Toussaint Grille
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| Directeur de la bibliothèque municipale d'Angers |
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(à 84 ans) Angers |
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Toussaint Grille, né le à Angers et mort le dans la même ville, fut un prêtre catholique jusqu'en 1793, puis directeur de la bibliothèque municipale de la ville d'Angers de 1803 à 1837.
Il est surtout connu pour sa carrière de collectionneur, activité qu'il poursuivit parallèlement à ses fonctions et au-delà de sa retraite. Sa collection comprend notamment une grande variété d'artefacts gallo-romains, de manuscrits et d'autres pièces rares. Objet d'une attention sérieuse, cette passion le conduisit à écrire: "Il y a dans ma petite collection tous les éléments d'un musée", formulation qui, de manière presque prémonitoire, annonçait le sort futur de sa collection, dont la majorité des objets se trouvent aujourd'hui dans les musées de sa ville natale[1].
Origines et carrière
Vie personnelle
Toussaint Grille est né au sein de la maison familiale dans la ville d'Angers, rue Baudrière. Il est issu d'une longue lignée de marchands drapiers depuis le XVIIe siècle. Son père est qualifié d'ancien consul et garde de la communauté des marchands de la ville. Second fils, c'est son frère ainé, François-Joseph qui reprend la maison de commerce familiale[2].
Il mène une jeunesse studieuse et monacale, il étudie au collège de l'Oratoire où il soutient en 1784 une thèse de philosophie. S'il s'oriente tout d'abord vers la médecine, il devient finalement novice à l'abbaye Toussaint d'Angers, en dépit du souhait de son père de le voir reprendre l'industrie familiale[3]. Il choisit cette abbaye et sa congrégation des Génovéfains connus alors comme une congrégation savante formant une élite culturelle et intellectuelle. Il se distingue et termine sa formation à Paris, à sainte-Geneviève-de-Paris où il proclame sa profession de foi le 6 mai 1787[2].
Il consacre en grande partie sa vie à ses collections et leur étude. Bien que n'ayant jamais évoqué quelconque avis politique, il est décoré en 1814 par le duc d'Angoulême de l'ordre du Lys.
Vie professionnelle
Une fois son séjour parisien achevé, Grille poursuit ses études au sein des abbayes d'Eu où il est bibliothécaire adjoint puis en Picardie à l'abbaye Notre-Dame de Ham dont il est le bibliothécaire en chef, ce qui représente une lourde charge puisqu'il s'agit d'une des plus importante bibliothèque de la congrégation après la Bibliothèque Sainte-Geneviève[2].
À la dissolution des ordres religieux lors de la révolution française, il revient à Angers, où il est ordonné prêtre par l'Évêque constitutionnel Hugues Pelletier et devient vicaire à Saint-Pierre d'Angers, puis curé constitutionnel de Chambellay en 1791[2]. Il abandonne ses fonctions le 11 Frimaire An II (1793).

Il entre dans l'administration des vivres, relevant de l'abbaye Saint-Aubin. Dans le cadre de ses fonctions, il suit les troupes républicaines jusqu'à la ville de Coron, frôlant la mort[2]. Il fut chargé de la chaire des belles-lettres à l'Université d'Angers le 4 Ventôse An IV (février 1796). Sa connaissance des livres le conduit à devenir conservatoire proviseur de la bibliothèque municipale en 1803 puis conservateur en titre le [2], cette dernière était alors, depuis cette date, située au Logis Barrault . Alors qu'il occupe ce poste, Grille publie quelques ouvrages sur les collections angevines, dont Mémoire relatif à une quantité considérable de médailles gauloises trouvées près du pont de la Chalouère (Angers, Pavie, 1831, in-8e de 16 p. extrait des Mémoires de la Société d'agriculture, sciences et arts) et Petit itinéraire de la Bibliothèque publique de la Ville d'Angers, ou Notice succincte des ouvrages les plus rares (Angers, E. Lesourd, 1832, 28 pages)[4],[5]. Il adresse, le 18 septembre 1837 sa demande d'admission à la retraite. Il est alors âgé de 71 ans, et évoque des raisons de santé. En 1838, son neveu François Grille, nommé l'année précédente membre correspondant du comité des Arts et des Monuments, lui succède[6],[7],[8].
