Police française
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La police française est une institution régalienne en charge d'assurer en France, la sécurité des personnes, des biens et de maintenir l'ordre public en faisant appliquer la loi.



Les forces de l'ordre (communément appelées « la police ») sont les agents (civils et militaires) qui exercent cette fonction.
Attribution
Le rôle de la police française est défini à l'article 12 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du [1] :
Composante
En France, il existe trois types de police :
- la police nationale : civile et nationale ;
- la gendarmerie nationale : militaire et nationale ;
- la police municipale : civiles et territoriales, parmi laquelle la police rurale (garde champêtre).
Police nationale et gendarmerie nationale
En France, les forces de maintien de l'ordre comprennent les effectifs de la police nationale et de la gendarmerie nationale. Formés en école qui allie théorie et pratique, les policiers nationaux et gendarmes ont pour mission le maintien de l'ordre public et la recherche des infractions, principalement judiciaires, énumérées dans le code pénal.
Au sein de ces services hiérarchisés par des grades administratifs, une hiérarchie judiciaire attribue à chaque représentant de la force des compétences particulières, conformément au code de procédure pénale. On distingue ainsi les agents de police judiciaire et agents de police judiciaire adjoints et les officiers de police judiciaire.
Différences entre Police nationale et Gendarmerie nationale
Il y a des différences de statut entre la police nationale et la gendarmerie : les policiers nationaux sont des fonctionnaires civils d’État, à la différence des gendarmes qui sont des militaires, sous-officiers ou officiers[2].
Leur zone géographique d'exercice est sensiblement différente : si les deux forces ont compétence sur l'ensemble du territoire, la police nationale exerce essentiellement dans les grandes villes et leur périphérie, dont toutes les préfectures et sous préfectures. La Gendarmerie nationale officie quant à elle en zone rurale et périurbaine, ainsi que sur les grands axes routiers[2],[3].
Par cette répartition géographique du territoire, près de 46 % des faits liés à la délinquance et à la criminalité du pays sont ainsi constatés et gérés par la Police nationale, 14 % par la préfecture de police de Paris (en zone police nationale (ZPN), hors contravention routière) contre 40 % par la gendarmerie (en zone gendarmerie nationale (ZGN).
Le gendarme est, en tant que militaire, soumis à une obligation permanente de disponibilité. Par conséquent, les gendarmes (à la différence des militaires du corps de soutien technique et administratif de la gendarmerie) bénéficient d'un logement pour nécessité absolue de service[2]. À l'inverse, les policiers se logent librement[4]. Les uniformes, les équipements et les grades des deux institutions leur sont propres, bien que l'appellation des grades des officiers de police, corps de catégorie A depuis le , se rapprochent de l'appellation des grades militaires (lieutenant, capitaine, commandant).
Il convient de noter que les compétences judiciaires des policiers et des gendarmes, comme leur assermentation, leur permettent de constater toute infraction de toute nature (crime, délit, contravention), dans les domaines les plus variés : rural, environnemental, en matière d'urbanisme, de constructions, arrêtés préfectoraux et municipaux pour tout secteur d'activité, fiscal, comptable, douanier…
En fait, la majorité des missions civiles des deux forces est similaire. Ces dernières s'adaptent aux problématiques rencontrées qui peuvent largement différer en fonction de leur lieu d'exercice respectif (urbain, péri-urbain ou rural).
Contrairement à la police nationale, la gendarmerie nationale a également des missions militaires (maintien de la paix sur les théâtres d'opération extérieure, missions au sein de détachements travaillant pour l'ONU, prévôté (police militaire auprès des armées), protection de l'armement nucléaire, concours aux autorités militaires, renseignement militaire, réserve militaire opérationnelle, gestion des réserves…).
Un processus de rapprochement des deux forces de sécurité est amorcé au début des années 2000[5].
Police municipale
Agent de police
Le policier municipal est un fonctionnaire territorial placé sous l'autorité du maire et du procureur de la République. Il travaille en coordination avec les services de la police nationale ou de la gendarmerie nationale.
Le rôle de la police municipale est d’améliorer la qualité de vie des personnes en travaillant en lien avec les administrés pour faire respecter les règles de bonne conduite[évasif], veiller au maintien de "l'ordre public". Ils participent à la lutte contre les incivilités mais aussi contre la petite et moyenne délinquance.
Le policier municipal est un agent de police judiciaire adjoint. Sans préjudice de l'obligation de rendre compte au maire qu'ils tiennent de l'article 21, l'agent de police municipale rende compte immédiatement à tout officier de police judiciaire de la police nationale ou de la gendarmerie nationale territorialement compétent de tous crimes ou délits dont ils ont connaissance[6].
