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Cour pénale internationale

tribunal pénal international permanent From Wikipedia, the free encyclopedia

La Cour pénale internationale (CPI ; en anglais International Criminal Court ou ICC) est une juridiction pénale internationale créée en 1998, permanente et à vocation universelle, complémentaire de la Cour internationale de justice créée en 1945. Elle est chargée de juger « a) le crime de génocide, b) les crimes contre l'humanité, c) les crimes de guerre, d) le crime d'agression[a] ». La Cour inscrit son action dans une dimension préventive et dissuasive : son objectif est de responsabiliser les individus, qu'il s'agisse d'autorités civiles ou militaires[b].

Création : adoption du Statut de Rome
 : entrée en vigueur du Statut
TypeJuridiction internationale
Faits en bref Situation, Création ...
Cour pénale internationale
(en) International Criminal Court
Logo de l'organisation
Carte de l'organisation
  • États parties au Statut de Rome.
  • États ayant signé le Statut de Rome mais ne l'ayant pas ratifié.
  • Anciens États parties retirés du Statut de Rome.
  • États ayant retiré leur signature.
  • États n'ayant ni signé, ni ratifié le Statut de Rome.
Situation
Création  : adoption du Statut de Rome
 : entrée en vigueur du Statut
Type Juridiction internationale
Siège Drapeau des Pays-Bas La Haye (Hollande-Méridionale, Pays-Bas)
Coordonnées 52° 06′ 20″ N, 4° 19′ 04″ E
Langue de travail : anglais, français
officielles : anglais, français, russe, espagnol, chinois, arabe
Budget 148 000 000 €
Organisation
Membres 125 États parties
Effectifs 900
Président Drapeau du Japon Tomoko Akane
Procureur Poste vacant

Site web www.icc-cpi.int

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Le Statut de Rome de 1998 est le traité international qui fonde la Cour pénale internationale. Il a été adopté lors d'une conférence diplomatique réunissant les représentants des États adhérant aux Nations unies, dite Conférence de Rome, du au à Rome, en Italie. Il est entré en vigueur le après sa ratification par 60 États[c] et la première audience de la Cour a eu lieu en janvier 2009.

Cependant un grand nombre d'États parmi les plus puissants — dont États-Unis, Russie, Chine, Inde, Indonésie, Pakistan, Égypte — ne reconnaissent pas sa compétence — dont trois des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (Russie, États-Unis, Chine). Certains même combattent cette institution internationale, allant, comme les États-Unis, jusqu'à annoncer leur intention de la démanteler « brique par brique ».

D'autres aspects limitent la compétence de la CPI, notamment qu'elle ne saurait connaître rétroactivement les crimes antérieurs à 2002, date de sa création.

Le siège officiel de la Cour est situé à La Haye, aux Pays-Bas. Depuis le , 125 États sur les 193 États membres de l'ONU ont ratifié le Statut de Rome et acceptent la compétence de la CPI (dont tous les États de l'Union européenne). Vingt-neuf États, dont la Russie et les États-Unis, ont signé le Statut de Rome, mais ne l’ont pas ratifié. Enfin, certains, dont la Chine et l’Inde, n’ont pas signé le Statut.

La CPI peut en principe exercer sa compétence si la personne accusée est un ressortissant d'un État membre, ou si le crime supposé est commis sur le territoire d'un État membre, ou encore si l'affaire lui est transmise par le Conseil de sécurité des Nations unies. La Cour ne peut exercer sa compétence que lorsque les juridictions nationales n'ont pas la volonté ou la capacité pour juger des crimes internationaux (principe de complémentarité). En d'autres termes, la Cour n'intervient que lorsque les systèmes internes sont défaillants.

À la fin de l'année 2022, la Cour a ouvert une enquête dans dix-sept situations : Ouganda (2004), République démocratique du Congo (2004), Soudan (2005), Centrafrique I (2007), Kenya (2010), Libye (2011), Côte d'Ivoire (2011), Mali (2013), Centrafrique II (2014), Géorgie (2016), Burundi (2017), Bangladesh/Birmanie (2019), Afghanistan (2020), Palestine (2021), Philippines (2021), Venezuela I (2021) et Ukraine (2022)[1]. Deux examens préliminaires sont en cours : Venezuela II (2020) et Nigeria (2020). Huit autres sont clos sans décision de poursuite[2].

Histoire

Au bout de maintes tentatives, la communauté internationale est parvenue, au XXe siècle, à un consensus concernant :

Genèse

Historiquement, les violations du droit de la guerre ont quasiment toujours été jugées par des tribunaux ad hoc créés par les vainqueurs. Jules Deschênes fait remonter les prémices de la justice pénale internationale au Moyen Âge[3]. La première manifestation concrète d'une « cour criminelle internationale » se situerait précisément au XVe siècle, lorsque vingt-huit magistrats venant des États alliés du Saint-Empire romain germanique siègent dans un même tribunal pour juger Pierre de Hagenbach, accusé de crimes commis par ses subordonnés à l'occasion du siège de Breisach (viols, meurtres et pillages)[4],[5].

En , Gustave Moynier, membre du Comité international de la Croix-Rouge, propose de créer un tribunal qui serait compétent pour certaines violations du droit international humanitaire, par exemple celles issues de la 1re Convention de Genève de 1864[6]. Cette idée, novatrice pour l'époque et liée aux répercussions traumatiques de la guerre franco-prussienne de 1870, est doublée de celle d'ordonner la réparation des dommages y afférents[7]. Toutefois, elle n'est pas concrétisée.

Première Guerre mondiale

À la fin de la Première Guerre mondiale, le traité de Versailles énonce en son article 227 la création d'un tribunal international en vue de mettre en accusation Guillaume II pour « offense suprême contre la morale internationale et l’autorité sacrée des traités », tribunal qui jugera « sur motifs inspirés des principes les plus élevés de la politique entre les nations avec le souci d'assurer le respect des obligations solennelles et des engagements internationaux ainsi que de la morale Internationale »[8]. Même si la formulation est imprécise d'un point de vue juridique, elle « porte le germe de la responsabilité internationale de l'individu »[9]. En toute hypothèse, cette disposition est restée sans application. En effet, Guillaume II s'est exilé aux Pays-Bas et ces derniers ont toujours refusé de le remettre[10].

L'article 228 prévoit quant à lui la possibilité, pour « les puissances alliées et associées », de juger devant leurs propres tribunaux militaires les individus accusés d'« actes contraires aux lois et coutumes de la guerre »[8]. En pratique, le résultat s'est avéré en dessous des attentes : environ huit-cent-cinquante poursuites ont été effectivement engagées mais elles ont eu lieu pour diverses raisons devant la Cour suprême de Leipzig. Seule une dizaine de personnes ont été jugées ; la moitié a été acquittée en raison de problèmes de preuves principalement[11],[12].

La lecture combinée desdites dispositions du traité de Versailles articulant deux niveaux de juridictions illustre le « scepticisme » de l'époque sur la question de savoir si, pour des crimes internationaux commis par un appareil étatique, une véritable réaction nationale aura lieu, d'où la nécessité de créer, au moins, un tribunal international compétent pour les plus hauts responsables[13].

Ce traité est enfin à l'origine du principe coutumier — repris dans le Statut de Rome — selon lequel, les chefs d’État ne bénéficient pas d'immunité de poursuite devant une juridiction internationale[14].

Entre-deux-guerres

Durant l'entre-deux-guerres, dans la doctrine, l'existence d'une cour internationale compétente pour juger les États est désormais ancrée, tandis que celle d'une juridiction pénale internationale destinée à juger des individus demeure moderne[15] et ce même si elle se répand rapidement. Vespasian Pella est l'une des figures du développement du droit international pénal[16]. En ce sens, il élabore en un projet de codification[17].

En , un projet de traité, sous l'égide de la Société des Nations et relatif au jugement des infractions de terrorisme, est à l'ordre du jour[18] mais cette initiative n'ira pas plus loin.

Seconde Guerre mondiale

Les crimes commis durant la Seconde Guerre mondiale par les nazis et les japonais sont les premiers crimes internationaux jugés comme tels. Le premier tribunal est celui de Nuremberg, créé par les Accords de Londres du qui définissent les notions de crimes contre la paix, crimes de guerre et de crimes contre l'humanité[19]. Le Tribunal de Tokyo est institué quant à lui le . Dans les deux cas, le système repose d'une part sur l'articulation avec les juridictions nationales, d'autre part sur la répression de crimes commis par des personnes physiques, « peu importe le rang militaire ou la fonction civile occupés »[20].

Bien qu'imparfaits dans leur composante internationale[21], les deux tribunaux constituent une innovation[22].

Guerre froide

Dès sa 1re session en , l'Assemblée générale des Nations unies « confirme les principes de droit international reconnus par le statut de la Cour de Nuremberg et par l'arrêt de cette Cour »[23]. L'année suivante, elle demande à la Commission du droit international (CDI) d'élaborer un « projet de code des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité »[24]. En parallèle, deux comités intergouvernementaux sont respectivement chargés, en [25] et [26], de rédiger le statut d’une future cour criminelle internationale[27]. Ces deux instruments correspondent à ce qui se retrouve dans les architectures juridiques internes à savoir un code définissant les infractions et un autre rassemblant les règles qui gouvernent la procédure[28]. En , un premier rapport préconise la création d'une juridiction dans la droite ligne des dispositions de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide[29]. En , un second rapport est déposé[27]. Un an plus tard, en raison de difficultés liées à la définition du crime d'agression (celui-ci étant inclus dans les travaux de la CDI), l'Assemblée générale décide de différer l'examen du projet de Code[30] puis celui du Statut de la future juridiction[31].

La guerre froide freine finalement toutes les initiatives visant à créer une juridiction pénale internationale[32],[33]. En effet, en raison du danger de guerre fréquent, les États sont à l'époque dans une logique d'affrontement des souverainetés, Cherif Bassiouni (en) voyant même dans l'absence de coordination des travaux une volonté politique délibérée de retarder le processus[34]. Certaines voix se font cependant entendre, à l'instar de Benjamin Ferencz, enquêteur au procès de Nuremberg et procureur général des États-Unis au procès Einsatzgruppen, qui soutient l'établissement d'un corpus de règles à vocation universelle et d'une cour pénale internationale[35].

En , la Convention sur le crime d'apartheid est adoptée. Elle contient une disposition analogue à celle de 1948 sur le génocide : les accusés pourront être jugés alternativement soit par les juridictions d'un État partie, soit par un « tribunal pénal international » à la condition que leur État de nationalité ait accepté la compétence d'une telle juridiction[36].

En , l'Assemblée générale adopte la résolution 3314 (XXIX) définissant l'agression. L'obstacle juridique étant supprimé, les travaux sur le projet de Code reprennent en [37]. En parallèle, différents rapports auprès de la sous-commission des droits de l'homme, dont le rapport Whitaker en 1985, recommandent la création d'une juridiction permanente pour sanctionner les génocides.[réf. souhaitée]

Fin du XXe siècle

Reprise des travaux au sein de l'ONU

La chute du Mur de Berlin et l'effondrement de l'empire soviétique permettent la levée des freins politiques. En , à l'occasion d'une initiative de Trinité-et-Tobago visant à créer un tribunal international en matière de trafics de drogue, la Commission du droit international se voit confier le projet d'élaborer les statuts d'une cour compétente pour l'ensemble des crimes internationaux[38]. Un comité ad hoc prend la suite pour aboutir au Comité préparatoire en sur la base duquel la conférence diplomatique de Rome sera convoquée en [37].

