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Pierre Michel Moisson-Desroches

ingénieur français From Wikipedia, the free encyclopedia

Pierre Michel Moisson-Desroches (1785-1865) est un ancien élève de l'École polytechnique, ingénieur-en-chef des mines.

Naissance
Caen
Décès (à 79 ans)
Sury-le-Comtal
Nationalité française
Profession
ingénieur-en-chef des mines
Faits en bref Naissance, Décès ...
Pierre Michel Moisson-Desroches
Naissance
Caen
Décès (à 79 ans)
Sury-le-Comtal
Nationalité française
Profession
ingénieur-en-chef des mines
Autres activités
Professeur (1817-1827) à l'École des mineurs de Saint-Étienne
Formation
Conjoint
Joséphine Élisabeth Fortunée Latil[1] (Brescia - Boulogne-Billancourt )
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Biographie

Fiche signalétique du dossier administratif de Moisson-Desroches (recto)

Pierre Michel Moisson-Desroches est né à Caen le de l'union de Marie Pierre Victor Moisson et Angélique Langlois[2].

Élève de l’École Polytechnique (1804-1806)[3] et de l’École des Mines de Paris (1807-1810), il commence sa carrière d'ingénieur des mines de 2e classe dans les départements de Gènes, des Apennins, de Montenotte et du Taro. À la fin de l'Empire, il est affecté dans les départements du Gers, des hautes et basses Pyrénées et des Landes. Il rejoint en 1816 le département de la Loire, en résidence à Rive-de-Gier.

Son dossier administratif[4] témoigne une personnalité portée davantage sur la réflexion, l’abstraction, que sur la réalité pratique des choses. Il écrit en 1813 : « un penchant irrésistible m’entraîne vers l’étude [les sciences, les arts et l’instruction publique c’est-à-dire l'enseignement], me rend tout à fait incapable de jamais bien administrer [ie exercer son métier d'ingénieur]. Mon plus grand tort, sans doute, est de ne pas vous [directeur général des mines] en avoir averti plus tôt. » Par le même courrier il sollicite une place d’adjoint au professeur d’exploitation à l’École des mines à Paris. Ainsi, pourra-t-il « se rendre utile au corps dont je suis membre et accorder tout à la fois mes goûts, mes devoirs et mes plus chères affections »[5]. Ce penchant pour la théorie l’a conduit à négliger l’aspect pratique de son travail jusqu’à s’investir dans des réflexions ésotériques[6].

État des services (1816)

Ses changements d’affectation tiennent au peu de zèle qu’il manifeste pour assurer son service ou à des plaintes du préfet à son encontre[7]. Pour s’en expliquer, il invoque soit des raisons familiales (sa mère souffrante, ses obligations envers son épouse et ses enfants), soit des raisons relevant d’un complexe obsidional (complot, calomnies, injustice), soit encore l’insuffisance de sa rémunération (frais de déplacement).

À la suite de la création de l’École des mineurs de Saint-Étienne[8], Moisson-Desroches y est nommé professeur le  : « vous y enseignerez la connaissance des principales substances minérales et leur gisement, ainsi que l’art de les essayer et de les traiter ». Bien que satisfait de cette nomination, Moisson-Desroches demande, le , à permuter son cours avec celui de De Gallois sur l’exploitation des mines. Le directeur général des mines y consent par courrier du [9]. Il a comme élèves Boussingault et Fourneyron.

Il est nommé ingénieur ordinaire des mines de 1ère classe en 1819. Il épouse en janvier 1823 à Saint-Étienne Joséphine Élisabeth Fortunée Latil[10].

Malgré la satisfaction que lui apporte son emploi de professeur à l’École des mineurs de Saint-Étienne (1817-1826), il doit quitter la ville sur fond d'intrigue pour rejoindre les départements du Lot et de l’Aveyron en qualité de faisant fonction d’ingénieur-en-chef à Rodez[11]. La supplique de son épouse pour qu’il soit nommé ingénieur-en-chef à Saint-Étienne au plus près de sa famille et remplace Beaunier sur le départ de l’École des mineurs reste vaine. Elle témoigne surtout de l’absence d’appui, de recommandation, efficace dont Moisson-Desroches pourrait se prévaloir[12].

