Physicalisme

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Le physicalisme, d'après le néologisme allemand « Physikalismus »[1] forgé vers 1930 par Rudolf Carnap[2], est la thèse, ou doctrine, selon laquelle toutes les connaissances sont réductibles, au moins théoriquement, aux énoncés de la physique.

Les sciences humaines et sociales dont l'art, tout comme les sciences de la nature, qui ont chacune leur vocabulaire et leurs concepts spécifiques, pourraient être retranscrites dans la langue de la physique. Dans la première définition du physicalisme, qui est celle du Cercle de Vienne, une telle langue consiste en un ensemble d’énoncés se rapportant à des objets physiques, à leurs propriétés ainsi qu’à leurs caractéristiques spatio-temporelles. Ce langage se réduit à des protocoles ou comptes-rendus d'expérience et à des énoncés logiques qui n'ont de sens que par rapport à des objets possibles.

En outre, le physicalisme soutient la thèse selon laquelle il n’existe pas de savoir philosophique constitué de thèses qui lui soient propres, qui soient distinctes et indépendantes des thèses scientifiques, et il conçoit l’activité philosophique dans le prolongement de l’activité scientifique, d’abord comme une recherche sur les structures du savoir[3], puis comme un exercice de clarification et d’interprétation des connaissances scientifiques[4].

Le physicalisme a été aussi appelé « théorie de l'unité de la science » ou « théorie de la science unitaire »[5].

Le physicalisme du Cercle de Vienne semble avoir trouvé sa première formulation avec le sociologue et économiste Otto Neurath, qui élabore au tournant des années 1930 une véritable conception physicaliste du langage de la science. Il convient pour lui de distinguer au moins deux sens du physicalisme : un sens méthodologique et un sens ontologique. Neurath penche nettement pour le premier.

Pour lui, le physicalisme n'est pas une doctrine qui explique la nature ultime des objets, car ce serait faire de la métaphysique, mais un principe méthodologique de description des objets et processus naturels, y compris des sociétés humaines et des processus psychiques, en termes spatio-temporels. Grâce à l'unité de la terminologie et des concepts, la langue physicaliste permet de relier tous les énoncés et utiliser des énoncés de plusieurs disciplines, même éloignées entre elle en apparence, pour prévoir des phénomènes complexes.

Neurath évoque à titre d'exemple un incendie de forêt. Dans la prévision de son évolution entrent aussi bien des énoncés de géographie que de météorologie et de botanique ; de plus, si l'on veut prévoir le comportement d'une tribu exotique face à l'incendie, il est nécessaire de recourir aux énoncés de la sociologie, de l'ethnologie et de la psychologie. Or, dans les pronostics, tous ces énoncés doivent pouvoir se combiner, tous doivent donc utiliser le même langage et une terminologie unitaire. La visée ultime du physicalisme est la construction d'une science unitaire sur la base de ce langage.

Pour Neurath, l'explication scientifique passe nécessairement par la mesure et la quantification.

Au cœur du physicalisme se trouve le problème de la description des événements psychiques en termes physicaliste (voir le problème corps-esprit). Conformément à la thèse physicaliste, la terminologie qui parle de la conscience doit être remplacée par la description des processus neuro-physiologiques ou des événements corporels observables comme les gestes et les paroles. Avec l'âme et d'autres accessoires de la vieille métaphysique, Neurath congédie également la conscience. Les concepts proprement psychologiques doivent être remplacés ou éliminés de l'explication du comportement des êtres humains et des autres organismes vivants (cf. l'éliminativisme):

« Non seulement l'esprit n'est plus un produit de la matière, mais on ne peut même plus formuler de manière sensée les expressions "esprit" ou "processus spirituel" ni parler d'esprit ; à leur place entrent, sur un plan fondamental, des formulations dans lesquelles entrent uniquement des relations spatio-temporelles […]. La question "esprit" ou "matière" est résolue par la disparition de la doctrine de l'esprit ; seule reste la doctrine de la "matière", à savoir la physique. Ce qui est donné comme science du réel ne saurait être autre chose que la physique[6]. »

La physique, au sens large, devient une discipline englobante, une transdiscipline dont la terminologie prétend à l'universalité. On parlera alors de réductions homogènes de tous les champs du savoir à celui de la physique.

Le physicalisme ontologique

Notes et références

Voir aussi

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