Rachad
Mouvement politique algérien
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Rachad est un mouvement islamiste algérien issu du Front islamique du salut (FIS) et fondé en 2007, par cinq Algériens, à Londres.
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Mourad Dhina (en), Rachid Mesli, Abbas Aroua (d), Mohammed Samraoui, Mohamed Larbi Zitout |
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Islamiste mais se présentant comme libéral, le mouvement est accusé d’user d'un double discours pour pousser à la mise en place d'un État islamique. Durant le Hirak, Rachad est accusé de tenter d’infiltrer les marches.
Ses membres affirment notamment que l'Armée algérienne et le Département du renseignement et de la sécurité (DRS) sont impliqués, pendant la guerre civile algérienne, dans des actions violentes pour les attribuer ultèrieurement au Groupe islamique armé (GIA). Rachad est classé comme organisation terroriste par les autorités algériennes en .
Historique
Création
Rachad est un mouvement islamiste créé en 2007 à Londres par cinq Algériens en exil à l'étranger, en effet trois résident en Suisse, un en Allemagne et un dernier au Royaume-Uni[1],[2].
- Mourad Dhina (en) est un physicien nucléaire diplômé du Massachusetts Institute of Technology près de Boston, il a travaillé à l’École polytechnique fédérale de Zurich, puis au sein de l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire, il est installé à Meyrin en Suisse depuis 1994. C'est un ancien membre du Front islamique du salut (FIS) dissous en 1992. Mourad Dhina est accusé de trafic d'armes et condamné à vingt ans de prison par contumace en Algérie. En 1995, il se prononce pour la création d’un État islamique en Algérie[1],[3]. Arrêté par les autorités françaises et placé en détention le 16 janvier 2012 à la suite d'un mandat d'arrêt international, la cour d'appel de Paris, le 4 juillet de la même année, s'oppose à la demande d'extradition des autorités algériennes. Il est remis en liberté le même jour[4]. De même, il dirige l'ONG Alkarama, liée aux Frères musulmans et financée par le Qatar[5].
- Mohamed Larbi Zitout est un ancien diplomate réfugié à Londres au Royaume-Uni. Il accuse à plusieurs reprises les militaires algériens d’être coupables des massacres et des assassinats de 1990. En 1997, il se présente alors comme appartenant à l’opposition laïque, et dans le média Libération affirme que le Groupe islamique armé est « infiltré et manipulé par le pouvoir » algérien[1]. En 2022, toujours en fuite à l'étranger, il est de nouveau jugé, avec deux co-accusés à savoir Guermit Bounouira et Ghali Belkecir, et condamné à la peine de prison à perpétuité[6].
- Rachid Mesli est un avocat en droit pénal, connu pour avoir défendu Abassi Madani et Ali Belhadj, deux dirigeants du FIS. En , enlevé par les forces de sécurité algériennes, il est torturé puis poursuivi pour adhésion à un groupe terroriste. Il est acquitté en , mais à plusieurs reprises, il est de nouveau accusé et emprisonné. Au total, il passe plus de trois ans en prison. En 1999, une grâce présidentielle lui permet d'être libéré. Il décide alors de quitter l'Algérie pour la Suisse[1].
- Abbas Aroua (ar) est professeur à l’université de Lausanne en Suisse. Il est un des membres fondateurs de l’institut Hoggar, qui publie des travaux en rapport avec l'histoire et la politique algériennes, en particulier sur les violations des droits de l’homme pendant la décennie noire. Il est un des auteurs du livre An Inquiry Into the Algerian Massacres, qui avance que le gouvernement algérien est complice des massacres dans ces années 1990[1].
- Mohammed Samraoui est un ancien membre du Département du renseignement et de la sécurité (DRS), réfugié en Allemagne. En 2003, il publie un livre de témoignage, Chronique des années de sang, où il affirme que le DRS est impliqué, pendant la guerre civile algérienne, dans des actions violentes pour les attribuer ultèrieurement au GIA[1].
