Qui tue qui ?

thèse controversée portant sur les responsabilités des massacres durant la décennie noire algérienne From Wikipedia, the free encyclopedia

« Qui tue qui ? »[1],[2],[3],[4],[5],[6] est une formule résumant la thèse selon laquelle « on ne sait pas qui tue qui », durant la guerre civile algérienne, où le pays (entre 1991 et 2002) est dans un conflit armé opposant le gouvernement algérien, soutenu par l’armée nationale populaire (ANP), et divers groupes islamistes armés[2]. Ce conflit coûta la vie à plus de 60 000 victimes ; d'autres sources avancent un bilan plus proche des 150 000 morts[7]. À cette époque, l’Algérie s’est retrouvée isolée sur le plan diplomatique et sécuritaire[8] et souffre déjà d'un embargo militaire depuis 1993[9].

Contexte

Le Front islamique du salut (FIS) remporta le premier tour des élections législatives du 26 décembre 1991 avec 188 sièges. Le second tour qui devait donner une victoire écrasante à ce parti n'eut jamais lieu. Les élections sont annulées le 11 janvier 1992 par la décision du cénacle militaire des généraux « janviéristes. » L'état d'urgence sera proclamé le et le FIS est dissous par voie judiciaire le .

À la suite de ce coup de force militaire, les islamistes s'en prennent d'abord aux symboles de l'État, six mois après l'annulation des élections, l'Algérie a basculé dans une violence aveugle ouverte. Assassinats d'intellectuels, de journalistes, de magistrats, de policiers ou de simples citoyens, ainsi que des ressortissants étrangers. Ces violences meurtrières sont attribuées au Groupe islamique armé (GIA). L'armée lance des grandes opérations « d'éradication » des maquis islamistes. Entre 1992 et 1998, la guerre fait chaque jour autant de morts[10].

Thèse de « Qui tue qui ? »

Cette formule en vogue à l'époque, reste en partie d'actualité, employée par une pensée de groupe politico-médiatique[11],[12] très actif en Europe et surtout en France[13] pour désigner l'armée algérienne comme seule responsable des massacres sur les civils. Cette pensée de groupe concerne des journalistes, écrivains, éditeurs, avocats des droits de l'homme, anciens militants du Front islamique du salut (FIS) dont le mouvement Rachad, anciens militaires de l'armée algérienne ou personnalités politiques algériennes et étrangères[14]. Les personnes adhérant à cette pensée de groupe sont désignées par la même formule, les « qui tue quistes »[15] qui œuvrent pour le dédouanement des groupes armés islamistes en accusant l'armée algérienne d'avoir pris part aux massacres contre les civils, alors que la responsabilité de ces crimes est souvent imputée à l'époque aux groupes armés islamistes, l'Armée islamique du salut (AIS), le Mouvement islamique armé (MIA) et le Groupe islamique armé (GIA), ce dernier est le plus impliqué dans les massacres que les terroristes revendiquent eux-mêmes au nom du GIA[16].

Plusieurs livres ont été publiés, des documentaires télévisés réalisés, des sites d'information et des chaines audiovisuelles[17] ont vu le jour, en s'appuyant tous sur la thèse de « qui tue qui ? », souvent la plus avancée sur la responsabilité de l'armée algérienne[18].

« Des massacres ont été commis dans des zones de forte densité avec quatre, cinq ou six casernes toutes proches, sans que l'armée n'intervienne. On a laissé faire souvent pour punir des populations qui avaient voté pour le Front islamique du salut (FIS), parfois sans doute aussi dans le but de s'assurer le soutien de la communauté internationale. »

Affaire des moines de Tibhirine au cœur de la thèse de « Qui tue qui ? »

La même thèse est souvent reprise par les médias français dans l'affaire de l'assassinat des moines de Tibhirine. Leur assassinat sera revendiqué par un communiqué du Groupe islamique armé (GIA) et leurs têtes retrouvées le au bord d’une route de montagne, non loin de Médéa. En l’absence des dépouilles des moines, de nombreuses hypothèses ont depuis circulé quant aux raisons et au scénario de leur mort. Deux thèses s’affrontent en vue d’éclairer cet événement tragique[19]. D’un côté, la thèse de la responsabilité des autorités algériennes accusées d’avoir sciemment éliminé les moines devenus des témoins gênants dans un contexte de guerre civile sanglante ou alternativement, d’avoir passé sous silence une bavure militaire ayant conduit à la mort des religieux au cours d’une opération de ratissage dans le massif blidéen. De l’autre, la thèse de la responsabilité de la nébuleuse islamiste algérienne réunie autour du GIA et de son émir Djamel Zitouni. Le juge Marc Trévidic, chargé du dossier de cette affaire est l'un des tenants de cette thèse de « qui tue qui ? »[20],[21].

Affaire Jean-Baptiste Rivoire - Didier Contant

En 2004, le journaliste Didier Contant, qui avait combattu à plusieurs reprises la thèse de la responsabilité du régime militaire algérien dans l'assassinat des moines de Tibhirine, fait une chute mortelle d'un immeuble parisien. Les autorités françaises concluent à un suicide.

Quelques jours avant le drame, Rivoire avait été informé qu'un certain « Didier Contant » avait exercé, sur le territoire algérien, en compagnie d'un journaliste d'Algérie Presse Service, des pressions psychologiques sur l'épouse de l'adjudant du DRS Abdelkader Tigha, un témoin clé de l'affaire de Tibhirine en fuite à l'étranger qu'il venait d'interviewer. Il avait alors contacté quelques confrères parisiens susceptibles de connaître Contant pour savoir s'il travaillait « en liaison avec les services algériens ».

À la suite de ces appels téléphoniques et du décès de Didier Contant, Jean-Baptiste Rivoire est accusé par le journal Marianne et par la presse algérienne d'avoir volontairement contribué à sa mort.

En 2006, Jean-François Kahn est condamné pour avoir diffamé Jean-Baptiste Rivoire[22]. Puis, il est relaxé en appel.

Visé en outre par une plainte de l'une des compagnes de Didier Contant, Rina Sherman, pour « violences volontaires » en raison de ses appels téléphoniques, Rivoire est mis en examen. En , il est condamné à une amende contraventionnelle de 750 euros pour « violence volontaire »[23]. Mais en , la Cour d'appel de Paris relaxe finalement Jean-Baptiste Rivoire, estimant notamment que comme il ne « connaissait pas Didier Contant au moment des faits », il ne pouvait y avoir eu « infraction intentionnelle de violence volontaire »[24].

Personnalités « Qui tue quistes »

Notes et références

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