Plusieurs observateurs indiquent que la Cour permettrait de faire juger des dictateurs ou des criminels comme Idi Amin Dada, Milton Obote, Jean-Claude Duvalier, Mengistu Haile Mariam ou Alfredo Stroessner qui vivent alors en exil sans craintes de sanctions[39],[40],[41].

Création des tribunaux internationaux ad hoc et hybrides

En parallèle des travaux menés par les comités d'experts, à la suite de la commission de crimes internationaux à différents endroits du globe, l'ONU instaure dans les années 1990-2000 des tribunaux internationaux. Ces juridictions voient leur compétence limitée dans le temps (ratione temporis), dans l'espace (ratione loci) et pour certains faits précis (ratione materiae). On dénombre - sans exhaustivité :

Les deux TPI fonctionnent selon le principe de primauté[n 1] selon lequel « à tout stade de la procédure, (ils peuvent) demander officiellement aux juridictions nationales de se dessaisir en leur faveur »[42]. Les deux tribunaux ont fermé mais le Mécanisme des fonctions résiduelles reprend les procédures en cours.

La CPI doit donc permettre de ne plus créer de tribunal international ad hoc et elle ne porte pas atteinte aux tribunaux existants. Cependant, le Conseil de sécurité établit de nouveaux tribunaux entre la signature du Statut de Rome et sa ratification pour juger des crimes antérieurs à son entrée en vigueur, n'étant pas rétroactif[44].

Création de la CPI

La création des deux TPI (ceux pour l'ex-Yougoslavie et le Rwanda) a remis à l’ordre du jour le projet de création d’une juridiction pénale universelle. En 1993, la Commission du droit international soumet à l’Assemblée générale un projet de statut d’une Cour pénale internationale sur lequel elle avait commencé à travailler en 1948, projet sur la base duquel se sont ensuite nouées des négociations intergouvernementales[45].

Les organisations non-gouvernementales ont aussi joué un rôle important dans l'avènement de la CPI puis dans le processus de ratification, en témoigne la création en 1995 de la Coalition pour la Cour pénale internationale[réf. souhaitée].

Préalablement à sa création, les juristes recommandent que la CPI soit issue d'un traité multilatéral au lieu d'une résolution du Conseil de sécurité, les TPI étant liés à des crises spécifiques. La CPI a donc moins de pouvoirs qu'un TPI car elle ne se base pas sur les résolutions obligatoires du Conseil de sécurité[46].

Bureaux CPI 2019
Bâtiment de la Cour à La Haye en 2019.

La création de la CPI s'est déroulée en deux temps :

  • Adoption du Statut de Rome le par 120 États participant à la Conférence de Rome de l'ONU sur l'établissement d'une Cour pénale internationale (7 voix contre, 21 abstentions). Ce statut définit les pouvoirs et obligations de la CPI. Bien que créée sous l’impulsion de l’ONU, la CPI est indépendante du Conseil de sécurité, ce qui renforce sa crédibilité. De la même façon, l'adhésion au statut de Rome est volontaire.
  • Une fois le Statut de Rome adopté, il fallait qu'un minimum de 60 États le ratifie pour qu'il entre en vigueur. Ce quorum a été atteint le après qu'un groupe de 10 États a ratifié en même temps le Statut.

Le marque l'entrée en vigueur du Statut de la CPI.

Le premier groupe de 18 juges a été élu par l’AEP (Assemblée des États Parties) en , et ceux-ci ont prêté serment lors de la session inaugurale de la Cour le .

Le premier procès de la CPI, celui de Thomas Lubanga, commence le . Le , il est reconnu coupable de crimes de guerre[n 2]. Il est alors le premier individu condamné par la juridiction. Depuis lors, d'autres individus sont condamnés, notamment Ahmad al-Faqi al-Mahdi tandis que certains sont acquittés, à l'instar de Jean-Pierre Bemba Gombo.

États parties au Statut de Rome

  • États parties au Statut de Rome en 2024.
  • États ayant signé le Statut de Rome mais ne l'ayant pas ratifié.
  • États retirés du Statut de Rome.
  • États ayant retiré leur signature.
  • États n'ayant ni signé ni ratifié le Statut de Rome.

Depuis le , 125 États sont parties au Statut de Rome de la Cour pénale internationale. Ce nombre inclue tous les pays d'Amérique du Sud, la quasi-totalité de l'Europe, la majeure partie de l'Océanie et environ la moitié de l'Afrique[47].

Les États parties sont légalement tenus de coopérer avec la Cour quand elle en a besoin : arrestation et transfert des personnes inculpées ou accès à des preuves et témoins[réf. souhaitée]. Les États parties ont le droit de participer et de voter à l'AEP, organe de direction de la Cour qui élit les juges et le procureur, approuve le budget de la Cour et adopte les amendements du Statut de Rome[réf. souhaitée].

États qui ne reconnaissent pas la compétence de la CPI

Plus de 70 États ne reconnaissent pas la compétence de la Cour pénale internationale, soit qu'ils n'aient pas adhéré au traité, soit qu'ils ne l'aient pas ratifié, soit qu'ils s'en sont retirés[48].

Parmi ces États, les onze pays les plus peuplés représentent à eux seuls plus de la moitié de la population mondiale[49] et donc le plus grand poids géopolitique. Leur importance géopolitique se manisfeste aussi par le fait que l'Organisation de la coopération islamique compte 57 États, sur lesquels au moins 17 ne reconnaissent pas la CPI[50]. Et que trois des cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité ne reconnaissent pas la CPI.

La volonté de la Cour d'inculper, juger et délivrer des mandats d'arrêt contre des dirigeants en exercice d'États qui ne reconnaissent pas sa compétence — notamment Vladimir Poutine (2023) et Benyamin Netanyahou (2024) — fait l'objet de vives contestations de la part des États concernés et leurs alliés. La Russie a dénoncé la décision contre son Président comme « nulle et non avenue » et les déclarations de la CPI « insignifiantes », parce qu'elle n'est pas partie au Statut de Rome et ne reconnaît pas la compétence de la Cour[51] ; elle a lancé des mandats d'arrêt contre plusieurs membres de la Cour[52]. Les États-Unis soutiennent officiellement que la CPI « n'a aucune compétence » à l'égard de leurs ressortissants et de ceux d'Israël, position qui a conduit à l'adoption de sanctions contre la Cour à partir de 2025[53],[54]. Cette contestation s'est également accompagnée de nouveaux retraits ou annonces de retrait de plusieurs États africains[55],[56] et d'Amérique latine[57].

Retrait d'États

En , le Burundi annonce à la suite d'un vote de son Parlement qu'il se retire de la Cour, devenant ainsi le premier État à prendre une telle décision depuis l'entrée en fonction de la Cour[58]. Les autorités justifient cette décision par la « politisation de l’action de la CPI » devenue, selon eux, « un instrument de pression sur les gouvernements des pays pauvres ou un moyen de les déstabiliser sous l’impulsion des grandes puissances », alors que l'opposition y voit une volonté d'échapper à d'éventuelles poursuites[59]. Quelques semaines plus tard, l'Afrique du Sud et la Gambie annoncent à leur tour leur retrait de la CPI[60]. En , la Namibie déclare qu'elle conditionne son maintien dans le système de la Cour à l'adhésion des États-Unis au traité constitutif de la CPI[61].

En , la Gambie annonce qu'elle demeure membre de la CPI à la suite de l'arrivée au pouvoir du nouveau président Adama Barrow[62]. En conséquence, la procédure de retrait est arrêtée. De son côté, la Haute Cour de Pretoria rend un jugement début par lequel elle invalide la sortie de l'Afrique du Sud de la CPI pour vice de procédure, le gouvernement ayant omis de consulter le Parlement[63]. En conséquence, le gouvernement annonce qu'il renonce – au moins provisoirement – tout en précisant qu'il réfléchira à toutes les options possibles[64],[65]. Un an après la notification de retrait au dépositaire du traité, le Secrétaire général des Nations unies, soit en , le Burundi est officiellement sorti du système du Statut de Rome ; ceci n'a aucune conséquence juridique sur l'examen préliminaire en cours[66].

Début , la CPI ouvre un examen préliminaire relatif à la « guerre contre la drogue » lancée par les Philippines[67], politique qui, selon un rapport de Human Rights Watch en , aurait fait au moins 7 000 morts[68]. En réaction, le président Rodrigo Duterte annonce le retrait des Philippines du système de Rome[69]. Celui-ci est effectif le [70].

Le le Premier ministre hongrois Viktor Orbán annonce le retrait de la Hongrie de la CPI à l'occasion de la visite du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou[d]. La sortie de la Hongrie de la CPI est approuvée par le Parlement hongrois, par 134 voix pour, 37 contre et 7 abstentions[71]. Finalement en mai 2026, après l'élection de Péter Magyar, le parlement hongrois renonce au retrait de la Hongrie de la CPI[72].

En , c'est au tour des trois Etats membres de l'Alliance du Sahel (Burkina Faso, Mali et Niger) d'annoncer leur retrait de la Cour pénale internationale par le biais d'un communiqué commun[73]. Selon eux, la Cour a été « incapable (...) de juger des crimes, des crimes contre l'humanité, des crimes de génocide et des crimes d'agression avérés »[74]. En conséquence, ils estiment que leurs juridictions nationales sont plus à même d'instruire ce genre de dossiers que la Cour de La Haye[75].

Le Venezuela, sous pression des États-Unis depuis l'attaque américaine de janvier 2026 sur Caracas, annonce en juillet 2026 se retirer de la CPI, se conformant ainsi à une demande de Washington[76]. Le , le gouvernement tchadien annonce par un communiqué son retrait du Statut de Rome de la Cour pénale internationale (retrait effectif en juillet 2027)[77],[78]. Selon le ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Sabre Fadoul, cette décision fait suite à une demande américaine de « réexamen par le Tchad de son adhésion au Statut de Rome »[78].

Compétence et critères préalables

La compétence et les critères préalables sont définis par le Statut de Rome.

Compétence ratione materiae

La compétence matérielle de la Cour porte sur quatre types de crimes[e] :

  • Génocide : « actes commis dans l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux »[f].
  • Crime contre l'humanité : « actes […] commis dans le cadre d'une attaque généralisée ou systématique lancée contre toute population civile et en connaissance de cette attaque »[g].
  • Crime de guerre : « infractions graves aux conventions de Genève de 1949 »[h] ; « autres violations graves des lois et coutumes applicables aux conflits armés internationaux »[i] ; « violations graves de l'article 3 commun aux quatre Conventions de Genève du 12 août 1949 » en cas de conflit armé non international[j] ; « autres violations graves des lois et coutumes applicables aux conflits armés ne présentant pas un caractère international »[k].

