Société des travailleurs arabes de Palestine
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Shakeeb Dallal, Sami Taha (en) |
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| Idéologie |
La Société ou Association des travailleurs arabes de Palestine (Jam'iyyat al-'Ummal al-'Arabiyya al-Filastiniyya, arabe : جميعة العمّال العربية الفلسطينية, acronyme anglophone PAWS) est un syndicat créé en 1925. C’est le principal syndicat arabe à l’époque du mandat britannique sur la Palestine (1923-1948), dont le siège était à Haïfa[1].
Il n’y a pas de tradition syndicale en Palestine. Une loi ottomane de 1909 autorise les associations de secours mutuel, sans plus[2].
La syndicalisation ne commence que dans les années 1920, avec l’existence de concentrations suffisamment importantes de travailleurs ayant un emploi suffisamment stable, comme dans les chemins de fer de Palestine. Les employés du chemin de fer ont l’occasion de rencontre des collègues égyptiens sur la ligne Haïfa-Le Caire, déjà syndiqués. L’exemple des travailleurs juifs qui se syndiquent à l’Histadrout joue aussi son rôle, ainsi que son fonctionnement excluant : après avoir tergiversé plus d’un an avant d’accepter de syndiquer les travailleurs arabes, elle les accepte, tout en réservant les postes de direction aux juifs, pourtant minoritaires. Cela conduit à la création du comité fraternel des travailleurs des Chemins de fer de Palestine en 1923. Ils demandent aux autorités britanniques le droit de créer un syndicat, droit accordé seulement deux ans plus tard[2]. Du côté arabe, les tentatives d’organisation des travailleurs, que ce soit avec le patronage des notables comme à Naplouse, ou sur l’impulsion du parti communiste, ont toutes fait long feu. De par leur manque d’organisation, la plupart des grèves des années 1920 dans le monde arabe échouent[3].
Création et premier congrès
La société est donc officiellement créée le 21 mars 1945[2].
La société des travailleurs arabes de Palestine est inactive jusqu’à janvier 1930, quand elle organise son premier congrès national à Haïfa[4]. L’organisation est partie d’une initiative individuelle d’un travailleur de Haïfa appelant « à une conférence publique pour s’attaquer aux problèmes de la classe laborieuse arabe en Palestine », à la fin de la révolte d’al-Bouraq[2].
Soixante-et-un délégués, représentant 3000 syndiqués, étaient présents. La moitié venait d’Haïfa même, et la moitié des délégués d’Haïfa représentaient les travailleurs du rail, base principale du syndicat[4]. D’autres contingents venaient de Jérusalem, Jaffa, Acre, Nazareth, Lydda et Shafa Amr[2],[3]. Le congrès se tient dans les locaux de la société de la jeunesse musulmane[3]. Si un certains nombres de travailleurs mobilisés appartenant ou sympathisant avec le Parti communiste de Palestine (en) apportèrent leur aide pour l’organisation du congrès, le syndicat restait largement sous le contrôle des syndicalistes les plus conservateurs et non-communistes qui ont fondé le syndicat en 1925[4]. Si la plupart des délégués étaient des travailleurs, il y avait aussi des patrons, des intellectuels et des leaders nationalistes[3]. Le congrès prend la résolution de construire un mouvement de travailleurs à l’échelle du pays, ayant pour mission de mener la lutte pour améliorer les salaires et les conditions de travail des travailleurs arabes, et de défendre leurs droits. Il déclare aussi s’opposer à l’immigration juive et au sionisme et soutenir l’indépendance de la Palestine en tant qu’État arabe. En réponse aux efforts sionistes pour s’assurer un grand pourcentage des postes dans l’administration, sur la base du fait que les Juifs paient un part disproportionnée des impôts, le congrès appelle le gouvernement de Palestine à réserver aux Arabes une part des emplois dans la fonction publique proportionnelle à la part des Arabes dans la population[4]. Ce premier congrès n’est cependant pas un grand départ du mouvement des travailleurs. La Société des travailleurs palestiniens est largement incapable de se développer effectivement à l’échelle du pays, et reste les années suivantes essentiellement concentrée à Haïfa et dans le secteur ferroviaire. Il a cependant fait ressentir à certains dirigeants de l’Histadrout la nécessité d’avoir un programme cohérent tourné vers les travailleurs arabes[4]. Le mouvement sioniste a également tenté de discréditer le congrès, comme nationaliste, réactionnaire et manipulé par Moscou[3].
Années 1930 et Seconde Guerre mondiale
L’activité syndicale arabe diminue après 1936 et la grande révolte de Palestine, marquée notamment par l’assassinat de Michel Mitri, de la société des travailleurs arabes, à Jaffa en décembre 1937 (dont l’assassin n’a jamais été retrouvé) et l’arrestation de plusieurs de ses membres[2].
Sami Taha (en) en est le secrétaire général à partir de 1937. La Seconde Guerre mondiale transforme la Palestine en base arrière de l’armée britannique, qui industrialise le pays pour s’approvisionner en équipement nécessaire. À partir de 1942, un certain renouveau syndical a lieu, et des sections syndicales sont formées à Jaffa, Nazareth, Bethléem, Ramla, Tulkarem et al-Majdal. Des efforts sont fait pour syndiquer les travailleurs des camps britanniques. Les effectifs sont estimés à 5000 syndiqués par le gouvernement, et annoncés à 30 000 par le syndicat[2]. La société des travailleurs arabes proteste contre la politique de discrimination salariale entre Arabes et Juifs, continue de revendiquer l’emploi de fonctionnaires arabes et demande l’autorisation d’un journal sur le sort des travailleurs arabes : un programme moins avancé que celui de la Fédération des syndicats et organisations du travail arabe, proche des communistes. Elle refuse aussi de se rapprocher de cette fédération, ce qui bloque toute unification des mouvements de travailleurs arabes[2]. Les communistes et sympathisants membres de la société s’opposent au secrétaire général Sami Taha sur la question de la désignation des représentants au congrès mondial de syndicats, ce qui provoque le retrait des sections de Jérusalem, Jaffa et Gaza de la conférence de Naplouse, en août 1945, puis à son rapprochement avec la fédération et d’autres organisations de travailleurs, qui créent le congrès des travailleurs arabes de Palestine[2].
De 1945 à la Nakba
La Société ne souffre pas trop de ces départs, d’autant que le Haut Comité arabe la reconnait comme seule représentante des travailleurs arabes, et grâce au soutien du parti travailliste britannique. Le congrès d’août 1946 s’engage dans une voie politique, pour former un parti des travailleurs, sur une ligne réformiste. La Société change aussi de nom pour Conseil des syndicats[2].
En janvier 1947, le Haut Comité arabe approuve la présence de Sami Taha à la conférence de Londres de 1946-1947 (en), sur l’avenir de la Palestine après la fin du mandat britannique. À la convention d’août 1947, la Société/Conseil des syndicats décide d’envoyer un télégramme aux Nations unies pour exiger l’indépendance et rejeter la partition envisagée de la Palestine. Considérant que Taha a dépassé son rôle, et après des refus répétés de Taha d’obéir aux exigences du Haut Comité arabe (HCA), dominé par les al-Husseini et les loyalistes, il est assassiné le 11 septembre 1947, sur l’ordre de Hadj Amin al-Husseini, grand mufti de Jérusalem[4],[5],[2].
En 1945, John Asfour assiste à la World Trade Union Conference (en) à Londres en tant que représentant de la société[6].