Ramil Safarov

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Naissance
Nom dans la langue maternelle
Ramil Sahib oğlu SəfərovVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Ramil Safarov
Biographie
Naissance
Nom dans la langue maternelle
Ramil Sahib oğlu SəfərovVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Allégeance
Formation
Jamshid Nakhchivanski Military Lyceum (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Période d'activité
Depuis Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Arme
Azerbaijani Land Force (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Grade militaire
Conflit
Condamné pour
Condamnation

Ramil Sahib oghlu Safarov (azéri : Ramil Sahib oğlu Səfərov) né le à Şükürbəyli en Azerbaïdjan, est un officier des forces armées azerbaïjanaises et assassin du lieutenant de l'armée arménienne Gurgen Margarian. En 2004, durant un stage de langue parrainé par l'OTAN à Budapest, Safarov s'introduit pendant la nuit dans le dortoir de Margarian et le tue à coups de hache alors qu'il dormait. Safarov se voit par la suite érigé en héros par le régime azerbaïdjanais[1],[2],[3],[4],[5],[6],[7].

Safarov est reconnu coupable, en 2006, de meurtre au premier degré par un tribunal hongrois et condamné à la réclusion à perpétuité dans ce même pays, avec un minimum de 30 ans. Après sa demande au titre de la Convention de Strasbourg, il est extradé le 31 août 2012 vers l'Azerbaïdjan pour y finir sa peine. Au lieu de cela il est accueilli en héros[8],[9],[10] et gracié par le président azerbaïdjanais Ilham Aliev malgré les assurances contraires faites à la Hongrie[11]. Il se voit promu au grade de major, reçoit un appartement et plus de huit ans d'arriérés de salaire[12]. Selon les autorités azerbaïdjanaises, Safarov est gracié conformément à l'article 12 de la convention[13],[14].

À la suite de cela l'Arménie rompt immédiatement ses relations diplomatiques avec la Hongrie et l'Azerbaïdjan et des manifestations éclatent à Erevan[15]. La grâce puis le comportement du gouvernement azerbaïdjanais sont largement condamnés par les organisations internationales telles que le Conseil de l'Europe, l'OTAN et l'ONU, ainsi que par les gouvernements de nombreux pays dont les États-Unis, la Russie et la France. La société civile en Hongrie et en Arménie critique également la décision d'extradition accordée par le gouvernement hongrois.

Safarov naît le dans le village de Şükürbəyli[16], district de Jabrayil, dans ce qui est à l'époque la République socialiste soviétique d'Azerbaïdjan au sein de l'Union des républiques socialistes soviétiques. À la fin de la première guerre du Haut-Karabagh le district de Jabrayil est occupé par les forces arméniennes[17]. Il reste sous le contrôle de la République d'Artsakh (Haut-Karabagh) du 26 août 1993 jusqu'au , date où il est repris par les forces azerbaidjanaises au cours de la seconde guerre du Haut-Karabagh. La famille de Safarov se réfugie à Bakou dès 1991. Lors d'une audience au tribunal, Safarov prétend raconter ses souvenirs des années de guerre, au cours desquelles il a perdu des membres de sa famille[5]. Ceci contredit une autre version qu'il donne au tribunal, où il déclare qu'il étudie à Bakou et en Turquie de 1992 à 1996[5]. Il poursuit ses études au lycée militaire de Maltepe à Izmir, en Turquie, puis à l'Académie militaire turque, obtenant son diplôme en 2000. Il retourne ensuite en Azerbaïdjan[18].

Meurtre de Gurgen Margarian

Déroulement

Image externe
L'arme du meurtre

En , Ramil Safarov, âgé de 26 ans, se rend, en compagnie d'un autre officier azerbaïdjanais, à Budapest, en Hongrie, pour participer à un stage d'anglais d'une durée de trois mois, organisé par le programme Partenariat pour la paix de l'OTAN à l'intention du personnel militaire de différents pays. Deux officiers arméniens, Gurgen Margarian, âgé de 25 ans, et Hayk Makouchian, participent également à ce programme.