Sur ces trois premières infractions, adoptées par consensus en , il n'y a pas de spécificité majeure par rapport aux statuts des deux TPI (Ex-Yougoslavie et Rwanda)[79].

  • Crime d'agression : sa définition a été adoptée le lors de la Conférence de révision à Kampala[80]. Il s'agit de « la planification, la préparation, le lancement ou l’exécution par une personne effectivement en mesure de contrôler ou de diriger l’action politique ou militaire d’un État, d’un acte d’agression qui, par sa nature, sa gravité et son ampleur, constitue une violation manifeste de la Charte des Nations Unies »[l],[81]. La compétence de la Cour à l'égard de ce crime est activée lors de l'AEP 2017[82]. Ceci ouvre la voie à des poursuites pour crime d'agression en théorie à partir du . « La résolution prend toutefois le soin d'exclure cette compétence à l'égard des nationaux et du territoire des États qui n'ont pas ratifié les amendements, à tout le moins en cas de renvoi par un État, ou de saisine proprio motu, le Conseil de sécurité restant libre de s'affranchir de ces limites »[83].

Le terrorisme, en tant que crime autonome, n'a pas été retenu dans la compétence de la Cour. Cependant, la juridiction est compétente pour certains actes sous-jacents de crimes de guerre et crimes contre l'humanité qui pourraient s'analyser en acte de terrorisme[84].

Compétence ratione personae

Seuls des individus peuvent être poursuivis devant la Cour pénale internationale[m]. La compétence à l'égard des personnes morales de droit privé (sociétés par exemple) a été étudiée dans les travaux préparatoires et introduite lors de la Conférence de Rome, mais la proposition n'a pas été retenue en raison de divergences dans les législations nationales[85]. Le Statut de Rome retranscrit ainsi l'une des formules du Tribunal militaire international de Nuremberg selon laquelle : « Ce sont des hommes et non des entités abstraites qui commettent les crimes dont la répression s’impose […] »[86].

En outre, aucune personne ne peut voir sa responsabilité engagée devant la juridiction si elle « était âgée de moins de 18 ans au moment de la commission prétendue d’un crime »[n].

Compétence ratione temporis

Sa compétence n'est pas rétroactive[o]: les crimes doivent avoir été commis après l'entrée en vigueur de son statut (). Il n'y a pas de prescription pour les crimes commis après l'entrée en vigueur de son statut[p].

Critères préalables

La Cour n'est compétente que si l'une des trois conditions suivantes est remplie :

  • l'accusé est ressortissant d'un État partie au statut ou qui accepte la juridiction de la CPI en l'espèce,
  • le crime a été commis sur le territoire d'un État partie ou qui accepte la juridiction de la CPI en l'espèce,
  • le Conseil de sécurité a saisi le procureur en vertu du chapitre VII de la Charte des Nations unies (pas de limite alors de compétence ratione personae).

En outre, en vertu du principe de complémentarité[q], les États conserveront à titre principal la responsabilité de poursuivre et juger les crimes les plus graves. La CPI n'exercera pas sa compétence « si un tribunal national a la capacité et la volonté » d'exercer la sienne[87]. La Chambre préliminaire I, dans l'affaire Thomas Lubanga Dyilo a précisé que pour qu'une affaire soit déclarée irrecevable devant la Cour, il fallait que les poursuites visent la même personne et concernent les mêmes faits. [réf. souhaitée]

La CPI peut-être saisie par un État partie (c'est-à-dire qui a ratifié le statut de Rome) ou par le Conseil de Sécurité de l'ONU qui « défère » une « situation » concernant des crimes présumés commis et relevant de la compétence matérielle de la Cour. Le procureur peut également procéder à une saisine de sa propre initiative dite proprio motu.

Fonctionnement

Principaux instruments

Outre le Statut de Rome, la Cour dispose d'autres instruments juridiques qui prévoient les règles générales applicables à l'institution[88]. On retrouve notamment :

  • les Éléments des crimes : précisent davantage les définitions et les éléments constitutifs des crimes ainsi que les infractions sous-jacentes pour lesquels la Cour a compétence ;
  • le Règlement de procédure et de preuve ;
  • le Règlement du Bureau du Procureur ;
  • le Règlement de la Cour ;
  • le Règlement du Greffe ;
  • le Code de conduite professionnelle des conseils ;
  • le Code d'éthique judiciaire ;
  • le Règlement financier.

Organes de la Cour

La CPI est composée de quatre organes[r].

La présidence

Elle se compose d'un président et des premier et second vice-présidents[s]. La présidence est chargée de trois domaines principalement : premièrement la bonne administration de la Cour - à l'exception du bureau du procureur de manière à garantir son indépendance (par exemple, superviser le travail du Greffe), deuxièmement les relations extérieures (par exemple représenter la Cour lors de réunions avec les Nations unies ou encourager les relations avec d'autres partenaires), troisièmement les affaires juridiques et judiciaires (par exemple négocier et conclure des accords bilatéraux ou examiner certains recours)[89].

Les Chambres

Organisées en section, elles se chargent des fonctions judiciaires[t]. Les sections sont au nombre de trois :

  • La section préliminaire : chaque chambre préliminaire compte soit un juge unique, soit 3 juges[u]. Chaque « situation » est assignée à une Chambre préliminaire[v]. La Chambre préliminaire a notamment pour fonction d'autoriser ou non l'ouverture d'une « enquête » par le Procureur ; de délivrer les mandats d'arrêt et citations à comparaître ; de garantir les droits de toutes les personnes impliquées dans la procédure (exemple : protection d'un témoin, d'une victime ou d'une personne détenue) ; de décider si les charges doivent être confirmées ou non lors d'une audience dédiée à cette question (étape obligatoire avant l'ouverture du procès le cas échéant)[w].
  • La section de première instance : chaque chambre de première instance compte 3 juges[x]. La Chambre devra conduire le procès qui suivra la confirmation des charges en respectant les droits de l'accusé, des victimes et des témoins (exemple : ordonner le huis-clos) ; rendra un verdict de condamnation ou d'acquittement et se prononcera sur la peine le cas échéant ; pourra ordonner que des réparations soient accordées aux victimes[y].
  • La section d'appel : la chambre d'appel compte tous les juges de la section[z] - 5 en principe. Elle est compétente pour : juger des appels formés sur la décision relative à la culpabilité et/ou la peine, des ordonnances de réparation et de certaines questions sur la compétence et la recevabilité ; réexaminer les peines en cours d'exécution (par exemple, lorsque les deux tiers de la peine prononcée ont déjà été effectués ou 25 ans en cas de perpétuité)[aa].

Le Bureau du procureur

Il se compose du Procureur, de procureurs adjoints et des équipes (enquêteurs, juristes, etc). Il gère en autonomie son budget et son organisation. De façon générale, son rôle est[ab] :

  • d'ouvrir des « examens préliminaires » afin de déterminer s'il existe une base raisonnable pour ouvrir une « enquête » étant précisé que quiconque peut envoyer des « communications » qui peuvent servir de fondement aux examens préliminaires. Lors de cette phase, il doit :
    • s'assurer, d'une part, que les crimes ont été commis après le (date d'entrée en vigueur du Statut) et, d'autre part, qu'ils l'ont été sur le territoire d’un État partie ou par un ressortissant d’un État partie (sauf si la situation a été déférée par le Conseil de sécurité) ;
    • vérifier que les faits soumis relèvent de la compétence matérielle de la Cour visée à l'article 5 du Statut de Rome ;
    • évaluer la gravité des crimes ;
    • vérifier qu’il n’y a pas d’enquêtes ou de poursuites en cours pour les mêmes crimes à l’échelle nationale ;
    • examiner s’il y a des raisons de penser que l’ouverture d’une enquête ne servirait pas les intérêts de la justice et des victimes[96] ;
  • d'ouvrir des « enquêtes » (sur autorisation de la Chambre préliminaire) puis les coordonner et les diriger ; il doit enquêter à charge et à décharge[ac] en utilisant « tous les faits et éléments de preuve pertinents pour évaluer la responsabilité pénale des personnes impliquées »[97] ; il demande la délivrance de mandat d'arrêt et citation à comparaître ;
  • de convaincre la Chambre préliminaire que les charges doivent être confirmées ;
  • le cas échéant de démontrer la culpabilité de l'accusé « au-delà de tout doute raisonnable »[ad].
Davantage d’informations Identité, Pays ...
Identité Pays Période
Luis Moreno OcampoDrapeau de l'Argentine Argentine —
Fatou BensoudaDrapeau de la Gambie Gambie —
Karim KhanDrapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni — [n 3]
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Le Greffe

Il comprend le Greffier et éventuellement un adjoint[ae]. Sous l'autorité du Président de la juridiction, le service est chargé « des aspects non judiciaires de l’administration et du service de la Cour » avec une obligation de neutralité en toutes circonstances[98]. Concrètement, il a pour mission d'organiser la tenue de procès publics, équitables et rapides. Par exemple, il aide la Défense à remplir sa mission[af], assiste les victimes dans leur participation aux procès, ou encore fournit des services de traduction. En outre, il est amené à collaborer avec l'extérieur (établissement des contacts régulier avec les ONG ou le monde universitaire ; mise en œuvre de la logistique relative à l'exécution des peines avec les États candidats ; établissement de documentation à destination du public).

Davantage d’informations Identité, Pays ...
Identité Pays Période
Bruno CathalaDrapeau de la France France —
Silvana ArbiaDrapeau de l'Italie Italie —
Herman von HebelDrapeau des Pays-Bas Pays-Bas —
Peter LewisDrapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni —
Osvaldo Zavala Giler (en)Drapeau de l'Équateur Équateur — ...
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Élection et répartition des fonctions

À l'Assemblée des États parties

La Cour est composée de 18 juges au moins, chacun de nationalité d'un des États parties[ag]. Pour se porter candidat, il est nécessaire d'une part de posséder des compétences dans les domaines qui intéressent le travail de la Cour (droit pénal / procédure pénale ; droit international - droit international humanitaire / droits de l'homme), d'autre part de démontrer une expérience de praticien (juge, avocat, procureur, juriste)[ah]. Les juges sont élus lors de l'AEP à bulletin secret[ai]. En principe, le mandat est de neuf ans non renouvelable[aj].

Le Procureur ainsi que ses procureurs adjoints sont élus lors de l'AEP par bulletin secret à la majorité absolue pour une durée de 9 ans non renouvelable[ak].

Au sein de la Cour

  • Le président de la Cour ainsi que les premier et second vice-présidents sont élus à la majorité absolue par leurs pairs pour un mandat de trois ans renouvelable une fois[al].
  • Les juges présidents de chaque chambre (préliminaire, première instance et appel) sont élus par leurs pairs[am].
  • Les juges affectés en section préliminaire et première instance « siègent pendant trois ans ; ils continuent d'y siéger au-delà de ce terme, jusqu'au règlement de toute affaire dont ils ont eu à connaître dans ces sections » tandis que ceux affectés en appel « siègent pendant toute la durée de leur mandat »[an].
  • Le Greffier est élu par les juges à la majorité absolue pour une durée de cinq ans, renouvelable une fois. Au besoin, un greffier adjoint est élu dans les mêmes conditions[ao].

