Meninx

site archéologique en Tunisie From Wikipedia, the free encyclopedia

Meninx est un site archéologique tunisien situé sur la côte sud-est de l'île de Djerba, au débouché de la voie qui la relie au continent. Il s’étend sur deux kilomètres de long et huit cents mètres de large, une partie ayant probablement été submergée par la mer.

Faits en bref Localisation, Pays ...
Meninx
Image illustrative de l’article Meninx
Aperçu des ruines de la basilique de Meninx.
Localisation
Pays Drapeau de la Tunisie Tunisie
Gouvernorat Médenine
Région Djerba
Coordonnées 33° 41′ 09″ nord, 10° 55′ 20″ est
Géolocalisation sur la carte : Djerba
(Voir situation sur carte : Djerba)
Meninx
Meninx
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Il s'agissait à l'origine d'un comptoir commercial fondé par les Phéniciens. La cité a connu son apogée à l'époque romaine, lorsqu'elle est devenue le chef-lieu de l'île. La vie se poursuit dans la ville jusqu'à l'époque byzantine, au VIe siècle.

Témoignages anciens

Il semble que le premier nom de la ville remonte à Menis, un nom qui pourrait faire référence à la rareté de l'eau sur l'île, avant de se transformer sous l'influence grecque en Meninx (Μῆνιγξ), en accord avec un mot signifiant « la membrane »[1].

La ville est mentionnée dans les écrits de plusieurs géographes et historiens anciens[2],[3]. L'île de Meninx apparaît dans un grand nombre de sources grecques et latines depuis l'époque homérique.

Homère (VIIIe siècle av. J.-C., Ionie) raconte qu'Ulysse et ses hommes accostent au pays des Lotophages, où les habitants leur offrent le lotos qui fait oublier tout à celui qui la mange. Ulysse doit alors ramener ses hommes de force aux navires pour éviter qu'ils ne restent là pour toujours[4].

Scylax (VIe siècle av. J.-C., Carie) mentionne une île appellé Brachion (Βραχείων) qui a une longueur de trois cents stades, et une largeur un peu moindre ; elle est distante du continent d’environ trois stades. Sur l’île pousse le lotus, que l’on mange, et un autre (arbre) dont on tire du vin. Le fruit du lotus a, par sa taille, celle d’un petit coing. On y produit aussi beaucoup d’huile à partir des oliviers. L’île porte une abondante récolte : blé et orge ; c’est une île fertile[5].

Théophraste, († 288 av. J.-C., Eresós) signale un fait important: l’armée d’Ophelas, en marche vers Carthage, dut subsister plusieurs jours grâce au lotos; il attribue en outre à l’île un nom par ailleurs inconnu, Bagis[6] ou Pharide dans une autre source[7].

Ératosthène († 194 av. J.-C., Cyrène) l'appelle « île des mangeurs de lotus » [8],[9].

Apollodore d'Athènes († 120 av. J.-C., Athènes) rapporte la même histoire, affirmant que le lotus est un fruit sucré qui fait oublier à celui qui le mange sur le chemin du retour[10].

Polybe († 120 av. J.-C., Mégalopolis) rapporte que deux consuls romains, Gnaeus Servilius Caepio (en) et Gaius Sempronius Blaesus (en), arrivent sur l'île des Lotophages appelée Meninx, où leurs navires s'échouent en raison de la faible profondeur des eaux[11].

Tite-Live († 17 apr. J.-C., Padoue) rapporte que le consul Cnaeus Servilius Geminus attaque l'île de Meninx et la ravage avant de traverser vers l'Afrique, et que les habitants de Cercina lui versent dix talents d'argent pour éviter le même sort[12].

Strabon († 24 apr. J.-C., Amasée) indique que le peuple des mangeurs de lotus habite l'une des deux îles faisant face à la Petite Syrte, à savoir l'île de Meninx[13].

Pline l'Ancien († 79 apr. J.-C., Côme) décrit l'île de Meninx comme la plus célèbre des îles de cette mer, longue de vingt‑cinq milles et large de vingt‑deux, et affirme qu'elle comprend deux villes : Meninx (Meningem) du côté faisant face à l'Afrique, et Thoar[14]ou Troas[15]de l'autre côté. Il ajoute qu'elle est connue sous les noms de Zerbi et Jerba, dérivés du nom de Djerba, qui avait déjà remplacé celui de Meninx à l'époque d'Aurelius Victor[16]. Il indique également que la meilleure pourpre africaine provient de Meninx et des régions de la Gétulie voisines de l'océan[17].

Pomponius Mela (Iᵉʳ s. apr. J.-C., Espagne) mentionne que, face aux caps de la côte de la Petite Syrte, se trouvent les deux îles de Meninx et de Cercina[18].

Le poète Silius Italicus († 101 apr. J.-C., Italie) affirme dans son épopée : « Ce sont des guerriers éprouvés dans les camps, eux que nourrit le suc de l'arbre noble et la baie douce du lotus, plante trop hospitalière [...] À la tête de ces milliers d'hommes se tient Choaspes, chef éprouvé dans la guerre, né à Meninx et d'origine ithacienne [comme Ulysse et ses compagnons] ; sa main droite lançait toujours la tragula, javelot fameux qui frappait comme la foudre »[19].

Plutarque († 125 apr. J.-C., Chéronée) mentionne que Caius Marius traverse la mer jusqu'à l'île de Meninx, où il apprend pour la première fois la nouvelle de la fuite de son fils avec Cethegus, ainsi que de son départ pour implorer l'assistance de Hiempsal, roi de Numidie[20]. Solin rapporte pour sa part que la flotte romaine traverse sans encombre les hauts‑fonds de cette région et que Caius Marius se cache sur l'île de Meninx après avoir quitté les marais de Minturnes[21].

L'auteur anonyme du Stadiasmus Maris Magni (IIᵉ s. apr. J.-C.) indique que la distance entre l'île des mangeurs de lotus (Meninx) et l'île de Cercina est de 750 stades, que Strabon la considère comme la même île que celle mentionnée par Homère, et qu'elle possède un autel dédié à Ulysse ainsi que la plante de lotus elle‑même[22]. Il ajoute qu'il y a 150 stades entre Gergis et Meninx, que l'île se trouve à huit stades du continent, qu'elle comprend plusieurs villes, que celle‑ci est la métropole, et qu'on y trouve un autel dédié à Ulysse, le plus grand portant ce nom ; il mentionne également que l'île de Meninx est reliée au continent par un pont ou une digue de pierre[23].

l’île des Lotophages sur la carte de Ptolémée

Claude Ptolémée († 168 apr. J.-C., Alexandrie) mentionne l’île des Lotophages, dans laquelle se trouvent deux villes, dont Gérra (Γέρρα) et Meninx[24].

Table de Peutinger

Sur la Table de Peutinger (IVᵉVᵉ s. romain / copie médiévale), quatre villes seulement apparaissent : Uchim, Tipasa, Haribus et Girba [25], tandis que Meninx n’y figure pas.

Aurelius Victor (IVᵉ apr. J.-C. Afrique romaine) mentionne qu'Émilien d'origine maure, est né à Girba et proclamé empereur en 253 apr. J.-C.[26] et que Trébonien Galle et son fils Volusien sont proclamés empereurs sur l'île de Meninx, aujourd’hui appelée Girba[27].

Étienne de Byzance (VIᵉ s. apr. J.-C., Constantinople) indique que Meninx est une île proche des Syrtes, que son nom s'applique aussi à la ville, et que l'adjectif dérivé est Meninxios[28].

