Trésor de Saint-Germain-de-Varreville
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| Trésor de Saint-Germain-de-Varreville | ||||
Le trésor de Saint-Germain-de-Varreville exposé au musée de Normandie à Caen en 2018. | ||||
| Type | Monnaie | |||
|---|---|---|---|---|
| Dimensions | 25 cm de hauteur | |||
| Poids | 42 kg (monnaie : 38,2 kg) | |||
| Matériau | Bronze et argent | |||
| Période | IVe siècle | |||
| Culture | Rome antique | |||
| Date de découverte | 2011 | |||
| Lieu de découverte | Saint-Germain-de-Varreville | |||
| Coordonnées | 49° 26′ 16″ nord, 1° 15′ 26″ ouest | |||
| Conservation | Musée de Normandie | |||
| Géolocalisation sur la carte : France
Géolocalisation sur la carte : Basse-Normandie
Géolocalisation sur la carte : Manche
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Le trésor de Saint-Germain-de-Varreville est un trésor monétaire découvert en 2011 sur le territoire de la petite commune de Saint-Germain-de-Varreville, dans le département français de la Manche, en région Normandie.
À l'écart de vestiges archéologiques connus, le trésor est découvert lors de travaux dans une exploitation agricole. Les services régionaux d'archéologie sont aussitôt contactés par les propriétaires, ce qui permet une étude exhaustive en laboratoire qui met en évidence les mécanismes de thésaurisation dans l'Antiquité tardive. Une étude sur le site de la découverte est réalisée peu après afin d'en préciser le contexte archéologique.
Le trésor date de la première moitié du IVe siècle. Il est acquis par la ville de Caen et conservé au musée de Normandie, où il est situé dans la même salle que le trésor de Tourouvre, plus ancien et témoin de la crise que traverse l'Empire romain au IIIe siècle. Ces deux découvertes sont des exemples d'étude scientifique des trésors monétaires par les archéologues. Ils sont également importants pour la connaissance du contexte économique et monétaire de la Normandie romaine, ainsi que celle des mécanismes de thésaurisation.
Le trésor est découvert à Saint-Germain-de-Varreville, dans le nord-est du département de la Manche, en , au sein d'une exploitation agricole[B 1], située au sud du village[A 1], au lieu-dit « pièce à Trois Cornières »[G 1]. Le terrain, une zone de bocage[G 1], se situe sur une légère pente près du ruisseau de By, dans un sol composé de limon[A 1].
Étapes de la découverte et de l’étude du trésor
Découverte impromptue et acquisition par la ville de Caen
Un agriculteur, également propriétaire du terrain, découvre en 2011, à une profondeur de 0,40 m et 0,60 m[A 1], un vase rempli de monnaies, lors de travaux de mise en place d'une clôture[B 1]. Les pièces sont agglomérées les unes aux autres[D 1], principalement à cause de la corrosion issue de l'oxyde de cuivre[G 2]. Le contenant est sorti de terre par l'agriculteur et son épouse, et le couple contacte des archéologues et la DRAC[C 1],[A 2].
Le trésor, d'une valeur estimée à 18 000 €, est acquis en 2015[D 1] par le musée de Normandie, avec l'aide de l'État français, le découvreur ne s’étant pas tourné vers d'autres acquéreurs[B 1].
Examen en laboratoire
Le poids total de la découverte est de 42 kg, le contenu du vase étant estimé à environ 38 kg de monnaies agglomérées[A 3]. La volonté de connaître les étapes de la constitution du trésor, ainsi que l'« archéologie du processus d'accumulation »[G 3], ont été les principes de base pour la mise en place d'une micro-fouille[A 4]. Celle-ci est réalisée par la destruction progressive du contenant et des couches de monnaies[A 5].
La fouille du vase est réalisée durant l'été 2012[C 1], pendant une quinzaine de jours au mois de juillet[A 6], avec une méthode rigoureuse[A 7] par le service numismatique du centre de recherches archéologiques et historiques anciennes et médiévales appelé aussi CRAHAM[G 4]. La première étape est la stabilisation du vase, le contenant est mis dans un coffrage en mousse et posé sur une table fixe[A 7]. Ces dispositions permettent aux chercheurs d'être placés au-dessus du contenant lors des prélèvements[A 7]. Une armature métallique entoure le dispositif et permet d'y fixer les caméras et les appareils photographiques utilisés pendant que chaque couche du trésor est prélevée[A 7].
