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Solitude (vers 1772-1802)

femme condamnée sous Bonaparte, durant la rébellion de 1802 From Wikipedia, the free encyclopedia

Solitude, de son prénom Rosalie, née vers 1772 en Guadeloupe et morte le sur la même île, est femme métisse (« mulâtresse ») devenue une figure historique incarnant a posteriori la résistance des esclaves noirs luttant contre le rétablissement de l'esclavage en 1802. À la suite de l'échec du mouvement de résistance de Louis Delgrès face aux forces coloniales, elle est condamnée à mort à l'âge de 30 ans.

Nom de naissance
Rosalie
Surnom
La Mulâtresse SolitudeVoir et modifier les données sur Wikidata
Faits en bref Naissance, Décès ...
Solitude
Monument dédié à Solitude à Bagneux.
Biographie
Naissance
Décès
Nom de naissance
Rosalie
Surnom
La Mulâtresse SolitudeVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité
Statut
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Biographie historique

Solitude a bien une historicité, mais la seule source écrite la concernant tient en une quinzaine de lignes dans l'Histoire de la Guadeloupe publiée en 1858 par Auguste Lacour (1805 ?-1869)[1], un créole blanc de Guadeloupe, issu d'une riche famille urbaine de la Basse-Terre[2]. Le reste de sa biographie a été romancé.

On ne sait ni son année de naissance, ni sa condition avant 1794 (libre de couleur ou esclave). Participant, avec beaucoup de virulence, à la révolte des esclaves alors qu'elle est enceinte, elle est capturée au camp de Palerme à Dolé à une date inconnue (postérieure au 22 mai 1802 ?)[3], puis exécutée au lendemain de son accouchement. L'exécution ayant eu lieu le [4], on en déduit que l'enfant, dont on ne connaît pas le sexe, est né le . Les modalités de l'exécution ne sont pas connues (pendaison ?)[5].

On ne sait toutefois pas si Lacour, historien de la Guadeloupe, a utilisé un document écrit, aujourd'hui disparu (par exemple un bref rapport), ou s'il a transcrit un témoignage oral[6] :

« On a vu que les femmes et les enfants arrêtés sur les habitations avaient été envoyés à Palerme[7]. Ces prisonniers d’un genre tout nouveau étaient au nombre de quatre-vingts. Leur existence, depuis leur arrestation, avait été affreuse. Il ne se passait pas d’instant qu’ils n’entendissent débattre la question de leur vie ou de leur mort. Le mulâtre Jean-Christophe insistait pour qu’on les fusillât, disant faussement que ce seraient de justes représailles ; que là où les blancs dominaient, c’était le sort qu’ils faisaient subir aux femmes de couleur. Les négresses et les mulâtresses surtout se montraient acharnées contre les femmes blanches. La mulâtresse Solitude, venue de la Pointe-à-Pitre à la Basse-Terre, était alors dans le camp de Palerme. Elle laissait éclater, dans toutes les occasions, sa haine et sa fureur. Elle avait des lapins. L’un d’eux s’étant échappé, elle s’arme d’une broche, court, le perce, le lève, et le présentant aux prisonnières : « tiens, dit-elle, en mêlant à ses paroles les épithètes les plus injurieuses, voilà comme je vais vous traiter quand il en sera temps ! ». Et cette malheureuse allait devenir mère ! Solitude n’abandonna pas les rebelles et resta près d’eux, comme leur mauvais génie, pour les exciter aux plus grands forfaits. Arrêtée enfin au milieu d’une bande d’insurgés, elle fut condamnée à mort ; mais on dut surseoir à l’exécution de la sentence. Elle fut suppliciée le 29 novembre après sa délivrance. »

Biographie romancée

En 1877, le romancier Gustave Aimard avait inventé un parcours à Solitude en faisant d'elle, sans fondement, et en déphasage complet avec le contexte historique, la maîtresse du général Richepance[8].

La partie connue et historique de la biographie de Solitude est donc extrêmement succincte. Son personnage est tiré de l'oubli et popularisé par André Schwarz-Bart, qui dans son roman La Mulâtresse Solitude (1972) a largement extrapolé les quelques éléments qu'il extrait du livre de Lacour cité plus haut, en le complétant avec des informations générales issues de livres sur la Guadeloupe de l'époque, notamment La Guadeloupe d'Henri Bangou et La Guadeloupe d'Oruno Lara (en)[9]. Les situations décrites sont avérées, comme notamment la « pariade », une pratique qui consistait à livrer les femmes esclaves aux marins blancs, souvent ivres, avant l’arrivée à quai des navires négriers[10].

