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Soulèvement postélectoral de 2009 en Iran

soulèvement du peuple iranien contre le résultat des élections présidentielles From Wikipedia, the free encyclopedia

Le soulèvement postélectoral de 2009 en Iran ou mouvement vert, parfois surnommé « révolution Twitter », commence le à la suite de l'annonce des résultats de l'élection présidentielle iranienne de 2009. Les manifestants accusent le conservateur Mahmoud Ahmadinejad de fraude électorale. Les manifestations ont lieu à Téhéran et dans d'autres grandes villes d'Iran et du monde. D'une révolte contre une élection jugée truquée, le mouvement prend rapidement une signification plus large en contestant non seulement la légitimité du nouveau président, mais celle aussi du Guide suprême, Ali Khamenei.

Date 13 juin 2009 - 7 décembre 2010
(1 an, 5 mois et 24 jours)
Localisation Drapeau de l'Iran Iran
Faits en bref Date, Localisation ...
Mouvement vert
Description de cette image, également commentée ci-après
Manifestants iraniens à Téhéran le .
Informations
Date 13 juin 2009 - 7 décembre 2010
(1 an, 5 mois et 24 jours)
Localisation Drapeau de l'Iran Iran
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Les autorités bloquent nombre de sites internet et de réseaux de téléphonie mobile et interdisent les manifestations. Le gouvernement empêche les journalistes internationaux de couvrir les événements et les chaînes de télévision par satellite sont brouillées.

La police et la milice paramilitaire Basij répriment violemment les manifestations, tirant parfois à balles réelles dans la foule. Le soulèvement fait plus de 150 morts, dont celle de Neda Agha-Soltan, élevée au rang d'icône internationale de la contestation iranienne. Des milliers d'Iraniens sont arrêtés et torturés, dont des centaines de femmes violées en prison par les agents du régime. Cette contestation est d'une ampleur jamais vue depuis la révolution iranienne de 1979.

Les opposants arrêtés sont nombreux, y compris des responsables importants de l'opposition favorables à un régime démocratique ou à une démocratisation du régime. Soumis à des procès qualifiés de « mascarade » par l'opposition au régime totalitaire de Khamenei, de plus en plus contesté par un mouvement tout à fait inédit depuis les débuts de la révolution islamique, ces prisonniers de haut rang sont accusés de trahison et de collaboration avec l'étranger, contraints à des aveux après avoir été torturés, comme l'a dénoncé, parmi d'autres, Hossein Moussavi.

Contexte

L'élection présidentielle de 1997 a porté au pouvoir Mohammad Khatami, candidat réformateur, soutenu par les intellectuels religieux tels que Soroush et Kadivar, favorables à une démocratisation du régime. Son impuissance à mettre en place les réformes annoncées suscite une profonde déception dans la société iranienne[1]. L'élection de 2005, précédée d'une campagne sans vie, voit la victoire d'Ahmadinejad[2]. En 2009, au contraire, la campagne électorale est passionnée, une partie de la population, en particulier la classe moyenne urbaine[1], est animée de l'espoir d'un changement[3]. Sourds aux appels de l'opposition en exil à boycotter le scrutin, les électeurs votent massivement, de sorte que le taux de participation est proche de 85 %[4],[5].

L'élection du président de l'Iran du est précédée par une enquête menée par l'organisation Terror Free Tomorrow, réalisée du 11 au , qui prédit une forte participation et montre des intentions de vote pour les candidats similaires aux résultats officiels, mais avec plus d'un quart encore indécis[6],[7]. Cette enquête est contestée, car les sondages commandés par le régime eux-mêmes excluent une victoire d'Ahmadinejad dès le premier tour. Or, il remporte l'élection avec plus de 62 % des voix. C'est le caractère écrasant de ce score qui le discrédite et précipite les Iraniens dans la rue[5].

Contrairement à l'élection de 2005, la participation est forte. Les résultats officiels sont rejetés par les trois candidats de l'opposition, le conservateur Mohsen Rezaï et les réformistes Mehdi Karoubi et Mir-Hossein Moussavi, qui affirment que les votes ont été manipulés et les élections truquées. La dernière élection présidentielle avait déjà été controversée, mais cette fois la fraude semble avoir plus d'ampleur. Les candidats Mohsen Rezaï et Mir-Hossein Moussavi déposent des plaintes officielles. Moussavi annonce qu'il « ne cèdera pas à cette manipulation »[8] avant de déposer un recours contre le résultat officiel au Conseil des gardiens le [9].

