sa déposition de 1956 au dominicain Paul Philippe (sans lien de parenté). Ce dernier, commissaire du Saint-Office chargé d'enquêter sur les abus de Thomas Philippe, a ainsi connaissance de rumeurs d'une « influence dangereuse [de Thomas Philippe] sur certaines religieuses [du couvent de l'Épiphanie] dont les noms sont malheureusement inconnus »[55]. L'une des victimes de Thomas Philippe à l'Eau vive, la première à l'avoir dénoncé en 1952, rapporte cependant avec précision le cas d'une dominicaine de l'Épiphanie entretenant un commerce sexuel avec Thomas Philippe[56]. Dans ces conditions, l'envoi d'Odile Dupont par mère Marie-Bernard Maistre au couvent de l'Épiphanie auprès de Thomas Philippe, dont elle connaît « les frasques mystico-sexuelles » pour les partager avec lui, interroge sa biographe[57]. La question se pose de savoir si Odile Dupont elle-même y a échappé[8].
Autre proche de Thomas Philippe et de son frère, Alix Parmentier vit un an à Méry-sur-Oise dans la communauté de Bethléem jusqu'à l'été 1957[58]. Elle fait partie avec Jean Vanier du groupe des initiés de l'Eau vive[59] et entretient dès cette époque une relation de nature sexuelle avec Marie-Dominique Philippe[60],[61]. Malgré son souhait, elle n'a pas pu entrer en au monastère de Bouvines dont la prieure, Cécile Philippe, venait d'être déposée en raison d'une condamnation du Saint-Office pour de graves abus commis sur ses propres religieuses avec son frère Thomas Philippe[62]. « Il semble que sœur Marie aurait souhaité qu'Alix [Parmentier] reste dans la communauté [de Bethléem], mais malgré la séparation, un lien demeurera entre les deux. ». Alix Parmentier rejoint ensuite le carmel de Boulogne (Hauts-de-Seine) qui a des relations privilégiées avec Marie-Dominique Philippe. Odile Dupont entretient avec Alix Parmentier une relation épistolaire suivie jusqu'en 1961, puis chaque année à Noël[58].
Marie-Dominique Philippe
Au sujet d'Odile Dupont, le rapport des Frères de Saint-Jean paru en souligne que « le père Marie-Dominique a été son père spirituel pendant un temps. Elle lui a écrit en 1968 qu'il a joué un rôle décisif à des moments clefs de son existence. »[63].
Marie-Dominique Philippe a tenu une place importante dans la vocation religieuse d'Odile Dupont et dans la fondation de la communauté de Bethléem en 1951. Céline Hoyeau et le rapport des frères de Saint Jean soulignent également la proximité géographique entre la communauté de Bethléem, implantée en 1954 à Méry-sur-Oise, et le couvent dominicain du Saulchoir où enseigne alors Marie-Dominique Philippe[37],[64].
En 1957, Marie-Dominique Philippe est condamné par le Saint-Office pour des comportements similaires à ceux de son frère. Il lui est interdit pour une « durée indéterminée » de « pouvoir écouter des fidèles en confession, d'exercer une quelconque direction spirituelle et de séjourner dans des monastères ». Bien que ces sanctions aient été levées en 1959[53], « en , le père [Bernard-Marie] Chevignard, dominicain chargé d'accompagner la fondation des sœurs de Bethléem, interdit à sœur Marie Dupont-Caillard de le faire venir dans sa communauté à Méry-sur-Oise. »[65].
L'année 1968 permet un rapprochement au moment où une religieuse proche de Marie-Dominique Philippe, mère Marie-Renée du Christ, qu'Odile Dupont a connue lors de son séjour en 1949 dans sa congrégation, lègue en 1968 peu avant sa mort sa maison fribourgeoise à la communauté, ce qui permet aux jeunes sœurs de la communauté de Bethléem de suivre, entre autres, l'enseignement de Marie-Dominique Philippe à l'Université de Fribourg[66]. C'est en 1971 que le père Marie-Dominique Philippe rejoint les moniales de Bethléem, d'abord à Boëge dans les Voirons, puis au monastère de Currière et à l'abbaye de Lérins pour assurer leur formation[67]. Il devient dès lors « quasiment l'unique enseignant extérieur de la communauté des sœurs de Bethléem »[68].
En 1979, des sœurs de Bethléem s'établissent à Fribourg dans un petit monastère voisin de celui des frères de Saint-Jean, dont Marie-Dominique Philippe est le fondateur depuis 1975. « Leur prieure générale, sœur Marie, désire qu'elles se forment [...] auprès du père Philippe, en vue d'être responsables des études dans leur communauté. » Les communautés de Bethléem et de Saint-Jean apparaissent alors comme « deux communautés sœurs ». Marie-Dominique Philippe surnomme les moniales de Bethléem « les cousines »[69].
C'est ainsi que Marie-Dominique Philippe est chargé par Odile Dupont de rencontrer en entretien privé de nombreuses sœurs de Bethléem souffrant dans la communauté, afin de les dissuader de la quitter. Le frère Patrick, ancien prieur général de Bethléem, n'exclut pas, même s'il affirme ne pas en avoir la preuve, que Marie-Dominique Philippe ait pu commettre des abus sexuels au sein de la communauté : « Dans la mesure où [...] sœur Marie a confié à Marie-Dominique Philippe beaucoup de sœurs de Bethléem, ont-elles été les seules religieuses qu'il n'a pas tripotées, caressées voire violées ? »[70]
Le , le Service Accueil Médiation (SAM) de la Conférence des évêques de France, créé à l'initiative de Jean Vernette, émet un rapport dans lequel est citée la Famille monastique de Bethléem aux côtés d'autres communautés suspectées de dérives sectaires (branches de la Congrégation Saint-Jean, l'abbaye d'Ourscamp avec Points-Cœurs, le carmel de Montgardin) dont Marie-Dominique Philippe apparaît comme le commun dénominateur. Le rapport révèle qu'il exerce une profonde influence sur ces communautés, dont il est le principal, sinon l'unique référent, comme enseignant, aumônier ou confesseur, voire exorciste[71].