Juges actuels

À la date du  :

Davantage d’informations Identité, Nationalité ...
Identité Nationalité Mandat
Tomoko Akane[99] Drapeau du Japon Japon —
Présidente de la Cour depuis le
Rosario Salvatore Aitala (en)[100] Drapeau de l'Italie Italie —
Premier vice-président de la Cour depuis le
Reine Alapini-Gansou[101] Drapeau du Bénin Bénin —
Seconde vice-présidente de la Cour depuis le
Luz del Carmen Ibáñez Carranza[102] Drapeau du Pérou Pérou —
Solome Bossa[103] Drapeau de l'Ouganda Ouganda —
Kimberly Prost[104] Drapeau du Canada Canada —
Joanna Korner[105] Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni —
Gocha Lordkipanidze (en)[106] Drapeau de la Géorgie Géorgie —
Socorro Flores Liera[107] Drapeau du Mexique Mexique —
Sergio Gerardo Ugalde Godinez (en)[108] Drapeau du Costa Rica Costa Rica —
Miatta Maria Samba[109] Drapeau de la Sierra Leone Sierra Leone —
Althea Violet Alexis-Windsor (en)[110] Drapeau de Trinité-et-Tobago Trinité-et-Tobago —
Keebong Paek (en)[111] Drapeau de la Corée du Sud Corée du Sud —
Erdenebalsuren Damdin (en)[112] Drapeau de la Mongolie Mongolie —
Iulia Motoc[113] Drapeau de la Roumanie Roumanie —
Haykel Ben Mahfoudh (en)[114] Drapeau de la Tunisie Tunisie —
Nicolas Guillou[115] Drapeau de la France France —
Beti Hohler[116] Drapeau de la Slovénie Slovénie —
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Défense

En 2016, l'Association du barreau près la Cour pénale internationale est créée « dans un contexte de vives tensions avec des barreaux nationaux et associations professionnelles », ces derniers lui reprochant son absence d'indépendance[117].

Accusés et victimes

Droits des accusés, sanctions encourues et détention

Une cellule typique du centre de détention à Schéveningue.

La présomption d'innocence s'applique pendant toute la procédure[ap]. Le Statut de Rome prévoit en plus de ce principe cardinal, un régime complet de droits accordés aux personnes qui font l'objet de poursuites[aq]. Par exemple, « le droit d’être informé des charges qui pèsent contre elle, de disposer de temps et de services pour préparer sa défense et être jugée sans retard excessif, de choisir librement un avocat, d’interroger des témoins et de présenter des éléments de preuve, de ne pas être forcé de témoigner contre elle-même ou de se s’avouer coupable, de garder le silence, de recevoir du Procureur les éléments de preuve dont celui-ci estime qu’ils disculpent l’accusé ou tendent à atténuer sa culpabilité, d’être en mesure de suivre les procédures dans une langue qu’elle comprend parfaitement et donc de bénéficier des services d’un interprète et de traductions dans la mesure nécessaire »[118].

La peine de mort n'a pas été retenue comme pour les deux TPI (ex-Yougoslavie et Rwanda)[119]. La Cour peut prononcer une peine d'emprisonnement maximale de 30 ans ou un emprisonnement à perpétuité « si l'extrême gravité du crime et la situation personnelle du condamné le justifient »[ar]. Elle peut ajouter à ces peines privatives de liberté une amende ou « la confiscation des profits, biens et avoirs tirés directement ou indirectement du crime […] »[as].

Avant et pendant le procès, les individus sont détenus dans une aile de la prison de Schéveningue[120] appartenant à l'État néerlandais[121]. Le lieu peut paraître luxueux[122]. Toutefois, la Cour est liée par le droit international des droits de l'homme et à ce titre, elle doit respecter certains standards, non sans points de divergence avec d'autres juges parfois[123]. Les peines prononcées sont en principe accomplies dans un État désigné par la Cour conformément à liste de pays candidats[124]. En d'autres termes, la Cour est tributaire de la coopération des États[125].

Indemnisation des victimes

Des réparations en faveur des victimes (restitution, indemnisation, réhabilitation) sont prononçables[at]. Cette possibilité représente l'une des innovations de la CPI par rapport aux autres juridictions pénales internationales ; elle s'inscrit dans la volonté de donner une place accrue aux victimes dans la procédure pénale[126].

Illustration de la procédure en réparation.
Illustration du rôle et des fonctions du Fonds au Profit des Victimes.

Budget

Le budget-programme de la CPI pour est de 148 millions d'euros[127]. À titre comparatif, il était de 53 millions d'euros pour [128]. Lors de l'AEP de , onze États ont souhaité limiter le budget de l'année suivante eu égard, selon eux, à la crise économique mondiale et à certains mécanismes de fonctionnement de la Cour inefficaces. Cette initiative a été critiquée par certains puisque dans le même temps, le groupe d'États appelait la Cour à ouvrir de nouvelles enquêtes, notamment hors d'Afrique[129].

Détail du contentieux

CPI - état des procédures en
  • Situation sous enquête en cours
  • Examen préliminaire clos en attente de l'autorisation d'ouverture d'une enquête
  • Examen préliminaire en cours
  • Examen préliminaire clos sans suite

Enquêtes et affaires en cours

Davantage d’informations Situation, État en 2024 ...
Situation État en
Drapeau de l'Ouganda Ouganda
crimes de guerre et crimes contre l’humanité qui auraient été commis en Ouganda depuis le dans le contexte d’un conflit opposant l’Armée de résistance du seigneur (ARS) aux autorités nationales

Région concernée : nord du pays[130]

Saisine de la Cour en par le gouvernement ougandais. Ouverture d’une enquête en .
Accusés
  • Joseph Kony[131] : Mandat d’arrêt délivré le - en fuite. Le 3 juin 2025, la Chambre d'appel de la Cour a confirmé une décision autorisant la procédure de confirmation des charges par contumace[132],[133]. L'audience de confirmation est prévue pour le 9 septembre 2025.
  • Vincent Otti[131] Mandat d’arrêt délivré le - en fuite.
  • Okot Odhiambo[131] : Mort, affaire close le .
  • Raska Lukwiya[131] : Mort, affaire close le .
  • Dominic Ongwen[134] : Reconnu coupable le de crimes de guerre et crimes contre l'humanité puis condamné à vingt-cinq ans d'emprisonnement le . Le verdict et la peine ont été confirmés en appel le
Drapeau de la république démocratique du Congo République démocratique du Congo
crimes de guerre dans le contexte d'un conflit armé en RDC et crimes contre l'humanité qui, tous deux, auraient été commis depuis le

Régions concernées : est du pays, région de l'Ituri, provinces du Nord Kivu et du Sud Kivu[135]

Saisine de la Cour en par la RDC. Ouverture d’une enquête en .
Accusés
  • Callixte Mbarushimana[136] : Charges non confirmées le . Remis en liberté le .
  • Thomas Lubanga[137] : 1er condamné de l'histoire de la CPI. Reconnu coupable le de crime de guerre puis condamné le à quatorze ans d'emprisonnement ; verdict de culpabilité et peine confirmés en appel le . Transféré le vers une prison de RDC et libéré le . Montant des réparations : 10 000 000 USD () ; confirmé en appel le .
  • Sylvestre Mudacumura[138] : Mandat d’arrêt délivré le - en fuite.
  • Mathieu Ngudjolo Chui[139] : Acquitté des charges de crimes de guerre et crimes contre l'humanité le . Libéré le . Verdict de non culpabilité confirmé en appel le .
  • Germain Katanga[140] : Reconnu coupable le de crimes de guerre et de crime contre l’humanité puis condamné à douze ans d'emprisonnement le . Jugement devenu définitif à la suite du désistement d'appel. Peine réduite le . Transféré le vers une prison de RDC et fin de la peine le . Montant des réparations : 1 000 000 USD () ; confirmé pour l'essentiel en appel le .
  • Bosco Ntaganda[141] : Reconnu coupable le de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité puis condamné à trente ans d'emprisonnement le . confirmé en appel le . Montant des réparations : 30 000 000 USD () ; décision annulée en appel puis renvoyée le . Transféré le en prison en Belgique.
Drapeau de la République centrafricaine République centrafricaine I
crimes de guerre et crimes contre l’humanité qui auraient été commis dans le contexte d’un conflit en RCA depuis le  ; atteintes à l'administration de la justice

Région concernée : ensemble du territoire[142]

Saisine de la Cour en par le gouvernement centrafricain. Ouverture d’une enquête en .
Accusés
  • Jean-Pierre Bemba Gombo[143] : Reconnu coupable le de crimes contre l'humanité et crimes de guerre puis condamné à dix-huit ans d'emprisonnement le . Acquitté en appel le et remis en liberté le .
  • Jean-Pierre Bemba Gombo, Aimé Kilolo Musamba, Jean-Jacques Mangenda Kabongo, Fidèle Babala Wandu et Narcisse Arido[144] : Reconnus coupables d'atteintes à l'administration de la justice le puis condamnés à différentes peines d'emprisonnement le (respectivement : un an, deux ans et demi, deux ans, six mois, onze mois). Verdict et peines confirmés pour l'essentiel en appel le - sauf pour J.-P. Bemba, A. Kilolo et J.-J. Mangenda.
Drapeau du Soudan Soudan
génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité qui auraient été commis au Darfour (Soudan) depuis le

Région concernée : Darfour[145]

Situation déférée par le Conseil de sécurité en . Ouverture d’une enquête en .
Accusés
  • Ahmed Haroun[146] : Mandat d’arrêt délivré le - en fuite.
  • Ali Kosheib[147] : Mandat d’arrêt délivré le  ; transféré à la Cour le . Charges confirmées le . Procès ouvert depuis le .
  • Omar el-Béchir[148] : Mandats d’arrêt délivrés les et .
  • Bahar Idriss Abu Garda[149] : Comparution volontaire - charges non confirmées le .
  • Abdel Rahim Mohamed Hussein[150] : Mandat d’arrêt délivré le - en fuite.
  • Saleh Jerbo : Mort, affaire close le .
  • Abdallah Banda[151] : Confirmation des charges le après comparution volontaire de l'accusé. Mandat d’arrêt délivré le - en fuite.
Drapeau du Kenya Kenya
crimes contre l'humanité qui auraient été commis dans le contexte des violences postélectorales au Kenya en 2007-2008

atteintes à l'administration de la justice Régions concernées : Nairobi, vallée du Rift Nord, vallée du Rift central, vallée du Rift Sud, province de Nyanza et province Occidentale[152]

Autorisation de l'ouverture d’une enquête proprio motu en .
Accusés
  • Henry Kosgey : Charges non confirmées le .
  • Francis Muthaura : Refus de confirmer les charges le .
  • Mohammed Hussein Ali : Refus de confirmer les charges le .
  • Walter Barasa[153] : Mandat d’arrêt délivré le - en fuite.
  • William Ruto[154] : Ouverture du procès le . Fin de l'affaire au vu des preuves le - remis en liberté.
  • Joshua Sang : Ouverture du procès le . Fin de l'affaire au vu des preuves le - remis en liberté.
  • Uhuru Kenyatta[155] : Abandon des charges par l'Accusation le . Clôture de l'affaire le - remis en liberté.
  • Paul Gicheru[156] : Comparution volontaire le après un mandat d'arrêt délivré le .
  • Philip Kipkoech Bett[157] : Mandat d’arrêt délivré le - en fuite.
Drapeau de la Libye Libye
crimes contre l’humanité et crimes de guerre qui auraient été commis dans le contexte de la première guerre civile libyenne depuis le