Idéologie
Islamiste, le mouvement se présente comme libéral mais refuse de s'exprimer aux sujets du droits des femmes ou de la séparation du religieux et du politique. Il adopte également une lecture révisionniste de la décennie noire, réhabilitant le FIS, dont il réfute les crimes, et les fait endosser exclusivement à l'armée algérienne. Sur son site web, Rachad considère que le FIS « a été grandement lésé et que cette injustice à son égard a eu des conséquences terribles pour la société et la nation ». L'idéologie du mouvement est ainsi réactionnaire et conservatrice[7],[8].
Se réclamant du modèle du Parti de la justice et du développement, Rachad nie avoir des liens avec celui-ci, avec le Qatar et avec les Frères musulmans. Le parti Rachad déclare qu'il ne valide pas les « principes et au programme du FIS » et il réfute les méthodes et dans les outils utilisé. Il propose d'instaurer en Algérie un État de droit commandé par des principes démocratiques et de bonne gouvernance et « où l’islam représente une composante essentielle de la société algérienne ». L'islam est ainsi la source du projet politique[5],[7],[8]. Rachad est ainsi accusé de pousser à la mise en place d'un État islamique[7].
Activités
Le mouvement s'oppose au régime du président Abdelaziz Bouteflika, qu'il accuse d'être la façade civile d'une dictature militaire. Mohamed Larbi Zitout, appelle à provoquer une intifada en Algérie, arguant qu'il y a « toujours un prix à payer. L'Algérie, ce n'est pas la Géorgie, on ne peut pas réussir une révolution qu'avec des fleurs »[2].
Durant le Hirak en 2019-2021, les membres du groupe, qui se présentent comme « non-violent » et appellent à un « changement radical en Algérie », sont accusés de vouloir infiltrer le mouvement pour pousser les participants du Hirak à épouser leurs idées[1]. Parmi eux, figurent des étudiants, des universitaires, des journalistes, ainsi que des anciens cadres du FIS. Le 22 février 2020, des militants de Rachad tentent de forcer les dispositifs des forces de sécurité qui empêchent l'accès à la présidence algérienne. Pour sa part, alors que Dhina se donne un air policé, Zitout use d'une rhétorique incendiaire, appelant à brûler les drapeaux de plusieurs pays occidentaux dont ceux des États-Unis et de la France, et appelle à la désobéissance civile en Algérie. De même, des cadres du mouvement discutent avec des membres de l'opposition non islamiste opposés au régime, et qu'ils considèrent comme des « alliés objectifs ». Enfin, le discours de Rachad est relayé par Al Magharibia[8].
En Suisse, pendant le Hirak, des manifestations sont organisées où la présence de Rachad interroge au sein de la communauté algérienne. Selon le politologue Hasni Abidi des membres de la diaspora algérienne refusent de manifester à Genève pour « ne pas côtoyer des figures perçues comme islamistes ». Hafid Ouardiri, ancien porte parole de la mosquée de Genève, a aussi abandonné ces manifestations genevoises, en indiquant : « j’espère que les Algériens sont immunisés contre l’instrumentalisation de l’islam pour s’emparer du pouvoir ». Pour l'universitaire Luis Martinez les islamistes profitent du Hirak pour tenter un retour sur la scène publique en Algérie[3].
Le mouvement est classé comme organisation terroriste par l'Algérie en . Les autorités accusent, en , Rachad et le Mouvement pour l'autodétermination de la Kabylie (MAK) d'avoir provoqué, notamment en Kabylie, les feux de forêts et le meurtre de Djamel Bensmail[7],[9].
Le journaliste Nicolas Beau indique que le blogueur et opposant algérien Amir DZ, proche du mouvement Rachad, reçoit ses informations d'opposants militaires et des factions rivales au sein du pouvoir[10],[11]. Amir DZ a finalement rompu avec Rachad à la suite d'une affaire de détournement de fonds qui devaient financer des avocats pour des opposants mais ces derniers n'auraient jamais reçu ces finances[12].
Selon un reportage de la télévision algérienne de 2024, le mouvement Rachad détient la chaine de télévision Al Magharibia[13].