Khaganat khazar
État historique
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Le Khaganat khazar ou Empire khazar est un khaganat fondé par les Khazars, un peuple turcique, au VIIe siècle qui s'impose comme une des principales puissances politiques et militaire d'Eurasie avant de disparaitre à la fin du Xe siècle. À son apogée, il exerce son autorité sur un territoire qui s'étend dans sa partie centrale entre la mer Caspienne et la mer Noire, les steppes pontiques, le Caucase, la Transcaucasie, les régions du Don et de la Volga.
| Statut | khaganat |
|---|---|
| Capitale | Samandar (en), puis Itil |
| Langue(s) | khazar |
| Religion | chamanisme, tengrisme, islam, christianisme, judaïsme |
| Superficie (850[2]) | 3 000 000 km2 |
|---|
| VIe siècle | établissement des Khazars sur les bords de la mer Caspienne |
|---|---|
| VIIe siècle | fondation d'un État khazar |
| IXe siècle | extension maximale |
| 965 | prise de Sarkel par Sviatoslav |
| XIe siècle | fin du dernier État kazhar |
Entités précédentes :
empire köktürk,- ancienne Grande Bulgarie
Entités suivantes :
Issu de la dissolution du Khaganat turc occidental au VIIe siècle, il s'impose sur l'Ancienne Grande Bulgarie et joue rapidement un rôle important dans les équilibres géopolitiques qui opposent l'Empire byzantin au monde musulman. Allié des Byzantins, il affronte les Omeyyades pour le contrôle de la Transcaucasie lors des guerres arabo-khazares. Après cette période de confrontation, il domine un vaste espace et établit un contrôle des principales voies commerciales des Varègues et de la Volga, concentrant les axes vers sa capitale Itil.
Entre le VIIIe et IXe siècle, les élites dirigeantes — le Khagan et le Bek, suivant un système politique diarchique — adoptent progressivement le judaïsme tout en appliquant une politique de tolérance religieuse. Cette situation contribue à faire du Khaganat khazar un espace marqué par une forte diversité ethnique et religieuse.
Confronté durant les IXe et Xe siècle à des tensions internes et externes avec les Kabars, les Petchénègues puis la Rus' de Kiev, le Khaganat khazar s'affaiblit progressivement. Les campagnes menées par Sviatoslav Ier entraînent sa chute. S'ensuivent des déplacements de populations, rythmés par les invasions successives des Rus', des Coumans et probablement de la Horde d'or mongole.
Historiographie
L'historiographie du Khaganat khazar est étroitement liée à celle des Khazars. Son étude repose sur plusieurs sources contemporaines. Dans certains cas, l'authenticité des documents reste encore débattue, comme c'est le cas de la correspondance khazare dite judéo-khazare. Une autre source problématique est la Chronique de Gazi-Baradj, relatant l'histoire des proto-Bulgares, étroitement liés aux Khazars, mais composée tardivement et sans certitude dans la première moitié du XIIIe siècle[3]. L'essentiel des sources historiques provient dès lors des documents byzantins, arabes, iraniens, caucasiens, syriaques et slaves orientaux[4]. L'une des problématiques principales de l'historiographie est que les sources contemporaines sont malgré tout parcellaires et maigres compte tenu du caractère majeur de cet empire sur le plan eurasien[5].
De par son statut d'empire converti au judaïsme, l'historiographie du Khaganat khazar est également controversée et comporte des implications politiques modernes dans lesquelles certaines théories, décrites comme des mythes par plusieurs auteurs, parasitent l'étude du sujet[6]. Les données archéologiques, linguistiques et génétiques viennent compléter l'étude et permettent de mieux identifier la culture ethnique khazare et les sites correspondant à leur domination politique[7].
À la fin du XIXe siècle, le mythe khazar émerge et suppose que le noyau des Juifs ashkénazes modernes descend d'une hypothétique diaspora juive khazare. Les études linguistiques et génétiques n'ont pas confirmé cette théorie et, malgré quelques rares appuis, la plupart des chercheurs la considèrent avec un scepticisme considérable[8],[9]. Cette théorie est parfois associée à l'antisémitisme[10].
Plusieurs courants ou écoles historiographiques se distinguent dans l'étude des Khazars au XIXe siècle. L'école hongroise se concentre sur l'étude linguistique[11]. Le courant de l'historiographie russe adopte une approche plus historique visant à mettre en lumière les origines de l'État russe et de la Rus de Kiev[12]. Au XXe siècle, plusieurs publications majeures se concentrent sur l'étude des Khazars et de leur khaganat. Le premier ouvrage, publié en 1936 par Mikhaïl Artamonov, se concentre sur les origines des Khazars. Abraham Polak publie en 1942 plusieurs travaux ainsi qu'une monographie importante qui se trouve au cœur du débat sur l'origine des Ashkénazes. Ananiasz Zajaczkowski entame des travaux offrant un éclairage sur les relations linguistiques entre les Khazars, les Coumans et les Karaïmes. L'ouvrage The history of the Jewish Khazars de Douglas Morton Dunlop (en) est souvent considéré comme le véritable commencement de l'étude moderne des Khazars reposant sur un matériel pluridisciplinaire[13].
Histoire
Contexte et origine
Le couloir des steppes reliant le nord de la Chine à l'Est de l'Europe est actif depuis des millénaires et soutient plusieurs civilisations nomades et pastorales successives (Scythes, Sarmates, Xiongnu, Huns). L'écroulement de l'empire hunnique provoque de nombreuses vagues migratoires dans les territoires de la steppe pontique, repoussées depuis l'est par les Sabires, eux-mêmes repoussés par les Rourans[14].
L'évolution migratoire du VIe siècle est particulièrement confuse avec l'émergence des Göktürk[15]. L'effondrement du Premier Khaganat turc dans la première moitié du VIIe siècle permet l'émergence de l'Ancienne Grande Bulgarie, fondée par Koubrat, ainsi que l'apparition des Khazars en tant que confédération[16]. La période à laquelle apparaissent les Khazars en tant qu'entité politique coïncide avec la dislocation de l'Empire göktürk, laissant supposer qu'il s'agit probablement d'une branche dynastique liée au Khaganat turc occidental[17].
La date de la fondation d'une entité politique khazare est fortement discutée. Les hypothèses qui considèrent les Akatzir comme des « Khazars Blancs » (*Aq Qazar) font remonter l'origine d'un groupe politique aux Ve et VIe siècles ; cependant, la plupart des turcologues sont sceptiques, car ce groupe n'est pas situé à l'emplacement du foyer oriental des Khazars[18]. Certaines sources établissent une chronologie anachronique, faisant remonter l'occupation du territoire au IIe siècle, ou le premier khagan avant 531, ou encore, dans la correspondance khazare, à une conversion au judaïsme en 610 à l'initiative du khagan. Ces données sont généralement considérées comme peu fiables[19].
Formation du Khaganat khazar (626-700)