Il est promu ingénieur-en-chef en 1832 avec résidence à St-Étienne, mais affecté dans la réserve avec traitement entier le laissant ainsi libre de vaquer à ses propres occupations[13]. Nommé ingénieur-en-chef de 1ère classe en 1842, il ne revient dans la section active qu’en juillet 1843 mais dans un emploi administratif, « chargé de coordonner pour les publications annuelles les documents transmis à l'administration relativement aux appareils à vapeur »[14]. Ainsi, Moisson-Desroches est placardisé pendant dix ans, occupé à des tâches administratives routinières.

Tombe rénovée

Il est mis à la retraite le , avec prise d'effet au 1er avril et une pension de 3 000 F. En visite chez sa fille, receveuse des Postes à Sury-le-Comtal, il y meurt le et est inhumé dans le cimetière de Montbrison[15]. Sur sa tombe on peut lire l’inscription en partie erronée : « Ici repose Pierre-Michel Moisson-Desroches, ingénieur en chef des mines, promoteur des chemins de fer en 1814, né à Caen le , décédé le  ». Cette tombe laissée à l'abandon a fait l'objet, en 2014, d'une rénovation par l'Association du rail du Forez (ARF), la ville de Montbrison et le Conseil Général de la Loire[16].

Témoignage

Boussingault qui fut l’élève de Moisson-Desroches à l’École des mineurs le décrit ainsi :

« M. Desroches, professeur d'exploitation et de géométrie descriptive, était un être des plus singuliers : un nain, avec la physionomie d'un singe. Laid, aussi laid qu'on puisse l'imaginer, très bon, possédant un talent d'exposition des plus remarquables, dessinant comme un artiste, son esprit manquait de solidité ; bâtissant des théories impossibles sur tous les sujets, il était pris d'une vraie manie qui ne fit qu'augmenter avec l'âge ; il adressait des conseils au roi sur la manière de gouverner la France, suivis d'une discussion sur la forme des atomes. Il en résulta qu'il fut mis à la retraite avant d'avoir atteint le nombre d'années de service.. »

 Jean-Baptiste Boussingault, Mémoires de J.-B. Boussingault, Tome premier (1802-1822), Paris, impr. de Chamerot et Renouard, 1892, p. 116.

Postérité

Son fils Gustave Louis Léger Désiré Moisson-Ddesroches né le à Saint-Étienne fut admissible à l’École polytechnique, mais entra à l’École des mines de Paris le (classé 3) ; il en sortit en 1849, classé 4 des élèves externes. Mais il n'obtint le diplôme que le 30 avril 1851, car le Conseil de l’École jugea son niveau en certaines matières élémentaires insuffisant et lui demanda de suivre le cours préparatoire à l’École[17].

Écrits

  • Quelques mots sur l'ordre social (1827).
  • Projet d'Ecoles Polytechniques (1828).
  • Coup d’œil sur la théorie de la terre (1830).
  • Comment on pourrait par une première mise de fonds pourvoir aux besoins du ministère des travaux publics (10 juin 1830)[18].
  • projet de chemin de fer à roulettes et à glissière (1831)[19].
  • Introduction à la théologie nouvelle (1832).

Brevet d'invention

  • 11 octobre 1830, enregistrement d'un brevet de 10 ans, déposé par Pierre Michel Moisson-Desroches-Latil, pour le « perfectionnement du traitement direct des minerais de fer par le procédé catalan »[20]

Controverse

Des historiens ont attribué à Moisson-Desroches la rédaction d’un mémoire adressé à Napoléon Ier relatif à la création d’un réseau de chemins de fer rayonnant depuis la capitale vers les extrémités de l’empire[21].

