La Fiat 131 Abarth groupe 4, championne du monde en 1977.
Créé en 1973 en remplacement du championnat international des marques, le championnat du monde des rallyes a pour cadre les plus célèbres épreuves routières internationales, telles le Rallye Monte-Carlo ou le Safari. Onze manches sont inscrites au calendrier 1978, réservées aux voitures des catégories suivantes:
Comme l'année précédente, la saison 1978 est dominée par l'affrontement entre Ford et Fiat, les deux grands constructeurs participant à la majorité des épreuves, les Ford Escort RS étant régulièrement opposées aux Fiat 131 Abarth, tenantes du titre. C'est au sein de ces deux équipes que l'on trouve la plupart des grands pilotes internationaux.
Coupe FIA des pilotes
1978 est la deuxième année d'existence de la Coupe mondiale des pilotes. Basée sur un système de points identique à celui du championnat du monde de Formule 1, elle prend en compte les résultats des onze manches sélectives pour le championnat des marques ainsi que ceux de cinq rallyes du championnat d'Europe et de trois autres épreuves internationales. Premier lauréat, Sandro Munari a obtenu la coupe 1977 sur le tapis vert, au détriment de Björn Waldegård, après réclamation de la Scuderia Lancia entraînant la disqualification de l'équipage vainqueur du 'Total Rally South Africa 1977' au profit du pilote italien[2].
Après plus de dix ans d'existence (il fut créé en 1967 sous le nom de Rallye TAP), le rallye du Portugal compte parmi les plus renommées des compétitions internationales. Son créateur et organisateur, César Torrès[3], s'efforce d’alterner pistes et routes goudronnées et de rendre le parcours très sélectif, ce qui a valu à cette épreuve de figurer au calendrier du championnat du monde dès sa création en 1973.
Le parcours
Estoril, ville départ et arrivée du Rallye du Portugal.
distance: 743,2 km dont 129 km sur 12 épreuves spéciales (4 sur asphalte et 8 sur terre)
Deuxième étape
Póvoa de Varzim - Póvoa de Varzim, le
distance: 342,9 km dont 108 km sur 6 épreuves spéciales (toutes sur terre)
Troisième étape
Póvoa de Varzim - Estoril, du 21 au
distance: 1 132,6 km dont 306,5 km sur 16 épreuves spéciales (toutes sur terre)
Quatrième étape
Estoril - Estoril, du 22 au
distance: 287,7 km dont 88 km sur 12 épreuves spéciales (toutes sur asphalte)
Les forces en présence
Fiat
Le constructeur italien a engagé trois 131 Abarth groupe 4 (1020 kg, quatre cylindres, 2000 cm3, 16 soupapes, injection Kugelfischer, 225 chevaux). Elles sont aux mains de Markku Alén, Sandro Munari et Walter Röhrl, ces deux derniers bénéficiant d'une nouvelle suspension à débattement plus long. Les trois voitures officielles sont équipées de pneus Pirelli (type P7 à structure métallique renforcée pour l'asphalte et type M+S à gomme tendre pour la terre[5]).
Ford
La Ford Escort RS1800 groupe 4, principale rivale de la Fiat 131 Abarth.
Tout comme en Suède, l'équipe de Peter Ashcroft aligne trois Escort RS1800 groupe 4, confiées à Björn Waldegård, Hannu Mikkola et Ari Vatanen. Une quatrième voiture d'usine, identique, a été engagée par la structure monégasque 'Publimmo Racing' pour Jean-Pierre Nicolas. Ces quatre voitures, équipées d'un moteur quatre cylindres seize soupapes de deux litres de cylindrée alimenté par deux carburateurs double-corps, disposent de 245 chevaux pour un poids d'environ une tonne. Les trois Escort officielles sont équipées de pneus Dunlop (type A2 à structure métallique pour l'asphalte, type M+S pour la terre), tandis que Nicolas, sous contrat avec Michelin, dispose de pneus du type TB15 pour le goudron et du type RC12 pour la terre[5]. Une quinzaine de pilotes privés courent sur Ford, notamment l'Espagnol Beny Fernández qui dispose d'une Escort RS1800 groupe 4 (230 chevaux) engagée par Reverter Competition, ainsi que le pilote local Carlos Torres, l'un des favoris du groupe 1 sur une Escort RS2000[4].
Opel
La Lancia Stratos HF groupe 4 aux couleurs de l'écurie Chardonnet.
