Siculo-arabe
ensemble de parlers dialectaux de l'arabe, qui se sont formés à la suite de la conquête berbéro-arabe de la Sicile et de l'archipel maltais.
From Wikipedia, the free encyclopedia
Le siculo-arabe est un ensemble de parlers dialectaux de l'arabe, qui se sont formés à la suite de la conquête berbéro-arabe de la Sicile et de l'archipel maltais. Ces parlers étaient plus ou moins homogènes et mutuellement intelligibles.
| Siculo-arabe | |
| Région | Archipel maltais et Sicile |
|---|---|
| Classification par famille | |
|
|
| modifier |
|
Composition
- Arabe sicilien (ou siquili) est aujourd'hui une langue morte. Lors de la conquête de la Sicile par les Normands, les musulmans, ses principaux locuteurs, sont restés sur place. Ils ne furent expulsés qu'entre 1240 et 1250, par Frédéric II du Saint-Empire[a],[1]. Très rapidement le sicilien reprend le pas sur le siqili, jusqu'à le faire disparaitre. Mais on retrouve sa trace sous la forme d'un fort enrichissement du vocabulaire sicilien.
- Arabe maltais. À la différence de la Sicile, l'archipel maltais est resté à l'écart de la romanisation, et la présence arabe durant quatre siècles[1] a permis de poser les bases de la langue maltaise. L'arabe maltais s'est transformé, à l'écart des autres dialectes arabes, et il a pris 60 % de son vocabulaire du sicilien et de l'italien. Le maltais reste aujourd'hui la seule langue vivante représentative de la famille des dialectes siculo-arabes.
Quelques mots siculo-arabes
| Siculo-arabe | Français |
|---|---|
| Babbaluciu | Escargot (arabe maghrébin : babbush) |
| Caponata | Caponata |
| Cassata | Gâteau |
| Gebbia | Citerne(arabe tunisien: gébia) |
| Giuggiulena | Graine de sésame (arabe tunisien : jeljlen) |
| Saia | Canal (arabe tunisien: saqya) |
| Tanura | Four (arabe: tennour) |
| Zaffarana | Safran (arabe tunisien: zaâfran) |
| Zagara | Fleur (arabe: zahra) |
| Zibbibbu | Raisins secs (arabe tunisien: Zbib) |
| Zuccu | Tronc |
| Bizeffe | Beaucoup (arabe algérien : bi-z-zâf : avec exagération, c'est-à-dire : beaucoup; l'arabe tunisien: barcha)) |
- alammiccu : tordu, tortueux, alambiqué (de al-ʾinbīq)
- burnia ou brunìa : jarre (de burniya)
- capu-raìs : chef de bande (de raʾīs : chef)
- cafisu : Contenant de mesure pour l'eau ou l'huile (de qafīz)
- carruba-carubba : fruit du caroubier (de kharrub)
- Dijina "religion"
- favara; source d'eau (de fawwara)
- Itriyya "vermicelles" donnera le mot sicilien tria, "macaroni".
- jarrusu-jarrusa : jeune efféminé ou fille de mauvaises mœurs (de ʿarusa, jeune mariée)
- Khaddam "laquais, domestique, valet".(arabe tunisien : khaddem : travailleur, ouvrier)
- maidda : table, établi (de mà'ida, table)
- M'dina "la ville" (arabe tunisien : m'dina : la ville arabe)
- mischinu : pauvre, mendiant (de miskīn)
- noria : roue hydraulique d'irrigation (de nàura, jaillissement)
- Qabâ' "tunique" donnera le mot sicilien cabbanu, "vareuse".
- sbernia : Manteau (de Bernia, Albernia, Burnous)
- sciàbbaca ou sciabbacheddu : arête de poisson (de šabaka)
- tannura : cuisine fabriquée en mortier (de tannūr, four)
- tùmminu : mesure agraire (de tumun, un huitième)
- vàḍḍara: hernie inguinale (de àdara)
- Zabad "mousse d'eau ou d'un autre liquide" (mot arabe)
- zabbara : agave (de ṣabbāra)
- zàgara : fleur de l'oranger (de zahra, fieur)
- zaccanu : étable à bestiaux (de sakan)
- zammù : anis étoilé (da zammut)
- zirru : recipient en terre cuite (de zir)
De ce dialecte sont nés en sicilien des mots qu'on ne peut comprendre que par le biais de l'arabe. En voici quelques exemples :
- Gaddemi "celui qui administre le bois à la chaudière pour cuire le ricotta" terme méprisant qui vient du siculo-arabe khaddam, "laquais, domestique, valet", proche de l'arabe libyen khadem, servante ou l'arabe égyptien khadam, servir.
- Santudina ! Interjection typiquement sicilienne, se traduit par « Sainte religion ! », le terme qui nous intéresse dans ce mot est le -dina ou -dena, il semble venir d'un terme siculo-arabe dina dérivé de l'arabe dinn : religion.