En novembre 1813 de Savone, Moisson-Desroches adresse à l’empereur un mémoire intitulé « Essai sur les bouches à feu ou apperçu (sic) du changement que l'on pourrait tant dans l'artillerie, que l'infanterie et la Marine »[22]. Si le titre a pour objet la fabrication de « bouches à feu », le corps du texte parle de « canon ». Sur les 20 pages de ce mémoire, dix son consacrées aux bouches à feu, les autres portent sur l'art de la guerre, le remplacement des essieux et des roues un chapelet à rouleaux, une nouvelle arme qui service par un seul homme ferait autant d’effet que 8 ou dix fusils ensemble et le moyen de procurer sans lest une stabilité convenable aux vaisseaux mâter.

Les dernières pages du mémoire (pp. 19-20) viennent nourrir la controverse mais n'évoquent nullement les chemins de fer : « Oserais-je encore une idée ? Si dans un grand empire, les routes étaient tellement faites, qu’on peut transporter de grands fardeaux à de grandes distances, en peu de tems (sic) et sans beaucoup de dépense, cet empire serait très facile à gouverner, et l’on pourrait protester contre l’opinion de Montesquieu, qui est, que de grands Empires ne peuvent subsister longtems (sic). Si les transports étaient rapides et à bon compte, on pourrait porter des troupes d’une extrémité de l’empire à l’autre, sans grandes pertes d’argent et de tems, et réprimer ainsi la sédition populaire, ou les démonstrations offensives des voisins presqu’aussi-tôt (sic) qu’elles seraient formées ; on pourrait remédier aux disettes, établir une surveillance plus immédiate dans toutes les branches de l’administration ; le Prince semblerait plus près des peuples par ce (sic) que ses ordres arriveraient plus promptement ; le provincial rapporterait dans ses foyers l’esprit de la capitale, et l’habitant de celle-ci porterait son esprit sur les frontières ; Bientôt l’empire ne serait qu’un grand village ; tout le monde aurait vu le prince tout le monde y serait attaché comme à un père. C’est ce qui m’a engagé à chercher un moyen prompt de transport, et c’est dans ce but que j’ai entrepris l’essai sur les frottements des corps pesants sur le plan incliné. Et si je ne me trompe en fesant (sic) une centaine de millions de dépense sur l’ensemble des principales routes de l’empire, au moyen du chariot[23] déjà cité on pourrait transporter des fardeaux énormes en allant pour le moins aussi vite que la poste aux lettres et le prix n’excéderait pas celui du roulage ; il pourrait même je crois être au dessous et l’on irait presque aussi vite que le courrier. Les circonstances présentes ont fait rédiger ces idées à la hate, et il ne faut pas oublier que ce n’est qu’un apperçu (sic) ; et que l’on traiterait les matières qu’il renferme séparément et avec tous les détails qu’elles exigent, à fur et à mesure qu’on pourrait les demander. »