Région concernée : ensemble pays, notamment Tripoli, Benghazi et Misrata[158]

Situation déférée par le Conseil de sécurité en . Ouverture d’une enquête en .
Accusés
  • Saïf al-Islam Kadhafi[159] : Mandat d’arrêt délivré le . Affaire déclarée recevable le  ; confirmé en appel le - considéré comme en fuite car détenu à un endroit inconnu par les autorités libyennes.
  • Mouammar Kadhafi[159] : Mort, affaire close le .
  • Al-Tuhamy Mohamed Khaled[160] : Mort, affaire close le .
  • Abdallah Senoussi[159] : Affaire déclarée irrecevable le en raison de l'enquête nationale menée sur les faits et de la capacité + volonté de la Libye de mener véritablement ce processus judiciaire.
  • Mahmoud al-Werfalli[161] : Mort, affaire close le .
Drapeau de la Côte d'Ivoire Côte d'Ivoire
crimes relevant de la compétence de la Cour qui auraient été commis dans le contexte des violences postélectorales en Côte d’Ivoire en 2010 et 2011, mais aussi du à ce jour

Régions concernées : ensemble du pays, y compris Abidjan et l’ouest[162]

Déclaration d'acceptation de la compétence par la Côte d'Ivoire en . Autorisation de l'ouverture d’une enquête proprio motu en . Elargissement du champ temporel de l'enquête autorisé en . Ratification du Statut de Rome en .
Accusés
  • Simone Gbagbo[163] : Mandat d’arrêt délivré le . Exception d'irrecevabilité de l'affaire rejetée le  ; confirmé en appel le . Annulation du mandat d'arrêt le .
  • Laurent Gbagbo[164] : Acquitté des charges de crimes contre l'humanité le . Mise en liberté sous conditions le  ; acquittement confirmé en appel le
  • Charles Blé Goudé : Acquitté des charges de crimes contre l'humanité le . Mise en liberté sous conditions le  ; acquittement confirmé en appel le
Drapeau du Mali Mali
crimes de guerre qui auraient été commis au Mali depuis janvier 2012

Régions concernées : essentiellement au nord (Gao, Kidal et Tombouctou) et, dans le sud (Bamako et Sévaré)[165]

Saisine de la Cour en par le gouvernement malien. Ouverture d’une enquête en .
Accusés
  • Ahmad al-Faqi al-Mahdi[166] : Reconnu coupable de crime de guerre et condamné à neuf ans d'emprisonnement le . Montant des réparations : 2 700 000 €. Décisions sur verdict, peine et réparations confirmées globalement en appel le . Transfert vers une prison d'Écosse le .
  • Al Hassan Ag Abdoul Aziz Ag Mohamed Ag Mahmoud[167] : Charges confirmées le . Ouverture du procès le .
Drapeau de la République centrafricaine République centrafricaine II
crimes de guerre et crimes contre l’humanité qui auraient été commis dans le contexte de la recrudescence des violences en RCA à partir de 2012

Région concernée : ensemble du pays[168]

Saisine de la Cour en par le gouvernement centrafricain. Ouverture d’une enquête en .
Accusés
  • Alfred Yekatom[169] : Mandat d'arrêt délivré le . Ouverture du procès le .
  • Patrice-Edouard Ngaïssona[169] : Mandat d'arrêt délivré le . Ouverture du procès le .
  • Mahamat Said Abdel Kani[170] : Mandat d'arrêt délivré le . Ouverture du procès le .
  • Maxime Jeoffroy Eli Mokom Gawaka[171] : Mandat d'arrêt délivré le . Confirmation des charges fixée au .
Drapeau de la Géorgie Géorgie
crimes contre l'humanité et les crimes de guerre qui auraient été commis dans le contexte d'un conflit armé international entre le et le .

Régions concernées : Ossétie du sud et ses environs[172]

Ouverture d'un examen préliminaire en . Autorisation d'ouvrir une enquête proprio motu en .
Drapeau du Burundi Burundi
Crimes contre l'humanité qui auraient été commis au Burundi ou par des ressortissants burundais à l'extérieur de leur pays depuis le et jusqu'au .

Régions concernées : intérieur et extérieur du Burundi[173].

Ouverture d'un examen préliminaire en . Autorisation d'ouvrir une enquête proprio motu en .
Drapeau du Bangladesh Bangladesh / Drapeau de la Birmanie Birmanie (Myanmar)
crimes relevant de la compétence de la Cour qui auraient été commis à l'encontre des Rohingya ou d'autres personnes à partir du .

Régions concernées : en particulier dans l'État de Rakhine (Myanmar)[174].

Ouverture d’un examen préliminaire en . Autorisation d'ouvrir une enquête proprio motu en .
Drapeau de l'Afghanistan Afghanistan
crimes relevant de la compétence de la Cour qui auraient été commis sur le territoire national depuis le et crimes suffisamment liés à la situation de conflit armé en Afghanistan présumés commis sur le territoire d'autres États parties depuis le [175].
Ouverture d'un examen préliminaire rendu public en 2007. Rejet de la demande d'ouverture d'enquête proprio motu en . Infirmation lors de l'appel en  : autorisation d'ouverture d'enquête.
Drapeau de la Palestine Palestine
Crimes présumés commis sur le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, depuis le [176].
Ouverture d’un examen préliminaire en  ; ouverture d’une enquête en .
Drapeau des Philippines Philippines
crimes présumés commis depuis le au moins et jusqu'au dans le contexte de la campagne de « guerre contre la drogue »[177].
Ouverture d’un examen préliminaire en  ; ouverture d'une enquête en septembre 2021.
Drapeau du Venezuela Venezuela I
Crimes présumés qui auraient été commis depuis au moins, dans le contexte des manifestations et des troubles politiques y afférents ; porte également su toutes les enquêtes et poursuites dignes d'intérêt à l'échelle nationale[178].
Ouverture d’un examen préliminaire en  ; ouverture d'une enquête en novembre 2021.
Drapeau de l'Ukraine Ukraine
Crimes présumés commis dans le cadre de la situation en Ukraine depuis le [179].
Ouverture d'un examen préliminaire en avril 2014 ; ouverture d'une enquête en mars 2022.
Drapeau de l'Ukraine Ukraine / Drapeau de la Russie Russie
crime de guerre de déportation illégale de population (enfants) et de transfert illégal de population (enfants) des zones occupées d’Ukraine vers la fédération de Russie dans le contexte de l'invasion de l'Ukraine par la Russie de 2022

Région concernée : Donbass Ukrainien[180]

Saisine de la Cour en par le gouvernement Ukrainien. Ouverture d’une enquête en .
Accusés
  • Vladimir Poutine - président de la fédération de Russie : Mandat d’arrêt délivré le - en fuite.
  • Maria Lvova-Belova - commissaire présidentielle aux droits de l’enfant en Russie : Mandat d’arrêt délivré le - en fuite.
  • Viktor Sokolov - amiral de la flotte de la mer Noire russe : Mandat d’arrêt délivré le - en fuite.
  • Sergueï Kobylach - général d'aviation : Mandat d'arrêt délivré le 5 mars 2024 - en fuite.
  • Sergueï Choïgou - ancien ministre de la défense : Mandat d'arrêt délivré le 25 juin 2024 - en fuite
  • Valeri Guerassimov - chef de l'État-major général des forces armées : Mandat d'arrêt délivré le 25 juin 2024 - en fuite
Drapeau de la Palestine Palestine / Drapeau d’Israël Israël
crime de guerre et crimes contre l’humanité de meurtres par Israël (comprenant « le fait d'affamer délibérément des civils » palestiniens, « homicide intentionnel » « extermination et/ou meurtre dont certains seraient selon le procurreur toujours commis) et par le Hamas (accusations « d'extermination », de « viols et d'autres formes de violence sexuelle », et de «prise d'otages, qui constitue un crime de guerre ») dans le contexte du conflit débuté le lendemain de l'attaque du Hamas contre Israël d'octobre 2023 jusqu'au moins le , date de la demande des mandats d'arrêts[181],[182],[183].

Région concernée : Palestine[184],[185]

Saisine de la Cour le par Karim Khan, procureur général de la CPI. Mandats délivrés le en [182].
Accusés
  • Benyamin Netanyahou - Premier ministre d'Israël : Mandat d’arrêt délivré le - en fuite.
  • Yoav Gallant - ex-ministre de la Défense d'Israël : Mandat d’arrêt délivré le - en fuite.
  • Mohammed Deïf - chef de la branche militaire du Hamas, tué en juillet dans un bombardement israélien : Mandat d’arrêt délivré le - tué depuis[186], le dossier semble clos.
  • Yahya Sinwar - chefs du Hamas : Mandat d’arrêt délivré le - tué depuis, le dossier semble clos.
  • Ismaël Haniyeh - chefs du Hamas : Mandat d’arrêt délivré le - tué depuis, le dossier semble clos.
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Examens préliminaires en cours

Davantage d’informations Pays, État en 2022 ...
Pays État en
Drapeau du Venezuela Venezuela II
crimes présumés qui seraient en cours sur le territoire vénézuélien[187].
Ouverture d'un examen préliminaire en - phase 2.
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En attente de l'autorisation d'ouverture d'une enquête

Davantage d’informations Pays / Nationalité, État en 2022 ...
Pays / Nationalité État en
Drapeau du Nigeria Nigeria
crimes contre l'humanité ou crimes de guerre prétendument commis dans le Delta du Niger, dans les États du centre du pays et dans le cadre du conflit armé au Nigéria entre Boko Haram et les forces de sécurité nationales[188].
Ouverture d’un examen préliminaire rendu public en . Clôture en avec une base raisonnable de croire que lesdits crimes ont été commis.
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Examens préliminaires clos