Le guide suprême d'Iran, l'ayatollah Ali Khamenei, souligne le taux de participation sans précédent et exhorte la nation à s'unir, et plus tard ordonne une enquête sur les allégations de fraude électorale[10]. Se référant à la lettre d'appel de Moussavi sur les irrégularités, Khamenei déclare que « le Conseil des gardiens a été mandaté pour mener une enquête »[11]. Moussavi n'est pas optimiste quant à son appel en disant que beaucoup de membres du Conseil lors de l'élection n'ont pas été impartiaux[12]. Ahmadinejad qualifie l'élection de « totalement libre » et le résultat de « grande victoire » pour l'Iran, et estime que le soulèvement n'est guère plus significatif que « les passions de supporters déçus après un match de football »[13]. Il qualifie les manifestants avec dédain de khas o khashak, qui peut se traduire par « racailles ». Il attise ainsi une contestation[13],[14] dont l'ampleur est sans précédent depuis 1979[15].

Des résultats suspects

Le think tank Chatham House analyse comme suit les raisons de suspecter une fraude.

Plus de 100 %

Dans deux provinces conservatrices, Mazandaran et Yazd, un taux de participation de plus de 100 % a été enregistré[16]. Toutefois, le Conseil des Gardiens note que les citoyens iraniens ne sont pas tenus de voter dans leur région d'origine, et peuvent voter au sein du district où ils se trouvent. Cela pourrait, théoriquement, entraîner un taux de participation de plus de 100 % dans une circonscription donnée, même si cela nécessiterait un taux de participation important d'électeurs qui vivent déjà dans le-dit district[16].

Vote réformateur

Dans un tiers de toutes les provinces, selon les résultats officiels, il faudrait qu'Ahmadinejad ait non seulement obtenu les votes de tous les anciens électeurs conservateurs, tous les anciens électeurs centristes, tous les nouveaux électeurs, mais également jusqu'à 44 % des anciens électeurs réformateurs, malgré une décennie de conflit entre ces deux groupes, pour justifier de son score[16].

Vote rural

En 2005, comme en 2001 et 1997, les candidats conservateurs, et Ahmadinejad en particulier, étaient nettement impopulaires dans les zones rurales. L'affirmation selon laquelle cette année Ahmadinejad a balayé ses adversaires dans les provinces plus rurales en 2009 va à l'encontre de ces tendances[16].

Chronologie

Place Azadi, le 15 juin
Place Azadi, le 15 juin

Le samedi , après les résultats des élections ayant annoncé la victoire d'Ahmadinejad, les partisans de Moussavi descendent dans les rues pour protester[17]. Leurs slogans interpellent : « où est mon vote ? »[18],[19].

Le lendemain, le nombre des manifestations augmente, tout comme la violence. En réponse aux manifestations, des groupes soutenant le président Mahmoud Ahmadinejad rallient la capitale iranienne[20]. Les autorités iraniennes ferment l'université de Téhéran et bloquent l'accès aux informations[21]. Dans la nuit du 14 au , les Basijs, groupe paramilitaire affilié au pouvoir, attaquent l'Université de Téhéran, faisant de nombreux blessés[22], et le complexe résidentiel Sobhan, parce que le cri « Allah Akbar ! » y a été entendu[23].

Mir-Hossein Moussavi demande au Conseil des Gardiens l'annulation de l'élection[9]. Ahmadinejad qualifie son élection de « complètement libre » et de « grande victoire pour l'Iran », et les manifestations des opposants comme « peu importantes »[24]. Les autorités iraniennes déclarent que le pouvoir ne cédera pas aux manifestants, qui seraient contrôlés et financés, d'après elles, par les Occidentaux, la CIA et Israël[15].

Manifestants contre le résultat de l'élection présidentielle iranienne le 16 juin 2009 à Téhéran
Manifestants contre le résultat de l'élection présidentielle iranienne, le 16 juin 2009, à Téhéran.

Le , Moussavi fait sa première apparition post-électorale[25] en tête du cortège qui rassemble, entre la place Azadi et la place Enqelab, des centaines de milliers de mécontents[26]. On déplore au moins sept morts[26].

Le , les manifestations continuent, et le Conseil des gardiens annonce qu'un recompte partiel aura lieu[27]. Mohammad Reza Shadjarian répond aux propos méprisants d'Ahmanidejad sur les manifestants en demandant que ses chansons ne soient plus diffusées à la radio-télévision publique, parce qu'il se déclare la voix du peuple iranien[28].

Mercredi , une autre grande manifestation a lieu. Certains membres de l'équipe nationale de football portent des bracelets verts en faveur de Moussavi lors de leur match contre la Corée du Sud[29]. Le vert (sabz en persan) est la couleur du principal parti d'opposition à Ahmadinejad, celui de Moussavi. Cette couleur est ensuite adoptée par les manifestants qui contestent le résultat de l'élection, quelle que soit leur appartenance politique, et devient le symbole de la contestation[30].