Cet envoi à l’empereur est évoqué par Moisson-Desroches dans lettre, signée « Desroches-Latil », écrite le à Michel Chevalier mais dont les termes ne correspondent pas totalement à ceux du mémoire de 1813[24] : « La lecture de vos admirables articles sur la politique générale m’a rappelé ce que j’écrivais à l'empereur Napoléon, en décembre 1813. Voici la réponse du duc de Feltre à cet égard : « Sa Majesté l'Empereur m’a envoyé, monsieur, l’examen du Mémoire que vous venez de lui adresser au sujet de divers perfectionnements que vous proposez sur plusieurs parties de l’art de la guerre. Les circonstances ne permettent pas de s’occuper des épreuves et expériences qui seraient nécessaires pour s’assurer de leur utilité ; mais votre Mémoire sera conservé pour y avoir recours dans l’occasion…. »[25] La guerre n’a jamais été à mes yeux qu’un moyen de civilisation, et le titre de ce Mémoire, Quelques perfectionnements à apporter à la construction des bouches à feu, n’était qu’un passeport[26]. J’y supposais l’empereur n’aspirant à la conquête du monde que pour empêcher les peuples de s’entr’égorger. Aussi m’écriai-je d’un élan prophétique : Paris doit être un jour la capitale du monde ! Pour arriver promptement à cette association générale, j’introduisais l’instruction dans l'armée, transformant l'officier en professeur et ingénieur, et le soldat en élève et ouvrier. Imitant les Romains qui ont laissé partout des traces de leur passage, j’employais l’armée à la construction des voies de communication, au dessèchement des marais, au défrichement, etc., et, parce que les chemins en fer et les machines à vapeur que j’appliquais dès lors au mouvement des voitures et des vaisseaux rapprochent les distances, facilitent l'administration d’un grand empire et les découvertes géographiques. (…) Après l’accusé de réception, je détruisis le manuscrit, en en informant Sa Majesté, afin qu’elle n’eût point à s'offenser des remontrances sévères et des idées que je suggérais… Les perfectionnements apportés de nos jours à la construction des bouches à feu me font craindre que ce Mémoire ne soit resté aux mains infidèles de quelque bureaucrate, et qu’on ne s'en serve, en désespoir de cause, pour vous accuser d’y avoir pris l’idée première de vos articles. J’ai toujours pensé que les progrès de notre ordre social dépendaient de la facilité des voies de communication. Aussi, me suis-je depuis fort longtemps occupé du perfectionnement, du traitement des minerais de fer et des chemins de ce métal. »

Par extrapolation, l’évocation que « les chemins en fer et les machines à vapeur que j’appliquais dès lors au mouvement des voitures et des vaisseaux rapprochent les distances, facilitent l'administration d’un grand empire », devient, à l’entrée consacrée à « Moisson-Desroches » dans l’édition de 1870 du dictionnaire des contemporains de Vapereau[27] soit cinq ans après la mort de Moisson-Desroches, un « Mémoire sur la possibilité d’abréger les distances » : « Dès cette époque [de son affectation en Italie], il prévit les applications de la vapeur et adressa à Napoléon Ier un Mémoire sur la possibilité d’abréger les distances, en reliant les extrémités de l’empire à Paris, au moyen de sept grandes lignes ferrées, dont il donnait le plan. »[28]

En l’absence du « Mémoire » détruit par son auteur, l’entrée erronée du dictionnaire Vapereau inspire, en ajoutant des compléments qui n'y figurent pas, les articles de presse commentant le numéro spécial de L’illustration des chemins de fer de novembre-décembre 1886 et janvier 1887 consacré à Marc Seguin dans le cadre de la préparation de l’Exposition internationale des chemins de fer au Bois de Vincennes à Paris pour célébrer le cinquantenaire des chemins de fer en France (ligne de Paris-St-Germain inauguré en août 1837) : « Nous recevons la communication suivante à propos du cinquantenaire des chemins de fer : …l’ingénieur Moisson Desroches avait, dès 1814, proposé un réseau de sept grandes voies ferrées reliant Paris à Gênes, à Bordeaux, à Nantes, à Boulogne, à Calais, à Gand, à Mayence. Le mémoire de Moisson Desroches, conservé aux archives du Ministère des travaux publics et annoté par Napoléon Ier, est très intéressant à consulter. »[29]

Ces articles de presse sont repris et amplifiés à l’occasion de la redécouverte en 1910 de la tombe de Moisson-Desroches dans le cimetière de Montbrison[30], parfois en lui attribuant des mérites infondés[31] dénoncés par le Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire qui continu cependant à citer le « Mémoire » de Moisson-Desroches[32]. Ces articles inspirent des auteurs enjolivant le « Mémoire » jusqu’à la caricature[33].

Finalement, un « Mémoire » détruit par son auteur, un dictionnaire biographique erroné, une inscription usurpée sur une pierre tombale et des articles de presse peu scrupuleux sur leurs sources ont guidé les historiens à rechercher en vain un « Mémoire » dans les archives du ministère des Travaux publics qui ne pouvait pas s'y trouver. Ainsi s’est installée l’idée fausse, par négligence, que Moisson-Desroches fut précurseur des chemins de fer en France.

Notes et Références

Voir aussi

Liens externes

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