- Zabbina (le « z » se prononçant « ds », écrit autrefois zabina) « polenta », peut-être dérivé du mot sicilien zabbatina , « mousse que l'on obtient en faisant bouillir la ricotta » qui lui-même vient du siculo-arabe zabad, « mousse d'eau ou d'un autre liquide » ou de jban, « fromage » (jubn en arabe classique). Est-il à rapprocher du verbe jiabanna, "cailler, coaguler" mentionné par Dozy[2] ou du terme halib muggiaban, "lait (caillé sans feu) ? Après tout, ne trouvons nous pas en arabe libyen jébna, "lait caillé", et en égyptien, gibna, « fromage » ?[style à revoir]
Quelques toponymes siculo-arabes
Alcamo qui vient de Manzil alqama - "Station des Melons toxiques"? ou "Station des Fleurs de lotus"
Alcàntara : dérive d'al-qantar (arc ou pont, un toponyme identique est situé en Espagne)
Alia dérive de yhale (avenue, un toponyme identique est enregistré en Espagne)
Les toponymes dérivant de qalʾat (قَلْعَة) qui signifie château ou forteresse :
Calascibetta, Qal'at Sabita " Forteresse imprenable"
Calatabiano (qal'at Bayàn, château clair, incontournable)
Calatafimi qui vient de Kalt-al-Fimi, "Château d'Eufème"
Calascibetta, Qal'at Sabita " Forteresse imprenable"
Calatabiano (qal'at Bayàn, château clair, incontournable)
Calatafimi (château d'Euphemius)
Caltabellotta (Qalʿat al-Ballūṭ, château entouré de chênes)
Caltagirone, Qal'at Jiran : "Châteaux contigus"
Caltanissetta, Qal'at Nissa " Château des femmes "
Caltavuturo : Qal'at Abu Thawr " Château de l'émir Abu Thawr"
Marsala, qui vient de Marsa Allah - "Le Port d'Allâh" (Le Port de Dieu).
Marzamemi da marsa (port)
Ceux dérivant de gebel (montagne) Mongibello (surnom donné à l'Etna, la montagne), Gibellina,
Gibilmanna "Montagne regorgeant de manne", Gibilrossa de Jabal ra's (i.e. montagne principale)
Toponymes issus de rahl (hébergement, quartier, lieu de villégiature)
Racalmuto Rahl al Mawt littéralement " lieu de mort"
Regalbuto : lieu d'habitation d'Abbud (suzerain local)
Ragalna (lieu de villégiature d'Anna)
Regaleali qui vient de Rahal Ali - "La Ferme d'Ali"
Giarre, Giarratana de giarr (récipient ou pot en terre cuite)
Misilmeri, de Menzel-el-Emir (lieu de villégiature de l'émir)
Mezzojuso, par Menzel Yusuf (Lieu de villégiature de Yusuf)
Donnalucata, d'Ayn-Al-Awqat, littéralement "la source aux heures précises" : le géographe Al Idrissi aurait expédié une lettre au sultan stipulant avoir trouvé une source faisant surgir son eau cinq fois par jour, aux heures correspondant aux moments de la prière musulmane[3]
Mazara del Vallo, de Mazar (tombe, enterrement d'un homme pieux)
Textes relatifs à l'arabe sicilien
Le Tatqīf al-Lisān wa talqīḥ al-ǧanān d'Abū Ḥafṣ ʿUmar Ibn Ḫalaf Ibn Makkī al-Ḥamīrī al-Māzirī al-Ṣiqillī, traité écrit au XIe siècle afin de corriger les erreurs de langage des arabophones siciliens et correspondant à la tradition du lahn al-'āmmah (le solécisme). C'est un ouvrage de qualité qui apporte un vocabulaire précis reflétant la langue arabe parlée dans la Sicile médiévale par certaines populations ainsi que les écarts constatés par les grammairiens et lexicographes. L'écrivain y intègrera deux chapitres relatifs aux erreurs de récitation du Coran et aux erreurs de transmission de la tradition (hadith)
Henri Bresc, Arabes de langue, Juifs de religion : L'évolution du judaïsme sicilien dans l'environnement latin, XIIe-XVe siècles, 2001, Paris, Éditions Bouchène, 349 p.[4]
Roma, Loescher, 1910. Revue des langues romanes.
Personnages célèbres parlant l'arabe sicilien
Ibn Rashiq (1000-1070), célèbre linguiste arabe né à M’sila, alors sous domination du califat Fatimide. Il officia à Kairouan puis à Mahdia dans l’actuelle Tunisie mais il décida de s'enfuir en Sicile, sa situation devenant moins sûre en Ifriqiyya. Il figure sur les billets de 50 dinar tunisien.
Ibn Al Birr (Abû Bakr Muhammad Ibn Ali), lexicographe et philosophe arabe né en Sicile à la fin du Xe siècle. Il étudia à Alexandrie et à Mahdia en Tunisie, puis il revint sur l’île à la fin de la période kalbite, dernière dynastie arabe en Sicile et intimement liée aux Fatimides du Caire.
Ibn Hamdis (Noto 1056 - Majorque 1133), célèbre poète arabe également né en Sicile. Ayant étudié dans la ville de Palerme, il sera néanmoins contraint de quitter son île natale. En effet, la chute de l'émirat arabe des Kalbites en 1091, le conduira à fuir dans la région d’Al-Andalus où il finira sa vie.
Jawhar al-Siqilli (911-992 Le Caire), général arabe sicilien qui permit l’extension du califat fatimide en participant à la conquête de la totalité du nord de l'Afrique, ainsi qu’à celle de la Syrie et la Palestine, il est considéré comme le fondateur de la ville du Caire et de sa célèbre Grande mosquée al-Azhar.
