Raton laveur
espèce de mammifère
From Wikipedia, the free encyclopedia
Procyon lotor · Raton-laveur commun, Raton (Stricto sensu), Raton-laveur (Stricto sensu)
| Règne | Animalia |
|---|---|
| Embranchement | Chordata |
| Sous-embr. | Vertebrata |
| Classe | Mammalia |
| Ordre | Carnivora |
| Sous-ordre | Caniformia |
| Famille | Procyonidae |
| Sous-famille | Procyoninae |
| Genre | Procyon |
Répartition géographique
- Régions d'origine
- Régions d'introduction
- Ursus lotor (Linnaeus, 1758) (Protonyme)[1]
- Meles lotor (Boddaert, 1785) [1]
- Ursus lotor melinus (Kerr, 1792) [1]
- Campsiurus lotor (Link, 1795) [1]
- Procyon lotor É. Geoffroy Saint-Hilaire, 1803 [1]
- Lotor vulgaris (Tiedemann, 1808) [1]
- Procyon annulatus G. Fischer, 1814 [1]
- Ursus sotor (J. E. Gray, 1821) [1]
- Procyon hernandezii Wagler, 1831 [1]
- Procyon nivea J. E. Gray, 1837 [1]
- Procyon brachyurus Wiegmann, 1837 [1]
- Procyon obscurus Wiegmann, 1837 [1]
- Procyon gularis C. H. Smith, 1842 [1]
- Procyon psora J. E. Gray, 1842 [1]
- Procyon priscus LeConte, 1848 [1]
- Procyon brachyurus var. fusca Burmeister, 1850 [1]
- Procyon lotor, variété mexicaine I. Geoffroy Saint-Hilaire, 1855 [1]
- Procyon hernandezii, var. mexicana S. F. Baird, 1857 [1]
- Procyon lotor var. albina J. E. Gray, 1865 [1]
- Procyon lotor var. melanus J. E. Gray, 1865 [1]
- Procyon mexicana Coues, 1867 [1]
- Mixophagus spelaeus (Cope, 1869) [1]
- Procyon lotor hernandezi J. A. Allen, 1890 [1]
- Procyon lotor hernandezii J. A. Allen, 1896 [1]
- Procyon lotor elucus Bangs, 1898 [1]
- Procyon maynardi Bangs, 1898 [1]
- Procyon lotor insularis C. H. Merriam, 1898 [1]
- Procyon psora pacifica C. H. Merriam, 1899 [1]
- Procyon pallidus C. H. Merriam, 1900 [1]
- Procyon lotor psora Trouessart, 1904 [1]
- Procyon lotor pacificus Trouessart, 1904 [1]
- Procyon lotor pallidus Trouessart, 1904 [1]
- Procyon hernandezi Trouessart, 1904 [1]
- Procyon lotor mexicanus V. O. Bailey, 1905 [1]
- Procyon simus Gidley, 1906 [1]
- Procyon hernandezi castaneus De Beaux, 1910 [1]
- Procyon lotor flavidus De Beaux, 1910 [1]
- Procyon lotor rufescens De Beaux, 1910 [1]
- Procyon hudsonicus E. Brass, 1911 [1]
- Procyon proteus E. Brass, 1911 [1]
- Procyon minor G. S. Miller, 1911 [1]
- Procyon pumilus G. S. Miller, 1911 [1]
- Procyon lotor crassidens Hollister, 1914 [1]
- Procyon lotor californicus Mearns, 1914 [1]
- Procyon lotor fuscipes Mearns, 1914 [1]
- Procyon lotor ochraceus Mearns, 1914 [1]
- Procyon lotor pumilus E. A. Goldman, 1920 [1]
- Procyon nanus Simpson, 1929 [1]
- Procyon lotor auspicatus E. W. Nelson, 1930 [1]
- Procyon lotor incautus E. W. Nelson, 1930 [1]
- Procyon lotor inesperatus E. W. Nelson, 1930 [1]
- Procyon lotor marinus E. W. Nelson, 1930 [1]
- Procyon lotor excelsus E. W. Nelson & E. A. Goldman, 1930 [1]
- Procyon gloveralleni E. W. Nelson & E. A. Goldman, 1930 [1]
- Procyon lotor grinnelli E. W. Nelson & E. A. Goldman, 1930 [1]
- Procyon lotor hirtus E. W. Nelson & E. A. Goldman, 1930 [1]
- Procyon lotor litoreus E. W. Nelson & E. A. Goldman, 1930 [1]
- Procyon lotor vancouverensis E. W. Nelson & E. A. Goldman, 1930 [1]
- Procyon lotor varius E. W. Nelson & E. A. Goldman, 1930 [1]
- Procyon lotor dickeyi E. W. Nelson & E. A. Goldman, 1931 [1]
- Procyon lotor shufeldti E. W. Nelson & E. A. Goldman, 1931 [1]
- Procyon lotor solutus E. W. Nelson & E. A. Goldman, 1931 [1]
- Procyon insularis vicinus E. W. Nelson & E. A. Goldman, 1931 [1]
- Procyon lotor pacifica V. O. Bailey, 1936 [1]
- Procyon lotor megalodous Lowery, 1943 [1]
- Procyon lotor maritimus Dozier, 1948 [1]
- Procyon insularis G. S. Miller & R. Kellogg, 1955 [1]
- Procyon lotor lotor G. S. Miller & R. Kellogg, 1955 [1]
- Procyon lotor castaneus G. S. Miller & R. Kellogg, 1955 [1]
- Procyon insularis insularis G. S. Miller & R. Kellogg, 1955 [1]
- Procyon lotor gloveralleni Wozencraft, 2005 [1]
- Procyon lotor maynardi Wozencraft, 2005 [1]
- Procyon lotor simus Wozencraft, 2005 [1]
- Procyon lotor inseparatus R. D. Fisher & Ludwig, 2016 [1]
Le Raton laveur (Procyon lotor), est une espèce de mammifères de l’Ordre des Carnivores de la famille des Procyonidés.
Originaire d'Amérique du Nord, il s’agit du plus grand représentant de sa famille ; c’est un carnivore d’une taille petite à moyenne, pouvant atteindre une longueur corporelle allant de 40 à 70 cm pour un poids compris entre 5 et 26 kg.
Son pelage, plus généralement d’une teinte grisâtre poivre et sel, parfois brune ou roussâtre, possède un sous-poil dense l'isolant du froid. Il se caractérise par son masque facial sombre, coulant le long de ses joues. Sa queue, longue et touffue, est caractérisée par une alternance d’un poil plus clair et plus foncé, formant les anneaux caractéristiques. Ses pattes terminés par des doigts fins, formant comme des mains sans pouce préhenseur, mais lui donnant suffisamment d’adresse dans les pattes antérieures pour lui donner l’impression qu’il lave sa nourriture avant de la manger.
L'espèce est réputée pour son intelligence : il est capable d’ouvrir des boîtes, des portes ainsi que de déjouer des systèmes de sécurité complexes. Des études ont démontré qu’il était capable de se souvenir de solutions aux problèmes les plus difficiles sur plusieurs années.
Principalement nocturne et omnivore, son régime alimentaire opportuniste très diversifié, se compose d'environ 40 % d'invertébrés, 33 % de plantes et 27 % de vertébrés. C’est un bon grimpeur et un bon nageur.
Bien que considéré autrefois comme solitaire, le raton laveur présente un comportement social structuré par sexe : les femelles apparentées partagent souvent un territoire commun tandis que les mâles vivent en petits groupes comptant jusqu'à quatre individus, pour défendre leur position durant la saison des amours. Après une gestation d'environ 65 jours, la femelle met bas au printemps deux à cinq petits, nommés « ratonneaux ». Si sa longévité peut dépasser 20 ans en captivité, son espérance de vie en milieu naturel n'est que de 1,8 à 3,1 ans, la chasse et les accidents de la route étant les principales causes de mortalité.
Initialement restreint aux forêts de feuillus et aux forêts mixtes, ses grandes capacités d’adaptation lui ont permis de conquérir un plus grand nombre de milieux, des zones montagneuses, aux marais côtiers ainsi qu'aux milieux urbains.
C’est un animal particulièrement commun aux États-Unis et au Canada, notamment. Ses caractéristiques physiques que sont son masque facial noir et sa queue annelée, mais aussi sa grande intelligence, en font un animal charismatique, autrefois souvent mis en avant dans les mythologies des peuples autochtones des Amériques, mais toujours très présent dans la culture américaine contemporaine, où sa figure est largement présente dans la littérature, le cinéma ou les autres arts visuels, où il tient souvent le rôle de mascotte.