Garde champêtre
Le garde champêtre est un agent chargé de fonction de police judiciaire[7]. Il est spécialement désigné à la police rurale. Il recherche et constate les délits et contraventions portant atteintes aux propriétés et à l'environnement. Il est placés sous l'autorité du Maire et du Procureur de la République. Ils peuvent procéder à des actes d'enquêtes comme les inspecteurs de l'environnement de l'Office français de la biodiversité.
Le , Le Premier ministre Jean Castex annonce le début d'une expérimentation sur l'« extension des compétences de la police municipale », insistant sur le renforcement de l'action de « proximité »[8]. Quelque temps auparavant, Anne Hidalgo avait promis avant les élections municipales parisiennes la mise en place d'une police municipale, Paris étant l'une des dernières villes à ne pas avoir sa propre police municipale[9].
Police ferroviaire
Il existe trois services spécialisés chargés de la sécurité des transports ferroviaires en France :
- la sûreté ferroviaire rattachée à la Société nationale des chemins de fer français (SNCF), assure la sécurité de l’ensemble du réseau férré national ;
- le groupe de protection et de sécurité des réseaux (GPSR ou « sûreté RATP ») assure la sécurité du réseau francilien de la Régie autonome des transports parisiens (RATP).
Ces deux branches, bien que non rattachées directement au ministère de l'Intérieur mais respectivement à la SNCF et la RATP peuvent intervenir en flagrant délit.
Enfin, la police nationale dispose du Service national de la police ferroviaire.
Histoire
La police de la Ve République s'inscrit dans une histoire centenaire, au dernier rang de laquelle compte la police du régime de Vichy, dont elle est la continuation[10].
Effectifs
La police nationale compte, en 2011, 101 655 policiers dans le corps d'encadrement et d'application. Le reste étant composé des officiers et commissaires, respectivement corps de commandement et corps de conception et de direction, des policiers administratifs, techniques et scientifiques, des ouvriers d'État et des policiers adjoints[réf. nécessaire].
La gendarmerie compte plus de 100 000 effectifs[11].
| Groupe policier | 2020 | 2021 | 2022 | 2023 | 2024 |
|---|---|---|---|---|---|
| Police nationale | 149 058 | ||||
| Gendarmerie | 100 000 | 100 000 | 101 527 | ||
| Police municipale[12] | 33 467 | 34 966 | 36 731 | 37 626 |
La police municipale compte 28 677 agents de police en 2023[12].
| Catégorie | 2020 | 2021 | 2022 | 2023 |
|---|---|---|---|---|
| Agent de police | 24 221 | 25 757 | 27 525 | 28 677 |
| ASVP | 8 126 | 8 068 | 8 097 | 7 864 |
| Garde champêtre | 701 | 679 | 657 | 602 |
| Maître-chien | 419 | 462 | 452 | 483 |
Budget
Les budgets des polices municipales sont individuels et sont régis par la dotation globale de fonctionnement (DGF)[17][source détournée].
Accidents, blessés et morts
Les chiffres sur les blessés et morts produits par l'IGPN, l'ONDRP et le Ministère de l'Intérieur sont critiqués du fait des enjeux politiques qui y sont associés (déni des violences policières, criminalisation des manifestants, etc.) [18],[19],[20],[21].
Blessés
Selon une étude de 2019 publié par l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) produit à partir de données recensées par les services du ministère de l’Intérieur, 10 790 agents sont blessés « en mission »[note 1] en 2018[note 2], en hausse de 16 % pour la Police nationale et de 13 % pour la Gendarmerie nationale. Concernant l'ensemble des forces de l'ordre, le nombre total des blessés « en mission » et « en service »[note 3] s’élève à 20 306 en 2018. Ces données sont issues des agents eux-mêmes. Christophe Soullez qui rédige le rapport est par ailleurs considéré comme ayant un parti pris pro-gouvernemental[20].
Parmi les civils les chiffres issus de l'observatoire des Street medic dénombre 24 300 blessés entre 2018 et 2020, dont environ 3000 ont nécessité une prise en charge d’urgence. Les chiffres montent à 335 300 en prenant en compte ceux affectés par le gaz lacrymogène[23].
Morts
Selon l'ONDRP, le nombre de décès d'agents en 2018 progresse avec 14 fonctionnaires décédés en service : 7 lors d’opérations ou de missions de police et 7 durant les heures de service ou sur le trajet domicile-travail[22],[24].