Le caractère significatif du Khaganat khazar est attesté par sa participation, en 626, au siège de Tbilisi (en). Le khagan Ziebil (en) du Khaganat turc occidental, ou son fils, envoie 40 000 soldats à l'empereur byzantin Héraclius pour l'aider dans sa lutte contre les Sassanides[20],[21]. Une tradition historiographique remontant au XIXe siècle établit dès lors la fondation indépendante du Khaganat khazar en 626. Cependant, cette datation est peu probable, car le souverain khazar est toujours sujet du Khaganat turc occidental[22]. La constitution du khaganat est probablement plus tardive, fruit de la dissolution du Khaganat turc occidental, et s'affirme durant le VIIe siècle. Le VIIIe siècle constitue un tournant puisque la culture archéologique caractéristique des Khazars n'est identifiée qu'à partir de ce siècle[23]. Selon Peter Golden, Ibris (en), potentiel fondateur du Khaganat khazar vers 651, pourrait être Irbis Seguy (en), khagan turc occidental déchu en 651, scindant le territoire en deux[24].
Quelques années après le début de la conquête musulmane de la Perse, Abd al-Rahman ibn Rabi'a (en) dirige son armée vers le Caucase et se confronte au Khaganat khazar en 650 à Balanjar (en). Il déclenche la première guerre arabo-khazare contre l'avis du calife Othmân ibn Affân. Son armée est prise en tenaille et il meurt. La ville fait alors office de capitale khazare et cette victoire les aide à s'affirmer. La grande discorde réduit également la domination arabo-musulmane sur le sud du Caucase et permet aux Khazars d'étendre leur territoire par-delà la chaîne montagneuse[25]. Ils mènent également campagne contre la Grande Bulgarie qui s'effondre en 670 et dont les Khazars contrôlent ensuite les territoires[17].
Du milieu du VIIe siècle jusqu'en 685, le Khaganat multiplie les raids visant à soumettre les souverains de Transcaucasie. En 662, leur première offensive contre l'Albanie du Caucase est repoussée[26]. Dans les années 670, le Khaganat khazar profite de la mort de Koubrat pour vassaliser ou refouler les Bulgares, établissant leur autorité sur les steppes au nord de la mer Noire[27]. Vers 682, ils vassalisent et absorbent le dernier royaume Huns du Caucase et établissent leur souveraineté sur l'ensemble du territoire[26]. En conséquence, une expédition de grande envergure s'engage en 685 par-delà le Caucase et tue plusieurs souverains : Grigor Ier Mamikonian (prince d'Arménie), Adarnassé II de Kakhétie (prince-primat d'Ibérie) ainsi qu'un prince albanien. Le roi d'Albanie Varaz-Tiridates I (en) paie en retour le tribut[26].
Domination khazare
Guerres arabo-khazares (700-740)