Introduit à plusieurs reprises dans une période de temps allant de la fin du XIXe siècle et le milieu du XXe siècle à la suite d'évasions d'enclos ou de lâchers volontaires, il est désormais présent en tant que néozoaire sur l’ancien continent ; En Europe, il est classé depuis 2016 sur la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l'Union européenne[2], ce qui interdit son importation, son élevage, son transport, sa commercialisation ou sa libération intentionnelle dans l'environnement dans l'ensemble des États de l’UE[3].
Sur l’archipel nippon, l’animal autrefois détenu comme animal de compagnie, fut relâché à cause de son tempérament agressif et imprévisible et fait depuis lors l’objet d’une chasse intensive. De même en Amérique du Nord, la trop grande promiscuité entre ces animaux et les habitants des villes et des banlieues a détérioré sa réputation dans les médias américains.
Dénominations
- Nom scientifique valide : Procyon lotor (Linneaus, 1758)[4] ;
- Noms normalisés anglais : Common raccoon, American raccoon, Northem raccoon ;
- Nom vernaculaire anglais : Raccoon (parfois écrit racoon)[5] ;
- Noms vulgaires : Raton-laveur commun (peu recommandé)[note 1] ;
- Noms vernaculaires : Raton-laveur, Raton, Rakoun, Raccoon. La femelle du raton est appelée « ratonne » et un petit est appelé « ratonneau ».
Étymologie

En français, le mot « raton laveur » n’est pas simplement un nom vernaculaire, il s’agit surtout d’un nom vulgaire, un mot utilisé pour parfaitement retranscrire le nom binominal scientifique Procyon lotor :
Le mot « raton », n’est absolument pas issu de sa ressemblance avec les rongeurs ou autre animal que ce soit. Il s’agit de la dénomination initiale de l’espèce en français, telle que présentée dans l’Histoire naturelle de Buffon[9], ou encore dans le règne animal de Cuvier, le raton crabier ayant reçu son épithète spécifique en premier[10]. Les éditions de 1835 et de 1875 du dictionnaire de l’académie française décrivent d’ailleurs le raton comme suit : « Un quadrupède carnassier, du nouveau continent, qui est à peu près de la taille d’un blaireau, et qui vit à la manière des ours. »[11]. Le mot « raton » seul est toujours utilisé pour désigner l’espèce, mais aussi d’autres espèces du genre Procyon comme le raton crabier ou encore le raton de Cozummel, notamment dans les sources canadiennes.
Ce mot « raton » vient de l’anglais, raccoon, lui-même issu de l’algonquin ärähkun[12], déverbal de ärähkuněm « celui qui gratte avec les mains [13],[14],[15] ». Les trappeurs de la Nouvelle-France auraient ensuite formé le mot « raton », par analogie avec raccoon[13].
L’adjectif « laveur » est issu de l'épithète spécifique lotor, signifiant « laveur » en latin. Ce qualificatif, que l'on retrouve dans de nombreuses langues ; le néerlandais wasbeer, allemand Waschbär, italien orsetto lavatore ou le japonais araiguma (浣熊), fait référence à l'habitude de l'animal de tremper ses aliments dans l'eau avant de les consommer. En français, le nom « Ours laveur » fut déjà utilisé pour désigner les espèces du genre Procyon[16], et il est assez courant de voir dans la littérature que l’étymologie du mot « raton laveur » ou orthographié sous la graphie « raton-laveur », serait issue de sa proximité physique avec les rongeurs, mais cette affirmation est erronée.
Le terme espagnol mapache dérive du Nahuatl mapachtli (utilisé par les Aztèques), a une étymologie similaire puisqu’il signifie « celui qui prend tout dans ses mains »[17].
Au Québec, chez les plus vieilles générations, il est connu sous le nom de « chat »[18]ou « chat sauvage ». Les Acadiens le nomment quant à eux la « mascouèche, marchouèche ou machecouèche », tandis que les Cadiens de Louisiane utilisent le terme « chaoui »[19]. Ces deux appellations sont des emprunts aux langues amérindiennes locales.
| Groupe/zone linguistique | Nom autochtone |
|---|---|
| Anglais | raccoon[20] |
| Atikamekw | esipan[21] |
| Chacta | shaui[22] |
| Chitimacha | qokesum[23],[24][25] |
| Créole louisianais | shawi[26] |
| Espagnol d'Amérique | mapache[27] |
| Français cadien | chaoui[19] |
| Français canadien | raton laveur[28] |
| Houma (en) | sawe'[29] |
| Nahuatl | māpachin[30] |
| Navajo | tábąąh mąʼii[31] |
| Powhatan | aroughcun ou arathkone[32],[33] |
Utilisation
En anglais, l’abréviation familière « coon » est utilisée dans des mots comme « coonskin » pour désigner des vêtements en fourrure et dans des expressions comme « old coon » comme auto-désignation des trappeurs[34],[35]. Dans les années 1830, le Parti whig utilisa le raton laveur comme emblème, ce qui amena leurs opposants politiques à les qualifier péjorativement de « coons », les considérant comme trop favorables à la cause Afro-Américaine. Peu après, le terme est devenu une insulte à caractère raciste[36], particulièrement en usage entre 1880 et 1920 (voir « Coon song »). Le terme est toujours considéré comme offensant aujourd'hui[37]. Les chiens élevés pour chasser le raton laveur sont appelés « Coonhound » et « coon dog »[38]. En français, le mot coon se retrouve surtout dans le terme Maine coon, désignant une race de chat originaire des États-Unis dans l’État du même nom, des légendes locales racontaient que cette race aurait notamment été engendrée par une hybridation avec un raton laveur[39],[40].
Dans la culture populaire contemporaine américaine, dans la continuité de sa mauvaise réputation à l’échelle locale, l’animal est parfois surnommé familièrement « trash panda » (panda des ordures), en raison de sa présence fréquente dans les zones urbaines et de son régime omnivore opportuniste consistant à fouiller les poubelles[41].
Taxonomie
Histoire taxonomique
Dans les premières décennies après sa découverte par les membres de l'expédition de Christophe Colomb, qui a été la première personne à laisser une trace écrite sur l'espèce, les taxonomistes ont pensé que le raton laveur était apparenté à de nombreuses espèces différentes, comme les chiens, les chats, les blaireaux et plus particulièrement les ours[42].
Carl von Linné, à l'origine de la taxonomie moderne, a placé le raton laveur dans le genre Ursus, d'abord comme Ursus cauda elongata (« ours à longue queue ») dans la deuxième édition de son Systema Naturae, puis comme Ursus lotor (« ours laveur ») dans la dixième édition[43],[44].
En 1780, Gottlieb Konrad Christian Storr a placé le raton laveur dans son propre genre Procyon qui peut se traduire soit par « avant le chien » ou « qui ressemble au chien »[45],[46]. Il est également possible que Storr ait eu son mode de vie nocturne à l'esprit et ait choisi l'étoile Procyon comme éponyme pour le genre[47],[48].
Évolution
Sur la base de preuves fossiles provenant de Russie et de Bulgarie, les premiers membres connus de la famille des Procyonidés vivaient en Europe à la fin de l'Oligocène, il y a environ 25 millions d'années[49]. Des structures dentaires et crâniennes similaires suggèrent que les procyonidés et les mustélidés partagent un ancêtre commun, mais les analyses moléculaires indiquent une parenté plus étroite entre les ratons laveurs et les ours[50]. Après que les espèces de l'époque ont traversé le Détroit de Béring au moins six millions d'années plus tard, au début du Miocène, le centre de leur répartition se situait probablement en Amérique centrale[51].
On a longtemps considéré que les coatis (Nasua) et les ratons (Procyon) partageaient un ancêtre commun issu du genre Paranasua, présent il y a entre 5,2 et 6,0 millions d'années[52]. Cette hypothèse, basée sur des comparaisons morphologiques de fossiles, entre en conflit avec une analyse génétique de 2006 qui indique que les ratons laveurs sont plus étroitement apparentés aux bassaris rusés[53]. Contrairement aux autres procyonidés, tels que le Raton crabier (Procyon cancrivorus), les ancêtres du raton laveur ont quitté les zones tropicales et subtropicales pour migrer plus au nord il y a environ 2,5 millions d'années, une migration confirmée par la découverte de fossiles dans les Grandes Plaines datant du milieu du Pliocène[54],[52]. Son ancêtre le plus récent était probablement Procyon rexroadensis, un grand raton laveur du Blancan provenant de la Formation de Rexroad, caractérisé par ses dents postérieures étroites et sa large mâchoire inférieure[55].
