Simonne Monet-Chartrand
activiste et féministe québécoise
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Simonne Monet-Chartrand (née Monet) est une militante politique, féministe et syndicaliste québécoise née à Montréal le et morte à Richelieu le .
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Berthe Alain-Monet (d) |
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Michel Chartrand (de à ) |
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Issue des mouvements de jeunesse de l'Action catholique, elle se fait connaître au sein du Bloc populaire durant la Seconde Guerre mondiale. Féministe et socialiste, aux côtés de son mari Michel Chartrand, elle s'engage dans différents combats au nom de la défense des droits des femmes, des enfants et des travailleurs.
Elle a été l'une des principales porte-paroles de l'École des parents, organisme d'action sociale et communautaire, durant les années 1940 et 1950. Elle milite également aux côtés de Thérèse Casgrain contre l'utilisation de l'arme nucléaire et pour la paix dans le monde. Elle fait partie de la délégation de l'organisme Voix de femmes lors du congrès de la Fédération internationale démocratique des femmes à Moscou en 1963. Elle est l'une des cofondatrices de la Fédération des femmes du Québec en 1966.
De sensibilité socialiste, mais également nationaliste, durant la Révolution tranquille, elle s'éloigne du Parti social-démocratique (PSD, ancêtre du NPD) et rejoint le Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN). Par ses nombreux engagements, Simonne Monet-Chartrand est une figure majeure du féminisme au Québec au XXe siècle.
Biographie
Famille
Née Marie-Louise-Simonne Monet, elle est la deuxième enfant d'Amédée Monet (1890-1946) et d'Aurore-Berthe Alain (1892-1961). Elle grandit entourée de son frère aîné Roger (1917-1937) et de son frère cadet Amédée Junior (1926-1991)[1].
À la naissance de Simonne, la famille Monet était déjà active en politique depuis deux générations. Son père, Amédée, un avocat originaire de Saint-Rémi, a été député libéral de Napierville à l'Assemblée législative de 1918 à 1922, avant d'être nommé juge à la Cour des sessions de la paix à Montréal[2]. Le grand-père paternel, Dominique Monet, également avocat, a été député de Napierville et de Laprairie-Napierville à la Chambre des communes de 1891 à 1904. Il a aussi été député de Napierville à l'Assemblée législative, puis ministre pendant quelques mois dans le gouvernement de Simon-Napoléon Parent, avant d'être nommé protonotaire du district de Montréal en 1905. Il a ensuite été juge à la Cour supérieure de 1908 à 1923[3].
Sa mère, Aurore-Berthe, a suivi une formation en art dramatique, lettres et communication au Conservatoire Lassalle. Également une femme engagée, elle s'est fait remarquer par son militantisme ainsi que par son bénévolat auprès de l'hôpital pour enfants Sainte-Justine et de l'Institut des sourdes-muettes à Montréal[4].
Jeunesse et formation
Simonne Monet grandit dans un milieu aisé et pieux. Sa famille habite un temps dans un logement au 6726, rue Saint-Denis à Montréal, avant de déménager dans une maison du quartier plus cossu d'Outremont[5]. Durant toute son enfance, elle accompagne son père dans ses activités politiques et sociales. Elle le décrit comme un homme « de mœurs et d'idées avant-gardistes » qui cherchait à cultiver chez ses enfants le sens de l'autonomie, la confiance en soi et le courage de leurs idées. Élevée avec autant de considération que ses frères, dans ce milieu, Simonne Monet apprend ainsi très tôt à être à l'aise en public. Elle apprend également à conduire une automobile, afin de ne dépendre de personne. Elle sera même la conductrice de son père pendant plusieurs années, l'accompagnant à son bureau au Palais de justice de Montréal[6].
Simonne Monet effectue ses études primaires et secondaires au Pensionnat Marie-Rose des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, d'octobre 1926 à juin 1937. Elle y obtient un brevet d'institutrice[7].