L'Euro Händler Team a engagé trois Kadett GT/E groupe 2 pour Anders Kulläng, Achim Warmbold et le pilote portugais 'Mêquêpê'. Le premier dispose de la version deux litres (plus de 180 chevaux), ses deux coéquipier des anciennes versions 1900 cm3 (170 chevaux). Au côté des voitures officielles, équipées de pneus Pirelli, dix-neuf autres pilotes représentent la marque, tels Christian Dorche, sur Kadett GT/E groupe 1 ou le pilote local Joaquim Moutinho sur Kadett groupe 2[5].
Lancia
En l'absence de la Scuderia Lancia, la marque est uniquement représentée par l'importateur français André Chardonnet, qui a engagé une Stratos HF groupe 4 (moteur V6 en position centrale arrière, 2400 cm3, 270 chevaux) pour Bernard Darniche. Cette voiture dispose de pneus Michelin et bénéficie de l'assistance officielle de l'équipe Fiat[4].
Pentti Airikkala et Chris Slater devaient disposer des Chevette groupe 4 (1000 kg, 2300 cm3, double arbre à cames en tête, 16 soupapes, 240 chevaux) du Dealer Team Vauxhall, mais un problème d'homologation a obligé la marque britannique à déclarer forfait[4].
Citroën
Le constructeur du quai de Javel a engagé trois CX 2400: une version groupe 2 (deux carburateurs, 200 chevaux à 6800 tr/min, 1430 kg) pour Francisco Romãozinho et deux versions groupe 1 (injection, 128 chevaux, 1450 kg) pour Henri Toivonen et Jean-Paul Luc[4].
Peugeot
Timo Mäkinen et Jean-Claude Lefebvre disposent de deux coupés 104 ZS groupe 2 officiels. Ces voitures disposent d'environ 110 chevaux, pour un poids de 720 kg[4], et visent la victoire en classe moins de 1300 cm3.
Déroulement de la course
Première étape
Estoril - Figueira da Foz
Les cent-treize équipages s'élancent de l'autodrome d'Estoril le mercredi après-midi, à partir de quinze heures, en direction du nord[6]. Bernard Darniche s’impose dans les deux premières épreuves spéciales, disputées sur asphalte, et place sa Lancia Stratos en tête, juste une seconde devant la Fiat de Markku Alén. La première épreuve sur terre, longue de huit kilomètres, se déroule dans la zone montagneuse de Montejunto. Les Ford Escort de Bjorn Waldegard et Hannu Mikkola s'y montrent les plus rapides, tandis que Darniche cède du terrain et pour quatre secondes abandonne le commandement de la course à Alén. Le pilote français grignote la moitié de son retard sur les routes goudronnées de São Pedro de Moel, de sorte qu'à la neutralisation de Figueira da Foz, avant d’aborder le parcours nocturne, seulement deux secondes séparent les deux hommes de tête. Derrière, les autres favoris gardent toutes leurs chances, les huit premiers étant groupés en moins de quarante secondes. Neuvième, Jean-Luc Thérier (Toyota Celica) est en tête du groupe 2, juste devant l'Opel Kadett d'Anders Kulläng.
classement à la neutralisation de Figueira da Foz[5]
La nuit est déjà bien avancée lorsque les équipages reprennent la route. Seul le premier secteur chronométré se court sur bitume, les autres épreuves, nettement plus sélectives que celles de l'après-midi, se déroulant sur terre. Le brouillard accentue encore la difficulté et, dans ces conditions, nombreuses sont les crevaisons et les sorties de piste. Alors qu'il avait chuté à la huitième place à la suite d'une crevaison peu avant Lousã, Darniche s'est fait piéger dans la serra de Buçaco, une sortie de route lui faisant perdre environ onze minutes et toute chance de victoire. Très à l'aise malgré la visibilité réduite, Walter Röhrl a remporté quatre spéciales consécutives, revenant à deux secondes de son coéquipier Alén. Ce dernier reprend un peu de champ sur les secteurs suivants, avant de perdre plus de trente secondes dans la dernière spéciale de cette première étape à cause d'un tête-à-queue, laissant le commandement au pilote allemand, qui rallie Póvoa de Varzim au petit matin avec un avantage de vingt-deux secondes. Derrière les deux Fiat de tête, Waldegård, un moment ralenti par des problèmes d'accélérateur, a repris la troisième place à son coéquipier Mikkola, tandis que sur la troisième 131 Abarth Sandro Munari, cinquième, devance les deux autres Ford de Jean-Pierre Nicolas et Ari Vatanen. Après une nouvelle crevaison lui ayant coûté près d'un quart d'heure, Darniche a plongé à la cinquante-quatrième place et préfère renoncer. Après l'abandon de Thérier (moteur cassé), c'est désormais Kulläng qui domine le groupe 2.
La seconde étape, relativement courte, se déroule dans la soirée du jeudi, les concurrents devant parcourir deux boucles identiques comportant trois spéciales sur terre[6].