Sous-espèces
En 2005, l'ouvrage de référence Mammal Species of the World reconnaissait 22 sous-espèces de ratons laveurs[56]. Quatre d'entre elles, vivant exclusivement sur de petites îles d'Amérique centrale et des Caraïbes, ont souvent été considérées comme des espèces distinctes après leur découverte. Il s'agit du Raton laveur des Bahamas et du Raton laveur de la Guadeloupe, très similaires l'un à l'autre ; du Raton laveur de Tres Marias, plus grand que la moyenne et doté d'un crâne anguleux ; et du Raton laveur de la Barbade, aujourd'hui éteint. Des études morphologiques et génétiques menées en 1999, 2003 et 2005 ont conduit à classer tous ces ratons insulaires comme des sous-espèces du raton laveur dans la troisième édition de Mammal Species of the World. Une cinquième population insulaire, le Raton de Cozumel, qui ne pèse que 3 à 4 kg et possède des dents notablement petites, est toujours considérée comme une espèce distincte[56],[57][58],[59].
Les quatre plus petites sous-espèces, dont le poids typique est compris entre 1,8 et 2,7 kg, vivent le long de la côte sud de la Floride et sur les îles adjacentes ; c'est le cas du raton laveur de la sous-espèce Procyon lotor marinus[60]. La plupart des 15 autres sous-espèces ne diffèrent que légèrement par la couleur du pelage, la taille et d'autres caractéristiques physiques[61],[62]. Les deux sous-espèces les plus répandues sont le raton laveur de l'Est (Procyon lotor lotor) et celui de la haute vallée du Mississippi (Procyon lotor hirtus). Tous deux partagent un pelage sombre à poils longs, mais celui de la haute vallée du Mississippi est plus grand. Le raton laveur de l'Est se rencontre dans tous les États américains et provinces canadiennes au nord de la Caroline du Sud et du Tennessee. L'aire de répartition adjacente du raton laveur de la haute vallée du Mississippi couvre tous les États et provinces au nord de la Louisiane, du Texas et du Nouveau-Mexique[63].
L'identité taxonomique des populations dispersées dans la nature en Europe, dans le Caucase et au Japon est inconnue, car les populations fondatrices étaient composées de spécimens non catégorisés provenant de zoos et de fermes d'élevage de fourrure[64].
Liste des sous-espèces
Liste des sous-espèces selon Mammal Species of the World (version 3, 2005) (2026-02-19)[56] :
- Procyon lotor auspicatus
- Procyon lotor connuliarus
- Procyon lotor elucus
- Procyon lotor excelsus
- Procyon lotor fuscipes
- Procyon lotor gloveralleni (raton laveur de la Barbade – éteint)
- Procyon lotor grinnelli
- Procyon lotor hernandezii
- Procyon lotor hirtus
- Procyon lotor incautus
- Procyon lotor inesperatus
- Procyon lotor insularis
- Procyon lotor litoreus
- Procyon lotor lotor
- Procyon lotor marinus
- Procyon lotor maynardi
- Procyon lotor megalodous
- Procyon lotor pacificus
- Procyon lotor pallidus
- Procyon lotor psora
- Procyon lotor pumilus
- Procyon lotor simus
- Procyon lotor vancouverensis
| Sous-espèce | Description | Aire de répartition | Synonymes |
|---|---|---|---|
| P. l. lotor (Linnaeus, 1758) (sous-espèce nominale) |
Une sous-espèce petite et sombre avec une fourrure longue et douce[66]. | Nouvelle-Écosse, sud du Nouveau-Brunswick, sud du Québec et de l'Ontario jusqu'à la Caroline du Nord, et de l'Atlantique vers l'ouest jusqu'au lac Michigan. | annulatus (1814), fusca (1850), vulgaris (1808) |
| P. l. auspicatus Nelson, 1930 |
Une sous-espèce très petite avec un pelage très pâle[67]. | Key Vaca et les clés adjacentes (Floride). | |
| P. l. elucus Bangs, 1898 |
Taille moyenne, pelage sombre avec une tache nucale rousse proéminente[68]. | Floride péninsulaire et extrême sud de la Géorgie. | |
| P. l. excelsus Nelson et Goldman, 1930 |
Une sous-espèce très grande et pâle[69]. | Bassin de la rivière Snake (Washington, Oregon, Idaho) et nord-est de la Californie. | |
| P. l. fuscipes Mearns, 1914 |
Une grande sous-espèce grisâtre foncé[70]. | Texas, sauf l'extrême nord ; sud de l'Arkansas, Louisiane et nord-est du Mexique. | |
| P. l. grinnelli Nelson et Goldman, 1930 |
Grande sous-espèce au pelage pâle avec un crâne haut et large[71]. | Sud de la Basse-Californie (Mexique). | |
| P. l. hernandezii Wagler, 1831 |
Grande sous-espèce grisâtre foncé au crâne plat et à la dentition robuste[72]. | Mexique continental jusqu'au nord du Panama. | mexicana (1858), crassidens (1914) |
| P. l. hirtus Nelson et Goldman, 1930 |
Grande sous-espèce sombre dont le pelage est généralement teinté de chamois ochracé[73]. | Bassins supérieurs du Mississippi et du Missouri. | |
| P. l. incautus Nelson, 1930 |
Petite sous-espèce au pelage très pâle (le plus clair de Floride)[74]. | Groupe Big Pine Key (Floride). | |
| P. l. inesperatus Nelson, 1930 |
Similaire à P. l. elucus, mais plus petit, plus gris et avec un crâne plus plat[75]. | Groupe Key Largo (Floride). | |
| P. l. insularis Merriam, 1898 |
Grande sous-espèce au crâne massif et à la fourrure courte et drue[76]. | Îles Tres Marías (Nayarit, Mexique). | vicinus (1931) |
| P. l. litoreus Nelson et Goldman, 1930 |
De taille moyenne avec un pelage sombre, similaire à P. l. elucus[77]. | Bande côtière et îles de la Géorgie (États-Unis). | |
| P. l. marinus Nelson, 1930 |
Une très petite sous-espèce avec une dentition robuste[78]. | Clés des Dix Mille Îles et sud-ouest de la Floride. | maritimus (1948) |
| P. l. megalodous Lowery, 1943 |
Taille moyenne, crâne massif et pelage jaune pâle teinté de noir sur le dessus[79]. | Région côtière du sud de la Louisiane. | |
| P. l. pacificus Merriam, 1899 |
Pelage sombre avec un crâne relativement large et plat[80]. | Sud-ouest de la Colombie-Britannique jusqu'au nord-ouest de la Californie. | proteus (1911) |
| P. l. pallidus Merriam, 1900 |
L'une des sous-espèces les plus pâles, de taille similaire à P. l. hernandezii[81]. | Vallées des rivières Colorado et Gila. | ochraceus (1914) |
| P. l. psora Gray, 1842 |
Grande sous-espèce modérément sombre au crâne large et plutôt plat[82]. | Californie et nord-ouest de la Basse-Californie. | californicus (1914) |
| P. l. pumilus Miller, 1911 |
Couleur similaire à P. l. hernandezii, mais avec un crâne plus court et plus plat[83]. | Panama et zone du canal. | |
| P. l. simus Gidley, 1906 |
Sous-espèce du Pléistocène à la mâchoire profonde et à la dentition robuste[84]. | Californie (fossile). | |
| P. l. vancouverensis Nelson et Goldman, 1930 |
Sous-espèce au pelage sombre, similaire à P. l. pacificus mais plus petite[85]. | Connue uniquement sur l'Île de Vancouver. |
Description
Caractéristiques physiques
Dimensions
| Formule dentaire | |||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| mâchoire supérieure | |||||||
| 2 | 4 | 1 | 3 | 3 | 1 | 4 | 2 |
| 2 | 4 | 1 | 3 | 3 | 1 | 4 | 2 |
| mâchoire inférieure | |||||||
| Total : 40 | |||||||
| Dentition du Raton laveur. | |||||||
De la tête à la croupe, le raton laveur mesure entre 40 et 70 cm, sans compter la queue touffue qui mesure généralement entre 20 et 40 cm (bien qu'elle dépasse rarement 25 cm)[86],[87],[88]. La longueur totale, queue comprise, varie généralement entre 60 à 105 cm[89]. La hauteur au garrot se situe entre 23 et 30 cm[90].