Jeudi , plus de 100 000 manifestants organisent une veillée aux chandelles à Téhéran après l'appel de M. Moussavi pour un jour de deuil en mémoire des personnes tuées dans les manifestations[31]. Le Conseil des gardiens invite les trois principaux challengers pour discuter de leurs griefs[32].

Vendredi , l'ayatollah Ali Khamenei parle lors du service religieux, en disant que l'élection est légitime et que les manifestations ne seront plus tolérées[33]. Le lendemain, moins de manifestants descendent dans les rues. Mais, en validant le résultat sans attendre le verdict du Conseil des Gardiens, le Guide contribue à transformer le mouvement de contestation post-électoral en un mouvement plus large de contestation du régime[34].

Le , une jeune femme iranienne, Neda Agha-Soltan, est abattue par les Basijs et meurt devant les caméras. La vidéo amateur de l'assassinat se propage rapidement à travers l'internet[35].

Le , le ministre iranien des Affaires étrangères dénonce des ingérences dans les élections et accuse en particulier la Grande-Bretagne[36]. La télévision d'État reconnaît la mort de dix manifestants[36]. Le Conseil des Gardiens proclame le candidat Ahmadinejad vainqueur de l'élection et rejette les allégations de fraude[37].

Le , la police anti-émeute disperse le principal rassemblement à Téhéran avec des gaz lacrymogènes[38].

Le , seules quelques centaines de personnes manifestent, face à une forte présence policière[9]. Le 25, l'ayatollah Montazeri apporte son soutien aux manifestants[9]. Le 25, Moussavi déclare que les intimidations ne « l'empêcheront pas d'obtenir des droits pour les Iraniens »[9].

Au cours de la prière du vendredi retransmise en direct à la télévision le , l'ayatollah Ahmad Khatami (en) déclare que les « émeutiers » doivent être condamnés à mort[9]. Il prétend que la mort de Neda Agha-Soltan est une affaire « montée de toutes pièces »[9]. Joan Baez chante « We shall overcome » en persan[39].

L'opposition doit faire preuve d'inventivité pour contourner la répression. Sous prétexte de commémorer la mort de l'ayatollah Beheshti, un rassemblement est organisé à la mosquée Qoba le . Des affrontements ont lieu entre policiers et manifestants[40],[41].

Lundi , le Conseil des gardiens certifie les résultats de l'élection. Cela déclenche une vague de manifestations, au mépris de l'interdiction de manifester. Le chef des services secrets iraniens allègue que l'Occident et les « forces sionistes » sont coupables d'incitation à la sédition[42]. Quatre fonctionnaires britanniques sont détenus en vertu de ces accusations[43].

En juillet la contestation entre dans une nouvelle phase : elle prend la forme de boycott de produits, de manifestations éclair, d'inscription de slogans sur des billets de banque[44].

Après qu'une une foule de centaines de milliers de personnes est venue écouter, le à Téhéran, le prêche de l'ancien président Ali Akbar Hachémi Rafsandjani déplorant que « les autorités aient perdu la confiance du peuple après la présidentielle »[45], des rassemblements sont organisés les 24 et dans une centaine de villes à travers le monde pour dénoncer les violations des droits de l'homme en Iran et soutenir l'opposition en lutte contre le régime de Téhéran[46].

Le commence le procès d'une centaine d'opposants arrêtés pendant les manifestations, notamment Mohammad-Ali Abtahi et Mohammad Atrianfar, qui doivent exprimer des confessions forcées, retransmises à la télévision, dans lesquelles ils reconnaissent la validité du scrutin et la manipulation par des puissances étrangères[47],[48],[49]. Amnesty international constate une augmentation des condamnations à mort, depuis le , dans un pays où le recours à la peine de mort est déjà massif[50].

D'anciens parlementaires réformateurs adressent en août une lettre à l'Assemblée des experts  largement dominée par les conservateurs soutenant Khamenei  pour demander une enquête destinée à déterminer si ce dernier n'a pas outrepassé ses pouvoirs lors des troubles post-électoraux dans le pays. Selon eux, l'article 11 de la Constitution qui stipule que « le Guide suprême est au même niveau que le reste du peuple devant la loi » permet de conclure que celui-ci doit être remplacé s'il « devient incapable de remplir ses obligations constitutionnelles »[51].

Moussavi tente de donner un nouveau souffle au mouvement en créant au mois d'août le Chemin vert de l'espoir, un front destiné à rallier les classes de la société restées à l'écart de la contestation[52]. En effet, s'il a rallié la classe moyenne urbaine, les classes populaires et rurales ont été sensibles à la démagogie économique d'Ahmadinejad[53],[54]. La campagne de Moussavi manque d'un programme économique consistant pour élargir sa base électorale[55].

