Pardon des Islandais (Paimpol)
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Le pardon des Islandais à Paimpol est l’une des cérémonies du pardon pratiquées sur la côte bretonne. Il se tient pour la première fois en 1855, soit trois ans après que la ville de Paimpol a envoyé ses premiers navires pêcher la morue en Islande, et est recensé comme la plus ancienne cérémonie des pardons en Bretagne[1].
Les cérémonies du pardon sont des célébrations religieuses traditionnelles catholiques et des fêtes maritimes qui se sont déroulées aux XIXe et XXe siècles. Leur but était de protéger les marins qui partaient pêcher la morue dans les eaux de Terre-Neuve, au Canada.
Dans la religion judéo-chrétienne, le pardon est un acte de miséricorde qui « rétablit l’homme dans sa relation d’amour avec [Dieu][2] » après un péché notamment. Chez les catholiques, le pardon peut prendre la forme d’un pèlerinage religieux, surtout en Bretagne : une fête populaire a alors lieu à cette occasion[2]. Événements pluriels et polymorphes, les pardons allient aspects cultuels et culturels où la fête et le sacré s’entremêlent. Ils sont indissociables des chapelles et des saints qu’ils célèbrent.
Les pardons, aux côtés des bénédictions et des fêtes de la mer, sont des rendez-vous de type traditionnel, des fêtes qui maintiennent et transmettent des traditions culturelles et religieuses issues des sociétés maritimes d’antan[3].
Depuis 2020, les pardons sont inscrits à l'Inventaire national du Patrimoine culturel immatériel, géré par le ministère de la Culture[4].
Histoire
Les marins bretons s’aventurent dans l’Atlantique nord depuis au moins la fin du Moyen Âge. D’une tradition ancienne à un déclin inévitable, l’aventure paimpolaise de la pêche à la morue connaît deux grandes périodes : la première, autour de Terre-Neuve, perdure jusqu’au début du XXe siècle ; la seconde, en Islande, qui lui est en partie concomitante sur à peine un siècle, prend fin dans les années 1930, après que l’Islande ait fermé ses eaux territoriales aux étrangers.
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la communauté maritime, sous l’impulsion des armateurs de bateaux, accorde une visibilité sans précédent aux rituels de protection ainsi qu’à la foi du marin. Le métier de la pêche morutière est risqué et les causes de décès peuvent être multiples. Une mort à distance et l’absence de tombe où les proches pourraient se recueillir sont des perspectives angoissantes. Et, si l’idée même de l’évanouissement du corps dans les flots est terrifiante pour une population chrétienne qui croit en la nécessité d’une sépulture pour la résurrection au jour du Jugement dernier, il n’en reste pas moins qu’elle est également socialement suspecte : en l’absence de dépouille, rien ne prouve que l’homme soit, en vérité, passé de vie à trépas[5]. Des fêtes votives sont alors mises en place dans les grands ports morutiers. Les célébrations familiales, corporatives et religieuses reconstituent rituellement les équipages tout en faisant du pêcheur morutier un héros prêt à se sacrifier, tant pour sa famille que pour la grandeur de sa patrie et de son économie.
Dans la première moitié du XXe siècle, l’adoption du chalutage, qui se substitue progressivement aux voiliers et à la pêche en doris, s’est accompagnée d’une nette amélioration des conditions de travail et de vie, de sécurité, d’hygiène et de santé à bord des navires. Pour autant, la crainte de la disparition en mer reste profondément ancrée dans la culture des gens de la mer et les protections rituelles et collectives, tels les pardons, restent structurantes pour la société, et ce jusqu’à la disparition des morutiers[5].
Instauré en 1855, le pardon des Islandais est provisoirement supprimé en 1871, avant d’être rétabli de 1883 à 1904. Le pardon est ensuite remplacé par une fête profane des Islandais et du commerce[1].
Aujourd’hui, la fête des Islandais se déroule courant juillet[6]. Elle ne revêt plus comme autrefois le caractère dramatique des bénédictions des hommes et des bateaux, mais subsistent l’hommage aux marins, la messe du pardon, la procession de la statue de la Vierge couronnée d’or et l’immersion d’une gerbe dans le port[7]. S'ensuit généralement un défilé de la gare vers le port de Paimpol, avec cercles celtiques, danses traditionnelles et bagadoù.
Déroulement de la cérémonie
Le deuxième dimanche du mois de février, le pardon des Islandais donne lieu à une grande procession au cours de laquelle la statue de la Vierge est portée sur un brancard jusqu’à un reposoir néogothique orné d’accessoires maritimes construit à l’extrémité de la jetée du port. Elle se termine par une bénédiction des bateaux[1].
Après la cérémonie, chaque goélette paimpolaise ayant embarqué 20 à 15 hommes, la flottille appareille mi-février pour une campagne de six à huit mois[8].
- La procession arrive au reposoir de la Vierge sur le port de Paimpol.
- La foule est réunie devant le reposoir de la Vierge, un grand autel dont la forme reprend l'architecture d'une église de style néogothique et sur lequel figure une statue de la Vierge Marie.
- Après la bénédiction des bateaux prononcée sur le port, la procession repart.