L'étape suivante consiste à enlever les monnaies par couches horizontales des plus récemment déposées aux plus anciennes, puis de ranger chaque lot dans des sachets individuels hermétiques[A 8]. Une étude est réalisée sur la position des pièces, ce qui a permis de supposer la présence de sacs dans la partie supérieure du contenant[A 9] et d'estimer que le remplissage du contenant ne s'est pas déroulé en une seule fois[A 10].
Le vase est ensuite isolé[E 1], puis une fiche descriptive des pièces est réalisée, comportant la position dans le récipient d'un lot de pièces et la description des éléments naturels présents avec les pièces[A 7]. Chaque pièce est nettoyée et étudiée, la moitié du travail est réalisée durant l'automne 2019[C 1]. Le protocole de traitement d'une pièce s'étale sur plusieurs heures : après diagnostic initial de l'état des monnaies, la composition chimique est étudiée et un processus privilégie un traitement de masse, allant du nettoyage à la stabilisation des monnaies ; de ce fait entre 80 et 120 pièces sont nettoyées chaque jour[G 5]. Les monnaies sont ensuite enregistrées dans une base de données[G 6].
En 2015, une étude de « spectrométrie de fluorescence X portable des monnaies du dépôt » portant sur un échantillon du trésor vise à étudier les alliages[G 7], le nombre important de monnaies du trésor ainsi que la variété des frappes permettant une étude assez générale[I 1]. Un protocole spécifique est mis en place[G 8]. La technique est initialement destinée à des applications industrielles[I 2].
Retour sur le terrain et expositions

Une fouille archéologique du site de découverte est réalisée en juillet 2013[G 9], la même année que le début de l'étude exhaustive du trésor[A 11]. Elle n'a révélé presque aucun vestige de l'Antiquité, mais des éléments d'un bivouac de la Seconde Guerre mondiale très proche de la cachette du trésor[H 1].
Le seul élément antique retrouvé est une tuile retaillée[G 9], peut-être déjà déterrée dès 1944 lors de la préparation du bivouac[H 1]. Il faut parcourir plusieurs centaines de mètres pour trouver des matériaux de construction et de la poterie d'époque romaine[G 10]. Une prospection archéologique des champs environnants a permis d'identifier à 600 m du site de la cachette une habitation probable datant de l'Antiquité et un autre site à 250 m[H 1]. Ces occupations antiques livrent peu de mobilier[G 11].
Le trésor entre au musée de Normandie dans les salles présentant les découvertes de la Préhistoire et de l'Antiquité[D 1]. Le trésor est montré au public au musée des Antiquités de Rouen pour une exposition « Mon trésor » du au [C 1].
Description
Généralités
Le trésor comporte 14 528 monnaies[C 1],[F 1], datées de 310 à 348[A 11], pour un poids total de 42 kg dont 3,8 kg pour le contenant[C 1],[A 12]. La trouvaille fait partie des « plus importants trésors contemporains »[A 13]. Lors de la fouille, les archéologues ont retrouvé des résidus organiques dont la nature a pu être identifiée[A 8].
Contenant

Le trésor est contenu dans son contenant d'origine, un vase de terre noire et de forme ovoïde, d'une hauteur d'environ 30 cm. Le vase est en céramique commune[A 1] et dépourvu d'anses ; son pied est abîmé, ce qui rend impossible le déplacement du contenant selon les fouilleurs[A 14]. Une tuile taillée en rond ayant pu servir de bouchon a été retrouvée lors de fouilles[G 10].
Les monnaies sont des nummi, pièces de bronze avec très peu d'argent, d'un poids de 3 grammes et de 18 mm de diamètre[B 1], introduites dans la décennie 330[G 4].
Constitution du trésor
Les archéologues estiment que l'accumulation des pièces a eu lieu entre 336 et 348, du fait de la présence de nombreuses pièces des années 330[A 15]. Une trappe ou une planche amovible permettait d'accéder au vase enterré et dissimulé[A 14].
Dépôts en sacs et dépôts en vrac
Les monnaies du trésor présentent deux types de position, des monnaies à plat et d'autres sur une tranche, séparées des autres lots par des restes de sédiments. Les différents lots ont été identifiés comme étant la trace de sacs dont les éléments organiques se sont décomposés au cours du temps[A 16]. Des lots ont également été constitués par un versement des monnaies « en pluie », ces versements sont appelés « vracs » par les fouilleurs[A 17].