La mobilisation se poursuit jusqu'aux premiers mois de 2010. L'opposition saisit chaque occasion de se rassembler. Ainsi, des manifestations ont lieu lors de la journée de solidarité avec la Palestine, le [56], lors de la célébration de l'anniversaire de la prise d'otages à l'ambassade américaine le , et lors de la journée des étudiants (en) le [57],[58].

Des mobilisations massives ont encore lieu en , d'abord pour les funérailles de l'ayatollah Montazeri, puis lors de la commémoration chiite de l'Achoura[59]. Lors de cette dernière, le , les forces de sécurité tirent dans la foule et tuent plusieurs personnes, dont un neveu de Moussavi[60]. Des manifestations de solidarité avec les printemps arabes début 2011 prouvent que le mouvement a pris une ampleur qui dépasse la contestation du résultat d'une élection[54]. Mais l'organisation de rassemblements lors de commémorations les rend prévisibles. La manifestation prévue en pour le 31e anniversaire de la révolution islamique est anticipée par le régime, qui la fait échouer[59]. Les deux leaders du mouvement, Karoubi et Moussavi, sont placés en résidence surveillée[1],[59].

Le Mouvement vert finit alors par s'essouffler sous les coups de la répression. Mais il en demeure un « esprit » qui s'exprime par l'apparition, ici ou là, de symboles comme des bracelets verts[1], mais surtout dans les soulèvements qui deviennent chroniques au cours de la décennie suivante[59].

Évolution des revendications

Au départ, les manifestations du sont un mouvement de protestation contre le résultat d'une élection jugée truquée. Mais l'ampleur que prend le mouvement révèle, autant qu'il accentue, une crise de légitimité du régime et une fracture irréconciliable entre la société civile et la république islamique[61]. La violence de la répression souligne le caractère autoritaire du régime. Le sermon du Guide suprême, le , qui reconnaît l'élection de son candidat sans attendre la validation par le Conseil des gardiens, est un tournant[34]. Le chef de file du mouvement, Moussavi, conteste d'abord le verdict des urnes ; par la suite, il s'oppose au Guide suprême[54]. Si les slogans visent au début le nouveau président, leur cible devient ensuite Ali Khamenei. Les demandes ne concernent plus seulement l'annulation de l'élection, mais exigent davantage de libertés et de démocratie[54]. En , Moussavi publie cinq propositions, qui demandent davantage de libertés, et la responsabilité du gouvernement, comme du Guide suprême, devant la nation[62]. La demande de davantage de justice et d'égalité concerne notamment l'égalité des femmes. La présence de celles-ci dans le mouvement, constitue une nouveauté[63]. Elles suivent l'exemple donné par l'épouse de Moussavi, Zahra Rahnavard, qui est à l'origine du choix de la couleur verte pour le parti de son mari[64].

Mais le caractère révolutionnaire du mouvement est contesté. Les manifestants sont favorables à une réforme, une démocratisation, plus qu'à une chute du régime. Ce que les manifestants demandent, c'est davantage de démocratie et de prise en compte du pluralisme de la société iranienne[1]. C'est pourquoi Hamid Dabashi définit le mouvement vert non comme une révolution, mais comme un mouvement pour les droits civiques, comparable à celui qui a animé la société américaine dans les années 1960[65]. Cette analyse est confirmé par le caractère résolument pacifique du mouvement[1], qui cherche à faire l'économie de la violence d'une nouvelle révolution[66].

Mohsen Kadivar, en , pense que le peuple iranien ne souhaite pas un renversement du régime, mais qu'il ne veut plus « d'une dictature au nom de la religion ». La majorité selon lui serait favorable à une république islamique, mais sans la fonction du Guide suprême[67].

Moussavi lui-même ne demande pas une chute du régime, son programme s'inscrit dans le cadre de la Constitution de la république islamique, dont il est l'un des fondateurs : de 1980 à 1988, il est premier ministre. Sur la question du nucléaire, il est sur la même ligne que Mahmoud Ahmadinejad, dont il ne conteste que la méthode[54]. Mais le fait que les mécontents se rassemblent derrière Moussavi ne prouve pas qu'ils se rallient à ce dernier. Moussavi ne représente pas tout le mouvement, qui le dépasse[34],[68].

Réaction du gouvernement iranien

La police et la milice paramilitaire Basij répriment violemment les manifestations[69].

Manifestants de nuit le 15 juin 2009.