Dès lors que les Khazars deviennent une force incontournable, les Byzantins s'allient avec eux. En 695, l'empereur Justinien II est déposé et choisit de s'exiler à Cherson, en Crimée byzantine, à proximité directe des terres des Khazars, qui l'accueillent. Ainsi, il semble s'être réfugié chez eux vers 704 ou 705 et reçoit comme épouse la sœur du khagan Busir (en), Théodora de Khazarie[28]. Cet événement marque le début de l'alliance khazaro-byzantine ainsi que de leur participation indirecte à l'intronisation de nouveaux empereurs. Le khagan répond favorablement à la demande de Tibère III Apsimar d'assassiner Justinien II, mais échoue. Puis, en 711, il porte assistance à Philippicos et aide ce dernier à accéder au trône. Les relations avec les Byzantins sont par ailleurs renforcées par l'opposition à un ennemi commun arabo-musulman[29]. Sous Léon III (717-741), une alliance est formellement nouée contre les Arabes. L'empereur envoie un ambassadeur auprès du khan Bihar et marie son fils, le futur Constantin V (741-775), à la fille de Bihar (en), nommée Tzitzak[30].
Les guerres arabo-khazares reprennent avec des tensions sur l'Arménie en 705 puis, en 713 ou 714, le général Maslama ben Abd al-Malik s'empare de Derbent et pénètre en profondeur chez les Khazars. Ces derniers répliquent par des raids dans l'Albanie du Caucase et en Azerbaïdjan, jusqu'aux confins de l'Iran, avant d'être repoussés par Hassan Ibn Numan. En 722, le conflit gagne en intensité avec une force d'invasion de 30 000 Khazars qui attaque l'Arménie avec succès. Le calife Yazīd II réplique en envoyant 25 000 soldats qui parviennent à repousser l'envahisseur et à reprendre Derbent, poussant jusqu'à Balanjar. Là, les Arabes brisent les défenses des Khazars et pillent la ville, dont les habitants sont tués ou réduits en esclavage. En dépit de ces succès, les Arabes ne peuvent tenir le terrain et se retirent vers le sud[31]. En 724, Al-Jarrah al-Hakami, écrase les Khazars lors d'une longue bataille entre les fleuves Cyrus et Araxe et s'empare de Tiflis. L'Ibérie du Caucase est alors intégrée au califat. Les Khazars réagissent deux ans plus tard avec le Khagan Barjik (en), qui envahit l'Albanie et l'Azerbaïdjan. En 729, les Arabes perdent le contrôle du nord-est de la Transcaucasie et sont de nouveau sur la défensive. En 730, Barjik envahit l'Azerbaïdjan iranien et remporte un succès à la bataille d'Ardabil, tuant le général Al-Jarrah al-Hakami et occupant brièvement la ville. Il est tué dès l'année suivante à Mossoul, lors d'une campagne dans laquelle il se sert de la tête tranchée d'Al-Jarrah comme sorte d'étendard. En 737, Marwan ibn Mohammed pénètre à son tour en Khazarie, dans l'intention supposée de conclure une trêve. Mais il lance en réalité une attaque surprise, obligeant le khagan à fuir vers le nord, sans parvenir à tenir le terrain[32]. Néanmoins, le khagan accepte de se convertir à l'islam et de reconnaître la suzeraineté du califat. Finalement, l'instabilité au sein des Omeyyades et le soutien byzantin permettent aux Khazars de reprendre rapidement leur indépendance et marque la fin des guerres arabo-khazares[33]. La conversion au Judaïsme daterait d'environ 740, soit après cette reprise d'indépendance, et pourrait en être la conséquence[34].
Réduction des conflits et Pax Khazarica (740-800)
Au terme des guerres arabo-khazares s'engage une longue période caractérisée par une faible intensité des conflits. Au XIXe siècle, l'historiographie emploie le terme de Pax Khazarica pour désigner cet épisode de stabilité et de tolérance politique instauré par le Khaganat khazar dans l’espace qu’il domine. L'expression ne renvoie pas à une paix sans conflit mais à un phénomène de modération et de coexistence religieuse et ethnique sous la suzeraineté khazare. Cette politique est motivée par des intérêts militaires, politiques et surtout économiques : en favorisant la sécurité et le maintien de l’ordre dans les steppes pontiques et le Caucase, les Khazars assurent la continuité du commerce interrégional et l'une des nouvelles voies du réseau trans-eurasien de la route de la soie[35].
Certaines tensions apparaissent néanmoins. En 758, le calife al-Mansur tente de renforcer ses liens diplomatiques avec les Khazars, ordonnant à Yazid ibn Asid ibn Zafir al-Sulami, le gouverneur militaire de l'Arménie, de prendre une épouse royale khazare[36]. Yazid se marie à une fille du khagan Bagatur, mais elle meurt rapidement, peut-être alors qu'elle est enceinte. Ses serviteurs reviennent en Khazarie où ils affirment que des Arabes l'ont empoisonnée, ce qui plonge son père dans une profonde colère. Le général khazar Ras Tarkhan envahit les régions du sud du Caucase en 762-764, ravageant l'Albanie, l'Arménie et l'Ibérie, et s'emparant de Tiflis[37]. Néanmoins, les tensions s'atténuent progressivement et les relations deviennent plus cordiales, car les Abbassides n'ont pas les visées expansionnistes des Omeyyades. Il faut attendre 799 pour retrouver l'occurrence de raids entre les deux puissances caucasiennes, à la suite d'un nouveau projet d'alliance matrimoniale avorté[37].
Du côté byzantin, ces derniers maintiennent leur alliance afin de préserver une protection contre les varègues[38]. Le mariage entre Constantin V et Tzitzak donne naissance à Léon IV le Khazar, dont les origines n'empêchent pas des tensions avec le Khaganat khazar. En 780, les Abkhazes se détournent des Byzantins. Leur roi, Léon II d'Abkhazie, est le petit-fils du khagan et reçoit son soutien pour former le royaume d'Abkhazie. En 787, les Khazars interviennent également afin d'y étendre leur domination politique sur les Goths de Crimée[39].
Tensions internes et externes (800-860)
Le IXe siècle est plus opaque en l'absence de conflit avec les arabo-musulmans ou l'Empire byzantin. Cependant, au début du siècle, une guerre civile éclate au sein de l'empire khazar, au cours de laquelle la tribu des Kabars se sépare du Khaganat. Ceux-ci rejoignent les Magyars et la guerre civile s'achève dans les années 810 à 820[40], voire vers 830[41]. Les causes de ce conflit sont indéterminées, mais la guerre coïncide avec l'instauration du système diarchique[42].