Historique des fouilles

Edmond Pellissier de Reynaud signale en 1853 l’existence de ruines situées au sud‑est de l’île, qu’il décrit comme de simples amas confus de décombres. Certains membres de la famille Ben Ayed entreprennent alors de fouiller ces lieux afin d’en extraire des matériaux destinés à la construction d’une maison — aujourd’hui connue sous le nom de Ksar Ben Ayad — et mettent au jour plusieurs parties d’un vaste édifice, interprété comme un temple ou un palais, où le marbre apparaît en abondance. Les découvertes comprennent des fûts de colonnes, des chapiteaux, des frises richement décorées, des plaques de marbre destinées au parement des murs, deux statues colossales en marbre blanc sans tête — représentant un empereur et une impératrice — ainsi qu’une inscription gravée sur un piédestal[29].

En 1860, Victor Guérin décrit les vestiges d’une vaste cité entourée d’une enceinte d’environ cinq kilomètres de périmètre, comprenant un château fort, des citernes, des colonnes et des statues. Il note également que des visiteurs anglais emportent des marbres précieux provenant du site, tandis que le kaïd Saïd Ben Ayed utilise de beaux matériaux pour la construction de son palais[30].

En 1882, deux notes sont adressées à l’Académie des inscriptions et belles‑lettres par Marie Henry Charles Hussenet, médecin majeur résidant à Djerba. La première rend compte de fouilles menées dans les ruines de l’ancienne Meninx par un détachement du 78ᵉ de ligne, sous la supervision du lieutenant Le Hello, portant sur une basilique située à l’extrémité orientale du site, à environ 1 500 m d’un vaste temple[31]. La seconde note évoque deux édifices chrétiens de la Gaule situés à Girba (Meninx), attribués à l’époque romaine ou byzantine, et accompagnés de deux plans dressés par le lieutenant Le Hello[32].

En 1884, Charles-Joseph Tissot observe que l’île de Djerba fait l’objet de nombreuses visites et fouilles, et signale parmi les découvertes un grand baptistère en marbre, des statues en grès rouge ainsi qu’une mosaïque représentant quatre chevaux aux têtes ornées de panaches[33].

En 1885, Jean-Marie Brulard rapporte une légende selon laquelle le nom de Djerba proviendrait d’une statue en or très vénérée, découverte dans une église aujourd’hui en ruine à l’ouest d’El‑Kantara, à l’époque où la région était occupée par les Grecs. Il décrit également les ruines de Meninx, où subsistent quelques pans du mur d’enceinte, un bordj romain, des vestiges de bains, plusieurs citernes bien conservées et divers fragments d’édifices sacrés et profanes[34].

En 1888, le lieutenant Jean Servonnet et le Dr Fernand Lafitte reprennent ces observations et ajoutent qu’une grande partie des antiquités d’El‑Kantara, à demi enfouies dans le sable, a été récemment enlevée par l’aviso français d’Estrée puis transportée à Tunis pour le nouveau musée du Bardo. Parmi ces pièces figurent huit statues en marbre, dont deux monumentales, toutes mutilées et privées de leurs têtes, mains et pieds. Les habitants de Djerba rapportent qu’en 1862 ou 1863, des officiers anglais auraient détaché ces parties pour les emporter. Un baptistère byzantin est également transféré à La Goulette en 1884 par la canonnière L’Étendard[35]. Les blocs, déposés en vrac, demeurent sept ans sur place avant de pouvoir être transportés au Bardo[36].

Inscription Meningitani (Djerba)

Dans une Mosquée de Sedouikech, M. Hartmayer, contrôleur civil de Djerba[37], découvre une inscription sur deux fragments d’une plaque de marbre blanc sur laquelle est inscrit: «--- donis / militaribus] donato exped[itione] [Dacica prima h]astis puris III [uexillis III ---/---] sodali Augusta[li --- le]gato Augusti] pr[o praetore) [--- --- provinciae] Pannoniae super[ioris ------]: Meningitani»: Dédicace en l’honneur d’un légat et propréteur de la province de Pannonie supérieure, offerte par les cives Meningitani. Il s’agit vraisemblablement de L. Minicius Natalis, consul en 106 et légat de la IIIe légion Augustine entre 103 et 105. Ce texte est jusqu’ici le seul à mentionner le nom des habitants de la ville de Meninx : Meningitani[38],[39]. 

En 1901, Eugène Sadoux mène le dégagement des parties essentielles d’une vaste basilique ornée de mosaïques, celle dont provient aujourd’hui le baptistère cruciforme conservé au musée du Bardo. Il met également au jour une seconde église chrétienne, plus modeste. Au fil de ses travaux, il identifie plusieurs installations hydrauliques romaines d’un type encore inconnu dans la région. Il explore aussi un grand caveau funéraire creusé directement dans le tuf, doté d’une colonnade intérieure, qu’il estime remonter à l’époque punique [40].

Entre 1892 et 1904, Paul Gauckler entreprend probablement les premières fouilles systématiques à Meninx, notamment le déblaiement sommaire des deux basiliques chrétiennes, et publie deux planches représentant les églises de Henchir El Kanatara (Meninx) et de Henchir Boumerdes[41].

En 1908, François Gendre observe que les ruines de l’antique Meninx livrent de nombreux fragments de marbre — chapiteaux, corniches, colonnes, statues — ainsi qu’un ensemble important de citernes, dont certaines réaménagées, des traces de mosaïques et les vestiges d’une basilique[42].

Pillier de Meninx (Collection du Musée du louvre)

En 1942, Paul-Marie Duval reprend les fouilles et constate l’absence de remparts. Il identifie les ruines de deux thermes, un amphithéâtre situé à 400 m de la ville, deux basiliques grossièrement déblayées auparavant par Gauckler, ainsi qu’une vaste esplanade probablement liée au forum. Il rappelle qu’en 1901, huit piliers sculptés en calcaire rosé ont été transportés au musée du Bardo. Les fouilles mettent également au jour divers fragments architectoniques remarquables par leur matière, leurs couleurs et leur décor, dont une rangée de douze colonnes — six encore en place —, des éléments de deux corniches et cinq fragments représentant des personnages adossés à des piliers, très probablement des « barbares »[43].

Entre 1996 et 2001, une équipe tuniso-américaine effectue des prospections de l'île et quelques sondages, notamment à Meninx : l'occupation et l'activité économique de la ville, fondée sur l'agriculture et la production de pourpre, sont précisées pour la période antique[44]. Depuis 2015, une équipe tuniso-allemande mène des prospections géophysiques et des fouilles archéologiques sur le site[45] ; une opération de mise en valeur et un projet de parc archéologique sont également lancés en 2018[46] à la suite d'un partenariat entre l'université Louis-et-Maximilien de Munich et l'Institut national du patrimoine.

Carte du site de Meninx sur la côte sud‑est de Djerba.

L’architecture et les espaces urbains

Le réseau routier et les zones urbaines de Meninx

Le réseau routier

L’organisation urbaine de Meninx est structurée par plusieurs grandes voies parallèles au littoral. La première, la plus proche de la côte, traverse la zone prospectée depuis le sud ouest, longe le macellum puis l’arrière de la basilique du Forum, avant de se diriger vers le théâtre où elle tourne brusquement vers l’intérieur [H 1]. Une seconde voie, située 60 à 90 mètres plus au nord, part de la place du Forum, passe derrière le théâtre et poursuit vers le nord est en s’infléchissant légèrement vers la côte [H 1]. Une troisième route, visible uniquement dans la partie nord, débute derrière un temple à l’ouest du théâtre et suit ensuite un tracé parallèle à la seconde, avant de rejoindre la zone de la route côtière moderne [H 1]. Enfin, une quatrième voie antique, également parallèle au rivage, apparaît dans la zone plane au nord ouest de la route côtière actuelle [H 1].

