Pierre le Grand (opéra)

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Pierre le Grand
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Pierre le Grand est une comédie mêlée d'ariettes français en 4, puis 3, actes d’André Grétry, sur un livret de Jean-Nicolas Bouilly, créé le par la Comédie-Italienne à Paris, à l'Hôtel de Bourgogne par les Comédiens-Italiens.

Cette œuvre fait partie de la dernière période de la carrière de Grétry, marquée par l'adaptation à l'atmosphère politique révolutionnaire, et marque l’entrée en littérature dramatique de Bouilly.

RôleVoixDistribution de la création,
(Chef d'orchestre : )
Pierre le Grand, Empereur des RussesbarytonM. Philippe
Le Fort, Ministre et ami de l'EmpereurténorChenard
Mensikoff, Gouverneur de MoscouténorGranger
Catherine, jeune veuve retirée au villagebasseMadame Dugazon
Georges Morin, maitre charpentiersopranoNarbonne
Geneviève, femme de Georges MorinbasseMme Gonthier
Caroline, fille de Georges et de GenevièvesopranoMme Saint-Aubin
Alexis, fils d'un riche fermier et amant de CarolineMlle Renault la Jeune
Mathurin, vieillard, grand oncle et tuteur d’AlexisFavart
Le tabellionRosières

Résumé

La scène se passe en Russie, dans un village situé sur les bords de la mer.

Acte I

Le théâtre représente la place d'un village.
Après avoir parcouru les différentes contrées de l’Europe, pour y acquérir des connaissances, le tsar de Russie, Pierre le Grand, s’est retiré, avec l’amiral suisse François Le Fort, son ministre et son ami, dans un village dépendant de ses États, où tous deux travaillent incognito, depuis un an, sous le simple nom de Pierre et d'André, chez le charpentier Georges Morin. Témoin de la charité et de la douceur de la fille de ce dernier, Catherine, veuve d’un soldat livonien, Pierre s’est pris d’une vive passion pour elle. Lorsque Le Fort le presse de quitter le village, pour continuer sa formation, il l’informe qu’il a promis de s’unir à Catherine, et repousse toutes les objections de son ami. Georges Morin, quant à lui, est très irrité de voir Alexis tourner autour de sa fille Caroline.

Acte II

Le théâtre représente l’intérieur de la maison de Georges.
Lorsque le charpentier Morin, satisfait de ses talents pour la construction des vaisseaux, lui propose d’être son successeur et son gendre. Frappé de ce trait de générosité, Pierre serre son maitre dans ses bras et lui avoue qu’il n’aime pas Caroline, mais Catherine. Le charpentier consent à marier Caroline à Alexis, comme l’y engage Pierre, et, persuadé que ce dernier est sans fortune, il lui donne, en faisant dresser son contrat de mariage avec Catherine, ses chantiers et une somme d’argent. Pierre accepte ces dons. Pierre dissipe les soupçons dont est assaillie Catherine sur ses origines, en prétendant tout ignorer de ses parents. Cependant, à peine a-t-il signé l’acte qui l’unit à celle qu’il aime, que le gouverneur de Saint-Pétersbourg, Alexandre Menchikov vient informer Pierre qu’une révolte l’appelle dans ses États. Pierre court aussitôt rétablir la situation : « d'un regard dissipons ces orages ».

Acte III

Le théâtre représente un lieu solitaire et voisin du village.
Catherine, qui ignore toujours l’identité réelle de Pierre, croit que son amant l’a tout simplement abandonnée, et se livre au désespoir, lorsqu’Alexis annonce qu’il a vu les villageois se prosterner aux pieds de Pierre et de Menchikov, lorsque ce dernier parait et révèle l’identité du tsar. Celui-ci parait bientôt dans toute sa gloire. Reconnu alors comme le souverain de la Russie, il comble de biens le charpentier, dote Caroline et Alexis de six mille ducats, et décide Catherine à venir partager son trône. Le chœur conclut en bénissant un « Prince dont la tendresse S’occupe sans cesse Du bonheur de ses sujets. »

Contexte

Pierre le Grand marque une évolution dans la féconde production dramatique du directeur de la musique de Marie-Antoinette, qui régnait jusque là en maitre sur la scène de l’Opéra-Comique français. À la Révolution, son étoile pâlit, face à la puissance expressive, l’harmonie savante et l’instrumentation colorée, inauguré par Méhul et Cherubini[1]. À la recherche de sujets plus conformes aux gouts du public, il approfondit ses études d’harmonie, lorsque Madame Dugazon lui présente, en 1789, Jean-Nicolas Bouilly, et son projet de Pierre le Grand.