Le qualificatif de « mulâtresse » est souvent accolé à son nom, selon le vocable colonial dégradant qui servait à désigner une personne métisse[11],[12]. Ce terme injurieux et méprisant, utilisé par les négriers et les colons, est imaginé par les esclavagistes, notamment par Moreau-de-Saint-Méry, pour exprimer à quel point les personnes résultant d'alliances entre Européens et Africains sont contre-nature et méprisables. Le terme « mulâtre » tire son origine de celui de « mulet », qui sont des animaux stériles produits de la saillie d’une jument et d'un âne[13].

Naissance et esclavage

Tous les éléments qui suivent concernant Solitude sont inventés par André Schwarz-Bart.

Née vers 1772, Rosalie (qui se surnommera Solitude plus tard) est la fille de Bayangumay, captive africaine, violée par un marin blanc sur un navire négrier[14] qui la déportait aux Antilles.

Solitude est séparée de sa mère lorsqu'un colon remarque qu'elle a la peau et les yeux clairs ; il l'assigne en tant que domestique de maison, catégorie dite supérieure dans la hiérarchie des esclaves[15]. Quand l'abolition de l'esclavage est décrétée en 1794, elle intègre une communauté marronne de Guadeloupe[16], installée à Goyave et dirigée par Moudongue Sanga[15],[17].

Résistance anti-esclavagiste

Début , au moment de la Révolution française, des troubles et des émeutes agitent la Guadeloupe. Louis XVI est exécuté et la Terreur se répercute dans les Antilles. Des familles de planteurs, ainsi que des membres du clergé, sont exécutés ou en fuite. Les résistants, anciens esclaves, forment des communautés marronnes. Le , la Convention montagnarde abolit l’esclavage (décret du 4 février 1794) et fait de tous les hommes peuplant les colonies des citoyens français jouissant des mêmes droits.

Huit ans plus tard, Napoléon Bonaparte et le puissant lobby colonial[18], avec à sa tête Cambacérès, deuxième consul, et Talleyrand, ministre des Relations extérieures[12], chargent le général Antoine Richepance de mater toute rébellion et de rétablir l'esclavage en mettant les résistants aux fers. Le , 4 000 soldats, membre du corps expéditionnaire de la force coloniale débarquent à Pointe-à-Pitre[12],[19]. Six jours plus tard, le , le colonel d'infanterie abolitionniste et intellectuel d'origine martiniquaise[19] Louis Delgrès lance un appel à la résistance et publie une proclamation intitulée À l'Univers entier, le dernier cri de l'innocence et désespoir. La loi sur la traite de noirs et le régime des colonies du remet en cause l'abolition[20]. Elle est suivie par le rétablissement de l’esclavage, qui est officialisé en Guadeloupe par l'arrêté consulaire du 27 messidor an X (), signé par Napoléon Bonaparte[21].

Solitude se rallie à l'appel de Louis Delgrès et combat à ses côtés pour la liberté. Enceinte de trois mois de son compagnon Maïmoun[22], résistant marron récemment déporté d’Afrique, qui combat avec elle, et armée d’un pistolet, elle participe à tous les combats, tout comme Marthe-Rose, la compagne de Louis Delgrès[19].

Au bout de plusieurs jours de combat, les forces coloniales acculent trois cents résistants dans l'habitation fortifiée d'Anglemont, à Matouba[21] et mènent un siège violent[19]. Le , tout espoir perdu, Louis Delgrès fait truffer le bâtiment de barils de poudre. Lorsque l’armée y pénètre, le , le bâtiment explose. Parmi les trois cents résistants retranchés, quelques-uns survivent, parmi lesquels Solitude. Arrêtée, elle est condamnée à mort et emprisonnée et condamnée à mort. Toutefois, elle n'est pas exécutée en même temps que les autres survivants, en raison de sa grossesse[19]. En effet, les colons souhaitent qu'elle accouche avant de la mettre à mort, afin de vendre son enfant à un propriétaire esclavagiste[22]. Elle met au monde un garçon, le [19]. Les sources indiquent qu’elle est « suppliciée » le lendemain, le [21].

Mémoire et hommages

Carrefour aux Abymes.
Jardin Solitude, à Paris.

Notes et références

Voir aussi

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