La zone du Forum

Regroupe plusieurs édifices monumentaux : une basilique longeant le côté sud est de la place [H 1], un sanctuaire au nord ouest construit selon le modèle du templum cum porticibus [H 2], un temple monumental au sud ouest identifié grâce à ses puissantes fondations, ainsi qu’un complexe thermal implanté plus au sud. À cet ensemble s’ajoutaient un vaste bâtiment organisé autour d’une cour centrale, ainsi que des rues et diverses structures secondaires [H 2].

La zone côtière

Elle apparaît comme un secteur densément bâti, dominé par des structures économiques, hydrauliques et cultuelles. Entre le macellum et le théâtre, la prospection révèle plusieurs grands bâtiments de stockage liés au macellum [H 2], un sanctuaire tourné vers la mer [H 2], un vaste ensemble de citernes accompagnées de petites réserves [H 3], ainsi que des édifices à structure interne en grille associés à des activités économiques [H 3]. Plus au nord est, un complexe monumental composé de nombreuses petites pièces et marqué par la présence de fours indique une zone artisanale ou de production. L’ensemble forme un front côtier structuré par des infrastructures majeures et spécialisées [H 3].

La zone "résidentielle"

Cette zone intérieure, en retrait du littoral, apparaît comme un secteur majoritairement résidentiel [H 3]: les fouilles y ont révélé plusieurs maisons et un petit complexe thermal, formant un quartier domestique dense entre le Forum et le théâtre, structuré par des rues irrégulières et des cours intérieures. Elle intègre toutefois des bâtiments publics, dont un sanctuaire à l’ouest du théâtre. Plus au nord est, une large aire ouverte encadrée par deux axes majeurs pourrait correspondre à une seconde place publique [H 3]. L’ensemble compose un espace urbain hétérogène où se mêlent habitat, équipements publics et organisation viaire complexe.

La zone industrielle

Elle présente un caractère nettement industriel. Une route antique parallèle au littoral y structure l’espace, accompagnée de carrefours menant vers l’intérieur. Autour de cette voie, les sondages magnétiques révèlent des ateliers utilisant intensément le feu, organisés en petits groupes dans des espaces clos [H 4]. Plus au nord ouest, de vastes secteurs sans bâtiments visibles mais saturés d’anomalies irrégulières correspondent probablement à de grands dépotoirs [H 4]. L’ensemble évoque un quartier artisanal lourd, peut être lié à la production de pourpre. Au centre de cette zone, un large espace ouvert est traversé par un aqueduc dont le tracé mène vers le complexe de citernes en bord de mer [H 4].

Le forum

Le forum

Le forum de Meninx apparaît comme une place rectangulaire orientée sud‑ouest / nord‑est, d’une largeur d’environ 36 m et d’une longueur d’environ 55 m. Cet espace réduit constituait un noyau urbain entouré de bâtiments publics tels que la basilique, les deux temples (nord et sud) et deux portiques[B 1].

Un chapiteau corinthien provenant du forum

Le forum n’était entouré de portiques que sur deux côtés, avec une différence nette dans leur profondeur. Le portique nord‑est, construit à l’époque augustéenne, atteignait 6,20 m de profondeur et reçut plus tard un dallage et un revêtement de marbre. Il s’étendait du temple nord jusqu’à la basilique, où il rejoignait un portique plus récent et plus étroit, dont la profondeur ne dépassait pas 3,80 m, créant ainsi un cadre asymétrique pour la place[B 1].

La place fut re‑dallée lors de ces travaux, et certaines dalles calcaires ainsi que des restes de la couche préparatoire sont encore conservés. Les sols du portique nord‑est et de l’esplanade du temple nord étaient légèrement plus élevés que le niveau du forum, accessibles par quelques marches, ce qui révèle une organisation hiérarchisée des espaces[B 2].

L’évolution du plan du forum fut influencée par sa construction précoce, en particulier après l’édification du temple nord à l’époque augustéenne, ce qui limita l’ajout de colonnes sur le côté nord‑ouest. Lors de sa réorganisation au IIᵉ siècle apr. J.‑C., les architectes durent s’adapter à ce plan ancien : le forum conserva ainsi une forme irrégulière mais harmonieuse, intégrant de nouveaux bâtiments revêtus de marbre[B 1].

Environ trente fragments de marbre ont été découverts autour du forum, dont une tête de l’empereur Antonin le Pieux datant du milieu du IIᵉ siècle, probablement issue d’une statue impériale. On y a également trouvé des fragments d’une statue colossale du dieu Sérapis, premier témoignage de son culte à Meninx[B 3].

Le marché

Le marché

Le marché de Meninx se situe au sud de la place publique, à environ 60 mètres, et il est aujourd’hui partiellement submergé sous le niveau actuel de la mer. Le bâtiment s’étend le long d’une rue orientée sud‑ouest/nord‑est, l’un des principaux axes de circulation de la ville. Construit entre la fin du Ier siècle et le début du IIe siècle apr. J.‑C., ce vaste marché couvert reflète la phase de prospérité urbaine que connaît Meninx durant l’époque impériale [B 4]. Le marché présente les caractéristiques architecturales typiques de ce type d’édifice dans le monde romain : une cour rectangulaire dallée, au centre de laquelle se trouve une plateforme circulaire en pierre — probablement les vestiges d’un tholos ou d’une rotonde à fonction rituelle ou commerciale — entourée de portiques à colonnes ouvrant sur une série d’échoppes destinées à la vente de denrées alimentaires [B 4]. Grâce à ses dimensions exceptionnelles (environ 60 × 60 mètres), à son plan carré et harmonieux, ainsi qu’à sa proximité du littoral et des installations portuaires, ce macellum se distingue nettement des quelque vingt marchés connus en Afrique romaine. Il constitue un témoignage remarquable de l’importance qu’occupait le commerce maritime dans l’économie de la ville [B 4].

Les entrepôts

vestiges des entrepôts

Ce complexe se situe à environ 300 m au sud du forum, directement sur le littoral, et couvre une superficie dépassant 2 800 m². Il se compose de deux rangées de pièces de part et d’autre d’une large voie à portiques, ainsi que de bassins, citernes et plateformes aménagées avec de grandes dalles de pierre[47].[48].

La voie centrale mesure 65 m de long pour 5,25 m de large, pavée de pierres calcaires roses et grises, et bordée de deux portiques couverts : le portique sud‑est, large de 1,85 m, et le portique nord‑ouest, large de 2,40 m.[49]

Le côté sud‑est comprend huit pièces et une citerne ouvertes sur la mer, tandis que le côté nord comporte deux pièces et un bassin. Dans le secteur nord‑ouest, six pièces supplémentaires et une autre citerne ont été mises au jour. Les fouilles ont également révélé quinze tombes, indiquant une réutilisation funéraire du site à une période ultérieure.

