Sanctuaire de la tête de Hussein

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Le sanctuaire de la tête de Hussein en 1943.
Le sanctuaire pendant la fête annuelle.

Le sanctuaire de la tête de Hussein (en arabe : مشْهد ٱلحُسَين, romanisé : Mašhad al-Ḥusayn, littéralement « mausolée de Hussein ») est un sanctuaire construit par les Fatimides au sommet d'une colline adjacente à Ascalon, qui aurait abrité la tête de Hussein ibn Ali entre environ 906 et 1153. Il a été décrit comme le bâtiment le plus magnifique de la ville antique, et devint le site chiite le plus important et le plus sacré de Palestine.

À l'époque moderne, il est devenu associé au village palestinien d'al-Jura, situé à côté de la citadelle en ruines d'Ascalon. Le sanctuaire est détruit en 1950 par l'armée israélienne, plus d'un an après la fin de la guerre israélo-arabe, sur ordre de Moshe Dayan. Cette destruction s'inscrit dans le cadre d'une politique israélienne des années 1950 visant à effacer les sites historiques musulmans en Israël, et s'inscrivait dans le cadre des efforts visant à expulser les Palestiniens restants de la région.

Bâtiment

Le sanctuaire était un vaste édifice à plusieurs étages, construit sur trois côtés autour d'une cour centrale. Une salle de prière (musalla) se trouvait sur le côté sud. L'emplacement où reposait autrefois la tête d'al-Hussein ibn Ali était marqué par un pilier surmonté d'un turban vert posé sur un tissu rouge[1].

Minbar et inscriptions

Le minbar, qui se trouve aujourd'hui dans la mosquée d'Ibrahim, comporte des inscriptions décrivant la construction du sanctuaire.

Le minbar (chaire islamique), qui se trouve aujourd'hui dans la mosquée d'Ibrahim (en) à Hébron, est considéré comme un chef d'œuvre de l'art islamique et l'un des minbars historiques les plus importants du monde musulman médiéval[2],[3]. C'est également le plus ancien minbar conservé dans ce style de menuiserie à décor géométrique ; un style que l'on retrouve également dans la conception du minbar plus récent de la mosquée al-Aqsa à Jérusalem (qui était également un don de Saladin)[3]. Les inscriptions relatent la construction du minbar et du sanctuaire lui-même par Badr al-Djamali au nom du calife fatimide[4].

Histoire

Niche destinée à accueillir la tête de Hussein à la mosquée des Omeyyades de Damas.

Construction

Selon la tradition fatimide, la tête de Hussein aurait été secrètement déplacée par les Abbassides de son lieu de sépulture d’origine, à la grande mosquée de Damas. En l’an 985, le quinzième calife fatimide, Abu Mansur Nizar al-Aziz Billah, localise l’emplacement de la tête de son arrière-grand-père grâce à un contemporain de Bagdad[5].

Elle est « redécouverte » en 1091, quelques années après une campagne menée par le grand vizir Badr al-Djamali pour rétablir le contrôle fatimide sur la Palestine sous le calife al-Mustansir Billah[6].

À la suite de cette découverte, il ordonne la construction d'une nouvelle mosquée du vendredi et d'un mashhad (sanctuaire commémoratif) sur le site. Un minbar est également construit ; il se trouve aujourd’hui à Hébron et est connu sous le nom de minbar de la mosquée d'Ibrahim (en)[3],[4],[7],[8].

Le mausolée fut décrit par Mohammed al-Abdari al-Hihi comme le plus magnifique édifice d'Ashkelon[9].

Transfert de la tête au Caire

À la suite de la défaite lors du siège d'Ascalon, le calife az-Zafir ordonne au gouverneur d'Ashkelon, Sayf al-Mamlaka Tamim, de transférer la tête au Caire[10].

Le cercueil de Hussein est exhumé et transporté du sanctuaire au Caire le dimanche 8 joumada ath-thania 548 (31 août 1153) ; la mosquée al-Hussein (en) est construite pour abriter la relique en 1154[10]. L'écrivain yéménite Syedi Hasan bin Asad décrit ainsi le transfert de la tête dans son manuscrit Risalah : « Lorsque la Raas [tête] d'al-Imam al-Hussein fut sortie du cercueil, à Ashkelon, des gouttes de sang frais étaient visibles sur la Raas d'al-Imam al-Hussein et un parfum de musc se répandit partout »[11],[12].

Transfert du minbar à Hébron

Carte de la Palestine établie par l'Étude de la Palestine du Palestine Exploration Fund (en) (années 1870) représentant al-Jura (au centre), les ruines de l'ancienne Ashkelon (aujourd'hui Tel Ashkelon, à gauche) et le Mesh-hed Sidna el Husein (à droite).

En 1187, Saladin réussit à reprendre Jérusalem aux mains des croisés et à asseoir le contrôle musulman (ayyoubide) sur la majeure partie de la région. Il estime toutefois qu'Ashkelon est trop exposée à une contre-attaque des croisés et craint qu'elle ne serve de tête de pont à l'ennemi contre Jérusalem, récemment reconquise. Il décide donc de démolir la ville en 1191, mais fait transférer le minbar fatimide du mashhad désormais vide d'al-Hussein vers la mosquée d'Ibrahim à Hébron, qui est également un lieu saint et se trouve à une distance plus sûre de la menace croisée[13]. Le minbar y est resté jusqu'à nos jours[14].

Période du mandat britannique

Au cours de la période du mandat britannique, le site est décrit comme un « grand maqâm situé au sommet d'une colline », dépourvu de tombe mais comportant un fragment de pilier indiquant l'endroit où la tête avait été enterrée[15].

Destruction en 1950

En juillet 1950, plus d'un an après la fin de la guerre israélo-arabe, le sanctuaire est détruit sur ordre de Moshe Dayan, conformément à la politique israélienne des années 1950 visant à effacer les sites historiques musulmans situés en Israël afin de faciliter l'expulsion des Palestiniens restants[16],[11],[17],[18]. Le site se trouve aujourd'hui dans l'enceinte du centre médical Barzilaï[19],[20].

Réouverture en 2000

Des pèlerins Dawoodi Bohra sur l'estrade du sanctuaire récemment construite dans l'enceinte de l'hôpital, août 2019.

Une fois l'emplacement repéré sur le terrain de l'hôpital Barzilaï, des fonds versés par Mohammed Burhanuddin (en), le 52e Da'i al-Mutlaq (en) des Dawoodi Bohras – une branche de l'ismaélisme d'origine principalement gujaratie établie en Inde –, servent à construire une estrade de prière en marbre[20].

Les pèlerins Dawoodi Bohras venus d'Inde et du Pakistan continuent de se rendre à Ashkelon malgré les difficultés que cela entraîne pour se rendre dans d'autres pays musulmans[17],[21],[22].

Historiquement, le sanctuaire était également un lieu de pèlerinage pour les Palestiniens sunnites[12],[23].

Bibliographie

Voir aussi

Références

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