Le soir du 18 février, Safarov achète une hache et une pierre à aiguiser dans un magasin Tesco, près du stade Ferenc Puskás[1],[2]. Il les ramène dans son sac jusqu'à son dortoir situé à l'Université militaire Zrínyi Miklós, où logent tous les participants au stage[1]. Le colocataire de Safarov étant retourné en Ukraine pour assister à des funérailles, personne n'interrompt Safarov alors qu'il aiguise la hache dans sa chambre[1]. Vers 5 heures du matin, le , Safarov prend la hache et se rend dans la chambre de Margarian, qu'il partage avec un colocataire hongrois, Balázs Kuti. La porte de leur chambre n'ést pas verrouillée[1]. Safarov attaque Margarian pendant son sommeil et lui assène 16 coups de hache qui le laissent quasiment décapité[5]. Le bruit réveille Kuti, qui se retrouve en état de choc à la vue de la scène. Kuti précise dans son témoignage : « À ce moment-là, j'ai compris que quelque chose de terrible s'était produit car il y avait du sang partout. J'ai commencé à crier sur l'Azerbaïdjanais pour lui demander d'arrêter. Il a dit qu'il n'avait aucun problème avec moi et qu'il ne me toucherait pas, a donné des coups à Gurgen plusieurs fois et est parti. L'expression de son visage était comme s'il était content d'avoir terminé quelque chose d'important. Très choqué, j'ai couru hors de la pièce pour trouver de l'aide, et Ramil est parti dans une autre direction »[19].

Ensuite, Safarov se dirige vers la chambre de Makouchian, l'autre stagiaire arménien, avec l'intention de l'attaquer également, mais trouve sa porte verrouillée[2],[20]. Il crie alors le nom de Makouchian d'une voix menaçante. Ce dernier à moitié endormi veut ouvrir la porte, mais son colocataire lituanien l'arrête et appele son compatriote d'à côté pour vérifier ce qui se passe[21]. Pendant ce temps, Safarov va chercher Makouchian dans la chambre de colocataires serbe et ukrainien, leur montrant la hache tachée de sang et déclarant qu'il n'a soif du sang de personne d'autre qu'arménien[22].

Safarov tente alors de briser la porte avec sa hache, mais, à ce moment-là, les occupants des chambres voisines sont réveillés, sortent dans le couloir et essayent de le persuader d'arrêter[1]. Plus tard, les témoins oculaires avouent qu'ils ont eu peur d'approcher Safarov tenant sa hache tachée de sang[22]. Peu de temps après, la police hongroise, alertée par Balázs Kuti, arrive sur les lieux et arrête Safarov[1]. Un tribunal hongrois conclut plus tard qu'il s'agit d'une tentative d'assassinat contre Makouchian et le reconnait comme une victime[23]. Lors de l'annonce du verdict, le juge souligne particulièrement que si Safarov n'avait pas été retenu par les autres officiers, il aurait également tué le deuxième officier arménien[24].

Interrogatoire et procès

Pendant son premier interrogatoire par la police, Safarov admet avoir tué Margarian et son intention de tuer Makouchian. Interrogé sur ses motivations il déclare :

« Je regrette de ne pas avoir tué d'Arménien avant cela. L'armée m'a envoyé à cette formation et là, j'ai appris que deux Arméniens suivaient le même cours que nous. Je dois dire que la haine contre les Arméniens a grandi en moi. Au début, nous nous saluions, ou plutôt ils me disaient « salut » mais je ne répondais pas. La raison pour laquelle j'ai commis le meurtre était qu'ils passaient par là et souriaient devant nous. À ce moment-là, j'ai décidé de les tuer, c'est-à-dire de leur couper la tête…[1],[2],[3],[4]. Je suis soldat depuis 14 ans maintenant, mais je ne peux pas répondre à la question de savoir si je tuerais si j'étais une personne civile. Je n'ai pas réfléchi à la question de savoir si je tuerais des Arméniens si j'étais civil [sic]. Mon travail consiste à les tuer tous, parce que tant qu'ils vivront, nous souffrirons[1],[25]. Si ce n'est pas ici et maintenant, je ferais la même chose à n'importe quel moment et dans n'importe quel autre endroit. S'il y avait plus d'Arméniens ici, je voudrais tous les tuer. C'est dommage que ce soit la première occasion et que je n'aie pas réussi à mieux me préparer à cette action… Ma vocation est de tuer tous les Arméniens »

[26],[27].

Selon Balázs Kuti, au début des cours de langue, lorsque les étudiants ont font connaissance, il y eut une conversation sur différentes questions internationales, mais personne n'en reparle par la suite. Kuti déclare de plus qu'il n'avait remarqué aucune tension dans les relations entre Margarian et les officiers azerbaïdjanais[19]. Le colocataire de Makouchian, l'officier Saulius Paulius, déclare également qu'il n'avait rien observé d'étrange dans les relations entre les officiers arméniens et azerbaïdjanais[2]. La police interroge ensuite tous les étudiants et tous témoignent qu'il n'y avait pas de conflit entre les officiers arméniens et azerbaïdjanais et qu'ils n'avaient même pas interagi les uns avec les autres. Plus tard, dans une interview au journal arménien Iravunk, Makouchian confirme que ni Margarian ni lui n'avaient eu de contact avec l'un des officiers azerbaïdjanais. « Ils n'étaient pas du genre communicatif. Habituellement, après les cours, ils allaient directement dans leurs chambres », a déclaré Makouchian. A la question de savoir pourquoi il a choisi d'attaquer Margarian en premier, Safarov a répondu que c'était parce qu'il était grand, musclé et sportif[2].