En parallèle, l'alliance avec l'Empire byzantin se renforce. En 830, Théophile accepte de faire construire la forteresse de Sarkel en échange de concessions khazares en Crimée. Le fort vise notamment à défendre un point stratégique à la frontière face à des groupes externes, soit les Magyars, soit les Petchénègues, soit les Varègues[43]. Il n'y a pas de consensus sur ce point, car les sources divergent. Ibn Rustah cite les Magyars car ceux-ci migrent depuis l'ouest de la Volga vers les steppes ukrainiennes au nord de la mer Noire dans les années 830. Jean Skylitzès affirme que la forteresse est un rempart contre les Petchénègues, voisins orientaux qui effectuent des raids dès 830[44]. La présence des Varègues (aussi nommés Rous') est quant à elle attestée dans les années 830, mais leur relation avec le Khaganat khazar est indéterminée et ouverte à de multiples hypothèses puisqu'un potentiel Khaganat rus' s'y forme. Si l'existence de cet État est incertaine, les Varègues participent à des missions diplomatiques pour le khagan khazar[45],[46],[47].
En 860, une ambassade khazare demande à Michel III assistance dans une querelle religieuse entre juifs et musulmans. Constantin, futur saint Cyrille, est envoyé en Crimée. Si son hagiographie rapporte qu'il baptise 200 personnes au christianisme, sa mission est un échec et tend même à renforcer la pratique du judaïsme chez les Khazars[48]. Cette étape confirme une distanciation idéologique des Khazars vis-à-vis des Byzantins, qui tendent à convertir de force les juifs. Elle pourrait dès lors constituer le début de la désagrégation de l'alliance[49].
Déclin et chute du Khaganat
Émergence de la Rus' de Kiev et fin de l'alliance byzantine

Les relations avec les Varègues évoluent lors de l'instauration de la Rus' de Kiev. En 862, les Polianes versent le tribut au Rus' plutôt qu'aux Khazars. En 884 et 885, les Séverianes et les Radimitches finissent également par détourner leur tribut. En deux décennies, le Khaganat khazar perd le contrôle du nord-ouest de son territoire au profit d'Oleg le Sage[50]. C'est durant ces années que, selon Al-Mas'ûdî, l'Empire khazar autorise la traversée de la première expédition rus' en mer Caspienne à la condition que la moitié du butin leur soit rétrocédée[51].
Toutefois, dans le même temps, l'alliance byzantino-khazare disparaît au début des années 900. Des affrontements ont même probablement éclaté entre les deux empires en Crimée, tandis que Constantin VII Porphyrogénète, l'auteur du De administrando Imperio, s'interroge sur la meilleure manière d'isoler les Khazars. Les Byzantins commencent à s'allier avec les Petchénègues et les Rus', avec des fortunes diverses. Dans le même temps, les échanges connaissent une évolution sensible dans la région, car les musulmans fondent des routes commerciales qui les mettent directement en contact avec les Bulgares de la Volga convertis à l'islam, sans passer par la Khazarie. Cette dernière pourrait avoir connu une chute de près de 80 % de ses revenus commerciaux, ce qui a des conséquences drastiques sur son équilibre[52].
En parallèle, la pression aux frontières orientales exercée par les Petchénègues s'accentue. Ils s'attaquent en particulier aux steppes d'Ukraine entre le Don et le Danube, où vivent des tribus magyares. En conséquence, vers 889, celles-ci commencent à s'exiler vers le bassin des Carpates. L'Empire khazar intervient et sort victorieux du conflit contre les Petchénègues ; cependant, il ne peut plus compter sur son allié ou vassal magyar pour apporter un soutien militaire dans cette région. Les habitats fortifiés khazars sont abandonnés au tournant du Xe siècle[53].
Opposition byzantine, conquête Rus' et fin du Khaganat

Le début du Xe siècle est marqué par plusieurs vagues de raids nomades qui affaiblissent la capacité militaire du Khaganat. L'un des principaux conflits l'oppose aux Oghouzes et aux Petchénègues, qui reçoivent le soutien de l'empereur byzantin[54]. L'Empire khazar est affaibli par ce conflit, dans lequel le royaume alain intervient en leur faveur. Cependant, la conversion au christianisme des Alains en 916 les rapproche de l'influence byzantine et provoque un nouveau conflit. Les Khazars sortent victorieux et les Alains abjurent le christianisme en 931[55]. Dans ce jeu d'influence entre Khazars et Byzantins, les politiques religieuses deviennent plus strictes à l'égard des juifs byzantins ou des chrétiens khazars. Les Rus' sont également employés comme mercenaires par l'un et l'autre pouvoirs. En 941, les Khazars soutiennent le déclenchement du raid rus' sur Constantinople. Et, à l'inverse, les Byzantins soutiennent une expédition rus' vers Barda en territoire khazar en 943[56].

Vers le milieu du Xe siècle, le Khaganat khazar est alors entouré de groupes qui lui sont hostiles, mais il contrôle toujours un nombre important de groupes tributaires. Toutefois, les différentes incursions rus' et oghouzes indiquent que le Khaganat n'est plus en mesure de compter sur des alliances solides[57]. Ce contexte favorise les conquêtes menées par Sviatoslav Ier, qu'il initie en 965. Il parvient à prendre le contrôle de plusieurs territoires au nord du Caucase ainsi que de Sarkel. Ces invasions marquent la fin du Khaganat khazar, mais pas du royaume khazar[58]. Celui-ci se déplace vers l'ouest, en Crimée. Ce territoire contribue à résister aux Petchénègues durant toute la première moitié du XIe siècle, mais est finalement annexé par les Coumans à partir des années 1050[59].