Le poids d'un adulte varie considérablement selon l'habitat, faisant du raton laveur l'un des mammifères dont la physionomie est la plus variable entre les populations. Elle oscille entre 2 et 26 kg selon les régions, avec une moyenne située entre 5 et 12 kg[91]. Les spécimens les plus petits vivent dans le sud de la Floride, tandis que les individus les plus lourds se trouvent aux limites septentrionales de l'aire de répartition (voir la Règle de Bergmann), atteignant une moyenne de 8,5 kg au Canada[92]. Les mâles sont généralement 15 à 20 % plus lourds que les femelles[93].
Le poids fluctue de manière saisonnière : au début de l'hiver, l'animal peut peser le double de son poids grâce à l'accumulation de graisses, avec une masse pouvant augmenter de 50 % en automne dans les régions les plus au nord[94],[95][96]. Le record enregistré pour un raton laveur sauvage est de 28,4 kg pour une longueur totale de 1,4 m, ce qui représente la taille maximale documentée pour un procyonidé[97],[98].
Biométrie
Le raton laveur, dont le mode de locomotion est généralement considéré comme plantigrade, pouvant se tenir debout sur ses pattes arrière pour examiner des objets avec ses pattes antérieures[99],[100]. En raison de ses membres trop courts par rapport à son torse compact, il n'est généralement pas capable de courir vite ni de sauter assez loin[101],[102]. Sa vitesse de pointe est de 16 à 24 km/h et seulement sur de courtes distances[103],[104]. À l’aise dans l'eau, il peut nager à une vitesse moyenne de 5 km/h et y rester plusieurs heures[105],[102]. Il peut descendre d'un arbre la tête la première, une capacité rare pour un mammifère de sa taille. Pour ce faire, il peut faire pivoter ses pattes postérieures à 180 degrés de manière à ce qu'ils pointent vers l'arrière[106],[102]. Il régule sa température corporelle par le halètement comme les autres carnivores, mais aussi par la transpiration comme chez l’Homme[107],[108].
Le crâne possède une région faciale courte et large avec une boîte crânienne volumineuse. Elle est adaptée à son régime omnivore : les carnassières sont moins tranchantes que celles d'un carnivore strict, et les molaires moins larges que celles d'un herbivore[109]. Le baculum des mâles, long d'environ 10 cm et fortement recourbé, permet de distinguer les juvéniles des adultes[110].
Pelage et motifs
La fourrure du raton laveur est épaisse, généralement d’une couleur grise avec des nuances de brun plus ou moins marquées. La caractéristique la plus emblématique étant le « masque de bandit », une zone de poils sombres autour des yeux contrastant fortement avec le blanc de la face. Ce motif pourrait servir à réduire l'éblouissement et ainsi améliorer la vision nocturne, tout en facilitant la reconnaissance des expressions faciales entre congénères[111],[112],[113].
Les oreilles courtes (4 à 6 cm) sont bordées de poils blancs. Sur le reste du corps, les poils de jarre longs et raides évacuent l'humidité, tandis que le sous-poil dense, composé de poils de 2 à 3 cm représentant près de 90 % de la fourrure, assure l'isolation thermique[114]. Les individus au pelage très sombre sont particulièrement fréquents dans la population introduite en Allemagne[115], tandis que l'albinisme reste extrêmement rare[116].
La queue est ornée de 5 à 7 anneaux bruns ou noirs alternés avec des zones plus claires[89]. L'extrémité de la queue est toujours noire. La mue commence au printemps et s'étale sur environ trois mois, aboutissant à un pelage estival plus court.
Confusions avec d’autres animaux
Le raton laveur est peut être confondu avec d’autres animaux disposant d’un masque facial vivant au sein d’une même zone géographique :
Dans son aire de répartition initiale, le raton laveur peut être confondu avec le raton crabier où il vit en sympatrie avec lui dans certaines zones d’Amérique centrale, ce dernier ayant les membres plus longs et plus fins notamment la queue, et possède un masque facial distinct plus prononcé chez le crabier.
Il peut également être confondu avec d’autres procyonidés comme les Bassaris (genre Bassariscus) ou encore les Coatis (genre Nasua). Le bassaris rusé vit également dans le Sud-Ouest des États-Unis, est d’une taille plus réduite et sa queue, aussi annelée est bien plus longue que son corps.
Sur l’ancien contient, où l’espèce est introduite, le raton laveur peut être confondu avec les deux espèces de tanukis (genre Nyctereutes), le tanuki du Japon natif de l’archipel japonais, ainsi que le tanuki de Chine, originaire d’Asie orientale, mais introduit en Europe, côtoyant le raton laveur dans des pays que sont l’Allemagne, la Belgique, la France, le Luxembourg et la Suisse. Les tanukis se distinguent par leur physionomie propre aux canidés, semblable à celle d’un petit renard à l’aspect plus trapu, aux membres courts aux extrémités arrondis, à la démarche digitigrade, un masque facial généralement interrompu sur le museau, une queue d’une teinte unie, ainsi que d’un pelage, tournant davantage vers un aspect brunâtre est plus difficile à confondre en été [117],[118].
- Un raton crabier : sa queue est plus fine, son pelage moins grisâtre et son masque facial est plus prononcé.
- Un bassaris rusé : les membres sont courts, la tête est plus fine, le poil est plus clair et dépourvu de masque facial, la queue est plus longue et panachée.
- Un tanuki du Japon : le dos est droit, le poil est brun, les pattes sont fines et plus longues, la queue est d’une teinte unie, juste traversée par une ligne noire sur la partie supérieure.
- Masque facial d’un tanuki de Chine : le museau est blanchâtre à son extrêmité et ne présente pas de ligne noire glissant le long de la face.
Sens
Le sens le plus important pour le raton laveur est le toucher[119],[120],[121]. Ses pattes antérieures « hypersensibles »[120] sont protégées par une fine couche cornée qui devient souple lorsqu'elle est mouillée[122],[123]. Les cinq doigts des pattes ne sont pas palmés, ce qui est inhabituel pour un carnivore[124]. Près des deux tiers de la zone responsable de la perception sensorielle dans le cortex cérébral sont spécialisés dans l'interprétation des impulsions tactiles, plus que chez n'importe quel autre animal étudié[125]. Ils sont capables d'identifier des objets avant même de les toucher grâce à des vibrisses situées au-dessus de leurs griffes acérées et non rétractiles[99],[121]. Les pattes du raton laveur n'ont pas de pouce opposable ; il n'a donc pas l'agilité des mains des primates[121],[123]. Aucun effet négatif sur la perception tactile n'est observé lorsque le raton laveur reste dans une eau à moins de 10 °C pendant des heures[126].
On pense que les ratons laveurs sont daltoniens ou du moins peu capables de distinguer les couleurs, bien que leurs yeux soient bien adaptés à la détection de la lumière verte[127],[128],[129]. Bien que leur accommodation de 11 dioptries soit comparable à celle des humains et qu'ils voient bien au crépuscule grâce au tapis choroïdien derrière la rétine, la perception visuelle est d'une importance secondaire en raison de leur mauvaise vision de loin[130],[131][132]. Outre son utilité pour l'orientation dans l'obscurité, l'odorat est important pour la communication intraspécifique. Les sécrétions glandulaires (généralement des glandes anales), l'urine et les excréments sont utilisés pour le marquage[133],[134],[135]. Avec leur large plage auditive, ils peuvent percevoir des tonalités allant jusqu'à 50–85 kHz ainsi que des bruits très faibles, comme ceux produits par les vers de terre sous terre[136],[137].
Intelligence
Le zoologiste Clinton Hart Merriam a décrit les ratons laveurs comme des « bêtes intelligentes » et a affirmé que « dans certaines cas, leur ruse surpasse celle du renard ». L'intelligence de l'animal a donné naissance à l'épithète de sly coon (« raton rusé »)[138]. Peu d'études ont été entreprises pour déterminer les capacités mentales des ratons laveurs, la plupart se basant sur le sens du toucher. Dans une étude de l'éthologue H. B. Davis en 1908, les ratons laveurs ont réussi à ouvrir 11 des 13 serrures complexes en moins de 10 essais et n'ont eu aucun mal à répéter l'action lorsque les serrures étaient réarrangées ou retournées. Davis a conclu qu'ils comprenaient les principes abstraits des mécanismes de verrouillage et que leur vitesse d'apprentissage était équivalente à celle des macaques rhésus[139].