Première boucle
Les équipages repartent de Póvoa de Varzim à partir de dix-sept heures. Les Ford vont se montrer les plus à l’aise sur ce parcours, Waldegård reprenant une bonne partie de son retard sur Alén. Röhrl se maintient en tête jusqu'à ce qu'une crevaison dans la spéciale de São Lourenço le fasse rétrograder à la sixième place, avec plus de trois minutes de retard. Alén reprend donc le commandement au terme de cette première boucle, mais se voit menacé par Waldegård, revenu à quatorze secondes. Autre malchanceux, Kulläng a perdu cinq minutes à la suite d'une crevaison et c'est désormais la Toyota d'Ove Andersson qui mène le groupe 2.
classement après la première boucle Póvoa de Varzim - Póvoa de Varzim[5]
Les pilotes Ford continuent d'afficher leur supériorité, Waldegård puis Vatanen réalisant les meilleurs chronos. Toujours aux avant-postes sur la 131 Abarth qu'il découvre, Munari progresse en troisième position derrière Alén et Waldegård mais un problème de freins dans le second passage de São Lourenço va lui coûter deux places. Au terme de cette deuxième étape Waldegård ravit le commandement à Alén pour dix secondes. Très régulier, Nicolas est maintenant troisième, juste devant Mikkola et Munari. Ayant crevé à deux reprises, Vatanen et Röhrl comptent respectivement trois et quatre minutes de retard et ne semblent plus en mesure de jouer la victoire. En groupe 2, Andersson possède désormais une confortable avance de cinq minutes sur Kulläng, tandis que le pilote local Carlos Torres domine nettement le groupe 1 sur son Escort, son principal adversaire Henri Toivonen (Citroën CX) étant sorti de la route au cours de la première étape.
Le difficile secteur de Cabreira, théâtre de nombreux bouleversements au classement général.
Longue de plus de mille kilomètres, la troisième étape est de loin la plus dure, s'étalant sur plus de vingt-quatre heures (du vendredi matin au samedi midi[6]) et comportant seize spéciales sur terre. Les équipages rescapés s'élancent de Póvoa de Varzim dès neuf heures et demie, en direction du sud. Waldegård conserve l'avantage après le passage de Fafe, mais aussitôt après, dans le secteur de Cabreira, il crève et perd deux minutes et deux places au profit d'Alén, de nouveau en tête, et Mikkola. Pour Munari, c'est pis encore, le pilote italien ayant dû accomplir la fin de la spéciale (en descente) en roue libre après avoir cassé sa transmission, perdant quatre minutes. Le parcours est particulièrement meurtrier et à ce stade de la course près des deux tiers des concurrents ont dû abandonner! Juste avant la mi-course, le passage de Senhora de Graça, long de quarante-et-un kilomètres, va éclaircir les rangs de Fiat, Röhrl (embrayage hors d'usage) et Munari (goujons de roues cassés) renonçant tous deux, laissant Alén, toujours au commandement, seul aux prises avec les quatre Escort de Waldegård, Mikkola, Nicolas et Vatanen. L'équipe Ford est à son tour décimée dans la spéciale de Marão, Waldegård ne parcourant que cinq kilomètres avant d'être immobilisé, demi-arbre cassé, Vatanen abandonnant pour la même raison un peu plus loin; Mikkola ayant crevé deux fois dans ce secteur, Alén se retrouve avec une avance de près de deux minutes sur Nicolas et quatre sur Mikkola. Toujours en tête du groupe 2, Andersson accède à la quatrième place, avec un quart d'heure de retard sur la Fiat de tête. Alén manque cependant tout perdre dans la courte spéciale suivante, longue de six kilomètres: équipé pour la première fois de pneus 'terre' larges, il accroche une grosse pierre affleurante, décolle et atterrit hors de la piste. Hormis le pneu éclaté, la voiture n'est pratiquement pas endommagée, mais le temps perdu permet à Nicolas de passer en tête avec près de deux minutes d'avance sur Alén, tandis que Mikkola, troisième, est revenu à moins de vingt secondes de son compatriote.