Le royaume khazar aurait subsisté jusqu'aux invasions mongoles[60],[61], mais il ne s'agit alors que d'un État croupion, car la population juive khazare fuit le territoire après la conquête rus' du Xe siècle ou est absorbée par les Coumans[62],[63]. Ils participent encore ponctuellement aux conflits du Caucase et de Crimée comme partenaires mineurs[64],[65]. Le terme « Khazar », en tant qu'ethnonyme, est employé pour la dernière fois au XIIIe siècle par des populations du Caucase du Nord que l'on croyait de confession juive[8]. La nature d'une hypothétique diaspora khazare, juive ou autre, est sujette à controverse. Avraham ibn Daud mentionne avoir rencontré des étudiants rabbiniques d'origine khazare jusqu'à Tolède, dans les années 1160[66]. De nombreux mercenaires khazars servent dans les armées des califats islamiques et d'autres États. Des documents de Constantinople attestent de l'existence d'une communauté khazare mêlée aux Juifs de la banlieue de Péra[67]. Des marchands khazars sont actifs à Constantinople et à Alexandrie au XIIe siècle[68].
Impact politique et culturel
Le Khaganat khazar, ses traditions et ses institutions, marquent au sein des États émergents qui lui succèdent. Le caftan introduit à la cour byzantine par Tzitzak devient un marqueur impérial qui se diffusera également au monde musulman[69]. Le système hiérarchique de la Rus' de Kiev s'inspire probablement des institutions khazares et serait un reliquat du Khaganat de la Rus'[70]. Les Magyars et la formation des institutions hongroises reprend les modèles, institutions, administration, titres et organisation militaire des Khazars. Certains éléments de la population hongroise perpétuent les traditions khazares au sein de cet État successeur. La Grande-principauté de Hongrie est désignée par les byzantins comme « Turcs occidentaux » par opposition aux Khazars. Les Kabars, qui intègrent la Hongrie, pratiquent le judaïsme et prennent le nom de « Hongrois noirs » (fekete magyarság)[71],[72].
Le royaume khazar aurait, dès l'époque de Juda Halevi, stimulé des aspirations messianiques à un retour en Israël[73]. Sous le vizir égyptien Al-Afdal Shahanshah (mort en 1121), un certain Solomon ben Duji, souvent identifié comme un Juif khazar, tente de promouvoir un effort messianique pour la libération de la Palestine et le retour de tous les Juifs en ce pays. Il écrit à de nombreuses communautés juives pour obtenir leur soutien. Il finit par s'installer au Kurdistan[74].
Organisation politique
Gouvernance
Khagan et diarchie

L'une des hypothèses sur les origines du Khaganat khazar suggère la continuité d'une branche dynastique du Khaganat turc occidental. Cette continuité est discutée, car elle repose sur une seule mention vague de « descendants d'Ânsa », qui pourrait être associée aux ashinas. Toutefois, il est certain que l'organisation politique sous forme de khaganat chez les Khazars a un lien direct avec l'élite turque. Une seconde hypothèse serait la revendication d'un lien prestigieux avec la dynastie ashina par l'affirmation de ce titre. L'étude héraldique des tamgas turcs ne permet pas de retrouver ces symboles chez les Khazars et tendrait à écarter l'hypothèse d'une continuité directe[75].
À partir du Xe siècle, un système diarchique est instauré avec deux souverains : le Khagan, figure symbolique et sacrée, et le bek qui agit en chef exécutif. Le partage des rôles entre les deux fonctions est clair dans les sources, mais sa date d'apparition ne l'est pas. Les sources judéo-khazares évoquent une scission après la conversion au judaïsme, dont la date est également discutée. Les données du début du Khaganat ne mentionnent qu'un seul khagan, agissant comme seul chef des Khazars. Cette diarchie est évoquée par Constantin VII Porphyrogénète, qui la situe dans les années 830, mais il pourrait s'agir d'un anachronisme[76],[63]. Ce système pourrait être le résultat d'une usurpation de pouvoir par le bek, du déclenchement de la guerre civile avec les Kabars ou de la conversion au judaïsme. Son apparition est probablement datée de la première moitié du IXe siècle[77].
La vie du khagan est codifiée par des règles probablement influencées par les textes religieux juifs. Il règne depuis un îlot de la Volga relié aux deux parties de la capitale, Itil. En tant que symbole de pouvoir, les nobles et le peuple peuvent également réclamer son exécution en cas de sécheresse ou de défaite[78].
Succession
Les sources contemporaines tendent à se confondre entre elles et les généalogies des khagans ou rois khazars sont faiblement étayées. Trois listes différentes sont identifiées dans la correspondance khazare, mais pourraient être le fruit d'une construction visant à valider une date de conversion au judaïsme faussée. La dynastie boulanide décrite dans ces textes comporte des noms empruntés au registre biblique[79]. Cependant, d'après celle-ci, elle suivrait un système successoral au sein de la même dynastie. Le bek est quant à lui un parent du nouveau khagan[80].
Un rituel accompagne l'accession au trône. Le bek étrangle légèrement avec un cordon de soie le nouveau souverain, qui prophétise le nombre de ses années de règne. S'il dépasse cette durée, il est tué[81],[82],[47],[24].
Administration
L'administration du Khaganat se développe sous l'autorité du bek en tant que détenteur du pouvoir exécutif. Il existe plusieurs fonctions, comme le koundour, le jawchighir ou encore le khaz (ce dernier a autorité sur les musulmans du Khaganat). Le territoire intérieur, directement sous contrôle khazar, est divisé en neuf régions. Le territoire extérieur est également divisé en plusieurs régions périphériques administrées. Chacune de ces régions est probablement administrée par des gouverneurs territoriaux, et peut-être locaux[83].
Société
Mode de vie