Initiation au militantisme et études
Pendant ses études, elle devient militante de la Jeunesse étudiante catholique féminine (JECF). Comme tous les autres groupes de jeunesse d'Action catholique, la JECF est avant tout un mouvement. Officiellement dirigé par l'évêque de chaque diocèse, il est d'inspiration apostolique et a pour but de former des équipes de militants dans chaque école, pour organiser des activités de toutes sortes. La JECF accorde aux filles un statut égal à celui des garçons. Ainsi, elles n'étaient plus considérées comme de futures novices ou de futures épouses, mais comme de jeunes étudiantes. Curieuse d'esprit, dotée d'une aisance naturelle et portée par un esprit missionnaire, Simonne Monet milite pour une plus grande justice sociale. Dans ce but, elle s'engage aussitôt dans la défense des droits des femmes. Son tempérament de libre-penseuse allait de pair avec son désir de convaincre ses concitoyens et concitoyennes de s'organiser pour changer les choses[8].
En septembre 1937, elle entre à l'Institut des Sœurs de Notre-Dame-du-Bon-Conseil pour y suivre des cours d'action sociale[9]. L'enseignement de Sœur Marie Gérin-Lajoie, fille de Marie Lacoste Gérin-Lajoie, a une profonde influence sur son parcours. Celle-ci faisait le récit des combats menés par sa mère, Marie Lacoste-Gérin-Lajoie, Idola Saint-Jean, Thérèse Casgrain et des dizaines d'autres femmes pour obtenir le droit de vote, à une époque où seuls les hommes pouvaient voter aux élections québécoises[10]. Toutefois, au bout d'un mois, Simonne Monet éprouve un grand mal physique. Elle est contrainte d'abandonner ses cours. Un médecin lui diagnostique une tuberculose virulente. Elle quitte ainsi Montréal pour passer un long séjour dans un sanatorium des Laurentides, où elle restera pendant plusieurs mois. Son frère aîné Roger, également atteint de tuberculose, meurt à l'âge de vingt ans[11].
Guérie à la fin de mai 1938, Simonne Monet reprend ses études. N'ayant pas obtenu de diplôme lui permettant de poursuivre des études supérieures, elle décide alors de s'inscrire comme auditrice libre à l'Université de Montréal à l'automne 1938. Elle y suit des cours d'histoire de la littérature canadienne-française, de science politique et d'histoire du Canada. Elle est profondément marquée par les professeurs Guy Frégault et surtout l'abbé Lionel Groulx. Cet historien nationaliste aura une profonde influence sur son parcours. Elle suivra ainsi ses cours dans différents domaines, tout en continuant à militer[12].
Rencontre avec Michel Chartrand
Un soir, à la Palestre nationale (au coin des rues Cherrier et Saint-André à Montréal), une amie de Simonne lui présente Michel Chartrand. Militant du mouvement des Jeunesses indépendantes catholiques (JIC), Chartrand venait alors de commencer à travailler à l'imprimerie de son père tout en apprenant le métier de typographe chez les Frères des écoles chrétiennes[6]. Les deux jeunes gens commencent à se fréquenter. Cependant, les parents de Simonne désapprouvent son choix, jugeant que Chartrand n'est pas un bon parti. En effet, même s'il venait lui aussi d'Outremont, le jeune homme n'avait ni diplôme ni emploi prestigieux pour s'assurer une situation ou faire vivre une fille de milieu bourgeois. Afin de raisonner leur fille, les parents Monet envoient Simonne en pension chez une parente à Chicago, aux États-Unis. Elle y demeure un an. Toutefois, l'absence et l'éloignement ne feront que confirmer ses sentiments pour Chartrand. À son retour, Simonne, désormais âgée de vingt et un ans (âge de la majorité à cette époque), annonce à ses parents qu'elle préfère écouter son cœur plutôt que leurs raisons. Elle épousera Michel Chartrand, celui qu'elle considère comme l'homme de sa vie[13].