Des études menées en 1963, 1973, 1975 et 1992 se sont concentrées sur la mémoire du raton laveur, montrant qu'il peut se souvenir de la solution à des tâches pendant au moins trois ans[140]. Dans une étude de B. Pohl en 1992, les ratons laveurs étaient capables de différencier instantanément des symboles identiques ou différents trois ans après une courte phase d'apprentissage initial[140]. Stanislas Dehaene rapporte dans son livre La Bosse des maths que les ratons laveurs peuvent distinguer les boîtes contenant deux ou quatre raisins de celles en contenant trois[141]. Dans des recherches menées par Suzana Herculano-Houzel et d'autres neuroscientifiques, il a été établi que les ratons laveurs ont une densité de neurones dans le cortex cérébral comparable à celle des primates, ce qui est proposé comme un indicateur neuroanatomique de l'intelligence[142].
Comportement
Comportement social


| Fichier audio | |
| Cris de ratonneaux | |
| modifier |
Des études menées dans les années 90 par les éthologues Stanley D. Gehrt et Ulf Hohmann suggèrent que les ratons laveurs adoptent des comportements sociaux spécifiques au sexe et ne sont pas typiquement solitaires, comme on le pensait auparavant [143] [144]. Les femelles apparentées vivent souvent dans une « société de fission-fusion » ; c'est-à-dire qu'elles partagent un territoire commun et se rencontrent occasionnellement sur des aires de repos ou d'alimentation[145],[146]. Les mâles non apparentés forment souvent des groupes sociaux masculins flexibles pour maintenir leur position contre les mâles étrangers pendant la saison des amours, ou contre d'autres envahisseurs potentiels[147]. Un tel groupe ne se compose généralement pas de plus de quatre individus[148],[149]. Étant donné que certains mâles font preuve d'agressivité envers les petits non apparentés, les mères s'isolent des autres ratons laveurs jusqu'à ce que leurs petits soient assez grands pour se défendre[150].
Au sujet de ces trois modes de vie prévalents, Hohmann a qualifié leur structure sociale de « société à trois classes »[151]. Samuel I. Zeveloff, professeur de zoologie à l'Université d'État de Weber et auteur de l'ouvrage Raccoons: A Natural History, est plus prudent dans son interprétation et conclut qu'au moins les femelles sont solitaires la plupart du temps et que, selon l'étude d'Erik K. Fritzell menée au Dakota du Nord en 1978, les mâles vivant dans des zones à faible densité de population sont également solitaires[152].
La forme et la taille du domaine vital d'un raton laveur varient selon l'âge, le sexe et l'habitat, les adultes revendiquant des zones plus de deux fois plus vastes que les juvéniles[153]. Alors que la taille des domaines vitaux dans les prairies du Dakota du Nord se situe entre 7 et 50 km2 pour les mâles et entre 2 et 16 km2 pour les femelles, la taille moyenne dans un marais du lac Érié était de 0,5 km2[154]. Indépendamment du fait que les domaines vitaux de groupes adjacents se chevauchent, ils ne sont probablement pas défendus activement en dehors de la saison des amours si les réserves de nourriture sont suffisantes[155]. On suppose que des marques odorantes sur des points proéminents servent à établir les domaines vitaux et à identifier les individus[135]. L'urine et les fèces laissées dans des latrines communes pourraient fournir des informations supplémentaires sur les zones d'alimentation, car des ratons laveurs ont été observés s'y retrouvant plus tard pour manger, dormir et jouer ensemble[156].
Concernant les schémas comportementaux généraux, Gehrt souligne que « typiquement, vous trouverez 10 à 15 % d'individus qui feront le contraire » de ce qui est attendu[157].
Le raton laveur dispose d'un répertoire de treize cris identifiés, dont sept sont dédiés à la communication entre la mère et ses petits, comme le gazouillis caractéristique des nouveau-nés[158],[108].
Régime alimentaire
Bien qu'il soit généralement nocturne, le raton laveur est parfois actif de jour pour profiter des sources de nourriture disponibles[159],[160]. Son régime alimentaire se compose de petits animaux composant environ de 27 % de vertébrés, 40 % d'invertébrés, mais son alimentation comprend également 33 % de matières végétales[161]. En raison de cette grande variété d'aliments, Zeveloff soutient que le raton laveur « pourrait bien être l'un des animaux les plus omnivores au monde »[162]. Alors qu'au printemps et au début de l'été, son alimentation se compose principalement d'insectes, de vers et d'autres animaux disponibles tôt dans l'année, il préfère les fruits et les noix, comme les glands et les noix de pécan, qui apparaissent à la fin de l'été et en automne, et représentent une source riche en calories pour accumuler la graisse nécessaire à l'hiver[163],[164].
Contrairement à la croyance populaire, les ratons laveurs ne mangent que rarement des proies actives ou de grande taille, comme les oiseaux et les mammifères. Ils préfèrent les proies plus faciles à attraper, spécifiquement les écrevisses, les insectes[165], les poissons, les amphibiens et les œufs d'oiseaux[166]. Les ratons laveurs sont des prédateurs virulents d'œufs et d'oisillons dans les nids ainsi que de reptiles, à tel point que, pour les espèces de proies menacées, il peut être nécessaire de retirer les ratons laveurs de la zone ou de déplacer les nids pour atténuer l'effet de la prédation (comme dans le cas de certaines espèces de tortues menacées à l’échelle mondiale)[167],[168]. Lorsque la nourriture est abondante, les ratons laveurs peuvent développer de fortes préférences individuelles pour des aliments spécifiques[95]. Dans les parties septentrionales de leur aire de répartition, les ratons laveurs entrent dans un repos hivernal, réduisant considérablement leur activité tant qu'une couverture neigeuse permanente rend la recherche de nourriture difficile[169].
Comportement de « lavage »

Un aspect du comportement du raton laveur est si célèbre qu'il lui vaut une partie de son nom scientifique, Procyon lotor ; lotor signifie « laveur » en latin, ainsi que son nom vernaculaire dans plusieurs langues. Dans la nature, les ratons laveurs farfouillent souvent les environs pour trouver de la nourriture sous l'eau près du rivage. Ils saisissent ensuite l'aliment avec leurs pattes antérieures pour l'examiner et le frottent, parfois pour en retirer les parties indésirables. Cela donne l'apparence que le raton « lave » sa nourriture. La sensibilité tactile des pattes est accrue si ce frottement est effectué sous l'eau, car l'eau ramollit la couche cornée qui recouvre les pattes[120],[170]. Cependant, le comportement observé chez les ratons laveurs en captivité, consistant à transporter leur nourriture jusqu'à l'eau pour la « laver » ou la tremper avant de la manger, n'a pas été observé dans la nature[171],[172]. Le naturaliste Georges-Louis Leclerc de Buffon pensait que les ratons laveurs ne produisaient pas assez de salive pour humidifier leur nourriture, rendant le trempage nécessaire, mais cette hypothèse est aujourd'hui considérée comme erronée[170],[171],[173]. Les ratons laveurs captifs trempent plus fréquemment leur nourriture lorsqu'un point d'eau aménagé comme un ruisseau n'est pas à plus de 3 m[173]. La théorie largement acceptée est que le trempage en captivité est un schéma d'action fixe dérivé du comportement de recherche de nourriture effectué sur les rivages pour les aliments aquatiques[170],[173],[174]. Cette théorie est étayée par l'observation que les aliments aquatiques sont trempés plus souvent. Le nettoyage d'aliments sales ne semble pas être une raison du « lavage »[173].
Reproduction
Les ratons laveurs s'accouplent généralement au cours d'une période déclenchée par l'allongement de la durée de la journée entre la fin janvier et la mi-mars[175],[176],[177]. Il existe cependant d'importantes différences régionales qui ne s'expliquent pas totalement par les conditions solaires. Par exemple, alors que les ratons laveurs des États du Sud s'accouplent généralement plus tard que la moyenne, la saison des amours au Manitoba culmine également plus tard, en mars, et peut s'étendre jusqu'en juin[177]. Pendant la saison des amours, les mâles parcourent inlassablement leur domaine vital à la recherche de femelles pour tenter de les courtiser pendant la période de trois à quatre jours où la conception est possible. Ces rencontres ont souvent lieu dans des lieux de rassemblement centraux[178],[179],[180]. La copulation, incluant les préludes, peut durer plus d'une heure et se répéter sur plusieurs nuits[181]. On suppose que les membres les plus faibles d'un groupe social masculin ont également la possibilité de s'accoupler, car les plus forts ne peuvent pas s'accoupler avec toutes les femelles disponibles[182]. Dans une étude menée au sud du Texas entre 1990 et 1992, environ un tiers de toutes les femelles s'étaient accouplées avec plus d'un mâle[183]. Si une femelle ne devient pas gestante ou si elle perd ses petits précocement, elle redevient parfois fertile 80 à 140 jours plus tard[184],[185],[186].