Arrestations

Le weekend des 13 et , lors d’une série de raids de police à travers Téhéran, le gouvernement arrête plus de 170 personnes, selon la police[70]. Parmi eux se trouvent d'éminents politiciens réformistes, dont le fondateur de l'Organisation des moudjahidines de la Révolution Islamique, le chef de file du Front de participation à l'Iran islamique, et l'ancien président Mohammad Khatami, frère de Mohammad-Reza Khatami, qui ont ensuite été libérés[71],[72],[73]. Ont aussi été arrêtés Mostafa Tajzadeh et Mohsen Aminzadeh, dont l'IRNA a évoqué l'implication dans l'orchestration des protestations le [72]. Des sources non identifiées ont déclaré que la police a fait irruption au siège du Front de participation à l'Iran islamique et arrêté un certain nombre de personnes[10],[74]. Le journaliste iranien Mashallah Shamsolvaezin a affirmé que le candidat aux élections présidentielles Mir-Hossein Mousavi a été mis en résidence surveillée, ce que les autorités en place nient[75]. On estime qu'environ 200 personnes ont été arrêtées après des affrontements avec des étudiants de l'Université de Téhéran, même si beaucoup ont été relâchées plus tard[76].

L'ancien vice-président Mohammad-Ali Abtahi a été parmi les personnes arrêtées le 16 juin, selon Reuters[77].

Le chef de police par intérim Ahmad-Reza Radan a déclaré via le service de presse d'État le que « dans l'interrogatoire des rebelles liés, nous avons l'intention de trouver le lien entre les conspirateurs et les médias étrangers »[78]. Un porte-parole judiciaire a dit qu'ils « n'avaient pas été arrêtés mais qu'ils ont été convoqués, avertis de ne pas augmenter la tension, et plus tard libérés »[79]. Le ministre Gholam Hossein Mohseni-Ejehei a lié ces arrestations au terrorisme soutenu de l'extérieur d'Iran, affirmant que « plus de 20 envois d'explosifs ont été découverts »[80]. D'autres, dit-il, étaient des « contre-révolutionnaires [qui avaient] pénétré le siège électoral des candidats aux élections »[80].

Les proches de plusieurs manifestants arrêtés ont confirmé que l'interrogatoire des prisonniers est désormais dirigé par Saïd Mortazavi, une figure connue en Iran comme « le boucher de la presse ». Il a acquis une notoriété pour son rôle dans la mort d'un photographe irano-canadien qui a été torturé, battu et violé durant sa détention en 2003[81].

Mojtaba Khamenei, le deuxième fils de l'Ayatollah Khamenei, apparaît comme l'une des forces motrices de la répression gouvernementale, disent des diplomates et observateurs. Il est dit d'une forte influence sur son père et est cité comme son possible successeur. Mojtaba est allié avec le président iranien actuel Mahmoud Ahmadinejad[82],[83].

Le , Reuters a signalé que l'ancien vice-président Mohammad-Ali Abtahi et ancien conseiller présidentiel Saeed Hajjarian avaient été arrêtés[77]. Le défenseur des droits de l'homme et juriste Abdolfattah Soltani, qui avait exigé un recomptage de tous les suffrages, a également été arrêté ce mardi selon Shirin Ebadi[84]. Plus de 100 étudiants ont été arrêtés après que les forces de sécurité ont tiré des gaz lacrymogènes sur les manifestants à l'université de Chiraz[76]. Reporters sans frontières a rapporté que cinq des onze journalistes arrêtés étaient encore en détention à compter du , et que 10 autres journalistes ont été portés disparus et pourraient avoir été arrêtés[76].

Le , l'ancien ministre des Affaires étrangères et secrétaire général du Mouvement pour la liberté de l'Iran, Ebrahim Yazdi, a été arrêté[76]. À Tabriz, d'autres militants du mouvement pour la liberté et huit membres du Front de participation à l'Iran islamique ont été arrêtés[76]. Le nombre d'arrestations à travers l'Iran depuis l'élection a été évalué à 500 au [76]. Le nombre total est estimé à 4 000[1].

Aaron Rhodes, un porte-parole de la campagne internationale pour les droits de l'homme en Iran, a déclaré que « les services secrets iraniens et les forces de sécurité utilisent les manifestations publiques pour s'engager dans ce qui semble être une purge majeure des opposants »[76].

Dans la province d'Ispahan, le procureur général Mohammadreza Habibi a averti que les dissidents pourraient faire face à la peine de mort selon la loi islamique[85]. Il a également accusé les manifestants d'être des « éléments contrôlés par des étrangers perturbant la sécurité en incitant les individus à détruire et à commettre des incendies criminels » et les a exhortés à cesser leurs « activités criminelles ». Il n'était pas clair si son avertissement s'applique uniquement à Ispahan ou à l'ensemble du pays[85].

Le , Maziar Bahari, un journaliste canadien d'origine iranienne de Newsweek est arrêté[86]. Il n'a pas été entendu depuis son arrestation.