Sans suite

Davantage d’informations Pays / Nationalité, État en 2022 ...
Pays / Nationalité État en
Drapeau de l'Irak Irak / Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni
crimes de guerre prétendument commis par des ressortissants du Royaume‑Uni dans le cadre du conflit en Irak et de l'occupation ultérieure de 2003 à 2008[189].
Ouverture d’un examen préliminaire (date inconnue). Clôture en . Rouvert en sur la base de nouveaux éléments. Clôture en en raison du fait qu'aucune affaire susceptible d'en découler ne serait recevable à cette date.
Drapeau du Venezuela Venezuela
crimes contre l'humanité qui auraient été commis contre des opposants politiques[190].
Ouverture d'un examen préliminaire à une date inconnue. Clôture en .
Drapeau de la Corée du Sud Corée du Sud
crimes prétendument commis en mer Jaune en mars et [191].
Ouverture d’un examen préliminaire en . Clôture en .
Drapeau du Honduras Honduras
crimes contre l'humanité prétendument commis dans le cadre du coup d'État du au Honduras[192].
Ouverture d’un examen préliminaire en . Clôture en en raison de l'absence de base raisonnable permettant de croire que des crimes contre l'humanité - au sens du Statut de Rome - ont été commis même après le .
Les navires battant pavillon comorien, grec et cambodgien (flottille pour Gaza)[193]. Ouverture d’un examen préliminaire en à la suite du renvoi par les Comores. Clôture en . En puis , la Ch. préliminaire ordonne au Procureur de procéder à une nouvelle révision de sa décision de ne pas enquêter ; ordre confirmé en appel en .
Drapeau du Gabon Gabon
crimes présumés commis depuis , notamment dans le contexte des élections présidentielles qui se sont déroulées le [194].
Ouverture d’un examen préliminaire en à la suite du renvoi de la situation par le gouvernement gabonais. Clôture en en raison de l'absence de base raisonnable permettant de croire que des crimes contre l'humanité ou un génocide - au sens du Statut de Rome - ont été commis.
Drapeau de la Colombie Colombie
crimes de guerre prétendument commis depuis le et crimes contre l'humanité prétendument commis depuis le en Colombie, dans le contexte du conflit armé entre et au sein des forces gouvernementales, des groupes armés paramilitaires et des groupes armés illégaux ; porte également sur l'existence et l'authenticité de procédures nationales relatives à ces crimes[195].
Ouverture d’un examen préliminaire en . Clôture en octobre 2021 en raison de l'absence motifs raisonnables de penser que les affaires pouvant découler d'une enquête sur la situation en cause seraient recevable.
Drapeau de la Bolivie Bolivie
crimes présumés qui auraient été commis sur le territoire bolivien en [196].
Ouverture d’un examen préliminaire en . Clôture en février 2022 en raison de l'absence de base raisonnable permettant de croire que des crimes relevant de la compétence ratione materiae de la Cour avaient été commis dans l'État plurinational de Bolivie
Drapeau de la Guinée Guinée
crimes contre l'humanité prétendument commis dans le cadre du « massacre du  » 2009 au stade de Conakry en Guinée[197].
Ouverture d’un examen préliminaire en . Clôture en septembre 2022 en raison de l'absence de motifs raisonnables de penser que les affaires pouvant découler d'une enquête sur la situation en cause seraient recevable.
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Données globales / chiffres (2020)

En 2020, on dénombre (données publiques) :

  • 13 situations sous enquête en cours ;
  • 10 examens préliminaires en cours ;
  • 5 examens préliminaires clos ;
  • 5 individus jugés définitivement pour des crimes du Statut de Rome :
    • 2 acquittés ;
    • 3 condamnés ;
  • 8 individus poursuivis pour des atteintes à l'administration de la justice (5 condamnés définitivement) ;
  • 7 affaires dont le procès est en cours ou programmé / délibéré en attente (1re instance et appel) ;
  • 4 suspects morts ;
  • 14 suspects non détenus par la Cour (dont 5 notices rouges d'Interpol[198]) ;
  • 6 individus détenus par un établissement en coopération avec la Cour ou à Scheveningen.

Relations conflictuelles avec des États

Guerre d'Afghanistan

En , l'une des Chambres préliminaires rejette la requête du Procureur demandant l'autorisation d'ouvrir une enquête sur l'Afghanistan sur les crimes de guerre présumés, commis notamment par l’armée américaine[199]. Selon les juges, s'il existe « une base raisonnable permettant de considérer que des crimes relevant de la compétence de la CPI [y] auraient été commis », la procédure a cependant peu de chances d'aboutir en raison de différents facteurs dont l'instabilité du pays et le contexte politique international, y compris concernant les États non parties au Statut. Il existe ainsi un risque de créer un sentiment de « frustration », voire d'« hostilité » de la part des victimes. En conséquence, l'ouverture d'une enquête est contraire aux « intérêts de la justice »[au],[200]. Cette décision s'inscrit dans un contexte de tensions grandissantes avec les États-Unis, le visa de la Procureur ayant notamment été révoqué la semaine précédente[201].

De plus, les promesses d'enquête sur les faits allégués, par exemple par les autorités britanniques, ne sont suivies d'aucun effet depuis l'été 2018[202]. Partant, l'examen préliminaire ouvert depuis 2006 semble constituer la seule voie judiciaire ouverte pour les exactions commises par les forces internationales (dont les forces américaines), les talibans et celles soutenant le gouvernement afghan[203].

Nombre d'ONG réagissent en émettant de vives critiques[204],[202]. HRW évoque un « déni de justice » estimant qu'il s'agit d'« une invitation lancée aux gouvernements à entraver l’action de la CPI »[205]. Pour Amnesty International, ceci « affaiblit davantage encore la crédibilité de cette institution » et la politique, davantage que le droit, a guidé l'action de la Cour[206] tandis que la FIDH fustige un « abandon » des victimes[207].

Les universitaires s'interrogent également sur les conséquences de ce choix. D'un côté, une approche dite des « petits pas », c'est-à-dire se concentrant d'abord sur les situations à l'égard desquelles un soutien est assuré, est justifiable dans la mesure où l'institution, relativement récente, ne peut se permettre sur le long terme des échecs particulièrement coûteux quant à sa légitimité[208]. De l'autre côté, même si l'approche « réaliste » n'est pas dénuée de fondement, l'absence de coopération est une difficulté récurrente sans pour autant qu'il y ait eu, par le passé, un refus d'autoriser une enquête comme en témoigne la Géorgie ou le Burundi. Par conséquent, cette décision illustre les propres limites de l'action de la Cour à l'égard des grandes puissances et amplifie par la même occasion les critiques portant sur le fossé les ambitions affichées et la réalité des poursuites intentées[209]. Sur un autre terrain, il est relevé qu'en cédant finalement aux menaces américaines, les juges de la Chambre préliminaire oublient que leur rôle ne se limite pas à évaluer les chances concrètes de réussite d'une procédure et que leur crédibilité s'évalue également au regard de leur capacité à adresser des « mises en garde » en cas d'abus commis par des États puissants, dimension jusqu'ici inédite pour une juridiction pénale internationale[210].

Quelques années après la prise de pouvoir des talibans en Afghanistan, une enquête est demandée également par Amnesty International sur les persécutions et mesures discriminatoires introduites par le nouveau pouvoir vis-à-vis des femmes[211].

Palestine et conflit israélo-palestinien

Israël a signé le traité en , mais ne l'a pas ratifié[212] avec les arguments suivants :

En , l'Autorité palestinienne fait une déclaration à l'effet d'accepter la juridiction de la Cour en invoquant l'article 12 paragraphe 3 du Statut de Rome[213],[214]. Un examen préliminaire est ouvert[215].

En , le Bureau du Procureur considère que le statut de l'entité ne lui permet pas d'adhérer au traité et qu'il ne lui appartient pas de décider si la Palestine pourrait être considérée comme un État au sens du droit international public[216],[217]. Jean Salmon dénote des « ambiguïtés » dans cette position en considérant qu'au regard de la pratique antérieure, la qualité d’État membre au sein d'une institution spécialisée de l'ONU, à savoir l'UNESCO, aurait pu suffire à ce que la Palestine accède au Statut de Rome[218]. Quelques mois plus tard, la Palestine obtient le statut d' « État observateur non membre » à l'ONU ce qui relance le débat[219].

En , l'Autorité palestinienne est officiellement devenue un État membre de la Cour[220],[221] ouvrant un nouveau front dans sa « guerre diplomatique » contre Israël étant précisé que cette adhésion l'expose elle aussi à des risques de poursuites pénales pour les crimes commis de son côté[222]. L'ouverture d'un examen préliminaire portant sur des crimes de guerre présumés en Palestine déclenche la colère d'Israël en qui qualifie la décision de « scandaleuse »[223].

La Palestine allègue que des crimes de guerre israéliens ont été commis, dans les territoires occupés, pendant la guerre de Gaza en 2014[224]. Amnesty International détaille pour sa part, dans un rapport, une opération menée en représailles à la capture d'un soldat israélien qui pourrait constituer un crime contre l'humanité au vu du « caractère systématique et délibéré de l’attaque terrestre et aérienne menée contre Rafah »[225]. En , de nouvelles informations transmises à la Procureure dénoncent d'éventuels crimes contre l'humanité (en l’occurrence apartheid)[226].

Le , le procureur de la CPI, Karim Khan, annonce avoir demandé des mandats d'arrêt contre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, son ministre de la Défense Yoav Gallant, le chef du Hamas à Gaza Yahya Sinwar, ainsi que deux autres hauts responsables du Hamas, Ismaël Haniyeh et Mohammed Deïf, pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité qui auraient été commis lors de l'attaque du 7 octobre 2023 et de la guerre subséquente à Gaza[227]. Le , la CPI lance des mandats d'arrêt contre Netanyahou et Gallant et contre Deïf, les demandes de mandats d'arrêt contre Sinwar et Haniyeh ayant été abandonnées après la confirmation de leur mort[228],[229]. La procédure dirigée contre Deïf est par la suite close le après confirmation de la mort de celui-ci[230].

Le lancement des mandats d'arrêts internationaux contre des chefs d'État déclenche un débat d'interprétation sur le périmètre d'application de la CPI[181]. L'Autorité palestinienne a adhéré à la CPI en et les faits reprochés se sont déroulés en Palestine. Noëlle Lenoir avance que l'article 98-1 des statuts de l'institution indiquent que la CPI ne pourrait imposer à un État membre l'application d'une décision qui le mettrait en porte-à-faux vis-à-vis de ses obligations internationales, ce qui autoriserait la France à refuser d'extrader Benjamin Netanyahou en cas de demande de la CPI en ce sens bien qu'elle ait aussi le droit de s'exécuter. Elle reproche à la CPI de nier « l'indépendance des juridictions israéliennes » au mépris de la primauté des juridictions nationales sur la compétence de la CPI, contrairement aux tribunaux mis en place pour le Rwanda et d'ex-Yougoslavie, et d'avoir lancé un mandat d'arrêt sur une personne présumée décédée et non son successeur[231]. William Bourdon signale que l'article 27 des statuts de Rome, qui régissent le fonctionnement de la CPI, précisent qu'ils s'appliquent y compris dans le cas où la personne accusée disposerait d'un mandat de chef d'État[231],[232]. Bourdon déplore aussi qu'une décision par la France de refuser l'arrestation et l'extradition de Benjamin Netanyahou serait un cadeau à l'ensemble des fugitifs et chef d'États n'ayant pas ratifiés les statuts de la CPI. Il relève par ailleurs qu'Israël n'a jamais fait preuve de sa capacité à juger un criminel de guerre sur son territoire[231].

Le , la Chambre d’appel considère que la Chambre préliminaire avait commis une erreur de droit en n'analysant pas suffisamment l’argument d’Israël selon lequel cet État était fondé à soulever une exception d’incompétence en vertu de l’article 19-2-c[précision nécessaire]. La Chambre d’appel a par conséquent annulé la Décision attaquée et renvoyé la question à la Chambre préliminaire pour que celle-ci se prononce à nouveau sur le fond de l’exception d’incompétence soulevée par Israël. Cependant les deux mandats d'arrêt contre Benyamin Netanyahou et Yoav Gallant ne sont pas suspendus[233],[234],[235].