Après une gestation de 63 à 65 jours en moyenne (bien qu'une durée comprise entre 54 et 70 jours soit possible), une portée de généralement deux à cinq petits voit le jour[187],[188]. La taille moyenne des portées varie considérablement selon l'habitat, allant de 2,5 en Alabama à 4,8 au Dakota du Nord[189],[190]. Les portées plus nombreuses sont plus fréquentes dans les zones où le taux de mortalité est élevé, par exemple à cause de la chasse ou d'hivers rigoureux[191],[190]. Alors que les mâles d'un an n'atteignent généralement leur maturité sexuelle qu'après la saison des amours, les femelles d'un an peuvent compenser les taux de mortalité élevés et être responsables d'environ 50 % de toutes les naissances d'une année[192],[193],[194]. Les mâles ne participent pas à l'élevage des petits[148],[195],[196]. Les ratonneaux sont aveugles et sourds à la naissance, mais leur masque est déjà visible sur leur pelage clair[197],[198]. Le poids à la naissance des petits, mesurant environ 10 cm de long, est compris entre 60 et 75 g[198]. Leurs conduits auditifs s'ouvrent après environ 18 à 23 jours, quelques jours avant l'ouverture de leurs yeux. Une fois que les petits pèsent environ 1 kg, ils commencent à explorer l'extérieur de la tanière et consomment de la nourriture solide pour la première fois après six à neuf semaines[199],[200]. Passé ce stade, leur mère les allaite de moins en moins fréquemment ; ils sont généralement sevrés vers 16 semaines[201]. À l'automne, après que leur mère leur a montré les tanières et les zones d'alimentation, le groupe de juvéniles se sépare[202],[203]. Si de nombreuses femelles restent à proximité du domaine vital de leur mère, les mâles peuvent parfois s'en éloigner de plus de 20 km[204],[205]. Ce comportement est considéré comme instinctif pour prévenir la consanguinité[206],[207]. Cependant, dans les régions froides, la mère et sa progéniture peuvent partager une tanière pendant le premier hiver[203].
Espérance de vie
En captivité, des ratons laveurs ont vécu plus de 20 ans[111]. Cependant, l'espérance de vie de l'espèce dans la nature n'est que de 1,8 à 3,1 ans, selon les conditions locales telles que le volume du trafic routier, la chasse et la rigueur du climat[208]. Il n'est pas rare que seulement la moitié des jeunes nés au cours d'une année survivent jusqu'à leur premier anniversaire[192],[209]. Passé ce cap, le taux de mortalité annuel tombe entre 10 % et 30 %[192]. Les jeunes ratons laveurs sont vulnérables à la perte de leur mère et à l'inanition, particulièrement lors d'hivers longs et froids[210]. La cause naturelle de décès la plus fréquente est la Maladie de Carré, qui peut atteindre des proportions épidémiques et tuer la majeure partie d'une population locale[211]. Dans les zones où le trafic routier est dense et la chasse intensive, ces facteurs peuvent représenter jusqu'à 90 % de tous les décès de ratons laveurs adultes[212].
Les prédateurs naturels les plus importants du raton laveur sont le Lynx roux, le Coyote et le Grand-duc d'Amérique, ce dernier s'attaquant principalement aux jeunes mais étant capable de tuer des adultes dans certains cas[213],[214]. En Floride, ils sont parfois victimes de plus grands carnivores comme l'Ours noir et le Puma[215]. Là où ils sont encore présents, les loups gris peuvent occasionnellement consommer des ratons laveurs comme proie d'appoint. Dans le Sud-Est, ils comptent parmi les proies favorites des alligators d'Amérique adultes[216]. Occasionnellement, le Pygargue à tête blanche et l'Aigle royal s'attaquent au raton laveur. Dans les régions tropicales, ils sont la proie d'aigles plus petits comme l'Aigle orné et l'Aigle tyran. Dans de rares cas de chevauchement de territoires, ils peuvent être victimes de carnivores allant du Pékan, en moyenne plus petit qu'eux, jusqu'au Jaguar au Mexique[217]. Dans leur aire d'introduction en ex-Union soviétique, leurs principaux prédateurs sont les loups, les lynx boréaux et les grands-ducs d'Europe[218]. Cependant, la prédation n'est pas une cause majeure de décès, d'autant plus que les grands prédateurs ont été exterminés dans de nombreuses zones habitées par le raton laveur[219].
Aire de répartition

Habitat
Bien qu'ils aient prospéré dans des zones peu boisées au cours des dernières décennies, les ratons laveurs dépendent de structures verticales pour grimper lorsqu'ils se sentent menacés[220],[221]. Par conséquent, ils évitent les terrains découverts et les zones à forte concentration de hêtres, car l'écorce de ces derniers est trop lisse pour être escaladée[222]. Les cavités d'arbres dans les vieux chênes ou d'autres arbres, ainsi que les crevasses rocheuses, sont préférées par les ratons laveurs comme gîtes pour dormir, passer l'hiver ou mettre bas. Si de tels gîtes sont indisponibles ou difficiles d'accès, ils utilisent des terriers creusés par d'autres mammifères, des fourrés denses ou des fourches d'arbres[223],[224].
Dans une étude réalisée dans le massif du Solling en Allemagne, plus de 60 % des sites de repos n'étaient utilisés qu'une seule fois, mais ceux utilisés au moins dix fois représentaient environ 70 % de toutes les utilisations[225]. Comme les amphibiens, les crustacés et d'autres animaux des rivages constituent une part importante de leur régime alimentaire, les forêts de feuillus de plaine ou les forêts mixtes riches en eau et en marais soutiennent les densités de population les plus élevées[226],[227]. Alors que les densités de population varient de 0,5 à 3,2 individus au km2 dans les prairies et ne dépassent généralement pas 6 individus au km2 dans les forêts de feuillus de montagne, plus de 20 individus au km2 peuvent vivre dans les forêts de plaine et les marais[226],[228].
Répartition en Amérique du Nord

Les ratons laveurs sont communs dans toute l'Amérique du Nord, du Canada jusqu'à Panama, où la sous-espèce Procyon lotor pumilus coexiste avec le Raton crabier (Procyon cancrivorus)[229],[230]. La population de l'île d'Hispaniola a été exterminée par les colons espagnols qui les chassaient pour leur viande ; l'historien Gonzalo Fernández de Oviedo y Valdés rapportait dès 1513 qu'ils avaient été éradiqués[231]. Ils ont également été exterminés à Cuba et à la Jamaïque, où le dernier signalement remonte à 1687[232]. Le Raton laveur de la Barbade s'est éteint relativement récemment, avec une dernière observation en 1964. Lorsqu'ils étaient encore considérés comme des espèces distinctes, le raton laveur des Bahamas, celui de la Guadeloupe et celui des îles Tres Marias étaient classés comme en danger par l'UICN en 1996[233].

Dans l'Amérique coloniale, les ratons laveurs étaient peu communs en dehors de l'Est des États-Unis, de la Côte du Golfe et de la région des Grands Lacs[234]. Comme ils n'étaient pas mentionnés dans les premiers rapports des pionniers explorant le centre et le nord-central des États-Unis[235], leur expansion initiale pourrait avoir commencé quelques décennies avant le XXe siècle. Depuis les années 1950, ils ont étendu leur aire de répartition depuis l'île de Vancouver jusque loin dans les portions septentrionales des quatre provinces du centre-sud du Canada[236]. Les nouveaux habitats occupés récemment (hormis les zones urbaines) incluent des chaînes de montagnes comme les Rocheuses occidentales, les prairies et les marais côtiers[237]. Après une explosion démographique débutée dans les années 1940, le nombre de spécimens en Amérique du Nord à la fin des années 1980 était estimé à 15 ou 20 fois supérieur à celui des années 1930[238]. L'urbanisation, l'expansion de l'agriculture, les introductions délibérées et l'extermination de leurs prédateurs naturels ont probablement causé cette augmentation[239].
Répartition hors d'Amérique du Nord

À la suite d'évasions et d'introductions délibérées au milieu du XXe siècle, le raton laveur est désormais présent dans plusieurs pays d'Europe et d'Asie. Des observations ont été signalées dans tous les pays limitrophes de l'Allemagne, qui héberge la plus grande population hors d'Amérique du Nord[240]. Une autre population stable existe dans le nord de la France, issue de spécimens de compagnie relâchés par des membres de l'United States Air Force près de la Base aérienne de Laon-Couvron en 1966[241]. Il est également présent près de Madrid depuis le début des années 1970 ; en 2013, la ville a autorisé « la capture et la mise à mort de tout spécimen »[242]. Il est aussi présent en Italie, avec une population autonome en Lombardie[243].