Solidaire du choix des parents Monet, le curé de la paroisse Saint-Germain d'Outremont refuse de célébrer le mariage du jeune couple. La cérémonie sera finalement célébrée par le chanoine Lionel Groulx, qui avait enseigné à Simonne Monet, mais aussi à Michel Chartrand[14]. Ils se marient le 17 février 1942 à la basilique Notre-Dame de Montréal. Simonne prend alors le nom de Simonne Monet-Chartrand[15].
Militantisme
Bloc populaire
En 1942, le Québec et le Canada s'affrontent sur la question de la conscription. Alors que le Canada anglais appuie largement le service militaire obligatoire lors du plébiscite sur la question, au printemps précédent, le Québec s'y oppose très largement, optant pour le service militaire volontaire. À l'automne suivant le plébiscite, le couple Monet-Chartrand aura l'occasion de faire ses premières passes d'armes en politique.
En octobre 1942, une élection partielle se tient dans la circonscription d'Outremont-Saint-Jean. Afin de venir chercher des appuis au Québec, le gouvernement fédéral de Mackenzie King présente un candidat vedette, le général Léo Richer Laflèche. Pour affronter ce candidat, le Bloc populaire, mouvement d'opposition à la conscription, se transforme en parti politique[16]. Le couple Monet-Chartrand participe à la création de ce parti et au choix de son candidat : un jeune avocat de vingt-six ans nommé Jean Drapeau. Le Bloc populaire récolte beaucoup d'appuis au sein de la population québécoise, en particulier chez ceux qui avaient appuyé Mackenzie King lors des élections fédérales précédentes, où il avait promis de ne pas imposer la conscription.
Cette campagne est marquée par une grande tension. Lors d'une assemblée libérale où elle tente de poser une question au général Richer Laflèche, Simonne Monet-Chartrand se fait chahuter par les partisans libéraux. Elle se fera sortir de la salle avec son ami Pierre Elliott Trudeau, venu pour l'accompagner, alors que Michel Chartrand était indisponible[17]. Sans argent ni organisation établie comme celle du Parti libéral, le Bloc populaire fait face à beaucoup d'épreuves. Durant la campagne, l'organisateur de Drapeau, Marc Carrière, est arrêté par la police pour avoir défié l'ordre d'enrôlement obligatoire. C'est ainsi que Michel Chartrand est choisi pour le remplacer. À ses côtés, Simonne Monet-Chartrand participe à la campagne. Toutefois, au scrutin, Jean Drapeau est battu à 7 765 voix contre 12 323 voix pour le général Richer Laflèche[18].
École des parents
Le , Simonne Monet-Chartrand donne naissance à son premier enfant : sa fille Micheline Chartrand. En janvier 1944, elle met au monde son deuxième enfant, Hélène. En mars, elle devient administratrice de l'École des parents, une association laïque fondée par René et Claudine Vallerand (connue plus tard sous le nom de Maman Fonfon)[19]. Cet organisme avait pour mission d'outiller les parents « afin de mieux défendre leurs droits face aux clercs qui contrôlaient le système scolaire franco-catholique et prétendaient être les premiers éducateurs des enfants[20] ». Elle organisait ainsi des débats et des conférences sur des sujets comme la petite enfance, la collaboration parents-enseignants et les problèmes conjugaux. Elle offrait également de l'information sur les nouvelles théories basées sur la psychologie moderne, ainsi que des cours dispensés par des médecins, infirmières, sociologues et psychologues[21],[22].
Enceinte d'un troisième enfant, tout en s'occupant de ses obligations familiales, Simonne Monet-Chartrand continue à militer sans arrêt. Bien qu'elle soit épuisée, elle n'écoute pas les conseils de son médecin qui lui conseille de ralentir ses activités, le surmenage finit par la rattraper. Au printemps 1944, elle fait une fausse couche. Rétablie, elle mettra au monde sa troisième fille, Marie-Andrée, en décembre suivant[23]. Pendant ce temps, son mari continue à travailler comme organisateur du Bloc populaire. Il participe notamment comme organisateur de la campagne d'André Laurendeau lors des élections québécoises de l'été 1944, puis comme candidat dans Chambly-Rouville lors des élections fédérales de juin 1945[24]. Malheureusement pour lui, il ne sera pas élu[25].