Le , la Chambre préliminaire I rejette les demandes d'Israël d'annuler les mandats d'arrêt et d'ordonner la suspension de l'enquête le temps que la contestation de la compétence soit tranchée. Selon la Chambre préliminaire I, la décision de la Chambre d’appel ne peut être interprétée comme une atteinte à la compétence de la Cour, et la Cour ne peut donc remettre en cause sa compétence établie par ses décisions précédentes tant que le recours d'Israël n'a pas été tranché. Concernant la suspension de l'enquête, la Chambre préliminaire I juge qu'une suspension ne peut être demandée qu'en cas de contestation sur la recevabilité d'une affaire, et non pas lors d'une contestation sur la compétence de la Cour[236],[237],[238].

Le Parlement israélien adopte en 2025 une loi prévoyant jusqu'à cinq ans de prison pour tout Israélien coopérant avec la CPI[239].

Sanctions russes de 2023

La Russie signe le traité le mais l'Assemblée fédérale ne le ratifie pas. Si certains obstacles juridiques existent effectivement au regard de la Constitution russe, ils ne sont pas insurmontables. La raison est donc avant tout d'ordre politique[240].

En , Vladimir Poutine signe un décret pour retirer la signature[241] en réponse à l'autorisation d'ouvrir une enquête concernant des faits commis en Ossétie du sud au cours de l'année 2008[242]. Cependant, il n'existe aucune procédure de la sorte dans cette convention car au sens strict, l'État « n’a pas manifesté son consentement à être lié »[243].

Le 17 mars 2023, les juges de la cour pénale émettent des mandats d'arrêt sur le président de la fédération de Russie Vladimir Poutine et Maria Alexeïevna Lvova-Belova car ils sont présumés responsables du crime de guerre de déportation illégale de population (enfants) et de transfert illégal de population (enfants) des zones occupées d'Ukraine vers la fédération de Russie[244].

La Russie réplique en lançant un mandat d'arrêt contre le procureur et trois juges de la cour pénale internationale[245],[246],[247],[52],[248].

Le 19 mai 2023, le ministère de l'Intérieur russe publie une notice de recherche et d'arrestation contre Karim Khan en représailles à la procédure lancée contre Vladimir Poutine[249].

Sanctions américaines à partir de 2025

Le , le président américain Donald Trump signe un décret prévoyant des sanctions contre la CPI, interdisant l'entrée aux États-Unis de ses dirigeants, employés et agents, ainsi que de leur famille proche, et gelant leurs avoirs détenus aux États-Unis. Ces sanctions sont prises en réaction aux enquêtes de la CPI sur des crimes de guerre présumés commis par des soldats américains en Afghanistan et des militaires israéliens à Gaza. Dans un contexte où « Israël et les Etats-Unis ne sont pas membres de la CPI[250] », ces sanctions sont justifiées par Donald Trump comme une réponse à des « actions illégitimes et sans fondement » qui menacent la sécurité nationale américaine et celle de son proche allié. Cette décision suscite l'opposition de la CPI, du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, des Pays-Bas et de l'Union européenne, tandis qu'Israël et la Hongrie saluent l'initiative américaine[250],[251],[252].

En , l'administration américaine annonce des sanctions à l'encontre de quatre magistrats de la CPI. Deux des magistrates visées sont à l'origine d'enquêtes sur des crimes de guerres commis par des soldats américains en Afghanistan (Solome Bossa et Luz del Carmen Ibáñez Carranza), deux autres (Reine Alapini-Gansou et Beti Hohler) sont visées pour avoir autorisé les mandats d'arrêts contre le premier ministre israélien et son ancien ministre de la défense, provoquant les remerciements de Benyamin Nétanyahou. Les principales sanctions sont l'interdiction d’entrée sur le sol américain et le gel des avoirs détenus aux États-Unis[253]. La CPI réagit en déclarant que « Ces mesures constituent une tentative manifeste de porter atteinte à l’indépendance d’une institution judiciaire internationale qui opère sous le mandat de 125 États parties du monde entier », dans un contexte où Israël et les États-Unis n'ont pas reconnu la compétence de la CPI[253]. Human Rights Watch, qui déclare que ces nouvelles sanctions « visent à dissuader la CPI de désigner les responsables des crimes graves commis en Israël et en Palestine au moment où les atrocités israéliennes se multiplient à Gaza, y compris avec la complicité des Etats-Unis »[253]. Toutefois, en juillet, une juge fédérale ordonne la suspension partielle du décret, jugeant que le fait d'autoriser des sanctions contre toute personne collaborant à une enquête de la CPI, comme le prévoit le décret, est susceptible de porter atteinte de façon disproportionnée à la liberté d'expression garantie par le premier amendement[254],[255].

Un troisième train de sanctions est annoncé le par le secrétaire d'État Marco Rubio contre quatre magistrats de la CPI, un juge canadien, le juge français Nicolas Guillou[256] et deux procureurs adjoints fidjien et sénégalais, affirmant qu’ils avaient joué « un rôle déterminant dans les actions visant à poursuivre des Américains et des Israéliens », ressortissants de pays non membres de la CPI. Les éventuels avoirs aux États-Unis de ces quatre magistrats sont désormais « gelés »[257].

Deux autres juges sont visés par des sanctions à partir du . Ils sont accusés par les États-Unis d'avoir voté pour le rejet d'une demande d'Israël, qui contestait la compétence de la CPI pour enquêter sur des crimes commis lors de la guerre de Gaza[258].

En , deux juges de la Cour, l'ancien ministre de la justice géorgien Gocha Lordkipanidze (en) et le Mongol Erdenebalsuren Damdin (en), refusent la demande des États-Unis de lever les mandats d'arrêt contre Benyamin Netanyahou et Yoav Gallant. En conséquence, des sanctions sont prononcées contre ces deux juges[259].

Les États-Unis annoncent en 2026 leur intention de démanteler « brique par brique » la CPI et s’apprêter à durcir leurs sanctions contre l'institution. La campagne de Washington « mobilisera l’ensemble de l’appareil gouvernemental, pour paralyser systématiquement la capacité de la CPI à opérer, à cibler des militaires ou des responsables américains », prévient ainsi le secrétaire d’État américain Marco Rubio. Les États-Unis exercent également des pressions sur d'autres pays pour qu'ils se retirent de la CPI[260].

En août 2026, Tomoko Akane, présidente de la Cour, est à son tour l'objet des sanctions[261].

Blocage des outils de communication de la CPI

Après les sanctions prises par les États-Unis en , les comptes de messagerie Microsoft du procureur général de la CPI Karim Khan sont bloqués[262]. Microsoft nie être à l'origine de ce blocage sans expliquer toutefois comment un tel blocage est possible, laissant entendre qu'un tel blocage décidé par le gouvernement des États-Unis serait possible[263],[264].

En , et à la suite de ces blocages, la CPI prend la décision de changer d'outil pour openDesk de ZenDiS afin de « réduire les dépendances et renforcer l’autonomie technologique de la Cour »[265],[266].

Soudan

Le Soudan a signé le Statut le , en précisant le qu'il n'avait pas l'intention de devenir partie[267]. Cette déclaration faisait suite à la demande en du Procureur d'émettre un mandat d'arrêt contre le président Omar el-Béchir[268]. Le , les juges accèdent à cette requête (ce qui fait de ce mandat le premier délivré contre un chef d'État en exercice dans l'histoire de la CPI)[269],[270] en visant les chefs de crimes contre l'humanité et crimes de guerre commis au Darfour[271]. Pendant l'été, l'Union africaine vote une résolution indiquant que les États membres n'exécuteront pas le mandat émis[272]. En , un nouveau mandat d'arrêt est délivré et inclut cette fois les charges de génocide[273].

Omar el-Béchir est destitué en [274]. Le gouvernement de transition se serait engagé, en , à la remettre à la Cour[275]. En juin de la même année, Ali Kosheib — l'un des plus redoutés chefs de milices janjawids — est transféré à la Cour par les autorités centrafricaines, pays dans lequel il s'était réfugié depuis janvier[276]. L'opération d'identification qui a permis l'arrestation a été menée conjointement avec la MINUSCA[277].

Affaires judiciaires

« Morenogate » et ses suites (2017 - 2019)

En , le réseau European Investigative Collaborations publie des documents confidentiels révélant certaines pratiques discutables de l'ancien procureur Luis Moreno Ocampo, durant et après son mandat[278] : redevenu avocat dans le secteur privé après avoir quitté la CPI, il aurait par exemple indirectement rémunéré des membres du personnel de la Cour pour que ceux-ci y fassent du lobbying en faveur de ses clients[279]. Il est également mis en cause pour des conflits d'intérêts relatifs à la situation libyenne[n 4], éléments qu'il réfute soutenant qu'il a précisément mis en garde l'un de ses clients pour ses liens avec le maréchal Haftar[280],[281].

Face aux révélations, Fatou Bensouda annonce l'ouverture d'une enquête interne[282]. Deux collaboratrices de la Cour, soupçonnées d'avoir été impliquées dans lesdites affaires, sont suspendues à titre conservatoire[283]. Quelques mois plus tard, l'ONG Norwegian Helsinki Committee (en) demande que, d'une part, « des enquêtes larges et transparentes sur les violations des normes professionnelles et éthiques commises par des membres de la Cour » soient diligentées et, d'autre part, que les rôles de l'ancien Procureur et celui de son chef de cabinet de l'époque, Silvia Fernández de Gurmendi, soient précisés[284].

Deux ans plus tard, des experts nommés par la Cour concluent à une « organisation inefficace » du bureau du procureur ainsi qu'à l'autoritarisme de Luis Moreno Ocampo. Une absence de professionnalisme vis-à-vis des pressions exercées sur les témoins kényans, ce qui a causé en grande partie l'échec de la procédure, est aussi pointée[285].

Révocation de son procureur général en 2026

Le , Karim Khan est relevé de ses fonctions après des accusations d’agression sexuelle. C'est la fin d'une procédure débutée en , le plus souvent en défaveur du procureur, qui a donné lieu à une campagne active d'Israël contre la CPI bien que n'en faisant pas partie. Des pays comme la France, l'Allemagne, la Suisse et plusieurs autres pays occidentaux qui s'étaient déjà engagés contre le mandat d'arrêt international contre Benyamin Netanyahou ont appelé à cette issue, qui intervient quelques jours après la promesse du secrétaire d'État des États-Unis Marco Rubio d'un « démantèlement [...] pierre par pierre » de l'institution. En parallèle, le Venezuela puis le Tchad annoncent se retirer de la CPI, les deux pays étant sous la pression des États-Unis, ouvertement hostiles à l'institution[286],[287],[288],[289],[290].