Environ 1 240 animaux ont été relâchés dans neuf régions de l'ancienne Union soviétique entre 1936 et 1958 pour établir une population destinée à la chasse à la fourrure. Deux de ces introductions ont réussi : l'une au sud de la Biélorussie et l'autre en Azerbaïdjan. En 1974, la population du Caucase était estimée à 20 000 individus avec une densité de 4 individus/km2[244].
Japon
Au Japon, jusqu'à 1 500 ratons laveurs étaient importés chaque année comme animaux de compagnie à la suite du succès de la série animée Araiguma rascal (1977). En 2004, les descendants d'animaux abandonnés ou échappés vivaient dans 42 des 47 préfectures[245]. Cette aire s'est étendue à l'intégralité des 47 préfectures en 2008[246]. On estime que les ratons laveurs causent trente millions de yens de dommages agricoles pour la seule île de Hokkaidō[247].
Allemagne
En Allemagne, deux couples de ratons laveurs ont été relâchés dans la nature au réservoir d'Edersee (nord de la Hesse) en avril 1934 par un garde forestier, afin d'« enrichir la faune »[248]. Une seconde population s'est établie dans l'Est de l'Allemagne en 1945, lorsque 25 ratons laveurs se sont échappés d'une ferme d'élevage de fourrure à Wolfshagen (aujourd'hui un district d'Altlandsberg) après un raid aérien. Ces deux populations sont distinguables par leurs parasites : 70 % de la population de Hesse est infectée par le nématode Baylisascaris procyonis, contre aucun individu connu dans la population de Brandebourg[249]. En 2008, on estimait qu'il y avait entre 200 000 et 400 000 individus en Allemagne[211],[250]. En 2012, ce chiffre dépassait le million d'individus[251].
Autrefois protégé, il est devenu une espèce chassable dans 14 des 16 Länder depuis 1954[252]. Les chasseurs et défenseurs de l'environnement soutiennent que l'espèce se propage de manière incontrôlée, menace les oiseaux protégés et supplante les compétiteurs indigènes[115]. Cette opinion est contestée par le zoologiste Frank-Uwe Michler, qui ne voit aucune preuve qu'une forte densité de ratons laveurs nuise à la biodiversité[115]. Hohmann soutient que la chasse intensive n'est pas justifiée par l'absence de prédateurs naturels, car la prédation n'est pas une cause majeure de mortalité en Amérique du Nord[253].
Lors de la saison 2015-2016, 128 100 ratons laveurs ont été abattus en Allemagne, dont 60 % dans la Hesse[254].
Ex-Union soviétique
Les tentatives d'acclimatation ont commencé en 1936 et ont été répétées 25 fois jusqu'en 1962. Au total, 1 222 individus ont été relâchés, dont 64 provenaient de zoos ou de fermes d'élevage. L'aire de répartition soviétique n'a jamais été continue, les introductions ayant eu lieu dans des lieux très éloignés. Toutes les tentatives dans l'Extrême-Orient russe ont échoué, les spécimens mélaniques relâchés sur l'île de Petrov n'ayant pas survécu. En Asie centrale, ils ont été relâchés dans la province de Jalal-Abad au Kirghizistan, mais y étaient considérés comme « pratiquement absents » en 1963. Une population stable s'est en revanche établie en Azerbaïdjan à partir de 1937, ainsi que dans les basses terres du Daghestan. Une acclimatation réussie a également eu lieu en Biélorussie, où 700 individus étaient recensés en 1963[255].
En France
En France, le Raton laveur est considéré comme une Espèce exotique envahissante (EEE) dont la présence résulte de plusieurs introductions indépendantes. Le foyer le plus important, situé dans le quart nord-est du pays, remonte à la fin des années 1960, lorsque des soldats américains de la base de l'OTAN à Couvron, dans l'Aisne, ont relâché leurs mascottes au moment de leur départ. D'autres populations se sont parallèlement constituées en Aquitaine et en Auvergne à la suite d'évasions d'élevages ou de parcs zoologiques, ainsi que d'abandons par des particuliers[256],[257].
L'espèce connaît depuis une expansion géographique rapide, colonisant progressivement de nouveaux départements par « tache d'huile » et via les corridors hydrographiques. Les différents foyers tendent désormais à se rejoindre, notamment grâce à la grande plasticité écologique de l'animal qui occupe aussi bien les zones humides que les milieux périurbains[258]. Cette prolifération pose des défis de conservation, notamment en raison de la prédation exercée sur l'avifaune et les amphibiens, ainsi que des risques sanitaires liés à certains parasites comme l'ascaris du raton laveur. En conséquence, l'animal est inscrit sur la liste des espèces susceptibles d'occasionner des dégâts (ESOD), autorisant sa régulation par piégeage ou par tir tout au long de l'année sur l'ensemble du territoire métropolitain[259].
Ratons laveurs urbains

Grâce à sa grande adaptabilité, le raton laveur utilise les zones urbaines comme habitat. Les premières observations remontent aux années 1920 dans une banlieue de Cincinnati. Depuis les années 1950, il est présent dans de grandes métropoles comme Washington, Chicago, Toronto et New York[260]. Depuis les années 1960, Cassel héberge la population urbaine la plus dense d'Europe, avec environ 50 à 150 animaux par kilomètre carré[261].
Les domaines vitaux urbains sont très réduits : de 3 à 40 hectares pour les femelles et de 8 à 80 hectares pour les mâles[262]. Dans les banlieues, de nombreux ratons laveurs dorment dans les forêts voisines après avoir cherché de la nourriture en ville[263]. Les jardins (fruits, insectes) et les déchets municipaux offrent une nourriture abondante[264]. De plus, les greniers, les garages et les maisons abandonnées fournissent de nombreux sites de repos. Le pourcentage de ratons laveurs urbains dormant dans des maisons varie de 15 % à Washington (1991) à 43 % à Cassel (2003)[263],[261].
Le raton laveur et l'Homme
Interactions et relations cynégétiques
Conflits


Les ratons laveurs sont devenus célèbres en milieu urbain pour leur consommation de déchets alimentaires. Dotés de capacités de résolution de problèmes impressionnantes, ils parviennent à s'introduire dans presque tous les conteneurs à ordures, ce qui leur a valu le surnom de trash panda (« panda des ordures »)[19]. Leur présence à proximité des habitations peut être indésirable car leurs excréments contiennent des parasites et des vecteurs de maladies. L'ascaris du raton laveur (Baylisascaris procyonis) est particulièrement préoccupant pour la santé publique. Les humains peuvent le contracter par ingestion ou inhalation accidentelle des œufs présents dans les fèces. Bien que généralement inoffensif pour son hôte naturel, il peut causer des dommages neurologiques progressifs chez l'Homme et s'avérer mortel en l'absence de traitement. On le trouve chez environ 60 % des ratons laveurs adultes. Si la présence générale de l'animal n'est pas inquiétante, les gîtes ou excréments trouvés près des structures doivent être détruits. Les œufs d'ascaris sont très résistants : l'eau de Javel seule est insuffisante ; un brûlage ou un traitement avec des solutions chaudes d'hydroxyde de sodium est nécessaire. Dans certaines juridictions, la détention de ratons laveurs comme animaux de compagnie est illégale en raison de ces risques[265],[266].
L'augmentation du nombre de spécimens en ville suscite des réactions variées, allant de l'indignation au nourrissage délibérée[267]. La plupart des autorités déconseillent de les nourrir car ils peuvent devenir envahissants et dépendants de l'Homme[268]. Les ratons laveurs n'ayant pas peur des humains, ils sont parfois suspectés d'avoir la rage, mais les scientifiques soulignent que ce comportement est plus probablement une adaptation comportementale après plusieurs générations de contact régulier avec les humains[249],[269]. S'ils ne s'attaquent généralement pas aux chats et chiens domestiques, des cas isolés ont été rapportés.
Les dommages causés aux greniers utilisés comme gîtes peuvent coûter plusieurs milliers de dollars en réparations. Dans de nombreuses zones urbaines, il est interdit de les déplacer ou de les tuer sans permis pour des raisons de bien-être animal. Les mesures de précaution visant à restreindre l'accès à la nourriture et aux sites de nidification restent les plus efficaces à long terme[270],[271]. En zone agricole, le maïs sucré au stade laiteux est particulièrement prisé ; une étude de l'Université Purdue a montré que les ratons laveurs étaient responsables de 87 % des dommages causés aux cultures de maïs par la faune sauvage[272].