Les courtes spéciales d'Armamar et de Lapa n'apportent pas de changement au classement et avant d'aborder les vingt-six kilomètres du difficile secteur de Viseu Nicolas conserve une avance de près de deux minutes sur Alén et Mikkola. Après une course relativement prudente lors des deux premières étapes, il est désormais résolu à défendre sa première place et attaque en conséquence. Malheureusement pour lui, il est à son tour victime d'une crevaison, qui endommage son assistance de freinage. Non seulement deux minutes sont-elles perdues dans le secteur, le faisant chuter à la seconde place, mais en outre le pilote français ne pourra pas bénéficier du remplacement programmé de la suspension avant, l'équipe d'assistance devant tout d'abord réparer les flexibles de freins. Mikkola en profite pour déborder son coéquipier dans la spéciale suivante, restant le seul de l'équipe Ford à pouvoir contester la victoire à Alén; il va aligner six meilleurs temps consécutifs et reprendre trente secondes au pilote Fiat, s'emparant du commandement après le second passage d'Arganil. Alén compte alors neuf secondes de retard sur le nouveau meneur mais parvient à en reprendre dix dans la courte spéciale suivante, reprenant la première place pour une seconde. Il en reprend dix autres dans le deuxième passage de Lousa, dernière épreuve de cette troisième étape et également dernière disputée sur terre, regagnant Estoril avec une avance portée à onze secondes. Après sa crevaison, Nicolas s'est résigné à assurer sa troisième place et compte désormais dix minutes de retard sur les deux pilotes finlandais qui vont se disputer la victoire lors de la dernière étape nocturne, disputée entièrement sur asphalte. En groupe 2, Andersson a accentué son avance sur les deux Opel de Warmbold et Kulläng et, sauf incident, ne peut plus être menacé.
Sintra, une spéciale disputée à quatre reprises. La victoire s'est jouée lors du tout dernier passage.
Les douze dernières spéciales sont relativement courtes (de cinq à dix kilomètres), c'est donc un ultime sprint que vont disputer Alén et Mikkola dans la nuit du samedi au dimanche. Chez Fiat, on a remis la 131 Abarth en configuration asphalte, avec les suspensions utilisées lors du dernier Tour de Corse. Les pilotes repartent d'Estoril aux alentours de vingt-deux-heures et d'emblée la lutte entre les deux champions finlandais est extrêmement serrée: ils accomplissent presque le même temps dans la première spéciale, que Mikkola emporte de justesse. Alén reprend ensuite quatre secondes à son rival, avant d'en concéder dix après une petite erreur lors du premier passage de Sintra; l'écart entre les deux hommes, qui surclassent les autres concurrents, est tombé à quatre secondes! Il diminue de moitié après la spéciale suivante, mais Alén réagit, récupère une seconde, puis six lors du second passage de Sintra, portant son avance à neuf secondes. L'Escort s'avère alors plus lente que la Fiat dans les épingles serrées et Mikkola choisit à ce moment de monter des pneus plus tendres. La modification est payante, et le pilote Ford revient dès lors inexorablement sur la Fiat, se montrant le plus rapide dans tous les tronçons chronométrés. À deux spéciales de l'arrivée, Mikkola est revenu à une petite seconde d'Alén; il en reprend cinq dans le dernier passage de Peninha, et repasse en tête avec un avantage de quatre secondes. Tout va se jouer dans la dernière spéciale de Sintra, un des secteurs les plus sélectifs. Alén s'élance le premier et améliore son propre record de quatre secondes; Mikkola est-il en mesure de conserver l'avantage? La question va rester en suspens, car en serrant un peu trop une corde le pilote Ford passe sur une pierre et crève un pneu; il perd alors plus de quatre minutes et toute chance de victoire. Alén rallie Estoril en vainqueur, devant Mikkola qui avit suffisamment d'avance pour conserver l'avantage sur son coéquipier Nicolas. On trouve ensuite quatre voitures du groupe 2, qu'Adersson remporte devant les deux Opel de Warmbold et Küllang et la petite Peugeot 104 de Timo Mäkinen, brillant vainqueur de la classe 1300 cm3. Sans surprise, Carlos Torres, huitième, s' impose en groupe 1.
Classements intermédiaires
Classements intermédiaires des pilotes après chaque épreuve spéciale[5]
attribution des points: 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1 respectivement aux dix premières marques de chaque épreuve, additionnés de 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1 respectivement aux huit premières de chaque groupe (seule la voiture la mieux classée de chaque constructeur marque des points). Les points de groupe ne sont attribués qu'aux concurrents ayant terminé dans les dix premiers au classement général.
seuls les huit meilleurs résultats (sur onze épreuves) sont retenus pour le décompte final des points.
attribution des points: 9, 6, 4, 3, 2, 1 respectivement aux six premiers de chaque épreuve. Sont retenus pour le décompte final les cinq meilleurs résultats des onze épreuves mondiales (catégorie A), les deux meilleurs résultats des cinq rallyes sélectifs du Championnat d'Europe (catégorie B) et le meilleur résultat parmi les trois autres rallyes sélectifs (catégorie C).
Classement de la coupe FIA des pilotes après le Rallye du Portugal