Genèse

Bouilly a rédigé le livret en Touraine, pendant l’année 1789. Monté à Paris pour faire recevoir son œuvre au Théâtre italien, il voit son livret accepté à l’unanimité, après l’avoir lu à la société des artistes de la Comédie Italienne, le , à deux jours de la prise de la Bastille. Comme il n’avait pas de compositeur en vue, Madame Dugazon, que le jeune dramaturge souhaitait vivement voir interpréter le rôle de la jeune veuve de soldat épousée par le tsar, pour devenir l'impératrice Catherine I, lui a suggéré le nom de Grétry, et l’a accompagné aussitôt chez le compositeur, qui accepte d’auditionner sa pièce, le lendemain, devant sa famille et Madame Dugazon. Dès la lecture du second acte, Grétry l’agrée comme librettiste[2], et lui remet la partition terminée, à son retour de vacances de Lyon [3]. L’automne se passera à répéter la pièce, qui sera représentée au début de l’année suivante.

Analyse

L’actualité politique française de l’époque a donné à ce livret, très librement inspiré de l’Histoire de l’empire de Russie sous Pierre le Grand de Voltaire[4], une dimension politique inattendue, le tsar Pierre en charpentier évoquant Louis XVI serrurier, Catherine Marie-Antoinette et le Suisse Le Fort, Jacques Necker, qui tentait de réformer l’économie française. Pierre le Grand est devenu, presque par inadvertance, un hymne à la monarchie, où la représentation de Pierre et Catherine en figures idéales, profondément soucieuses du bien-être de leur peuple, devait servir de modèle à Louis XVI et Marie-Antoinette. Présente à la première, cette dernière a d’ailleurs été très applaudie[5].

Réception

Pierre le Grand est représenté en 4 actes, le , avec Madame Dugazon, dans le rôle de Catherine. Grimm ne montre aucune indulgence, dans la Correspondance littéraire, philosophique et critique, envers le livret ou la pièce : « L’action de cet ouvrage est surchargée d’une multitude d’incidents, souvent sans vraisemblance, qui ne servent qu’à la prolonger ; elle a paru surtout languir pendant tout le troisième et le quatrième acte. Quant à la musique, à quelques intentions près, qui sont saisies avec esprit, on n’y reconnait guère le talent qui a produit tant d’ouvrages également faciles, également aimables[6]. »

Plus indulgente, la presse parisienne constate presque unanimement un grand succès. Le Mercure recommande de réduire l’œuvre à 3 actes[a], en expliquant que « L’action plus resserrée aura bien plus d’intérêt, et en fera mieux sentir le mérite. » L’aspect politique de la pièce est également relevé : « Le dénouement, quoique un peu trop prolongé, a obtenu de justes applaudissements ; mais le dernier couplet du vaudeville a excité le plus vif enthousiasme. C’est une sorte de prière pour notre monarque, qui acquiert à chaque instant de nouveaux titres à notre amour. Les derniers vers sont chantés sur l’air de charmante Gabrielle, afin que l’air et les paroles tout à la fois puissent rappeler l’idée du bon Henri IV[7]. »

Le Journal universel rapporte que « La Reine ayant appris que, dans le vaudeville qui termine la comédie de Pierre-le-Grand, il y avait un refrain que le public fait toujours recommencer, afin de prolonger le plaisir qu'il goute à l'entendre, l'a envoyé chercher aux Italiens, un de ces jours passés, et l'a chanté en présence de la Cour ; on assure que l’enthousiasme a saisi tous les cœurs ; que l'émotion et l'attendrissement ont paru d'une manière non équivoque, et que des larmes ont coulé[8]. »

Reprises

Pierre le Grand a été repris le 12 pluviôse an IX (), avec Jean Elleviou dans le rôle de Pierre le Grand, puis en 1806, avec Mlle Pelet, dans le rôle de Catherine[3].

Inspirations

Pierre le Grand a inspiré à Lortzing, l’opéra Zar und Zimmermann (Czar et charpentier), représenté à Leipzig en 1837, puis à Saint-Pétersbourg, sous le titre d’Aventures flamandes et considéré comme l'une des plus importantes de l'opéra-comique allemand, et l’Étoile du Nord, de Meyerbeer, dont le succès remporté à la création sera considérable.

Éditions

Notes et références

Enregistrements

Bibliographie

Liens externes

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