Pax Khazarica

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La Pax Khazarica (en latin pour « paix khazare ») est un terme historiographique, modelé à partir de l’original Pax Romana, qui s’applique du VIIe siècle au Xe siècle au sein du territoire contrôlé par le Khaganat khazar. Bien que l'expression soit postérieure, il correspond à une politique de contrôle politico-religieux visant à protéger et développer les axes commerciaux reliant la route de la soie aux routes commerciales de la Volga et des Varègues.

Elle favorise la libre circulation de différents groupes ethniques et religieux en assurant une politique de tolérance importante ce qui permet à des groupes comme les Radhanites et les premiers Rus' d'y circuler et de s'y implanter durablement. L'augmentation des tensions internes au sein du Kaghanat khazar et le déclin commercial de la route de la Soie suite à la chute de la dynastie Tang entraîne la fin de la Pax Khazarica.

Élaboration historiographique

L'expression tire son origine de l'usage historiographique de la Pax Romana afin de désigner une période durant laquelle les conflits sont faibles. Le maintien de la paix permet de renforcer l'activité commerciale et les échanges sans interruption, ce qui a également des conséquences positives sur le développement des régions concernées. Dans le cas du Khaganat khazar, la Pax Khazarica commence à apparaître dans les travaux dès le début du XIXe siècle. Contrairement à la Pax Romana, les Khazars n'adoptent pas d'attitude impérialiste ou d'activités missionnaires durant cette période[1].

Avant l’apparition de cette expression, les historiens européens ont une vision négative et biaisées des peuples nomades qu'ils considèrent culturellement et politiquement inférieurs. L'historiographie russe positionne les premiers États Rus' comme défenseur des barbares des steppes. Vassili Klioutchevski note toutefois que la Pax Khazarica favorise le développement économique des Slaves du Dniepr. Mykhaïlo Hrouchevsky et Matveï Lioubavski soutiennent également cette idée et considèrent même que la puissance Khazar constitue un rempart contre les invasions des steppes. Iouri Gauthier ajoute qu'ils sont les premiers promoteurs d'une politique de tolérance permettant la Pax Khazarica. Pour Ananiasz Zajączkowski (pl), la Pax Khazarica est fondamentale dans la politique intérieure et religieuse du Khaganat khazar. Le turcologue Omeljan Pritsak considère que l'ordre établi après les guerres arabo-khazares est le déclencheur de la Pax Khazaro-Turque[1].

Ainsi, par analogie, le terme Pax Khazarica ne désigne pas seulement une période chronologique, mais aussi la politique appliquée par le Kaghanat khazar qui appuie celle-ci[1]. Le concept de la Pax Khazarica et les implications sur la formation de la Rus' de Kiev ont longtemps été ignorée et rejetées par l'historiographie russe et soviétique prônant une idéologie nationaliste dans laquelle les khazars sont associés au poncif du barbare oppresseur[2].

Cause économiques

Principaux axes commerciaux qui traversent le Khaganat khazar.

La mise en oeuvre de la Pax Khazarica repose sur un contrôle territorial et militaire ainsi qu'une politique de tolérance. Mais les causes et enjeux sont essentiellement économiques. L'activité commerciale constitue l'une des part les plus importante de l'économie du Khaganat en positionnant Itil à l'embranchement de plusieurs nouvelles voies de la route de la soie ainsi qu'une connexion avec la route de la Volga et celle des Varègues qui transite par le Dniepr. À ceci s'ajoutent les fleuves Oural, Kouban et Don qui fournissent des intersections supplémentaires reliant et intégrant d'autres groupes à l'activité commerciale[1],[3].

Cet axe est un héritage des Göktürk qui établissent un corridor commercial dès le IVe siècle. Après l'effondrement du Khaganat turc occidental, les Khazars héritent d'un dispositif commercial stratégique qui permet de connecter l'Europe à la chine par l'intermédiaire de territoires essentiellement nomades. La Pax Khazarica sous forme de tolérance religieuse est indispensable à l'expansion de cette activité car elle ouvre ses territoires aux marchands de toutes origines ethniques et religieuses contrairement aux routes méridionales traversant les régions fortement islamisées[1].

Causes politico-religieuses

En plus d'enjeux économiques, la Pax Khazarica repose sur des enjeux politiques et diplomatiques. Elle permet tout d'abord de maintenir un équilibre entre les puissances régionales byzantine et abbasside. Cette paix relative n'est possible que par la présence d'une force de dissuasion khazare capable de protéger les frontières de l'État, sécuriser les routes commerciales et maintenir l'ordre[1],[4],[3].

Enfin, la Pax Khazarica se caractérise par la coexistence de plusieurs religions et une politique de tolérance religieuse qui se distingue des deux autres puissances régionales. Les autorités khazares n'effectuent pas de conversion forcée et permettent la construction des institutions dans leurs centres urbains que ce soit pour le judaïsme, le christianisme, l'islam, le tengrisme et les religions traditionnelles[1].

Histoire

Dès l'instauration du Kaghanat khazar, au VIIe siècle, les axes commerciaux septentrionaux de la route de la soie sont exploités et leur permet de rapidement gagner en influence. Au début du VIIIe siècle, une première phase de la Pax Khazarica est appliquée sur les territoires khazars à l'exception de sa partie méridionale. Ce n'est qu'à la fin des guerres arabo-khazares, à la fin du VIIIe siècle, que la Pax Khazarica s'implante durablement jusqu'à la fin du IXe siècle[1],[5],[6],[7]. Elle s'étend alors aux forêts et steppes de Russie et aux tribus slaves orientales qui paient un tribut pour intégrer le réseau[5]. En conséquence, le commerce eurasien qui s'arrêtait jusqu'alors à Constantinople se prolonge désormais jusqu'à la mer Baltique[8].

Durant cette période, le Khaganat khazar s'assure de garantir la libre circulation en agissant militairement contre les incursions Petchénègues afin de limiter leur pénétration. Ils construisent des postes fortifiés au sein de leur territoire[1],[7].

Leur système fiscal s'établit également en rapport direct avec la circulation des marchandises. La faible capacité des Khazars à reposer sur leurs ressources naturelles et leur production artisanale n'a pas permis de préserver ce système politique et commercial, mettant en danger Pax Khazarica au tournant du Xe siècle. La chute de la Dynastie Tang en 907 et l'expulsion des marchands musulmans, juifs et chrétiens du territoire chinois entraîne un important déclin de l'activité comerciale et dès lors la fin de l'enjeu principal de la Pax Khazarica[1],[3],[7].

Conséquences

Bibliographie

Notes et références

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