Les faits policiers mortels (FPM) sont les morts civils en lien avec une intervention policière ou de la main d'un policier hors service. Certaines politiques publiques augmentent le nombre de morts. C'est le cas de la loi n° 2017-258 du qui autorise les agents à faire usage de leur arme lorsque des personnes décident de ne pas se soumettre à un contrôle. En 2022 au moins 11 personne meurent dans ces conditions[25]. Entre 1990 et 2016, 393 personnes sont mortes (terroristes exclus)[26].
Critiques
Racisme institutionnel
Maguy Moravie, maître de conférences associée en sociologie à l'Université des Antilles, considère que depuis l'affaire Adama Traoré, davantage de familles de victimes dénoncent un racisme systémique de la police française, mais que leurs propos rencontrent un déni systématique au sein du débat public[27]. Cependant, en , en pleines émeutes consécutives à la mort de Nahel Merzouk, un sondage YouGov commandé par Le HuffPost indique que pour 19 % des Français, le racisme est largement répandu chez les policiers (48 % estiment qu'il existe effectivement, mais à la marge)[28]. Dans Contretemps, « Revue de critique communiste », Jérémie Gauthier soutient qu'au sein de la police française elle-même, le déni de tout racisme individuel coexiste avec la reconnaissance d'une « tentation raciste » liée à la structure de la profession[29].
Pour Fabien Jobard, qui reprend l'hypothèse formulée par l’historien Emmanuel Blanchard, le lien historique de la police française avec l'Empire colonial français pourrait expliquer un racisme systémique au sein de la police française[30].
Violences et accusations d'impunité
En 2009, Amnesty International évoque le comportement de la police française dans un rapport intitulé « France, des policiers au-dessus des lois », l'organisation affirme que les forces de l'ordre bénéficient d'une certaine impunité et se plaint de « l'existence d'un racisme institutionnalisé au sein des organes chargés de l'application des lois en France »[31],[32].
Lors des manifestations contre la réforme des retraites en 2010, des témoignages[33] et un constat[34] dénoncent les méthodes de la police française qui aurait reçu l'ordre de se déguiser en casseurs afin de faire accuser faussement et ainsi d'interpeller des manifestants.
Les journalistes sont fortement exposés aux violences policières. Ainsi, en couvrant les manifestations du mouvement des Gilets jaunes en 2018 et 2019, des dizaines de reporters, vidéastes et photographes sont touchés par des tirs de lanceurs de balles de défense, y compris au visage, ou ont reçu des coups de matraque et des jets de grenades. Ils présentent des blessures diverses : fractures, côtes cassées, brûlures et hématomes, etc. Entre le et le , 54 journalistes sont blessés par les forces de police, dont 12 sérieusement, selon un décompte réalisé par Reporters sans frontières[35].
Laurent Bonelli, journaliste et maître de conférences en science politique, indique que lors d'un entretien avec un haut responsable des forces de maintien de l’ordre, celui-ci insistait sur le caractère relationnel de la violence, déclarant : « C’est nous, l’institution, qui fixons le niveau de violence de départ. Plus la nôtre est haute, plus celle des manifestants l’est aussi ». Pour Laurent Bonelli, « ces stratégies et ces dispositifs musclés sont également encouragés par la plupart des élus, qui y voient l’occasion d’affirmer une fermeté jugée politiquement payante. Quitte à s’exonérer ensuite de la responsabilité de la violence en l’attribuant aux seuls « casseurs », avec la complaisance intéressée des médias, toujours friands d’images d’affrontements et de destructions »[36].
En , selon une étude critique de Flagrant déni, une ONG française d’investigation et de défense des victimes de violences policières, la « police des polices » française (IGPN, IGGN et les cellules déontologie) traite 700 affaires de la « violences par personne dépositaire de l’autorité publique » en 2016 et 1 110 en 2024. En 2016, la justice retrouve les auteurs de faits dans 68 % des affaires, contre 51 % en 2024, 546 affaires restent non élucidées sur les 1 110. L’ONG conclut à une augmentation de la « délinquance policière » et à une dégradation de son traitement judiciaire. Elle rapporte que malgré un effectif comparable entre policier et gendarme, le « nombre d’affaires pénales est dix fois supérieur lorsqu’il implique des policiers ». Selon l'ONG, l’IGPN « ne présente pas les garanties d’indépendance suffisantes ». Les effectifs de l'IGPN diminuent alors que le nombre d’enquêtes pour violences policières augmente. L’inspection compte en 2025, 260 agents et neuf délégations locales en saturation à cause de difficultés de recrutement. Mediapart note pour la division des enquêtes, 36 postes sur 135 ne sont pas pourvus. Selon l’IGPN, 90 % des affaires sont traitées par des services locaux, des « cellules déontologie », dont l’activité ne fait l’objet d’aucune communication officielle ni d’aucune publication statistique. Selon l'ONG, les enquêtes menées par ces cellules semblent « encore plus partiales ». La réforme de la police de 2024, rend paradoxallement chaque direction départementale de la police nationale à la fois « supérieur des mis en cause et des enquêteurs »[37].