Le , The Guardian rapporte qu'à environ 1h30, le général Ali Fazli, le commandant nouvellement désigné de la Garde révolutionnaire dans la province de Téhéran, aurait été arrêté pour avoir refusé d'utiliser la force contre des manifestants[87].

Violence des milices

Plusieurs Basij ont été filmés pénétrant par effraction dans des maisons et tirant dans la foule[88],[89],[90],[91],[92]. Les personnels des hôpitaux ont ensuite protesté devant le nombre de personnes mortes ou dans un état critique à la suite de coups de feu tirés par les miliciens[93]. Le , Der Spiegel a cité Voice of America dont les rapports affirment que le gouvernement iranien avait recruté 5000 combattants du Hezbollah libanais pour affronter les manifestants[94].

Le , le Jerusalem Post cite deux manifestants iraniens qui déclarent que « des forces palestiniennes » (dont l'article affirme qu'elles sont membres du mouvement Hamas) ont travaillé avec le Basij en aidant à écraser les manifestations[95]. Un journaliste basé à Jérusalem pour WorldNetDaily a demandé aux fonctionnaires du Hamas de multiples commentaires sur cette accusation, y compris le porte-parole Fawzi Barhoum, le parlementaire Mushir-al-Masri, et le haut conseiller politique de Gaza Ahmed Yousef. Tous les fonctionnaires contactés du Hamas ont fermement démenti toute implication du Hamas dans la réponse aux manifestations post-électorales iraniennes et qualifié les accusations de « complètement fausses » et ont demandé pourquoi les forces de la Révolution iraniennes nécessiteraient l'aide du Hamas[96]. Pour Hamid Dabashi, il s'agit d'une rumeur raciste destinée à discréditer le mouvement[97].

Accusations d'ingérence étrangère

Le gouvernement iranien a accusé les États-Unis d'implication dans les manifestations et de s'ingérer dans les affaires intérieures de l'Iran, en particulier de mener par le biais de la CIA des opérations clandestines visant à déstabiliser le pays. Un article sur le site américain Foreign Policy Journal pose la question de savoir si l'implication américaine dans la fomentation des troubles lors de l'élection est réelle. Il conclut : « étant donné les antécédents d'ingérence américaine dans les affaires de l'État d'Iran et leur politique claire pour un changement de régime, il semble bien possible, voire probable, que les États-Unis aient eu un rôle important à jouer pour contribuer aux récentes turbulences dans un effort pour saper le gouvernement de la République islamique »[98].

Cependant, Ali Khamenei lui-même reconnaît en que les « désordres » ne sont pas dus à un complot[99].

Censure

Censure des médias

Selon le Telegraph, le « Le régime iranien a fait tout son possible pour étouffer le flux des nouvelles de sa capitale »[100]. Al-Jazira accuse de censure des médias directement contrôlés par le gouvernement iranien, déclarant que « certains journaux ont été avisés de changer leurs éditoriaux ou leurs titres principaux »[101]. Les bureaux de Al-Arabiya de Téhéran ont été fermés le pour une semaine par les autorités iraniennes, qui n'ont donné aucune explication sur cette décision[102]. Les bureaux de NBC de Téhéran ont été perquisitionnés, avec des caméras et autres équipements confisqués. Le directeur de la BBC World Service accuse le gouvernement iranien de brouillage de ses émissions en Iran[103]. Peter Horrocks a déclaré que les auditeurs de la BBC en Iran, au Moyen-Orient et en Europe avaient été affectés par des interruptions de service à cause d'un brouillage électronique sur des satellites utilisés pour diffuser le signal de télévision BBC persian vers l'Iran, ajoutant: « Cela semble faire partie d'un comportement récurrent de la part des autorités iraniennes afin de limiter la couverture de la suite de l'élection contestée »[104]. Un cadre de la BBC qualifie ces actions de « guerre électronique »[105].

Le , le journaliste belge Jef Lambrecht, de la chaîne de télévision publique flamande VRT, et son technicien du son, ont été arrêtés à Téhéran. Ils avaient été faire un reportage sur les émeutes, et ont été pris au milieu des violences. Lambrecht a reçu un coup de poing et Vandervorst a été arrêté par la police anti-émeute. Lorsque Lambrecht est allé vérifier où Vandervorst avait été emmené, il a été rapidement arrêté lui aussi. Les deux ont été transférés au ministère de l'Information et détenus dans le sous-sol. Ils ont été tous deux libérés au bout de deux heures avec des instructions strictes de ne faire ni photos, ni enregistrements filmés des manifestations. En même temps, deux journalistes néerlandais de Nova ont également été arrêtés et déportés[106].