Le coût de l'engagement pour la justice sociale
En 1949, la grève de l'amiante éclate. Apprenant par les journaux l'ampleur de la répression subie par les travailleurs en grève, Michel Chartrand décide d'aller prêter main-forte aux grévistes. Il s'y rend en compagnie de ses amis Philippe Girard, Jean Marchand et Gérard Pelletier. À la suite d'un affrontement particulièrement violent, après avoir défié les ordres de la police, Chartrand se retrouve emprisonné avec d'autres. Cette expérience fera naître chez lui la vocation du syndicalisme par le biais de la CTCC. Pour Simonne Monet-Chartrand, les conséquences seront très différentes. Suivant les événements de loin, elle éprouve beaucoup d'angoisse durant cette période. Son mari étant incarcéré, elle n'aura de ses nouvelles que par la radio et les journaux. Laissée à elle-même pour s'occuper de sa jeune famille dans un climat de peur et d'incertitude, ces longues périodes d'isolement lui pèsent lourdement. Malgré sa patience, son dévouement et ses profondes convictions progressistes, elle dit s'être souvent sentie comme une « veuve de guerre[26] » durant cette période de sa vie.
Ce sentiment l'accompagnera lors d'autres grèves, notamment celle des travailleurs des papeteries affiliés à la CTCC à Shawinigan, Grand-Mère, La Tuque et Trois-Rivières en 1955 et celle de Murdochville en 1957. Elle trouvera néanmoins un sens en s'inspirant des organismes de charité comme la Saint-Vincent-de-Paul et en organisant des campagnes de dons, d'échanges et de partages de vêtements, de jouets, de sacs, de souliers et d'autres effets personnels pour venir en aide aux femmes des grévistes[27],[28].
À cette époque dite de Grande noirceur, les idées socialistes étaient largement perçues négativement en Amérique du Nord. Au Québec en particulier, hors de certains cercles intellectuels comme la revue Cité libre, le Rassemblement démocratique (groupe de réflexion mis sur pied par Pierre Elliott Trudeau et Pierre Dansereau) ou encore le CCF[Note 1], le socialisme n'arrivait pas à prendre racine.
Lors des élections fédérales de juin 1957, Michel Chartrand se présente comme candidat du CCF dans la circonscription de Longueuil. Aux élections suivantes en mars 1958, il se présente à nouveau comme candidat, cette fois dans Lapointe (Arvida). Lors de cette campagne, Simonne Monet-Chartrand rédige des textes et prononce des discours en faveur de son mari. Dans ces deux élections, Chartrand affronte une forte résistance et ne réussit pas à se faire élire. Malgré ces revers, Simonne Monet-Chartrand y fera la connaissance d'une autre militante féministe d'importance : Thérèse Casgrain[29].
Féministe et socialiste
Voix des femmes
Alors que la Révolution tranquille commence au Québec, en 1960, un groupe pacifiste et antinucléaire appelé Voix des femmes (VDF) est fondé. Son objectif est de convaincre les citoyens et les gouvernements de renoncer au recours à la violence et à la guerre dans les relations internationales, pour privilégier les négociations et la coopération. En 1961, une section québécoise de cet organisme est fondée par Thérèse Casgrain. Simonne Monet-Chartrand y adhère aussitôt et milite à ses côtés, avec la présidente de l'aile québécoise, Solange Chaput-Rolland. Lors des élections fédérales de 1962, Casgrain se présente comme candidate de la paix sous la bannière du Nouveau Parti démocratique, en préconisant la réduction des budgets d'armement et le retrait du Canada de l'OTAN. Malgré ses convictions et son charisme, la candidate est battue lors de cette élection. Elle se présente à nouveau lors d'une élection partielle en avril 1963, encore une fois, sans succès[30].