Selon Mediapart, le media Basta ! héberge la seule base de données indépendante et fiable au sujet des homicides policiers – considérés comme de la légitime défense ou non par la justice. Le média recense entre 2005 et 2024, plus de 500 mortes lors d’une interaction avec les forces de l’ordre. Avec jusqu’à 65 morts dénombrées pour l'année 2024[37].
Contrôle au faciès
Le , l'article R434-15 du code de la sécurité intérieure (CSI), précisé par un arrêté de , impose aux policiers et gendarmes qui exercent leurs missions en tenue d'uniforme ou en civil de revetir leur numéro d'identification individuel, le référentiel des identités et de l'organisation (RIO). Cette mesure vise à lutter contre les contrôles au faciès. En 2018, plusieurs journalistes constatent l'absence de RIO sur les forces de l'ordre[38]. Bien que l’existence des contrôles au faciès ait été largement documentée par des travaux académiques, les ministres successifs de l’Intérieur ont, sous la pression des syndicats policiers, rejeté les propositions de réforme, les jugeant inefficaces ou attentatoires à l’autorité policière, si bien que peu de changements concrets ont été apportés aux pratiques de contrôle[39].
Usage de la reconnaissance faciale
Le , Disclose révèle l’utilisation illégale par la police française, depuis 2015, de Briefcam, afin d'automatiser la vidéosurveillance algorithmique qui dispose da la fonctionnalité interdite en France de la reconnaissance faciale. L'usage de cette technologie est reconnu en dehors d'un cadre légal de 2018 à 2023. La gendarmerie débourse 587 000 €, contre « environ 700 000 € » pour la police nationale[40].
En 2026 Disclose révèle que depuis 2022, NEO permet aux policiers et gendarmes d'utiliser illégalement un système de reconnaissance faciale sur leur téléphone portable[41]. Pour l'ONG Amnesty International France cette technologie s'apparente à de la surveillance globale contraire au droit international, et entraîne un effet dissuasif fort sur l'exercice des libertés[42].
Noms communs
Synonyme
La langue française comprend de nombreux synonymes pour désigner la police[43].
Un policier est surnommé en argot : poulet, poulaga, perdreau, flic[44], keuf (flic en verlan = keu-fli), coch (cochon), bœu (bœuf), schmidt, vache, dek, lardu (prononcé en région lyonnaise), condé[44] (surtout employé dans le sud de la France), bleus (référence à leurs uniformes), shtars, la maison Poulardin ou Poulaga, la maison Parapluie ou Bourremann, la maison J't'arquepince[45], cogne[44]… Le terme pandore, pour les gendarmes, est un peu passé de mode[43].
Pour ce qui est de la police des polices (IGPN) leur surnom est « les bœuf-carotte », probablement parce qu'ils laissent « mijoter leurs collègues à petit feu »[46].
À la fin des années trente, les policiers cyclistes sont surnommés les hirondelles parce qu'ils circulaient avec des vélos « Hirondelle » provenant de la fabrique Manufrance. Ils portaient la casquette et la pèlerine qui leur donnaient une silhouette bien reconnaissable[47].
À la même époque, le fourgon cellulaire de police, aux fenêtres grillagées était surnommé « le panier à salade ».
Hyponymes
Les différents services sont souvent appelés par leur diminutif ou abréviation : la « Crim’ » ou la crime pour la brigade criminelle, les « stups » pour la brigade des stupéfiants, la « BAC » pour la brigade anti-criminalité[48], ou la « BRB » pour Brigade de répression du banditisme. La Brigade de répression de l'action violente motorisée (Brav-M) crée en 2019 étant la dernière en date à être passée dans le langage courant[49].
Anonymat
L'article 28 de la loi no 95-73 du d'orientation et de programmation relative à la sécurité[a] insère un article 39 sexies dans la loi du sur la liberté de la presse[b], qui réprime le fait de révéler l'identité des membres des forces de police dont les missions exigent le respect de l'anonymat pour des raisons de sécurité. Les services concernés sont désignés par arrêté du ministre intéressé[c],[d],[e].