Le , le ministère de la culture a émis une directive interdisant à tous les médias étrangers de quitter leurs bureaux[107]. Cette directive stipule que les points de nouvelles internationales pourraient encore parler des rassemblements dans leurs reportages en direct, mais ils n'étaient pas autorisés à quitter leurs chambres d'hôtel et leurs bureaux pour assister à des manifestations. Gérée par le gouvernement iranien, la télévision n'était pas touchée par les restrictions[108]. Le , le ministère de la Culture a intensifié les restrictions en interdisant aux médias internationaux d'émettre des rapports sur les manifestations, sauf s'ils ont reçu la permission des autorités iraniennes[109].

Le correspondant de la BBC John Simpson a été arrêté, son matériel confisqué, puis il a été relâché[110]. Les journalistes de la chaîne de télévision publique italienne Rai ont déclaré que l'un de leurs interprètes avait été battu avec des matraques par la police anti-émeute et que les policiers ont alors confisqué les bandes du cameraman[10][source insuffisante].

Filtrage du Web

Le , Internet est coupé puis rétabli avec un débit réduit, ce qui peut avoir été fait dans le but de mettre en place des filtres pour bloquer les sites comme YouTube qui pourraient être utilisés à des fins politiques[111]. Lorsque des milliers de partisans de l'opposition se sont affrontés avec la police le , Facebook a été filtré à nouveau. Certains sites Web de nouvelles ont également été bloqués par les autorités iraniennes. Les services de téléphonie mobile, y compris la messagerie texte a également été arrêtée ou est devenue très difficile à utiliser[112]. Plus précisément, tous les sites affiliés à la BBC ont été coupés[19], ainsi que ceux qui sont affiliés avec The Guardian. [citation nécessaire] Associated Press caractérise ces actions comme des « mesures inquiétantes cherchant apparemment à saper les voix libérales »[10].

L'Iran était connu pour exploiter l'un des systèmes de filtrage du Web les plus sophistiqués dans le monde, avec un blocus généralisé sur des sites Web spécifiques. Durant les manifestations, cela a été intensifié de façon spectaculaire. Certaines des technologies de surveillance ont été fournies par Nokia Siemens Networks, une joint-venture de Nokia, le fabricant finlandais de téléphones portables, et Siemens, le géant allemand de la technologie[113].

Procès et exécutions

Le cas le plus médiatisé fut celui de l'étudiante française Clotilde Reiss, emprisonnée à la prison d'Evin (nord de Téhéran), du 1er juillet au pour avoir pris des photos de manifestations avec son téléphone portable.

Moins de deux mois après l'élection présidentielle, l'ONG Amnesty International évalue à 115 le nombre d'exécutions capitales exécutées, dont 24 le jour de l'investiture de Mahmoud Ahmadinejad[114].

Par ailleurs, l'opposant Mehdi Karoubi affirme que de nombreux manifestants arrêtés ont été violés en détention[115].

Au total, plus de 150 personnes auraient été tuées par le régime[116],[117], des milliers auraient été arrêtées et torturées, dont des centaines violées en prison par les agents du régime[118],[119].

Réactions internationales

La position du président américain Obama consiste à exprimer son soutien au mouvement, tout en évitant toute ingérence dans les affaires de l'Iran. Il vient, le , dans un discours au Caire, de reconnaître l'ingérence des États-Unis dans le coup d'État contre Mossadeq en 1953. Cependant, une audition se tient au Congrès, fin juillet, pour discuter de l'opportunité d'accentuer les sanctions, voire d'intervenir militairement[120],[121].

Religion

The Economist a rapporté que les partisans de Moussavi ont enrôlé le symbolisme religieux de leur côté. Cela fait appel aux notions d'injustice et de la rédemption, au cœur du chiisme.

Les manifestants sont délibérément modestement vêtus. Les marches à Téhéran a vu des femmes en tchadors et enturbannées[122]. Le Time rapporte que certains manifestants pensent qu'ils ont un devoir religieux de protester[123].

Le mouvement de contestation révèle des fractures au sein du clergé. Des religieux prennent parti pour les manifestants. Ainsi, la société des enseignants du séminaire de Qom, et l'ayatollah Montazeri qui, après avoir critiqué le résultat des élections, publie en juillet une fatwa pour demander la destitution d'Ali Khamenei[34]. Il déclare à propos du régime qu'il n'a plus rien ni d'une république, ni d'islamique[124]. La répression lors des obsèques de l'ayatollah, en , est considérée par une faute par certains religieux, plus encore le fait de faire couler le sang lors des commémorations de l'Achoura[125].