Les sondages montrent que le complexe fut utilisé pendant environ quatre siècles comme entrepôts pour stocker les produits de la pêche — salaisons, garum, pourpre — provenant d’ateliers situés à environ 800 m à l’ouest. On y stockait également du vin et des matériaux liés aux teintures, tandis que les pièces du secteur nord‑ouest semblent avoir servi de petit marché pour les produits de consommation courante.[50]

À partir du IVᵉ siècle apr. J.‑C., le complexe fut transformé en espace industriel pour le traitement du poisson : certaines pièces furent utilisées pour la préparation du garum, d’autres comme citernes d’eau, tandis que certains bassins furent probablement destinés à la production de pourpre. Dans ses dernières phases d’occupation, le site fut partiellement réaffecté à un usage funéraire, comme l’indiquent les sépultures découvertes.[51]

La Basilique du forum

Plan de la basilique civile

Elle adopte un plan rectangulaire d’environ 48 × 24,70 mètres, orienté selon un axe nord‑est/sud‑ouest. Le bâtiment comporte deux niveaux, et sa grande salle intérieure est divisée en trois nefs par des rangées de colonnes : onze colonnes sur les longs côtés et quatre colonnes sur le côté sud‑ouest, le plus court [D 1].

Vestiges de la basilique

Du côté nord‑est s’ouvrait sur la nef centrale une exèdre rectangulaire d’environ 12 × 6,50 m, qui se distinguait de celle‑ci par son niveau surélevé, la variation du pavement et peut‑être l’emploi d’autres matériaux. Les fondations dans l’alignement de la colonnade nord‑ouest peuvent indiquer l’existence de deux pièces d’environ 5,70 × 4,80 m chacune, dans l’axe des bas‑côtés, qui encadraient l’exèdre. Au nord‑est, la colonnade rejoignait vraisemblablement les murs sous forme de pilastres [D 1]. 

Quarante‑six éléments architecturaux ont été identifiés dans l’édifice, parmi lesquels des bases attiques‑ioniques en marbre de Proconnèse et des colonnes monolithes en marbre cipolin. La hauteur du rez‑de‑chaussée est estimée entre 8,5 et 8,8 mètres, tandis que l’étage supérieur — composé de colonnes plus petites et de blocs de gypsum — atteignait environ 6 mètres. Des colonnes jumelées en forme de cœur occupaient les angles sud du bâtiment. L’ensemble architectural était complété par un entablement richement décoré, comprenant une frise denticulée, un astragale et une cimaise arquée tournée vers le haut. Le bâtiment devait être couvert d’un toit à deux versants en tuiles italiennes. L’usage de marbres importés témoigne de la prospérité de la cité et de son intégration active dans les réseaux économiques de l’Empire [D 2].

Selon plusieurs sources, l’édifice était une basilique civile remplissant vraisemblablement des fonctions judiciaires ou administratives au sein du centre urbain[52],[53].

Les deux basiliques chrétiennes

La basilique orientale

Ce bâtiment fut décrit pour la première fois en 1882 par le docteur Marie Henri Charles Hussenet, qui indique qu’il était entièrement dallé et entouré de tombes en saillie. Les fouilles ont révélé une inscription liée à une sépulture située sous la première travée, du côté droit. Cette tombe était construite en dalles de pierre soigneusement taillées, dont l’une, découpée en forme de pyramide tronquée à base carrée et ornée d’une croix latine, constituait une partie de son couvercle[54].

Plan de la basilique Est

Le bâtiment se trouve sur la façade maritime du site et, selon le plan de Paul Gauckler, il est organisé autour de la nef principale composée de deux rangées de colonnes en marbre blanc, se terminant par une abside. À l’intérieur de l’abside, une cavité carrée creusée dans le sol, contenant un élément circulaire en son centre, révèle l’existence d’un dispositif liturgique fixe occupant le point focal du sanctuaire[55].

La basilique occidentale (Henchir Bou Merdès)

Plan de la basilique Ouest

La basilique est située dans la partie sud‑ouest du site de Henchir Bou Merdès, sur la route entre El Kantara et Guellala, et appartient pleinement au type basilical africain, avec ses caractéristiques architecturales propres à l’Afrique du Nord. La basilique a fait l’objet de plusieurs campagnes de fouilles : commencées par J. Reinach en 1887, puis par Eugène Sadoux en 1900 et 1901, avant d’être reprises par Paul Gauckler en 1906. Le plan du bâtiment fut publié en 1913 malgré l’absence de publication complète des travaux de fouille[A 1].

La grande basilique est organisée en trois nefs est dotée d’une abside flanquée de deux sacristies, partiellement dégagée par M. Sadoux lors des fouilles menées par la Direction des Antiquités en 1901.Le sol de l’abside présente un décor en demi-cercle, encadré par une triple bordure composée successivement de festons ondés, d’oves et de denticules. Le champ central est orné de rinceaux d’acanthe et de palmes. L’ensemble est aujourd’hui mutilé. Les mosaïques qui recouvrent la grande nef et les deux bas-côtés — probablement décorées de divers motifs géométriques — sont détruites. Elles étaient encore visibles lors de la viste de Gauckler en 1901 [56]

La cuve baptismale d’El‑Kantara, taillée dans un marbre blanc de grande qualité, occupe le centre d’une chapelle rectangulaire dotée d’une abside. Autour d’elle s’étend un dallage en marbre polychrome dont plusieurs fragments subsistent. Ce premier cercle de matériaux précieux est lui‑même entouré d’un ensemble de mosaïques géométriques particulièrement élaborées, composées de carreaux richement décorés alternant avec des médaillons circulaires et des motifs de quatrefeuilles. Toute la partie située à droite de l’abside a disparu, mais l’organisation générale du décor reste lisible et révèle un programme iconographique soigneusement structuré. À gauche de l’abside, dans l’axe même de la basilique voisine, s’ouvre une seconde chapelle entièrement pavée de mosaïques variées. Elle est séparée de la salle des fonts baptismaux par une colonnade dont chaque entrecolonnement accueille un panneau rectangulaire au motif distinct : imitations de dallages d’albâtre, carreaux en damier, feuilles de lierre cordiformes ou compositions aujourd’hui détruites. Une colonnade symétrique, située de l’autre côté de la nef, isole celle‑ci d’un bas‑côté recouvert d’une mosaïque noire uniforme, créant un contraste volontaire avec la richesse décorative des espaces centraux. La nef du baptistère présente enfin une succession de motifs géométriques d’une grande diversité : alternance de rectangles et de carrés ornés chacun différemment, zones d’écailles imbriquées, bandes transversales imitant l’albâtre, puis un carrelage final en damier. Daté de la basse époque et rattaché au temps de Constantin, l’ensemble est encore visible lors des observations de 1901 [57],[58].

Vestiges de la basilique ouest

Le baptistère est une salle presque carrée reliée au nord à un portique menant à la basilique. Il comporte à l’est une niche semi‑circulaire, et devant celle‑ci quatre grandes colonnes qui entouraient la cuve baptismale[59].

cuve baptismale

La cuve baptismale, transférée au musée du Bardo, est composée de huit blocs de marbre : quatre en forme de croix et quatre placés aux angles[60]. Les blocs sont de grande taille, et il est probable que la cuve était placée dans son baptistère d’origine au niveau du sol ou légèrement surélevée d’une marche, comme dans sa reconstitution au musée[61]. Les quatre grands blocs comportent un escalier intérieur de trois marches, tandis que les autres blocs dessinent une croix à branches égales. Il semble que cette disposition mette en valeur la forme de la croix à l’extérieur, une configuration que l’auteur observe pour la première fois en Afrique, bien que les prescriptions anciennes concernaient la forme intérieure de la cuve et non son aspect extérieur. Dans cet exemple, l’espace intérieur adopte une forme carrée inhabituelle[61].