En juin suivant, alors que Michel Chartrand prend ses distances avec la CSN (ex-CTCC) pour se tourner vers son métier de typographe-imprimeur, Simonne Monet-Chartrand est choisie pour faire partie de la délégation officielle de VDF au congrès sur le désarmement se tenant à Moscou. Lors de ce congrès, elle rencontre des membres de divers groupes pacifistes d'Europe, d'Afrique et d'Asie. Malgré les idéaux légitimes qui la guidaient dans cet engagement, le voyage sera sévèrement critiqué par une partie de la presse québécoise, laissant entendre que le voyage de Monet-Chartrand avait été indûment payé par le Parti communiste afin d'influencer les débats[31].
En réalité, l'engagement de Simonne Monet-Chartrand pour la paix dans le monde s'inscrit dans son engagement de longue date contre le capitalisme et l'impérialisme. Bien qu'elle admette qu'une certaine violence soit légitime, notamment dans le cas des guerres de libération nationale, elle dit être « de l'école de Ghandi, de Lanza del Vasto, de David Thoreau ». Elle préfère ainsi la conciliation et la persuasion à l'usage de la force et de la violence[32].
Union des familles et Fédération des femmes du Québec
Durant cette même période, le Québec est secoué par un vent de réformes soufflant sur tous les domaines de la société. Une question en particulier devient incontournable : celle de la condition féminine. Active au sein de l'École des parents et de l'Union des familles (organisme de bénévolat et d'aide communautaire) depuis plusieurs années, Simonne Monet-Chartrand fait face à beaucoup d'opposition de la part des curés dans ses recommandations en vue de l'égalité des sexes et des salaires, de l'enseignement mixte et gratuit au niveau secondaire, et de l'accès des filles aux études collégiales et universitaires[33].
Souhaitant voir les femmes occuper un plus grand rôle dans les prises de décisions, sous l'influence de Thérèse Casgrain, elle est recrutée en 1966 pour fonder un nouvel organisme qui marquera un tournant dans sa carrière : la Fédération des femmes du Québec (FFQ). Ce nouvel organisme vise à rassembler toutes les femmes, « sans distinction de race, d'origine ethnique, de couleur ou de croyance » (et de tendance politique), afin de coordonner leurs actions[34]. Dès sa création, la FFQ regroupe une trentaine d'associations représentant plus de 200 000 femmes. Bien qu'elle vise dans un premier temps à informer surtout le grand public sur la condition féminine, la Fédération ne se contente pas d'être une simple courroie de transmission pour les revendications du mouvement féministe; elle vise à intervenir dans toutes les discussions touchant à des sujets pouvant intéresser les femmes. La FFQ propose ainsi une série d'objectifs aux entreprises, aux syndicats et aux partis politiques, afin de revoir (entre autres) la distribution des allocations familiales, la formation professionnelle offerte aux femmes pendant et après l'éducation des enfants, les lois sur l'égalité salariale, les amendements au Code civil du Québec (afin de reconnaître à la femme mariée sa pleine capacité juridique et son autorité parentale), ainsi que la sécurité d'emploi pour les employées à temps partiel et pour les femmes de plus de 50 ans[35].
Autre fait majeur, dès sa création, la Fédération réclame aussi la tenue d'une commission d'enquête sur la condition féminine. Son travail de mobilisation mènera à la création de la Commission Bird en février 1967. Cette commission fédérale mènera une enquête complète sur la condition de la femme. Dans le cadre de cette commission, Simonne Monet-Chartrand présente un mémoire sur cette question au nom de l'Association féminine d'éducation et d'action sociale (AFEAS)[36]. Ce mémoire contribuera au rapport final publié en septembre 1970, avec plus de 167 recommandations pour établir l'égalité entre les hommes et les femmes dans la société[37]. Ce rapport sera à l'origine de la création du Conseil du statut de la femme du Québec, en juillet 1973[38].
