Tamazight de Djerba

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Tamazight de Djerba
eddwi jjerbi, tadjerbit
Pays Tunisie
Typologie VSO
Classification par famille
Codes de langue
ISO 639-2 afa
Glottolog jerb1241
Carte
Image illustrative de l’article Tamazight de Djerba
Parlers du groupe zénète de l'Est, auquel appartient le tamazight de Djerba.

Le tamazight de Djerba, chelha de Djerba, djerbi ou djerbien (en berbère : eddwi jjerbi ou tadjerbit) est une langue berbère zénète de l'Est, parlée sur l'île de Djerba, en Tunisie[1],[2]. C'est une composante de ce qu'on désigne régulièrement comme chelha tunisien, au sud du pays.

Le tamazight de Djerba appartient au groupe des langues zénètes de l'Est, auquel appartiennent également les autres parlers berbères de Tunisie ainsi que celui de la ville de Zouara, en Libye[3].

Répartition géographique

À la fin du XIXe siècle, le tamazight (ou berbère) paraît encore bien implanté et parlé dans l'île. On peut alors relier assez facilement le dialecte de Djerba aux autres zones berbérophones du Maghreb, ainsi que permettent de le penser les travaux d'Adolphe de Calassanti Motylinski ou ceux de René Basset (père d'André Basset).

C'est pourtant à cette époque qu'un premier recul statutaire important du berbère commence, à Djerba et plus généralement à travers le Maghreb. Différents facteurs expliquent un tel processus, comme l'a souligné le sociolinguiste Francis Manzano. La réflexion implique à la fois le français et l'arabe. Elle dépasse également la seule Tunisie en suggérant une réflexion d'échelle pan-maghrébine[4],[5].

D'une part, le français a de mieux en mieux touché les populations rurales dès la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Ceci a concerné de nombreux hommes de Djerba, au contact direct des rouages francophones par le biais du travail et surtout du commerce, activité importante des nombreux migrants djerbiens, kabyles (Algérie) et chleuhs (Maroc) par ailleurs. En même temps, la scolarisation coloniale (bien qu'avec des lacunes), combinée aux nouvelles nécessités administratives, a de mieux en mieux touché les jeunes de l'île[6]. La conscription (de plus en plus importante, avec les deux guerres mondiales qui allaient suivre), a également favorisé l'apprentissage grandissant du français par les hommes. Cette langue commençait donc à jouer le rôle d'une nouvelle koinè au moment où le Maghreb dépendait fortement de la France métropolitaine et de l'empire colonial français.

Au XIXe siècle, l'influence de l'arabe dialectal est limitée aux zones géographiques de contact entre zones rurales berbères et secteurs plutôt urbains à population arabophone. C'est, paradoxalement, la colonisation (ou les protectorats français) qui ont permis à la langue arabe de bénéficier de nouveaux canaux de diffusion et de pénétration au sein du continuum berbère. En outre, la qualité de langue écrite de l'arabe en a également favorisé la diffusion. La lutte anticoloniale imposait en effet le recours à une langue écrite opposable au français, chose impossible pour le berbère, à cette époque du moins. Bien entendu, le fait que l'arabe soit étroitement associé au culte musulman a également été un facteur de progression, car cela faisait de l'arabe la langue principale de la riposte identitaire au sein des élites régionales. Tous ces faits, accumulés et amplifiés, ne pouvaient donc que fragiliser la langue berbère et préparer le paysage sociolinguistique actuel.

De ce processus complexe, il a résulté que le tamazight de Djerba était parlé au cours du XXe siècle dans six localités principales du sud et de l'est de l'île[1] :

  • Guellala : forte présence du berbère ;
  • Cedriane : disparition du berbère au cours du XXe siècle[7] ;
  • Mahboubine : disparition du berbère au cours du XXe siècle[7] ;
  • Sedouikech : fort recul du berbère au cours du XXe siècle[8]
  • El May : disparition du berbère au XXe siècle[7] ;
  • Ajim : fort recul du berbère au cours du XXe siècle[8].

En raison du manque de données statistiques linguistiques et de la politique d'arabisation des régimes de Habib Bourguiba puis de Zine el-Abidine Ben Ali, les informations récentes sur les parlers berbères de Tunisie et leur situation actuelle sont imprécises. On est mieux renseigné sur l'état et les réalités des communautés berbérophones de l'île durant la première moitié du XXe siècle, par les travaux généralistes de René Stablo et ceux du dialectologue André Basset. Mais il faut ensuite attendre la fin de la décennie 1960 pour que différents linguistes et sociolinguistes reprennent des observations sur les pratiques langagières du berbère ou chelha tunisien de Djerba, alors que la linguistique et la sociolinguistique se répandaient activement en Tunisie.

L'ensemble de la documentation souligne une langue en recul, peu ou pas corrélée à une conscience identitaire collective positive. C'est, dans la plupart des cas, une langue minorisée, voire stigmatisée, et non appuyée par les institutions ou la culture générale de l'État.

Caractéristiques

Du recul à la « mort de la langue »

Annexes

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