Les pièces sont accumulées sur une période de dix ans et déposées dans le vase pour partie au moyen de petites bourses[C 1] de tissu qui ont disparu[D 1]. Avec le temps, les éléments organiques (écorce, cuir, papyrus, peau, tissu) qui constituaient les sacs se sont désagrégés et les pièces ont été libérées, mais en restant dans leur position d'origine[A 18]. Des épis de céréales semblent également avoir volontairement été déposés dans le contenant pour en absorber l'humidité[A 19].
Il y a également eu des versements en vrac, et un certain temps a pu s'écouler entre les différents versements en vrac de la partie inférieure de la poterie[A 10]. La partie supérieure du contenant a été remplie par des sacs et du vrac entre les divers sacs, les archéologues mettant en évidence la volonté du propriétaire de faire de la place pour son processus de thésaurisation[A 10].
Différents lots de monnaies

Lors de la fouille, les monnaies ont été dégagées et classées par lots nommés « faits » ou « passes »[A 8]. La majorité des couches ou « faits » sont séparés entre eux par de fines couches d'argile qui ont permis aux archéologues de séparer les différentes pièces « en vrac » par période[A 20]. Huit phases de dépôt ont été identifiées, trois en sacs et cinq en vrac[A 6]. Le dépôt le plus proche de l'ouverture est numéroté 100, celui du fond du contenant 108[G 12]. Un certain temps s'est écoulé entre les dépôts, et des restes d'herbes et brindilles ont été trouvés ; les fouilleurs ont pu émettre l'hypothèse d'une présence liée à une insertion accidentelle après un comptage dans l'herbe des monnaies déposées, ou alors par des éléments tombés d'une trappe placée au-dessus du contenant[A 20].
Le sac dénommé « Fait 100-101 » reposait sur un sédiment argileux[A 21]. Le « Fait 100 » contenait 24 monnaies et le « 101 » 1 185[A 22]. Le sac « Fait 102 » comprenait 128 monnaies[A 23]. Le « Fait 103-105 », dépôt en vrac, en comprenait 4 974[A 23]. Dans le sac « Fait 104 », comprenant 1 967 monnaies[A 23], une petite corde blanche longue de 25 cm est découverte en négatif, qui devait servir à nouer ce sac[A 17]. Le dépôt « Fait 106 », en vrac, contenait 731 monnaies, le numéro 107 en vrac également comportait 1 632. Le « Fait 108 » toujours en vrac contenait 3 627 pièces[A 24]. Le « Fait 109 », en vrac, contenait au minimum 260 monnaies[A 22].
Types de monnaies identifiées
Dès l'année 2013, 6 471 pièces sur 14 528, soit environ la moitié, sont nettoyées et commencent à faire l'objet d'une restauration[F 1]. Une partie seulement des pièces sont identifiées, soit 1 971[F 1]. Les archéologues ont découvert au fond du récipient quelques rares pièces du dernier quart du IIIe siècle (antoninien et aureliani) et beaucoup de la première moitié du IVe siècle[F 1]. 5 pièces datent d'avant 294, une pièce est estimée entre 294 et 310, une pièce entre 310 et 313, 9 pièces entre 313 et 318, 227 pièces entre 318 et 324, 225 pièces entre 324 et 330, 1 204 pièces entre 330 et 335, 268 pièces entre 336 et 341 et 31 pièces entre 341 et 348[F 1].
Différentes mentions sont retrouvées sur les pièces : les monnaies antérieures à 318 de type Soli invicto comiti sont peu représentées dans le trésor. Pour l'ensemble 318-324 et 324-330, les légendes « Victoriae laet princ perp », « Beata tranquillitas », « Sarmatia devicta », « Providentiae augg / caess » apparaissent plus fréquemment, mais leur quantité reste modeste. Pour la période post 330, c'est la mention « Gloria exercitus » sur le revers accompagnée d'enseignes ou de l'une des deux dénominations suivantes « Urbs Roma » ou « Constantinopolis », pour deux tiers du trésor et surtout des frappes datables de 330-335[A 25]. Quelques fausses monnaies ont été découvertes parmi le trésor, de type Gloria exercitus, Urbs Roma et Constantinopolis[A 25]. Les monnaies datées de 341-348 Victoriae dd augg nn, deux Victoires qui s'affrontent[G 13], sont peu nombreuses en proportion[A 26].