Les temples

Le temple nord

Le sanctuaire mesure environ 30 × 25 mètres et se compose d’une cour fermée, adossée à un petit temple situé contre son mur arrière. Ce plan reflète le modèle très répandu en Afrique romaine du *templum cum porticibus*, un type de temple constitué d’une cour entourée de portiques et d’un sanctuaire intérieur [B 5].

Le temple fut édifié à l’époque augustéenne [B 5], puis fit l’objet d’une réfection complète au cours du IIᵉ siècle apr. J.‑C., dans le cadre d’un coûteux programme de rénovation. De nombreux fragments architecturaux témoignent de ce nouveau décor, parmi lesquels des plaques de revêtement en marbres variés [B 1].

Les fouilles ont également mis au jour le dallage de la cour antérieure et montré que le sanctuaire était directement relié au forum par un escalier composé de deux ou trois marches, confirmant ainsi son intégration fonctionnelle et architecturale au cœur de l’espace public de la ville[B 2].

Le temple sud

Frise du temple sud

Un vaste temple en marbre se dressait à l’extrémité sud‑ouest du forum. Son existence est confirmée par deux murs massifs construits en grands blocs, érigés au‑dessus de vestiges très arasés d’un édifice plus ancien, probablement lui aussi un temple. Le mur le plus épais (1,30 m) est orienté selon un axe sud‑ouest/nord‑est en direction du forum et rejoint à angle droit un mur plus étroit situé au sud‑est. De nombreux fragments architecturaux en marbre dispersés dans le forum appartiennent vraisemblablement à ce monument [B 1].

Le groupe le plus convaincant est constitué de treize éléments — chapiteaux, bases et énormes blocs de geison — richement décorés et taillés dans du marbre pentélique. Il s’agit des plus grands blocs de marbre découverts sur le site. Leur excellent état de conservation permet de proposer une restitution de la façade du temple, dont la hauteur est estimée à environ 17 mètres [B 1].

Le style de ces éléments est daté du milieu du IIᵉ siècle apr. J.‑C., et leur provenance, leur taille ainsi que la cohérence de leur datation renforcent leur attribution aux puissantes fondations visibles dans la zone sud‑ouest du forum[B 1].

Le temple d’Isis

Ce sanctuaire se distingue par un plan quadrangulaire d’environ 40 × 40 mètres, orienté vers la mer. Il est probable que l’accès s’effectuait par la grande voie longeant ce côté. Les résultats des prospections géophysiques révèlent clairement une cour entourée de portiques, un temple adossé au mur arrière, ainsi qu’une structure centrale interprétée comme un autel [G 1].

Comme le temple nord, ce sanctuaire appartient au modèle du *templum cum porticibus*, c’est‑à‑dire un temple doté d’une cour entourée d’un portique [B 6]. À l’intérieur du temple, une sculpture fragmentaire en marbre — probablement une partie d’une frise — fournit une indication explicite sur la divinité honorée en ce lieu : elle représente des serpents *uraei* portant un disque solaire encadré de cornes de vache, un ensemble de symboles caractéristiques du culte d’Isis[G 2].

Les thermes

Les grands thermes

Les fouilles révèlent l’existence de deux ensembles thermaux répartis dans la ville : Les grands thermes au nord du centre-ville sont aujourd’hui visibles au-dessus des sols, identifiés par les vestiges de plafonds voûtés effondrés, les bassins de baignade et les citernes[1],[A 1] trés probablement construits au IIIᵉ siècle apr. J.‑C [B 7], et ceux situés à proximité du forum. Ce dernier se distingue par un long couloir central flanqué de petites pièces carrées, dont certaines sont décorées de mosaïques[I 1]. Deux bassins non chauffés — l’un rectangulaire et l’autre semi‑circulaire — indiquent la présence d’un frigidarium, auquel s’ajoutent trois salles, dont un caldarium équipé de systèmes d’hypocauste et de conduits thermiques intégrés dans les murs. À l’extérieur, un réservoir surélevé et une grande citerne témoignent d’un système complet d’alimentation en eau[B 3]. Il semble que ce complexe, de dimensions modestes, ait été très probablement un établissement thermal privé, comparable à ceux connus à Cuicul ou à Pupput. Son décor — daté du début du IIIᵉ siècle — comprend un ensemble remarquable de six petites statues en marbre pentélique, retrouvées sans têtes dans le bassin semi‑circulaire. Parmi elles figurent une statue de femme vêtue du péplos tenant une aiguière, une statue de Jupiter assis, ainsi que deux statues en forme de petites fontaines, percées pour laisser passer l’eau. Ces pièces sont datées du milieu du IIᵉ siècle apr. J.‑C., d’origines variées, et semblent avoir été réemployées puis déposées intentionnellement au IVᵉ siècle, avant l’abandon définitif des thermes au cours du Vᵉ siècle[B 3].

Habitations

Le complexe résidentiel de Meninx comprend deux maisons des secteurs 2 et 5 découverte dans le cadre du projet tuniso‑allemand, ainsi que les habitations découverte par la mission tuniso‑américaine dans la zone sud‑est (Meninx I et II).

Fouilles dans la maison n° 2

Maison du secteur n° 2

Les fouilles révèlent une habitation organisée autour d’une cour presque carrée (5,5 × 6–6,5 m), entourée de pièces étroites, et dotée d’un sol en *opus signinum* ainsi que d’une citerne enterrée dans l’angle nord‑est [C 1],[B 6]. Les niveaux les plus anciens montrent des trous de poteaux en bois et une fosse destinée à l’enfouissement d’amphores, ce qui suggère une habitation simple, peut‑être une cabane de pêche[C 1]. Les niveaux supérieurs (milieu du IIIᵉ–Iᵉʳ siècle av. J.‑C.) correspondent à une occupation néo‑punique, la plus ancienne du site. À partir du Iᵉʳ siècle av. J.‑C., la maison adopte une forme architecturale stable, avec des fondations en pierre, une citerne et des sols mosaïqués. Elle reste en usage jusqu’à l’époque byzantine avant d’être abandonnée au VIIᵉ siècle [C 2].

Maison du secteur n° 5

Des fouilles de sauvetage liées à la construction du pavillon d’information ont mis au jour un ensemble résidentiel des époques romaine et tardive, situé au nord d’une vaste cour [E 1]. Il se compose de petites pièces disposées en deux rangées, dont certaines s’ouvrent sur des citernes souterraines couvertes de voûtes [E 1]. L’une des pièces carrées (5 m de côté) comporte un puits relié à une grande citerne, tandis qu’une autre (3,5 × 4,5 m) possède des sols en mortier et un panneau peint. La présence d’un bassin et d’un foyer indique une fonction de cuisine dans la dernière phase [E 2]. Les structures les plus anciennes remontent au IIIᵉ siècle, les plus récentes au VIIᵉ siècle. L’ensemble semble avoir constitué une aile résidentielle d’une maison plus vaste, complétée par des murs byzantins sur son côté oriental [E 3].

Maison Meninx I

L’édifice se caractérise par une cour en forme de L (10 × 4 m) et deux citernes [C 3]. Ces éléments suggèrent l’existence possible d’un atelier de teinture des tissus à la pourpre (*murex*), une activité bien attestée à Meninx [A 1].

Maison Meninx II

L’édifice comprend une cour carrée (10 m de côté) reliée à une pièce de 4 m de largeur [C 3]. Les fouilles ont mis au jour des éléments en plâtre, dont des fragments d’un plafond à caissons, un enduit mural et un fût de colonne avec chapiteaux [C 2]. Le bâtiment est constitué de petites pièces disposées autour d’une cour intérieure étroite, reflétant un caractère architectural simple et cohérent [A 1].