Les manifestants ont également fait usage de slogans tels que « Dieu est le plus grand »[126]. On peut y voir une contestation du Guide suprême[127]. Selon Farhad Khosrokhavar, le mouvement de 2009 témoigne d'une sécularisation de la société iranienne, dont les revendications sont sans lien avec la religion. Au contraire, Slavoj Zizek voit dans l'adoption du vert, couleur de l'islam, comme symbole du mouvement, et les chants « Allah akbar » la preuve que les manifestants entendent rejouer la révolution de 1979, dont ils estiment qu'elle leur a été volée[128]. Hamid Dabashi souligne la complexité du mouvement, et appelle à faire preuve de prudence dans la compréhension du soulèvement : la société iranienne est complexe et plurielle, ce mouvement ne peut pas être catalogué de façon réductrice, ni d'une manière ni d'une autre. Il pense qu'il y a eu un changement profond parmi la jeunesse, qui refuse toute idéologie, qu'elle soit islamiste ou laïque[129]. La symbolique du vert ne peut être réduite à une signification religieuse[130]. L'un des slogans exprime le pluralisme des manifestants : « Nous sommes tous ensemble »[131],[132].

Une spectatrice, Neda Agha-Soltan, qui a été tuée par les autorités, a été mythifiée par l'opposition comme martyre. Le statut d'un martyr est vénéré dans l'islam chiite. Pour éviter cela, les autorités ont tenté d'annuler le service funéraire. L'idée du martyre résonne profondément dans la population chiite d'Iran. La foi chiite a été fondée sur l'idée de sacrifice pour la cause de la justice.

Internet

Internet, et plus précisément les réseaux sociaux, aident à l'organisation de nombreuses manifestations en Iran, les sites en ligne permettant de diffuser des photos et des vidéos amateurs. Twitter, Facebook, et les divers blogs deviennent des lieux pour recueillir et échanger des informations, et Twitter notamment est utilisé pour organiser des manifestations.

Attaques DoS

Les partisans de Moussavi, à travers les réseaux sociaux, échangent des scripts pour le lancement d'attaques par déni de service (attaques DoS, denial of service) contre Ahmadinejad. Les militants peuvent ainsi rendre inaccessibles ses sites Internet et ceux du gouvernement. Le site officiel du gouvernement notamment est rendu inaccessible à plusieurs reprises[133].

L'utilisation des réseaux sociaux

Twitter en particulier a été un lieu de rassemblement central pendant les manifestations, amenant parfois à surnommer le mouvement la « Révolution Twitter[134] ».

Le Département d'État des États-Unis a demandé à l'entreprise de reporter une mise à niveau du réseau qui aurait brièvement déconnecté le service. Twitter a retardé la modernisation du réseau parce que les événements en Iran ont été directement liés à l'importance croissante de Twitter comme moyen important de communication et d'information. Outre l'utilisation des sites de réseaux sociaux par des manifestants pour recueillir et échanger des informations, des individus à travers le monde ont utilisé ces sites pour obtenir des nouvelles et informations sur les événements en Iran. En raison de la censure stricte des médias étrangers par le gouvernement iranien, les sites de réseaux sociaux sont devenus la principale source d'information, vidéos, témoignages et des manifestations.

Bien que le rôle de Twitter soit considéré comme central dans les manifestations, The Economist estime que le réseau était tellement inondé de messages de soutien des Américains et des Britanniques qu'il a rendu le site presque inutile en tant que source d'information, quelque chose que le gouvernement iranien avait tenté en vain de faire. Le même journal affirme que les sources les plus complètes d'informations en anglais furent créées par les blogueurs, qui extrayaient des informations utiles de la masse. En soutenant cette thèse, le journal ne semble pas s'inquiéter de savoir si les Iraniens sont anglophones ou non.

Activisme internet

Page d'accueil de The Pirate Bay, le 20 juin 2009.

Un groupe anonyme, avec The Pirate Bay, a lancé un site de soutien (Anonyme Iran). Le site attire plus de 22 000 supporters dans le monde entier et permet l'échange d'informations entre le monde et l'Iran, malgré les tentatives de l'Iran pour le censurer. Le site fournit des ressources et du soutien aux Iraniens qui protestent.

Contre-mesures

Conscient du rôle des nouvelles technologies, le régime a cherché à contrer la propagation de la contestation sur le Web. Les Pasdarans organisent des séminaires de formation. Une centaine de supports médiatiques sont créés pour diffuser la propagande du régime[135]. Le régime bénéficie du soutien offensif de l'Iranian Cyber army, qui se livre à des attaques contre des sites Web. Mais, comme le note Michel Makinsky, cette stratégie perturbe les communications, incite les Iraniens à faire preuve d'inventivité pour déjouer la censure, sans pour autant empêcher la diffusion de l'information, ce qui demanderait de couper l'Iran du reste du réseau mondial[136].

Notes et références

Voir aussi

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