À la fin des années 1950, deux ingénieurs, le Britannique Christopher Cockerell et le Français Jean Bertin, s'engagent dans des recherches visant à développer des véhicules reposant sur le principe du coussin d'air, bien que leurs approches soient distinctes[1].
Christopher Cockerell se concentre sur la conception de l’hovercraft, un engin capable de se déplacer aussi bien sur l’eau que sur terre en utilisant un coussin d’air pour réduire la friction. Ses efforts culminent en 1959 avec la traversée historique de la Manche par le modèle SR-N1, démontrant le potentiel pratique de cette technologie[1].
De son côté, Jean Bertin, en France, adopte une démarche différente. Avec son équipe, il explore le concept de la multi-jupe souple, une technologie visant à améliorer la stabilité et l’efficacité des véhicules à coussin d’air[2]. Ces travaux mènent à des avancées significatives, notamment la création la gamme de prototypes nommés Terraplane[3]. C’est en 1961, après sa rencontre avec l’ingénieur en chef Massacrier, responsable du service d’études du matériel du Génie à la Direction des études et fabrications d’armement (DEFA), que Jean Bertin et son entreprise se lancent dans la conception d’un prototype, qui deviendra le Terraplane BC4[4].
Le Terraplane BC4, conçu et réalisé par la Société Bertin & Cie, est le premier aéroglisseur de ce type construit en France. Développé en tant qu’engin expérimental, il vise à tester les théories liées à l’effet de sol. Construit en 1961, le BC4 effectue sa première sortie le 7 janvier 1962 à Buc. Son développement nécessitant peu d'ajustements, seules quelques finitions furent apportées, permettant ainsi sa présentation aux spécialistes dès le mois de mars[5]. Il fut ensuite présenté le jeudi 12 avril 1962 au camp de Satory, en présence de la presse et de représentants de l’industrie[6],[7].
Le Terraplane a réalisé ses premiers essais au mois de mars 1962, piloté par Jacques Lecarme. Ces tests ont mis en évidence une grande stabilité de l’appareil ainsi qu’une facilité de pilotage. L’engin a suscité l’intérêt de l’Armée, lors d'une démonstration officielle en avril 1962, en présence des autorités militaires. Par ailleurs, des perspectives d’utilisation dans le domaine civil sont également à l’étude, ouvrant la voie à des applications variées[7].
Pour envisager une éventuelle commercialisation du Terraplane, des études et essais ont continué afin de rendre l’engin plus économique. Parmi les améliorations, le groupe moteur de sustentation, initialement composé d’un réacteur et de trompes, devait être remplacé. Les alternatives étudiées incluaient un moteur à piston ou une turbine à gaz entraînant des ventilateurs. L'objectif final devait prendre en compte le coût de revient, la simplicité de conception et les usages prévus pour l’appareil[7]. Ces améliorations furent testées au cours des années suivantes sur les modèles ultérieurs de la gamme Terraplane, notamment le BC6 et le BC8[3].
Un accord a été conclu avec Sud-Aviation en 1962 pour assurer la fabrication industrielle du Terraplane et de ses éventuels dérivés, ouvrant la possibilité d’une production à grande échelle des modèles suivant[7]. Le Terraplane BC4, bien qu’il soit resté au stade de prototype, est considéré par Jean Bertin comme l’origine conceptuelle de l’aérotrain, son brevet marquant une étape clé dans le développement de cette technologie[8].