Les citernes

Le site conserve un réseau élaboré de citernes, reflétant un système hydraulique maîtrisé et une large extension des installations de stockage d’eau au sein du tissu urbain de Meninx.

Les citernes nord

Citernes Nord.

À environ 250 mètres au nord‑est du forum, et à proximité du littoral, se trouve un vaste complexe de citernes couvrant une superficie d’environ 500 m². Bien que son état soit fortement dégradé, son organisation interne demeure lisible, permettant une compréhension claire de sa structure originelle et de sa fonction au sein du réseau hydraulique du site[F 1].

Le bâtiment principal, de plan carré (environ 20 × 21 mètres), est composé de six bassins rectangulaires à extrémités semi‑circulaires, séparés par des murs épais construits en opus insertum. Deux niches latérales et une ouverture voûtée aujourd’hui comblée témoignent de phases successives d’aménagement[F 1]. Les bassins conservent un pavement de haute qualité en opus signinum, tandis que les parois présentent un mortier hydraulique renforcé par des inclusions de charbon et d’argile cuite. Les effondrements de la voûte, visibles notamment du côté de la mer, révèlent l’existence d’une couverture voûtée qui surmontait l’ensemble.

Citernes Nord.

La profondeur des bassins est estimée à environ 2,40 mètres, ce qui suggère une capacité totale avoisinant 450 m³, reflétant une fonction majeure de stockage d’eau au sein du système hydraulique du site[F 2].

À proximité de ce complexe apparaît une seconde installation, plus érodée, comprenant trois citernes disposées en forme de feuille de trèfle autour d’un mur semi‑circulaire, dont la fonction demeure incertaine. En 2018, un canal a été mis au jour ; il semble relier ce complexe à l’extrémité nord‑ouest de la ville, renforçant l’hypothèse d’un système intégré d’approvisionnement en eau. Malgré les destructions partielles, cet ensemble offre une image remarquable de l’ingénierie hydraulique de Meninx et soulève des questions sur la circulation, la filtration et la gestion de l’eau dans ce secteur littoral[F 3].

Autres citernes

Dans le secteur sud‑ouest, plusieurs citernes construites en opus caementicium sont associées à un complexe artisanal qui aurait pu être destiné à la production de pourpre ou au traitement de produits marins. D’autres citernes, réparties à proximité du forum, des thermes et des habitations, révèlent une organisation fonctionnelle combinant usages domestiques, commerciaux et cultuels. Ces installations illustrent l’ingéniosité hydraulique de Meninx et sa capacité d’adaptation aux conditions locales, témoignant d’une compréhension fine de la gestion de l’eau dans un environnement côtier nécessitant des solutions techniques avancées [réf. nécessaire].

Aqueducs

Les aqueducs de Meninx présentent une chronologie différenciée qui permet d'esquisser leur développement. Les deux premiers conduits, orientés du nord‑ouest vers le sud‑est, suivent un tracé moins rectiligne que celui proposé initialement par A. I. Wilson[62]. Grâce au matériel céramique issu d'un sondage, Wilson situe la construction du premier aqueduc au IIe siècle apr. J.-C., probablement vers le milieu du siècle. Le second aqueduc, plus large et installé à proximité immédiate du premier, serait quant à lui daté du début du IIIe siècle apr. J.-C. [J 1]. Les points d'entrée et de sortie encore visibles sur le terrain confirment le parcours restitué de ces deux ouvrages[63]. L'aqueduc 3, dont la largeur est comparable à celle de l'aqueduc 2, semble se diriger vers le réservoir des thermes du Nord. Wilson propose qu'il pourrait être contemporain de ces bains et de l'aqueduc 2, mais cette hypothèse demeure incertaine en l'absence d'indices matériels [J 1]. Un fragment de substructure situé à une trentaine de mètres des thermes constitue la seule trace tangible de son tracé, ce qui ne permet pas de préciser sa date de construction ni son rapport exact avec l'organisation du secteur [64],[J 1].

Enfin, un conduit transversal reliant les aqueducs 2 et 3 est identifié. Son existence, confirmée par les prospections géophysiques récentes, témoigne d'un aménagement hydraulique complexe, bien que sa datation reste elle aussi inconnue [65].

Théâtre et amphithéâtre

Le théâtre de Meninx présente un diamètre d'environ 105 m pour sa cavea, ce qui en ferait un édifice plus vaste que ceux de Lepcis Magna (87,60 m) et de Sabratha (92,60 m), et presque équivalent à celui de Carthage, dont le diamètre avoisine 104 m. L'absence de fouilles empêche pour l'instant toute datation précise. Néanmoins, il est vraisemblable que sa construction s'inscrive dans le vaste programme de monumentalisation qui transforme le secteur littoral à partir de l'époque flavienne [B 8].

L'amphithéâtre n'est évoqué que brièvement par Golvin, sans véritable analyse. Comme c'est souvent le cas, il se situe en périphérie de la ville. Aujourd'hui, seuls subsistent quelques segments du mur extérieur, d'où partent des cloisons en moellons liés au mortier. L'arène elle‑même est entourée d'une série de buttes, et son espace interne mesure environ 40 × 25 mètres [66].

« Stade »

Vue sur le « stade ».

Dans la partie meridionale de la ville se trouve une structure dont la fonction reste incertaine. Sur les clichés aériens, elle évoque la forme d'un cirque, mais sa longueur d'environ 150 m, remet cette interprétation en question, puisque le plus petit cirque connu atteint au minimum 240 m. À Meninx, l'hypothèse de l'existence d'un cirque ne repose d'ailleurs que sur une mosaïque représentant une scène de course. Il faut rappeler que de nombreuses cités d'Afrique du Nord ne possédaient pas de cirque monumental : les courses de chars y sont organisées de manière ponctuelle, au moyen d'aménagements temporaires[67].

Remparts

En 1860, Victor Guérin signale l'existence d'un mur d'enceinte dont on distingue encore, çà et là, les fondations qui entourent entièrement le site [68]. En 1885, Jean-Marie Brulard reprend la même observation, notant qu'« il ne reste malheureusement plus guère debout que quelques parties du mur d'enceinte, dont on retrouve à peu près toutes les fondations » [69]. En 1942, Paul-Marie Duval constate pour sa part qu'« il n'y a pas de traces de remparts » [70].

Histoire de Meninx

Période punique (vers 350–146 av. J.-C.)

Les premières attestations d’un port actif dans le sud de Djerba proviennent du site de Guellala/Haribus, occupé dès la fin du Ve siècle av. J.-C.[71]. Les recherches y ont mis en évidence la collecte de murex et la production de pourpre[72], confirmées par des amas de coquilles concassées [73]. Ce site constitue ainsi la plus ancienne preuve d’activités portuaires [74] et artisanales liées à la pourpre dans la région du golfe de Bou Ghrara [75].

Meninx apparaît plus tard dans les données archéologiques, au milieu du IVᵉ siècle av. J.-C. [B 9]. Son implantation s’explique par des conditions maritimes particulières : le littoral est protégé par de vastes bancs de sable, et plusieurs chenaux sous-marins profonds permettent aux navires de haute mer de pénétrer dans le golfe. L’un de ces chenaux longe la côte de Meninx sur près de deux kilomètres. Ce système naturel, accessible seulement selon le rythme des marées, rendait la navigation sûre mais nécessitait probablement des pilotes locaux. Il n’a jamais été nécessaire d’y construire un port artificiel, et cette configuration a influencé la forme allongée de la ville [B 10].