Initialement nomade, le mode de vie khazar devient semi-nomade lors de la formation du Khaganat, puis très peu nomade avec la centralisation du pouvoir à Itil[84]. À partir du VIIIe siècle se développe la culture de Saltiv (en), qui constitue le marqueur archéologique propre à la société khazare et à sa domination politique. Cette culture permet de déterminer que la société adapte sa culture nomade à un modèle sédentaire. Les Khazars appliquent une politique de contrôle territorial par la construction de points d'appui fortifiés le long du Don et du Donets. Ils établissent plusieurs sites fortifiés comme Verkhnii Saltiv (en), Mayatskoye (en) ou encore Gorodichtchenskoïe. Ces sites sont directement liés à de précédents cimetières et catacombes associés aux Alains. Cette politique provoque des déplacements des populations bulgares et alaines vers l'intérieur du territoire khazar[85]. En dehors de ces principaux sites se trouvent également des maisons à sol décaissé ainsi que des yourtes nomades converties en logements fixes[86].
Populations
De par sa politique territoriale reposant sur des sujets et des tributaires, le Khaganat khazar est constitué d'une grande diversité ethnique, avec cinq principaux groupes[87]. À son apogée, le Khaganat aurait été composé de 25 à 28 groupes ethniques différents, divisés en neuf clans ou tribus répartis sur neuf provinces[47].
Lors de la formation du Khaganat, certains groupes bulgares fuient vers les Balkans, mais deux principaux foyers persistent et s'intègrent en tant que vassaux ou tributaires au Khaganat. Il y a d'une part le foyer situé au nord de la Mer d'Azov, où se trouvait l'Ancienne Grande Bulgarie dite « Bulgarie Noire ». Le second foyer est celui de la Bulgarie de la Volga qui, d'abord tributaire, développe des rapports plus tendus à partir du Xe siècle[88]. Dans le cas des Alains du Caucase, ceux-ci sont d'abord intégrés au système du Khaganat avec un certain degré d'autonomie. L'Alanie reprend également son autonomie au Xe siècle, alternant entre une position d'alliance et d'hostilité envers les Khazars[89]. Les Bourtasses, signalés durant des siècles, sont difficiles à identifier pour les historiens, mais semblent être de proches sujets khazars[90]. Les Magyars sont d'abord alliés des Khazars et mènent des raids vers l'Occident. La pression des Petchénègues fait fuir la majorité des groupes et la guerre civile kabare forme une huitième tribu magyare qui migre hors du territoire khazar[91]. Quant aux Slaves orientaux, ils forment un très vaste ensemble tributaire dans lequel s'insèrent les Varègues, avec lesquels le Khaganat entretient des relations cordiales jusqu'à l'indépendance de la Rus' de Kiev[79].
Un système de caste distinguerait également « Khazars blancs » (ak-Khazars) et « Khazars noirs » (qara-Khazars)[47]. L'hypothèse d'une désignation de la couleur de peau, sur la base des textes d'al-Iṣṭakhrī[92], n'est généralement pas retenue et l'on préfère y voir une distinction d'ordre social telle qu'observée dans les sociétés turques[93].
Religion

Conversion au judaïsme
La religion d'origine des Khazars reste incertaine. Ils pratiquent le tengrisme ou le zoroastrisme, ainsi que des rites sacrificiels nomades[94]. Lors de la formation de l'État, ils font l'objet d'un prosélytisme chrétien, plus de l'Arménie et de l'Albanie que de Byzance, ainsi que d'une pression musulmane, avec des conversions de la population lors des invasions omeyyades. Le bouddhisme exerce également une certaine influence[95]. Les premiers contacts avec le judaïsme auraient eu lieu avec des marchands juifs venus de Byzance[96], ou par le biais des populations grecques judaïsées de Crimée.