Chasse et commerce de la fourrure

La fourrure du raton laveur est utilisée pour la confection de vêtements, notamment des manteaux et les célèbres coonskin caps. Historiquement, les tribus amérindiennes utilisaient non seulement la peau pour les vêtements d'hiver, mais aussi les queues comme parures[273]. Au XIXe siècle, les peaux servaient occasionnellement de moyen de paiement. Dans les années 1920, porter un manteau en raton laveur était un symbole de statut social chez les étudiants américains[274].
La diffusion de la série télévisée sur Davy Crockett en 1954-1955 provoqua une explosion de la demande pour les toques en peau de raton laveur aux États-Unis[275]. La chasse saisonnière a atteint un sommet historique en 1976-1977 avec 5,2 millions d'animaux tués. Bien que les chiffres aient baissé dans les années 1990 en raison de la chute des prix des peaux, le raton laveur reste l'un des animaux à fourrure vivant à l’état sauvage les plus importants d'Amérique du Nord en termes de revenus[276].
Consommation
Bien que chassé principalement pour sa fourrure, le raton laveur a constitué une source de nourriture pour les Amérindiens et les premiers colons[277]. La viande de raton laveur était largement consommée au début de l'histoire de la Californie. Les esclaves américains en mangeaient occasionnellement à Noël, mais ce n'était pas exclusivement un plat de pauvre. La première édition de The Joy of Cooking (1931) comprenait une recette pour préparer du raton laveur. Le président américain Calvin Coolidge avait initialement reçu sa ratonne de compagnie, Rebecca, pour qu'elle soit servie lors du dîner de Thanksgiving à la Maison-Blanche avant de décider de l'adopter. Bien que l'idée d'en consommer rebute aujourd'hui la plupart des consommateurs, plusieurs milliers de ratons laveurs sont encore mangés chaque année aux États-Unis, principalement dans le les États du Sud.
Autres usages
Le baculum (os pénien) du raton laveur a connu de nombreux usages traditionnels. Les autochtones l'utilisaient comme outil de nettoyage pour leurs pipes[278]. Les distillateurs clandestins de moonshine s'en servaient pour guider le flux de whisky, du tube vers la bouteille. Une fois les pointes limées, ils étaient utilisés comme cure-dents sous le nom de « coon rods ». Dans la tradition Hoodoo, le baculum est parfois porté comme amulette pour attirer l'amour ou la chance[279]. Des bijoux (boucles d'oreilles) fabriqués à partir d'os péniens de ratons laveurs ont même connu une brève mode en 2004, portés par des célébrités comme Sarah Jessica Parker.
Détention et captivité
En tant qu’animal de compagnie
La possession de ratons laveurs comme animaux de compagnie est déconseillée par de nombreux experts car l'espèce n'est pas domestiquée. Ils peuvent se comporter de manière imprévisible et agressive, et il est extrêmement difficile de leur apprendre à obéir à des ordres[280]. En raison de leur intelligence et de l'agilité de leurs pattes avant, ils peuvent facilement dévisser des bocaux, déboucher des bouteilles et ouvrir des loquets. Les spécimens sexuellement matures peuvent mordre pendant la saison des amours ; la stérilisation vers l'âge de cinq ou six mois peut réduire ce risque[281].
Selon les règlementations en vigueur dans l’Union Européenne, la détention de ces animaux est théoriquement interdite pour les particuliers, même ceux disposant d’un certificat d’aptitude à la détentions d’animaux sauvages.
En Allemagne et en Autriche, la loi impose de détenir au moins deux individus pour éviter la solitude, et ils doivent généralement être gardés dans un enclos plutôt que dans un appartement où leur curiosité naturelle causerait des dégâts matériels[280].
Raton laveur dans la culture
Mythologie et coutumes anciennes

Dans la mythologie des Peuples autochtones des Amériques, le raton laveur est un sujet récurrent de contes populaires[282]. Il y joue souvent le rôle du « fripon » qui surpasse par sa ruse d'autres animaux comme les coyotes ou les loups[283]. Les Dakotas croient que l'animal possède des pouvoirs spirituels naturels, son masque ressemblant aux peintures faciales noir et blanc utilisées lors des rituels pour se connecter aux esprits[284]. Les Aztèques attribuaient des capacités surnaturelles particulièrement aux femelles, dont l'engagement envers leurs petits était associé au rôle des femmes sages dans leur société[285].
On retrouve également le raton laveur dans l'art amérindien sur une vaste aire géographique, notamment sous forme de pétroglyphes représentant ses empreintes au Texas, au Kentucky ou au Nouveau-Mexique.
Dans la culture contemporaine
En Amérique du Nord
L'ouvrage Rascal (titre original : Rascal: A Memoir of a Better Era), publié en 1963 par l'écrivain américain Sterling North, est un récit autobiographique qui constitue un classique de la littérature animalière. L'histoire, située dans le Wisconsin de 1918, relate l'amitié entre le jeune Sterling et un raton laveur orphelin qu'il a recueilli et nommé Rascal. Le livre explore les aventures quotidiennes du duo pendant un an, tout en abordant les thèmes de la perte et du passage à l'âge adulte, jusqu'au moment où l'auteur se résigne à rendre sa liberté à l'animal devenu mature[286]. Le récit a été adapté au cinéma par les studios Disney en 1969 sous le titre Un raton nommé rascal[287]. Cependant, c'est l'adaptation en série d'animation japonaise par Nippon Animation en 1977, intitulée Araiguma Rascal, qui a eu l'impact culturel le plus retentissant. Le succès de cette série a déclenché une importation massive de ratons laveurs comme animaux de compagnie au Japon, phénomène qui est à l'origine de l'invasion de l'espèce dans l'archipel après que de nombreux spécimens ont été abandonnés par leurs propriétaires[288].
Sur le plan de la culture populaire contemporaine récente, Rocket Raccoon est sans doute le raton laveur le plus célèbre au monde. Créé par le scénariste Bill Mantlo et l'artiste Keith Giffen, il apparaît pour la première fois dans le magazine Marvel Preview n°7 en juillet 1976[289]. Son nom et certains traits de son caractère sont une référence directe à la chanson Rocky Raccoon des Beatles parue en 1968[290]. Le personnage est un raton laveur anthropomorphe doué d'une intelligence supérieure, expert en maniement d'armes et maître tacticien militaire. Dans ses origines sur papier, il est le gardien du « Quadrant Keystone », une zone d'espace isolée, et protège une colonie d'aliénés sur la planète Halfworld. Sa popularité a connu un essor fulgurant lors de la relance de l'équipe des Gardiens de la Galaxie en 2008, dont il devient un membre pilier, souvent accompagné de son partenaire Groot. Au cinéma, le personnage est devenu une icône mondiale au sein de l'Univers cinématographique Marvel (MCU), où il est doublé par Bradley Cooper (et interprété sur le plateau par Sean Gunn) depuis le film Les Gardiens de la Galaxie (2014)[291]. Où il est représenté comme le résultat d'expérimentations génétiques et cybernétiques illégales menées par le Maître de l'évolution, lui conférant une force et une agilité accrues mais lui laissant des cicatrices physiques et émotionnelles profondes. Son caractère cynique et son humour mordant ont largement contribué à sa popularité.
Autre part dans le monde
En Europe, et en France notamment, le raton laveur n’est pas une espèce indigène et sa place dans la culture populaire est récente remonte à la première moitié du XXe siècle : Les premières mentions notamment du raton remontent à la poésie surréaliste de Jacques Prévert. Dans son célèbre poème « Inventaire », publié en 1946 dans le recueil Paroles, l'animal devient une figure emblématique de l'absurde et du saugrenu. Prévert y déploie une liste interminable dont la logique est systématiquement brisée par l'apparition répétée de l'animal : la première section se clôt par « un raton laveur », la seconde par « un autre raton laveur », la troisième par « et... cinq ou six ratons laveurs », et la quatrième par « et... plusieurs ratons laveurs ». Cette litanie a été immortalisée par l'interprétation théâtrale des Frères Jacques, qui ont mis le texte en musique, ancrant l'animal dans le patrimoine de la chanson française. L'impact de cet inventaire est tel qu'il a inspiré Michel Delpech pour sa chanson Inventaire 66, où il reprend ce procédé énumératif pour dépeindre avec ironie les évolutions de la société française de l'époque. L'expression « et un raton laveur » finit par devenir une formule idiomatique utilisée pour désigner un élément hétéroclite venant clore une énumération.