Hexaplex trunculus

Les premiers habitants de Meninx pourraient provenir des sites voisins de la côte sud-est de Djerba, tels que Souk el Guébli ou Henchir Tawrirt, situés à quelques kilomètres. Leur installation à Meninx pourrait être liée à l’essor du commerce méditerranéen sous l’influence de Carthage [B 9]. Les premières occupations identifiées à Meninx sont modestes : trous de poteaux, fossés, sols en terre battue . Dans les niveaux les plus anciens, les archéologues ont découvert une épaisse couche de murex broyés, utilisée comme matériau de construction [B 9]. Les murex utilisés (Hexaplex trunculus) ne vivant pas dans les eaux peu profondes de Meninx ; ils sont donc collectés ailleurs sur l’île, comme dans les zones rocheuses de Guellala [B 9]. Ces éléments constituent les premières preuves datées de la présence de pourpre à Meninx.

Les analyses fauniques montrent une prééminence de moutons, surtout mâles, adaptés à la production de laine. Cela indique que la pourpre servait à teindre des textiles en laine destinés à l’exportation, nécessitant un pastoralisme étendu sur l’île et probablement sur le continent. L’absence de fusaïoles suggère que le filage se faisait hors de la ville [B 11].

Olivier séculaire à Djerba

L’agriculture locale est dominée par l’olivier, dont les noyaux sont omniprésents dans les niveaux puniques. Cette présence constante suggère une production d’huile suffisante pour les besoins de la communauté, d’autant qu’aucune amphore d’huile importée n’a été identifiée pour cette période [B 11]. Les figuiers sont également attestés par la découverte de nombreuses graines, indiquant qu’ils faisaient partie des cultures fruitières courantes [B 11].

Les habitants consommaient en revanche du vin importé, provenant de Carthage, de Sicile et de Grèce occidentale, comme l’attestent les amphores retrouvées [B 11]. Cette consommation s’accompagnait de l’usage de vaisselle importée, notamment des coupes attiques pour le service du vin et des céramiques culinaires de Byzacène et du Sahel tunisien, utilisées pour la préparation des repas [B 12].

Fondée sur l’association d’objets retrouvés dans les couches puniques de Meninx, le quotidien d’un habitant aisé de Meninx au IVᵉ siècle av. J.-C., peut etre imaginé comme un individu recevant ses invités dans une maison proche du rivage, buvant du vin importé de Grèce occidentale dans une coupe attique, versé depuis une oenochoé punique provenant de Carthage ou de Byzacène. Le repas est préparé dans des casseroles et pots importés du Sahel tunisien ou de Carthage, témoignant d’un accès à des biens venus de plusieurs régions de Méditerranée [B 12].

Période punique tardive (146–46 av. J.-C.)

Dans la seconde moitié du IIᵉ siècle et la première moitié du Iᵉʳ siècle av. J.-C., les fouilles révèlent des maisons modestes concentrées autour du futur forum [B 13]. Une des habitations est organisée autour d’une cour est dotée d’une grande citerne souterraine construite en blocs de calcaire et couverte de dalles soigneusement taillées, selon une technique connue à Carthage. Cette citerne constitue la plus ancienne preuve d’approvisionnement en eau de la ville, aucun puits n’étant attesté [B 13].

Un sanctuaire punique tardif (tophet) a été identifié à Henchir Tala, environ 2 km au nord de Meninx. Il s’agit probablement d’un sanctuaire extra‑urbain dédié à des divinités puniques, utilisé d’après les céramiques entre la fin du IIᵉ siècle ou le début du Iᵉʳ siècle av. J.-C. et le Ier siècle apr. J.-C.. Son fonctionnement correspond à celui d’autres tophets périphériques de la région, comme ceux de Zitha et de Gigthis. Par sa position élevée, ouverte et située en marge de la ville, celui de Meninx s’inscrit pleinement dans ce modèle [B 14]. En revanche, la présence de nécropole à Meninx reste très mal documentée : seules quelques trouvailles isolées existent, dont une urne flavienne contenant des os brûlés, découverte à 500 m au nord de la ville [B 14].

À l’époque punique tardive, un changement majeur intervient avec l’apparition des premières amphores locales de typologie punique, produites dans des fours identifiés à Souk el Guébli et Henchir Tawrirt. Certaines, poissées, servaient au vin, au garum ou aux salsamenta, tandis que d’autres contenaient probablement de l’huile d’olive [B 15]. La multiplication des ateliers reflète un essor agricole et une intensification de l’exploitation des terres pour répondre aux besoins d’une population urbaine croissante. Le stockage du vin dans ces amphores suggère une diffusion plus large de sa consommation à partir de la fin du IIᵉ siècle av. J.-C. Les produits locaux étaient surtout destinés au stockage, tandis que la vaisselle culinaire continuait d’être importée, indiquant une continuité des pratiques alimentaires [B 15].

Du vin italien provenant des côtes tyrrhénienne et adriatique parvenait à Meninx, accompagné de vaisselle issue de Naples, d’Étrurie et de Sicile. Ces importations confirment l’importance des Negotiatores Italici après la chute de Carthage. En revanche, les indices d’exportations depuis l’île restent très limités [B 15].

Période romaine ancienne (46 av. J.-C. – 69 apr. J.-C.)

Au début de cette période, Meninx connaît un vaste programme de constructions publiques, principalement des sanctuaires. L’installation du forum et l’édification de monuments autour du nouveau centre urbain montrent une volonté claire de transformer la ville en véritable métropole romaine après son intégration à l’Empire [B 16].

Meninx connaît une transformation majeure : le centre urbain se monumentalise selon des modèles romains. Un sanctuaire augustéen remplace des maisons puniques, un portique structure le forum, et un temple occupe déjà son côté sud-ouest [B 17]. Des blocs monumentaux réemployés et des antéfixes italiennes indiquent l’existence de premiers temples prestigieux. Le forum adopte dès le Ier siècle un plan romain, avant d’être enrichi au IIᵉ siècle de marbres importés [B 17]. Les piliers sculptés à figures orientales, inspirés de Rome, montrent la volonté d’affirmer une identité urbaine pleinement intégrée à l’Empire quelques décennies après la conquête [B 18].

À l’époque augustéenne, plusieurs maisons de Meninx furent réaménagées : sols en opus signinum et mosaïques. Les zones domestiques périphériques restèrent occupées et furent adaptées au Ier siècle apr. J.-C.. Une autre maison montre une évolution vers le péristyle au IIᵉ siècle [B 18].

Au milieu du Ier siècle apr. J.-C., Meninx entreprend la construction d’un grand sanctuaire extra‑urbain au nord‑est de la ville. Les prospections révèlent un complexe quadrangulaire, avec cour à portiques, temple sur podium et autel central [B 18]. Les fouilles montrent des activités dès l’époque augustéenne, mais la construction principale s’étend du milieu du Ier siècle jusqu’aux Flaviens. Une citerne est intégrée au portique d’entrée. Un relief représentant des uraei au disque solaire suggère un culte d’Isis [B 18].

amphore Dressel 2-4

Les ateliers régionaux diversifient et accroissent leur production : céramiques fines inspirées des modèles campaniens, formes hybrides issues des traditions puniques et tripolitaines, et vaisselle culinaire influencée par les productions rouges pompéiennes. Dès le milieu du Ier siècle apr. J.-C., Djerba fabrique des amphores Dressel 2/4 destinées surtout à l’approvisionnement de Meninx, témoignant d’un important surplus agricole. Les fouilles révèlent aussi une forte présence de vaisselle en verre (bols, coupes, fioles) datée du Ier siècle, ainsi que des indices de production locale, bien qu’aucun atelier précis n’ait été identifié [B 16].