L'adoption du judaïsme par les élites dirigeantes reprend une pratique observée dans toutes les autres élites nomades turcophones consistant à adopter une religion à vocation universelle (l'Islam, le Bouddhisme ou le Christianisme). Dans le cas des Khazars, leur emplacement à la croisée du christianisme et de l'Islam pourrait avoir soutenu un choix stratégique de l'élite dirigeante pour se dissocier de toute forme de tutelle religieuse extérieure. En effet, la conversion à l'Islam aurait soumis le Khaganat au califat, contre lequel ils sont entrés en conflit dès 642. Dans le cas du christianisme, ils se seraient alors placés sous l'orbite de Constantinople[97].
Concernant la date et le contexte de la conversion au judaïsme, les sources sont contradictoires et mêlent éléments chronologiques mythiques et historiques. Une première phase de conversion pourrait avoir lieu après 737, en réponse à la tentative de conversion forcée à l'Islam. Cependant, les sources indiquent que le Khagan et les élites restent païens jusqu'en 780, ce qui ne permet pas de l'affirmer[98],[99],[96]. La première indication historique de cette conversion suggère une adoption officielle sous le règne de Hârûn al-Rashîd, qui a régné de 786 à 809. Pour d'autres historiens, la date de cette conversion serait repoussée jusque dans les années 830, lors de la frappe de monnaies portant l'inscription "Moïse apôtre de Dieu". Toutefois, les textes relatant la mission de Cyrille et Méthode tendent à indiquer que le ralliement au judaïsme n'était pas encore clairement défini en 861 et que cette affirmation n'aurait lieu qu'après, dans un second temps[98]. La conversion reste faiblement attestée sur le plan archéologique et est contestée par des historiens sionistes, notamment en 2013 par le professeur Shaul Stampfer (en) de l'université hébraïque de Jérusalem[100],[101].
Toutefois, la diffusion n'est pas uniforme et la conversion au judaïsme reste majoritairement observée chez les élites. Elle n'est pas imposée aux vassaux ou tributaires, ni même à la population khazare, dont une partie préserve des rites turcs et nomades. Le Khaganat est marqué par la coexistence de plusieurs traditions religieuses tolérées. Ces différences ne constituent pas d'obstacle aux carrières politiques et militaires, et chaque groupe religieux disposait d'édifices et d'autorités de culte dans les villes[102]. En conséquence, le judaïsme pratiqué par les Khazars est moins radical et est syncrétique avec les rites nomades originels[103]. L'importance et la nature exacte du judaïsme pratiqué dans le Khaganat restent donc mal connues et suggèrent que le noyau dirigeant y trouve des affinités dès la première moitié du VIIIe siècle, jusqu'à une affirmation dynastique au Xe siècle. Son incidence sur la population est incertaine[104].
Récits et mythes de la conversion

Plusieurs récits existent. Celui raconté par le Khagan Joseph (en) dans la correspondance khazare fait appel à un récit mythique le reliant à un potentiel fondateur, Bulan, qui aurait utilisé le butin de ses conquêtes pour construire temples et ornements religieux après sa conversion. Le récit fait remonter cette conversion aux années 600 et le présente comme le choix des élites se diffusant à l'ensemble de la population. Dans la lettre de Schechter (en), la conversion est attribuée à un groupe de Juifs initialement installés dans le pays, émanant du territoire arménien. Ils auraient été accueillis au sein du Khaganat khazar et seraient parvenus à les convertir, mettant en place un système diarchique avec un roi et un juge sous le règne de Sabriel[105]. Plus tard, le Kuzari présente un dialogue dans lequel le roi khazar, pratiquant la religion khazare, aurait eu une révélation divine. Après avoir convoqué divers philosophes, c'est un rabbin qui parvient le mieux à expliquer cette révélation. Persuadé, le roi se serait alors converti au judaïsme et aurait entrepris de le faire prêcher[106]. En dehors des textes judéo-khazars, la tradition historiographique musulmane pointe l'influence des communautés juives et indique qu'un juif aurait entrepris avec succès la conversion des Khazars. Un roi khazar païen aurait organisé un débat théologique, et le champion juif l'aurait emporté[107].
Bien que ces textes divergent, ils se rejoignent sur plusieurs points. Les textes issus de la mission byzantine de Cyrille et Méthode permettent d'appuyer une situation religieuse incertaine en 860[108]. En 1995, C. Zuckermann émet l'hypothèse que Bulan et Sabriel seraient la même personne, ayant la fonction de bek et non de khagan. Il n'en parvient pas à résoudre les autres contradictions chronologiques[109]. Plusieurs éléments vraisemblables sont retenus, comme le rôle des communautés de missionnaires juifs, les débats théologiques et la concurrence politico-religieuse entre l'empire d'Orient chrétien et le califat musulman[110]. Le texte de la correspondance khazare tend cependant à démontrer une réécriture historique effectuée par la dynastie régnante afin de se rattacher à la généalogie biblique[103].
Armée

Initialement commandée par le Khagan, l'armée est ensuite conduite par le bek à partir du Xe siècle. Les sources font état d'effectifs khazars importants et relèvent d'une probable exagération visant à refléter la vision de la puissance militaire du Khaganat par les étrangers. En 721, on cite 40.000 hommes, 30.000 en 730 ou encore 100.000 en 790[111]. Pour Istakhri, observateur contemporain, l'armée intérieure compte 12.000 hommes pouvant être mobilisés rapidement. Une partie perçoit une solte, l'autre est rémunérée en fonction du butin. La suite royale se compose de 4000 hommes. Lors de la levée, le bek exige un nombre de guerriers proportionnels aux richesses de ses sujets et les contingents vassaux s'y ajoutent (10.000 cavaliers Bourtasses, 30.000 cavaliers Alains, etc.)[112].
La cavalerie, appartenant à l'élite, constitue la force principale mais elle est appuyée d'une infanterie constituée de soldats issus des couches sociales les plus pauvres. De plus, afin de renforcer les effectifs de l'armée, des soldats musulmans sont intégrés en échange de la liberté de culte. Ces soldats, appelés Arsiya, constituent la force principale de l'armée tardive khazare[113].