Indépendantiste
Cheminement vers l'indépendance par la gauche
Autrefois membre du CCF (devenu ensuite Parti social-démocratique, ancêtre du NPD), durant les années 1960, Simonne Monet-Chartrand se joint au Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN). Appuyant son mari dans ses activités au Parti socialiste du Québec, elle se joint ensuite au Mouvement souveraineté-association (MSA), puis au Parti québécois (PQ) dès sa fondation en 1968. Pour résumer son cheminement politique, elle écrit dans son autobiographie :
« À la fois indépendantiste et socialiste (Parti socialiste du Québec), j'ai toujours entretenu des liens précieux avec des groupes féminins et féministes radicaux : j'ai milité au sein de groupes de défenses de défense des droits civiques tant au Québec que dans l'ensemble du Canada. Dilemme? Paradoxe? Plusieurs y ont vu une attitude politique paradoxale, pour moi, c'est une attitude d'ouverture et d'équilibre. Peut-être, ma seule particularité serait-elle d'être extrêmement sensibilisée et consciente des problèmes qui m'entourent, tout en demeurant confiante dans les solutions à découvrir, tant au niveau des membres de la base qu'aux exécutifs des fédérations »[39].
À cette mouvance s'oppose notamment le gouvernement unioniste de Jean-Jacques Bertrand. Nationaliste et fédéraliste, le premier ministre Bertrand s'opposait à l'indépendance du Québec, prônant plutôt le statu quo constitutionnel. Dans cet ordre d'idée, ce même gouvernement présente à l'automne 1969 le projet de loi 63. Ce projet de loi vise à offrir le libre choix de la langue d'enseignement partout au Québec. Ainsi, l'apprentissage du français devient facultatif, ouvrant la voie à une anglicisation massive des allophones[40].
Simonne Monet-Chartrand trouve cette loi inacceptable. Son mari en pense tout autant. Il devient l'un des principaux porte-paroles du mouvement d'opposition à cette loi. Le mouvement a pour nom le Front du Québec français (FQF)[41]. Son opposition prend vite une tournure polémique. Il dénonce l'attitude « grossière » du ministre de la Justice Rémi Paul. Pour cette affirmation, Chartrand se voit arrêter et accusé de sédition. Répétant ses propos sans nuance, en novembre, il est condamné pour outrage au tribunal[42]. La tension entourant les débats sur cette loi mène également à l'adoption d'une loi d'exception à Montréal, interdisant toute manifestation et assemblée dans les places publiques. Cette loi provoque une vague d'indignation au sein de la jeunesse et des milieux militants, en particulier chez les syndicalistes, les artistes et les indépendantistes, contre le président du comité exécutif de la ville de Montréal Lucien Saulnier et le maire Jean Drapeau[43].
Des manifestations sont organisées en défiance de la loi d'exception. Le 11 décembre, Simonne Monet-Chartrand participe à l'une de ces manifestations. Elle se fait arrêter avec un groupe de 95 manifestants, comprenant la comédienne Hélène Loiselle, la journaliste Claude-Lyse Gagnon et la chanteuse Pauline Julien. Ces dernières sont mises dans une même cellule au quartier général de la police. Elles seront libérées après avoir payé 50 $ pour « avoir entravé le travail des policiers »[44].
Crise d'Octobre
En octobre 1970, le diplomate britannique James Richard Cross et le ministre du Travail Pierre Laporte sont enlevés à leurs domiciles par des membres du Front de libération du Québec (FLQ). Le 15 octobre, une foule de plus de Modèle:Formatnunm:3000 personnes (en grande partie des étudiants) se rassemble au centre Paul-Sauvé, en appui au manifeste du FLQ, lu à la télévision de Radio-Canada quelques jours auparavant. Lors de ce rassemblement, Michel Chartrand s'adresse à la foule[45]. Dans la nuit du 15 au 16 octobre, la Loi sur les mesures de guerre est votée. Les libertés civiles sont alors suspendues. Le 16 octobre, à 5 h du matin, Michel Chartrand est arrêté par deux agents police. Simonne Monet-Chartrand assiste à la scène, impuissante. Élevée dans un milieu juridique, ces interventions policières lui semblaient tout à fait injustifiées. Elle demeurera sans nouvelles de lui pendant vingt et un jours[46].