Période romaine moyenne I (69–117 apr. J.-C.)

Meninx connaît une phase intense de construction, centrée sur l’infrastructure économique de la zone côtière. Un macellum monumental proche du port, est édifié le long d’un axe majeur et accompagné d’un vaste bâtiment de stockage. Au sud‑ouest, les horrea, organisés autour d’une longue cour, complètent cet ensemble commercial, tandis que plus au nord un complexe de six citernes parallèles, daté de la fin du Ier siècle, témoigne d’investissements hydrauliques importants. Des pièces attenantes, peut‑être liées à un complexe industriel, sont également construites [B 19]. Sous les Flaviens et Trajan, ces aménagements révèlent l’essor économique et commercial rapide de Meninx [B 20].

L’alignement exceptionnel des bâtiments économiques sur la mer est lié à la configuration portuaire particulière de Meninx, dépendante d’un profond chenal sous‑marin longeant la côte sur près de 2 km. Les explorations sous‑marines ont révélé des quais et jetées permettant aux navires, après avoir suivi le chenal, de rejoindre la zone peu profonde pour accoster. Devant le macellum, une grande jetée en blocs taillés, datée de l’époque flavienne, a été identifiée : longue de 80 m, elle se terminait par une plateforme dans 1,30–1,40 m d’eau, suffisante pour les navires. Construite vers le milieu du IIe siècle, elle servait surtout le macellum et les horrea [B 20].

Les fouilles près du forum ont livré de nombreux objets métalliques du Ier siècle apr. J.-C., dont clés, clous, barres et rebuts, indiquant une activité de métallurgie. Dans la zone du sanctuaire, des fibules Aucissa et de grands clous flavien confirment l’importance du travail du métal à Meninx [B 20].

Période romaine moyenne II (117–235 apr. J.-C.)

Sous Hadrien et les Antonins, le forum de Meninx fut profondément remanié. Un nouveau temple monumental en marbre fut construit au sud‑ouest, remplaçant un édifice plus ancien. Une basilique imposante, richement décorée de marbres importés, fut édifiée au sud‑est. Les portiques du forum furent réaménagés : celui du côté nord‑est reçut un nouveau sol et des revêtements en marbre, tandis qu’un second portique fut ajouté devant la basilique. Enfin, le temple Nord, d’époque augustéenne, fut entièrement redécoré avec de nouveaux parements et un accès direct depuis la place. L’ensemble transforma profondément l’aspect monumental du forum [B 21].

un complexe thermal daté de cette période est découvert non loui du forum. Par ses dimensions modestes, le complexe rappelle les bains domestiques courants en Afrique du Nord à partir du IIᵉ siècle, mais l'absence de lien avec des habitations suggère un établissement public de quartier [B 22].

La forte proportion d’amphores locales montre que Meninx dépend durant cette période principalement des produits agricoles et maritimes de l’intérieur de l’île. Les importations de vin restent limitées à quelques amphores de Byzacène et de Sicile (Catane, Naxos) aux IIᵉ–IIIᵉ siècles [B 23].

Période romaine tardive (235–306 apr. J.-C.)

La région connaît une profonde restructuration économique à partir de l’époque sévérienne. À Meninx, les indices restent limités, mais à l’échelle régionale, plusieurs sites de Djerba et du littoral continental sont abandonnés au début du IIIᵉ siècle, tandis que Henchir Bourgou décline dès le IIᵉ siècle. Les causes demeurent incertaines ; une réorganisation de l’Annone pourrait avoir favorisé les grands ports au détriment des petits. Un signe majeur de réorganisation administrative apparaît au deuxième quart du IIIᵉ siècle, lorsque l’île commence à remplacer le nom « Meninx » par « Girba », probablement aussi pour la ville elle même [B 24]

Période tardo antique I (306–530 apr. J.-C.)

Au IVᵉ et au Vᵉ siècle apr. J.-C., de nouveaux édifices monumentaux furent construits en dehors de la ville, notamment la basilique chrétienne à trois nefs à l’ouest et l'autre, plus petite, au nord [B 25].

La ville connaît un abandon progressif de ses secteurs centraux : forum, temples, macellum et sanctuaires sont spoliés, leurs pierres réemployées, et les rues pavées se couvrent de couches de sable ou de déchets. Le complexe thermal perd sa fonction, se transforme partiellement en habitation, puis s’effondre avant d’être abandonné au Ve siècle. Parallèlement, de vastes zones, surtout à l’ouest, sont envahies par d’énormes dépôts de coquilles de murex, témoignant d’une production de pourpre en plein essor. Cette spécialisation économique entraîne une dégradation notable de l’environnement urbain et des conditions de vie [B 25].

Malgré le déclin urbain, Meninx reste pleinement intégrée aux réseaux économiques régionaux. Les importations d’amphores de Nabeul, de Grèce et de Chypre demeurèrent importantes. Les échanges avec Guellala s’intensifièrent, fournissant céramiques et murex, ainsi que des blocs extraits près de Meninx. Les importations de vin, salsamenta et céréales augmentèrent. Des sigillées rouges de qualité médiocre, liées au commerce transsaharien (dattes, peaux, alun), atteignent Meninx via Tacapae, confirmant la vitalité économique de la région [B 26].

Période tardo antique II (530–698 apr. J.-C.)

Aux VIᵉ VIIᵉ siècles, seules des habitations sont encore modifiées : une des maisons reste occupée avec ajout d’une cuisine et présence de déchets d’un atelier d’objets en os, tandis qu’une tour ou un phare byzantin est érigé dans une autre maison. La grande citerne et le complexe industriel voisins sont finalement abandonnés à l’époque byzantine [B 27].

l’arrêt de la production de pourpre transforme l’économie : disparition des murex, élevage tourné vers la consommation, dépendance accrue aux importations agricoles. La population de Meninx diminue fortement aux VIᵉ VIIᵉ siècles, les habitants se déplaçant vers l’intérieur après l’effondrement de l’activité qui faisait la richesse urbaine [B 27].

Meninx fut complètement abandonnée à la fin du VIIᵉ siècle apr. J.-C., à la même époque que de nombreux autres sites africains, tels que Néapolis et Carthage, ainsi que Guellala et Ghizène à Djerba. Seules quelques traces d’activités ultérieures ont été retrouvées dans l’ancien sanctuaire sous forme de fragments céramiques probablement datés du début du VIIIᵉ siècle. Ce matériel témoigne sans doute d’une fréquentation épisodique par des pêcheurs [B 28].

L’« Après vie » de Meninx (698–1891 apr. J.-C.)

Après l’abandon de Meninx, ses ruines furent exploitées comme carrière pour construire plusieurs mosquées voisines : el Guemir, el Hara, Fouzer, Moghzal, et el Hajar, tous situés dans un rayon de 4 a 10 km de Meninx. Le chenal sous marin fut réutilisé comme voie navigable dès le XVIᵉ siècle, tandis que la chaussée reliant Djerba au continent joua un rôle stratégique au Moyen Âge. Le dernier objet daté, une pièce de 5 centimes de 1890 1891 trouvée sur place, témoigne sans doute du passage de voyageurs ou militaires français intéressés par le site [B 28].

Références

Bibliographie

Liens externes

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