La collection Toussaint Grille
Toussaint Grille et le collectionnisme
Toussaint Grille fut un grand collectionneur angevin. Il est introduit dans les sphères bourgeoises de la haute société de la région par un de ses oncle, curé de Chanteussé. Il débute sa collection d'antiques chez un autre parent, l'abbé Pavallier chez qui il s'adonne, dans sa maison de campagne aux Châteliers de Frémur, à l'archéologie. Une fois nommé conservateur en titre de la bibliothèque municipale, il occupe une place de choix dans la vie érudite de la région et en profite pour accroître ses collections, d'antiquités et de manuscrits notamment. Il est également en charge du cabinet des médailles rattaché alors à la bibliothèque avant l'ouverture du musée d'Antiquités en 1841[2].
Afin de mieux connaître sa collection Grille fit l'acquisition de nombreux ouvrages qu'il fait venir de Paris dont le Recueil D'antiquités du comte Philippe de Caylus qui est complété par un supplément sur l'antiquité de la région de l'Anjou par un antiquaire local Félix Leroyer de La Sauvagère. Il met à profit sa fonction de bibliothécaire conservateur pour rédiger de nombreuses notes dans le but de construire un important ouvrage sur l'Anjou, il ne le publiera jamais, se limitant à des notices : l'une en 1831 sur le trésor monétaire de la Chalouère à Angers et une seconde sur la bibliothèque en 1832[2].
Après sa retraite, il se retire du monde public pour se consacrer pleinement à sa passion et réunit une collection riche et éclectique, composée d'antiquités gallo-romaines, celtiques, médiévales et égyptiennes ainsi qu'un ensemble d'archives d’érudits sur l’histoire de l’Anjou, dispersées lors de ventes révolutionnaires, des livres et documents anciens, des manuscrits médiévaux dont 400 au moins furent achetés par la ville d'Angers. Cette passion occupe la plus grande partie de son temps et lui procure un profond épanouissement, le conduisant à écrire: "Cette étude de l'Antiquité embellit ma retraite, elle me charme, elle me soutient, elle est ma vie en quelque sorte, goûtant les plus douces jouissances avec elle"[1].
Provenance de la collection
Dans la région angevines les cabinets et collections particulières ont été enrichies en grande partie grâce aux produits de fouilles archéologiques, survenues à l'occasion de travaux d'urbanisme ou du creusement de voies ferrées. Si plusieurs des céramiques gallo-romaines de la collection de Grille sont issues de recherches effectuées à Angers et dans ses environs, dont un vase mis à jour en 1849 à l'emplacement de la gare, d'autres pièces contemporaines furent réalisées dans différentes régions de la Gaule, notamment au sud et à l'est.[9] Toussaint Grille côtoie également des marchands parisiens et nantais, et réalise quelques voyages en Italie; sa collection n'est donc pas seulement le fruit de découvertes archéologiques locales[10].
Devenir posthume de la collection
Malgré son désir, la collection de Toussaint Grille a été vendue et dispersée. Après sa mort en 1850, une vente publique sur catalogue fut organisée et dura un mois[11],[12]. Elle comprenait 3292 numéros et généra 90 000 francs[2],[3]. À l'occasion de l'exposition Curiosité(s). Un certain goût pour l'ailleurs: collectionneurs angevins du XIXe siècle, organisée par le Musée des Beaux-Arts d'Angers en 2015, la vente fut qualifiée comme étant « la plus grande vente publique jamais organisée à Angers qui attire les amateurs de l'Europe entière »[2].
Alors que la municipalité d'Angers consacra 10 822 francs aux antiquités, ce sont surtout les manuscrits qui retinrent l'attention, tant chez des personnalités anglaises que chez des marchands de livres de Paris, tels Techner et Rollin[13]. Une partie est entrée à la bibliothèque municipale, la Médiathèque Toussaint, les « Portefeuilles de Toussaint Grille »[14] où il existe également un fonds Toussaint Grille[15]. L'industriel nantais Thomas Dobrée acquit une autre part de la collection, aujourd'hui entreposée au musée Dobrée à Nantes[16]. Le musée du Louvre conserve depuis 1852 l'ensemble de 52 pièces composant le trésor d'argenterie gallo-romaine de Notre-Dame d'Allençon, acquis par Grille vers 1836. Leur intégration au Musée tient notamment aux efforts d'Adrien de Longpérier, conservateur des Antiquités, face à des conditions de vente interdisant la séparation des pièces et à l'absence d'acquéreur[17].