Travaillant également comme pigiste à Radio-Canada à cette époque, Simonne Monet-Chartrand se fait annoncer que son contrat avec la société d'État est résilié. Tous les rôles lui donnant une place au générique des émissions lui sont retirés, sauf celui de documentaliste[47].
Le 12 novembre, Michel Chartrand obtient l'autorisation de communiquer avec son épouse. Il demeure incarcéré en attendant la tenue de son procès, accusé de « conspiration séditieuse et complicité avec le FLQ[48] ». Prenant la défense de son mari, mais aussi des autres prisonniers qu'elle juge injustement emprisonnés, Simonne Monet-Chartrand prononce des discours sur différentes tribunes médiatiques et publiques, un peu partout au Québec, ainsi que dans des universités du Canada anglais. Après des mois d'attentes et d'audiences riches en rebondissements, le 16 février 1971, Michel Chartrand est finalement acquitté et libéré. Il a été incarcéré pendant quatre mois[49].
Centrale de l'enseignement du Québec (CEQ) et Ligue des droits de l'homme
En 1972, Simonne Monet-Chartrand est embauchée à la permanence du Syndicat des enseignants de Champlain (SEC) affilié à la Centrale de l’enseignement du Québec (CEQ). Elle agit aussi comme coordonnatrice de l’information au journal Le Champlain des quelque 5 400 enseignants de la Rive-Sud de Montréal. Elle avait proposé et obtenu de son employeur de chercher à développer l’entraide avec les autres centrales de la Rive-Sud, particulièrement lors de négociations et de grèves; les contacts avec différents groupements populaires de la région comme les comités d’école et les groupes de parents ont aussi fait partie de son mandat[50].
À partir de 1975, elle quitte le Syndicat des enseignants de Champlain pour devenir directrice générale adjointe de la Ligue des droits de l'Homme. Afin d’alimenter la réflexion et l’action directe auprès des citoyens et des médias, elle consacre ses priorités aux revendications pour les assistés sociaux, les femmes domestiques, les immigrants, les mères célibataires ou monoparentales, les détenus, les personnes handicapées et autres catégories de personnes démunies. Notamment, en septembre 1976, elle intervient avec succès afin qu’une famille tzigane yougoslave, emprisonnée par les forces de l’ordre à la prison maritime pour être entrée au Canada sans passeport trouve liberté et hospitalité. En 1978, elle obtient de l’assemblée générale annuelle que l’organisme porte désormais le nom de Ligue des droits et libertés[51].
Dernières années
Dans les années 1980, Simonne Monet-Chartrand se consacre à l'écriture d'une autobiographie intitulée Ma vie comme rivière. Se divisant en quatre tomes publiés de 1981 à 1992, rassemblant des notes personnelles, des archives écrites et iconographiques s'échelonnant sur plusieurs décennies, cet ouvrage constitue une riche source sur la vie de la militante. Elle coécrit également Pionnières québécoises et regroupement de femmes, un ouvrage en deux tomes consacrés à la vie de pionnières ayant marqué la société québécoise, depuis le début de la colonie jusque dans les années 1990[52],[53],[54].
Souffrant d'un cancer du pancréas et du foie, Simonne Monet-Chartrand s'éteint paisiblement le 18 janvier 1993 à sa demeure de Richelieu, en Montérégie[55].
Vie privée
Elle fréquente Michel Chartrand à partir de 1937. Elle l'épouse à la chapelle du Sacré-Cœur de l'église Notre-Dame de Montréal, le 14 février 1942. Sept enfants sont nés de leur union :
- Micheline Chartrand (née le 11 mars 1943)
- Hélène Chartrand (née le 30 janvier 1944)
- Marie-Andrée Chartrand (née le 8 décembre 1944 et morte accidentellement le 3 mars 1971)[56]
- Alain Chartrand (né le 1er février 1946)
- Suzanne Chartrand (née le 3 janvier 1948)
- Madeleine Chartrand (née le 21 avril 1953)
- Dominique Chartrand (né le 9 juillet 1954)[57]