Critiques

Efficacité, coût et visibilité

L'efficacité de la CPI est limitée par le fait que les États-Unis, la Russie, la Chine, l'Inde, Israël et le Soudan n'en sont pas membres[291],[292] et a été questionnée au vu du peu[293] d'individus effectivement jugés (verdict de condamnation ou d'acquittement)[294],[295]. En , Antoine Garapon préconise « une politique de poursuite plus déterminée, des procédures simplifiées et des moyens d’action allégés »[296]. Raphaëlle Nollez-Goldbach relève que la lenteur des procédures et la longueur des décisions s'expliquent notamment par le rythme des audiences (et la nécessité de traduction en temps réel), la complexité des affaires (crimes multiples à l'échelle d'une région voire d'un pays, nombre de témoins ou de victimes élevé) ou encore les règles juridiques afférentes aux preuves (phase procédurale pré-procès, possibilité d'appel sur de nombreuses décisions intermédiaires)[297]. Bruno Cotte, ancien juge à la Cour, témoigne pour sa part des différences de méthode, de culture juridique, voire de rythme de travail entre le personnel de la Cour auxquelles il a dû s'habituer[298],[299]. Depuis les répercussions de la crise économique de 2008 en particulier, les dépenses liées aux procès sont questionnées. En , Philippe Sands relève cependant l'action de la Cour s'inscrit sur le long terme et qu'il est hors de propos de « comparer le coût de la justice pénale internationale à des courses dans un supermarché »[300]. In fine, les critiques relatives à la longueur des procédures devant la Cour font écho à celles que le TPIY et le TPIR ont pu rencontrer[301]. En ce sens, Maître François Roux regrette que le modèle procédural accusatoire prime majoritairement dans les juridictions pénales internationales malgré quelques correctifs apportés au fil du temps[302].

Par ailleurs, le travail de la CPI doit s'évaluer à l'aune des difficultés relatives à la coopération internationale. En effet, la Cour, comme les autres juridictions pénales internationales, ne dispose pas de « moyens de contrainte et d'exécution »[303]. Par conséquent, elle est dépendante de la bonne volonté des États à respecter leur obligation de coopérer pendant toute la procédure (recueil de preuves, arrestation des suspects, protection des témoins, etc.)[304],[305]. Cette caractéristique est aussi à prendre en compte dans le débat récurrent s'agissant de la sélectivité des poursuites connu sous l'expression des « gros et petits poissons »[306].

Selon un adage traditionnel, Justice must not only be done; it must also be seen to be done. Or, les procès devant les juridictions internationales sont délocalisés du lieu de commission des actes : la CPI et le TPIY se trouvent à La Haye tandis que le TPIR est situé à Arusha. C'est la raison pour laquelle le statut des victimes a progressivement été créé en droit international pénal afin que celles-ci puissent participer aux procédures[307]. Pour répondre aux critiques, la Cour développe aussi de nombreuses actions de « sensibilisation »[308],[309].

Impartialité, justice des « vainqueurs » et des « puissants »

L'éventuelle partialité de la juridiction a été mise en cause à l'occasion du procès du président Laurent Gbagbo, en particulier par ses soutiens[310]. Bien qu'à la date du seul l'ex-président ait été jugé, les faits commis par les partisans d'Alassane Ouattara, éventuels actes constitutifs de crimes internationaux, demeurent sous enquête[311].

Plus largement, la justice pénale internationale fait très souvent l'objet de critiques en ce qu'elle serait une « justice des vainqueurs »[312],[313].

William Schabas établit un parallèle entre la CPI et la Cour internationale de justice en expliquant que cette dernière a été confrontée à des défis similaires sur le plan de la « crédibilité » s'agissant de faire appliquer le droit international par les États puissants, et partant de condamner leurs éventuelles violations. En ce sens, il rappelle que la décision de 1966 relative à l'occupation sud-africaine de la Namibie a provoqué nombre de déceptions et qu'il a fallu attendre l'année 1985, avec la condamnation des États-Unis liée à leur soutien aux Contras, pour que la Cour trouve son rythme de croisière. Il conclut : « Au meilleur d'elle-même, la justice internationale est capable de contraindre les Etats et les individus à se comporter conformément aux mêmes règles que celles qu'ils souhaitent tant faire appliquer à ceux qui sont petits et faibles »[314].

Indépendance

Vis-à-des vis des organisations non gouvernementales

Les liens entre certaines ONG et le Bureau du Procureur font l'objet de critiques portant sur l'indépendance puisque ce dernier s'appuie notamment sur les rapports de Human Rights Watch pour les dossiers d'accusation[59]. Sur ce point, la Cour a précisé dès 2008 que l'enjeu se situait autour de la valeur probante des éléments et non de leur admissibilité en indiquant tenir compte « notamment de la cohérence intrinsèque des informations et de leur concordance avec l’ensemble des preuves, considérées comme un tout, de la fiabilité de la source et de la possibilité pour la Défense de contester la source »[315].

En 2015, l'avocat Toby Cadman évoque « l'héritage Ocampo » en soutenant qu' « un grand nombre des ONG qui fournissent des témoins à la CPI ont reçu des subventions de la part de gouvernements européens qui financent aussi la Cour »[316].

Vis-à-vis du Conseil de sécurité

Le Conseil de sécurité peut demander à la Cour de suspendre une enquête ou des poursuites pendant douze mois en vertu d'une résolution adoptée sous le chapitre VII de la Charte des Nations unies ; la demande étant renouvelable dans les mêmes conditions[av]. Cette disposition a constitué « l'une des clefs des négociations » à Rome, en particulier pour les États participant de façon significative aux opérations de maintien de la paix. Ceux-ci souhaitaient en effet conserver une marge de manœuvre certaine afin de limiter le risque de poursuites, de leurs propres militaires, par la Cour[317]. Utilisée à cinq reprises[n 5], cette possibilité soulève des interrogations au regard d'une part de la sélectivité des poursuites qu'elle engendre, d'autre part du risque de confusion ainsi créé entre la mission d'un organe politique, le Conseil, et celle d'un organe judiciaire, la Cour[318]. En outre, eu égard à la « liberté d'appréciation » laissée, le Conseil de sécurité a pu s'écarter de la lettre et de l'esprit du texte[319],[320].

Paix et justice

Le dilemme paix-justice est consubstantiel au droit international pénal. Généralement, la mise en œuvre d'un processus judiciaire peut bloquer l'apparition d'autres mécanismes de règlement des différends. À moyen terme, il existe un risque de complexifier le retour à la paix[321],[322]. En outre, de par la nature même de la Cour — permanente et à vocation universelle —, celle-ci est amenée à intervenir au cours de conflits[323]. Or, « la justice ne peut qu’imputer un crime collectif à quelques hommes […] : on ne peut lui demander d’arrêter la guerre et donc de poursuivre une autre fin que la justice. Lorsque le juge veut empêcher la guerre, dire l’histoire ou honorer la mémoire, il cherche un autre objectif que celui de la justice au sens strict »[324]. La question a été notamment soulevée s'agissant de la répercussion des mandats d'arrêt lancés contre Joseph Kony et quatre autres hauts gradés de la LRA sur les pourparlers de Juba (en)[325] avec des positions antagonistes entre médiateurs et ONG[326],[327]. Quelques années plus tard, d'aucuns ont soutenu que les poursuites engagées contre Uhuru Kenyatta lui ont permis de gagner des voix lors de la présidentielle de 2013 en se faisant passer pour la « victime d’un tribunal principalement financé par l’Occident »[328].

C'est la raison pour laquelle certains plaident en faveur des Commissions vérité et réconciliation[329] tandis que d'autres se montrent plus réticents en relevant que ce type de mécanisme « peut générer une forme de ressentiment et d'insécurité »[330]. Dans le même ordre d'idées, l'expérience des Gacaca au Rwanda[331] a permis une certaine réconciliation en parallèle des poursuites menées par le TPIR[332] bien que le fonctionnement de ces tribunaux populaires ne soit pas exempt de critiques[333],[334]. Enfin, l'aide au développement traditionnelle (sécurité, économie) peut tout autant être mobilisée[335]. Enfin, une part minoritaire adopte une position radicale vis-à-vis de la justice pénale internationale en considérant que celle-ci « tend à renforcer le pouvoir des criminels de guerre et à supprimer les incitations à la capitulation ou à une sortie négociée »[336].

En toute hypothèse, les mécanismes alternatifs de règlement des conflits qui pourraient par exemple inclure l'amnistie générale ne doivent pas mener à une impunité de fait difficilement acceptable pour les populations[337]. De plus, au regard du droit international conventionnel et coutumier, il existe une obligation de réprimer et de poursuivre les crimes internationaux les plus graves[338].

À l'égard des poursuites menées en Afrique

Certains États africains accusent la CPI de mener une politique judiciaire néo-colonialiste[339]. L'un des principaux arguments au soutien de cette thèse est le suivant : pendant les premières années d'existence, les poursuites se sont concentrées sur le continent africain[340],[341]. Par exemple, à l'occasion du premier mandat d'arrêt délivré contre Omar el-Bechir, Jean Ping – à l'époque président de la Commission de l'UA – a regretté « que la justice internationale ne semble appliquer les règles de la lutte contre l'impunité qu'en Afrique comme si rien ne se passait ailleurs, en Irak, à Gaza, en Colombie ou dans le Caucase »[342]. Par la suite, le ministre gambien de l'information a accusé la Cour de passer sous silence « les crimes de guerre commis par les pays occidentaux »[343]. Le Président namibien Hage Geingob s'est dit pour sa part favorable à la création d'une Cour de justice africaine qui remplacerait « celles imposées par des pays étrangers »[344].

Face à ces critiques, Fatou Bensouda a reconnu qu'il existait un « malaise » des États africains[345]. De leurs côtés, le Sénégal, le Mali ou encore le Lesotho – tous partisans de la juridiction – ont estimé qu'elle présentait des « dysfonctionnements »[346]. Enfin, le Président de l'AEP, Sidiki Kaba, a considéré que le retrait d'un État ou de plusieurs « constituerait un recul dans la lutte contre l'impunité » et a plaidé pour l'ouverture d'un dialogue[347].

Les travaux des chercheurs sont également partagés sur la question. Certains réfutent l'idée selon laquelle la CPI serait « une justice de “blancs” » en rappelant que les premières procédures ont été lancées par les États africains eux-mêmes et en considérant que la rupture proviendrait en réalité des poursuites visant des chefs d'État à l'instar d'Omar el-Bechir, Mouammar Kadhafi et Uhuru Kenyatta[348],[349]. Jean-Baptiste Jeangène Vilmer propose différentes pistes pour sortir de la crise : renforcer les capacités des juridictions nationales sur le continent, créer des structures intermédiaires et mobiliser davantage la société civile[350]. A contrario, Sara Dezalay soutient que le « biais africain » s'expliquerait notamment par la « faiblesse structurelle » de la justice pénale internationale et par la place qu'occupent les juristes occidentaux ainsi que ceux issus de l'élite africaine (par exemple, Fatou Bensouda) dans l'architecture et la pratique de l'institution[351].

Dans son communiqué du annonçant le retrait du Tchad du Statut de Rome, le gouvernement tchadien dénonce une « concentration durable de l'activité judiciaire de la Cour sur le Sud global et le continent africain en particulier » ainsi qu'une « instrumentalisation politique de la CPI »[77].

Notes et références

Annexes

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