Le musée d'Art et d'Histoire de Château-Gontier conserve aujourd'hui plusieurs objets en céramique que l'on retrouve dans une série de neuf planches de dessins issues de la collection de Grille. Cette série graphique, actuellement déposée au musée des Beaux-Arts d'Angers, a été réétudiée à l'occasion de l'exposition Curiosité(s) en 2015. Selon l'équipe scientifique de l'exposition, la présence de ces dessins au sein de la collection Grille laisse supposer qu'ils auraient été réalisés dans la perspective d'illustrer un catalogue de sa collection, projeté avant son décès[18].
Détails de la collection Toussaint Grille
Les Musées d'Angers conservent une partie de la collection de Toussaint Grille, 260 objets plus précisément[19]. La majorité de la collection se situe en réserve mais une partie est actuellement exposée dans divers établissements de la ville :
| Titre de l'œuvre | Auteur | Datation | Technique | Emplacement | Numéro d'inventaire |
|---|---|---|---|---|---|
| Croix de la Roche-Foulques | Anonyme | XIe siècle | Orfévrerie | Musée des antiquités Saint-Jean. Exposé dans le parcours Histoire d'Angers. | MA GF 1816.1 |
| Ostensoir | Anonyme | XIVe siècle | Orfévrerie | Musée des antiquités Saint-Jean. Exposé au musée des Beaux-Arts. | MA GF 49 |
| Portrait de Gilles Ménage (grammairien) | Anonyme - École française | XVIIIe siècle | Peinture à l'huile | Musée des Beaux-Arts. Exposé dans le parcours Histoire d'Angers. | MBA 1205 |
| Sceau | Anonyme | IIIe siècle | Bronze | Musée des antiquités Saint-Jean. Exposé dans le parcours Histoire d'Angers. | MA GF 120 A |
| Figure votive de chat | Anonyme | 750-332 avant J.-C. | Bois | Musée des antiquités Saint-Jean. Exposé au musée Pincé. | MA 1 R 851.351.1 |
| Ouchebti - serviteur funéraire d'Hornakht | Anonyme | 664-525 avant J.-C. | Faïence | Musée des antiquités Saint-Jean. Exposé au musée Pincé. | MA 1 R 851.351.2 |
| Miroir à la divinité féminine ailée | Anonyme | 300-250 avant J.-C. | Bronze | Musée Pincé | MTC 7800 |
| Fragment d'arcature orné de quatre personnages du tombeau du Roi René | Poncet Pons | 1447-1452 | Sculpture de marbre | Musée des antiquités Saint-Jean. Exposé dans le parcours Histoire d'Angers. | MA 1 R 851.351.7 |
| Portait de Claude Pocquet de Livonnière | Anonyme - Barillot | 1er quart du XVIIIe siècle | Peinture à l'huile | Musée des Beaux-Arts. Exposé dans le parcours Histoire d'Angers. | MBA 1210 |
| Portrait de Hugues Pelletier (évêque) | Anonyme - École française | XVIIIe siècle | Peinture à l'huile | Musée des antiquités Saint-Jean. Exposé dans le parcours Histoire d'Angers. | MA GF 2827 |
| Pixyde | Anonyme | XIIIème | Orfévrerie | Musée des antiquités Saint-Jean. Exposé au musée des Beaux-Arts. | MA GF 1832 |
| Astrolabe - Quadrant | Anonyme | XVe siècle | Orfévrerie | Musée des antiquités Saint-Jean. Exposé au musée des Beaux-Arts. | MA GF 39 |
Source : Collection de Toussaint Grille.
Exemples d’œuvres ayant appartenu à Toussaint Grille, aujourd'hui conservées dans les musées de la ville d'Angers :
- Portrait anonyme de Gilles Ménage
- Fragment d'arcature orné de quatre personnages - tombeau du roi René
- Portrait de Hugues Pelletier
- Portrait de Pocquet de Livonnière
- Sceau anonyme