Lors du procès, en 2006, la défense de Safarov affirme que le meurtre a été commis parce que Margarian avait insulté le drapeau azerbaïdjanais[5]. Cette explication subit ensuite plusieurs variations dans la presse en Azerbaïdjan et parmi ses défenseurs. Il est affirmé que Margarian ou Makouchian ont uriné sur le drapeau azerbaïdjanais, l'ont utilisé pour nettoyer et essuyer leurs chaussures, et ont diffusé un enregistrement audio de « voix de femmes et de filles azerbaïdjanaises souffrantes »[28]. Safarov ne mentionne rien de tout cela lors de son interrogatoire et de son procès et indique clairement qu'il a tué Margarian simplement parce qu'il était arménien[4]. Au cours du procès, aucun témoin n'est jamais appelé pour corroborer ces allégations devant le tribunal et les avocats de l'accusation conteste fermement leur véracité[5],[4]. Malgré le manque de preuves, les médias azerbaïdjanais, y compris les médias publics, diffusent la version du drapeau souillé pour faire de Safarov un héros national[4].

La défense allègue également que Safarov était mentalement malade lorsqu'il a commis le meurtre. Cependant, l'examen médico-légal, validé par le juge, affirme que « Safarov était sain d'esprit et conscient des conséquences de son acte »[29].

Le , le tribunal hongrois condamne Safarov à la réclusion à perpétuité sans droit d'appel pendant 30 ans[5]. Le juge, András Vaskuti, retient la nature préméditée et la brutalité du crime, ainsi que le fait que Safarov ne montre aucun remords pour ses actes. En prononçant la sentence, le juge souligne notamment que « le meurtre d'un homme endormi en temps de paix est toujours un crime et ne peut être un acte d'héroïsme »[5]. Le , une cour d'appel hongroise confirme la décision à la suite de l'appel interjeté par l'avocat de Safarov[30].

Réactions à la condamnation

Un avocat représentant la famille de la victime salue la condamnation comme une « bonne décision pour la justice hongroise et pour la société arménienne »[31].

En Azerbaïdjan, de nombreux responsables saluent publiquement les actions de Safarov, tandis que certaines voix les condamnent. Elmira Süleymanova, la défenseur des droits en Azerbaïdjan, déclare que la peine de Safarov est beaucoup trop sévère et que « Safarov doit devenir un exemple de patriotisme pour la jeunesse azerbaïdjanaise »[5],[7]. Le Parti national-démocrate d'Azerbaïdjan décerne à Safarov le titre d'« homme de l'année 2005 » pour avoir tué un Arménien[6]. En revanche, Fuad Agayev, un éminent avocat azéri, déclare que les Azéris « doivent arrêter de toute urgence cette campagne actuelle pour élever Safarov au rang de héros national. Ce n'est pas un héros »[5].

La commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants des États-Unis condamne la réaction de l'Azerbaïdjan. Un rapport publié par la commission contient une déclaration de Bryan Ardouny, directeur exécutif de l'Assemblée arménienne d'Amérique, qui déclare que « le gouvernement azerbaïdjanais a également systématiquement omis de condamner Safarov, un officier militaire azéri qui, en 2003 [sic] a brutalement assassiné un participant arménien à un exercice d'entraînement militaire du Partenariat pour la paix de l'OTAN à Budapest, en Hongrie. Au lieu de cela, il a encouragé les médias nationaux et diverses organisations à traiter le meurtrier comme une célébrité. Cet individu s'est depuis vu décerner le titre d'« homme de l'année » par le Parti national-démocrate azerbaïdjanais »[6].

Emprisonnement

Safarov reste emprisonné en Hongrie pendant huit ans, de 2004 à 2012. Pendant qu'il purge sa peine, il traduit plusieurs romans d'auteurs hongrois en azéri, dont The Door de Magda Szabó (hongrois : Az ajtó)[32] et Les Garçons de la rue Paul (hongrois : A Pál utcai fiúk), un roman jeunesse de l'écrivain hongrois Ferenc Molnár[33].

Extradition et grâce

Notes et références

Voir aussi

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