L'équipement militaire est connu par l'archéologie et les représentations d'époque. L'élite pouvait porter une Cotte de mailles ou une armure lamellaire métallique avec un casque de type Spangenhelm. L'armement offensif dépendait du groupe ethnoculturel combattant. L'arc composite renforcé avec des plaques d'os est le plus courant. Pour les armes blanches, les sabres légèrement courbés sont fréquents et sont à l'origine d'un style de sabre est-européen caractéristique (parfois nommé khazar ou alano-magyar)[114].
Le contrôle des territoires repose probablement d'une part sur la mobilité de l'armée, mais aussi sur l'établissement de villes fortifiées et de forteresses. Ces fortifications marquent les frontières et les zones sensibles du Khaganat. Des sites fortifiés temporaires sont également construits lors des sièges[115].
Économie

La production en Khazarie relève de la poterie et de la verrerie, de la colle de poisson (ichtyocolle) et de l'élevage (moutons, bétail, et produits dérivés)[116],[86],[117]. L'élevage constitue une part importante de la production intérieure avec une forte proportion de vaches, de moutons, de porcs et enfin de chevaux. La chasse et la pêche complètent cette économie pour assurer la subsistance régionale[118],[117].
Les Khazars commercent, en Eurasie, avec ou sans Radhanites, du miel, des fourrures, de la laine, du mil et d'autres céréales, du poisson et des esclaves (slaves)[116],[86]. Le contrôle de deux routes commerciales est particulièrement important en direction de la Baltique : la route commerciale des Varègues aux Grecs et la route commerciale de la Volga. Ces deux routes permettent de relier les axes de la route de la soie[119]. Des taxes et péages sont également prélevés sur les transports terrestres, fluviaux et maritimes. Le contrôle du territoire khazar et de ces voies tend à faire d'Itil un noeud commercial très important, tant comme intermédiaire entre l'Europe du Nord et l'Asie qu'avec le monde musulman[119]. Pour cette raison, le commerce des esclaves khazar (en) devient la principale ressource commerciale et en fait l'un des principaux fournisseur du marché musulman[120].
À ceci se rajoute une économie issue d'un système de domination d'État tributaire devant verser annuellement des revenus à la classe dirigeante. Des impôts sont également levés au sein des populations directement contrôlées[119],[117]. Ces perceptions sont en partie monétaires dans les territoires ou le dinar se diffuse, menant le Khaganat à frapper sa propre monnaie et produire des répliques de monnaies arabes. Ces pièces sont notamment connue par les trésors monétaires découverts dans les pays baltes et en Scandinavie, notamment le trésor de Spillings[121].
Politique territoriale
Concernant leur expansion et leur territoire, Ibn Rustah écrit « le pays des Khazars est vaste »[122]. Alexei Terechtchenko dans L’Empire khazar explique que le territoire est situé dans le Daghestan actuel et que leurs centres principaux étaient Balanger (Varatchan) et Samandar (en). Il ajoute qu'ils ne contrôlaient pas totalement le sud du Caucase à cause de la présence des Alains, bien que ces derniers aient été fidèles aux Khazars. Le territoire de l’empire était donc beaucoup plus étendu vers le nord avec des colonies le long du Don et de la Volga ; la frontière atteignait le Danube. Ainsi l’espace que contrôlaient les Khazars comprenait selon Terechtchenko « une grande partie de l’Ukraine et de la Russie méridionale »[123].
La politique territoriale repose sur l'extension de l'influence politique, militaire et économique du Khaganat sur d'autres groupes. Une grande variété de relations existent, s'adaptant aux fonctionnements de chaque groupe. Ces relations pouvaient être de l'ordre de l'alliance à la reconnaissance de la soumission sous forme de tribut[124]. Les sources désignent, à l'apogée du Khaganat, plus d'une trentaine de groupes tributaires dont l'identification est parfois incertaine. Les principaux groupes sont formés par les Bulgares, les Alains, les Slaves orientaux, les Bourtasses et les Magyars[125]. Cette politique a pour défaut de renforcer les risques de dissensions et de révoltes dans l'intérieur du territoire[87].
Mythes et théories modernes

Le Khaganat khazar est l'objet de plusieurs mythes et théories élaborées au fil des siècles. Certaines font l'objet d'importants débats. Au XVIIe siècle apparaît un mythe alimentant les revendications Cosaques en leur octroyant pour ancêtre prestigieux le Khaganat khazar, alors dépeint comme des slaves orientaux[126]. Ce Khazarisme réapparait chez les néo-cosaques dans les années 1990 en Russie[126].
Au XIXe siècle une théorie fait de la Rus' de Kiev un État slave qui a été en mesure de tirer le meilleur du modèle du Khaganat khazar. Elle vise à renforcer l'identité slave en indépendance de l'influence khazare[127]. En opposition à cette théorie, les auteurs du XXIe siècle soulignent qu'il existe bien un lien de filiation politique entre le Khaganat khazar et la Rus de Kiev, notamment avec l'hypothétique Khaganat de la Rus', cependant il n'y a pas de continuité à observer mais bien un nouvel État qui supplante le précédent[127].
Au XXe siècle, le panturquisme intègre le Khaganat parmi les « seize empire turcs » et le dote d'un drapeau[128].
Toutefois, les plus importants débats portent surtout sur la théorie de l'origine khazare ashkénaze qui a des implications politiques importantes lors de la formation d'Israël[129]. Cette hypothèse obsolète postule que les ashkénazes descendent principalement, ou en grande partie, des juifs Khazars, ayant subi une diaspora à la suite de la chute du Khaganat khazar[130]. Cette hypothèse est encore parfois utilisée dans des théories du complot antisémites et dans diverses approches antisionistes[131]. Un autre groupe juif revendique également une origine khazare, les Karaïmes[132].