US Go Home

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Réalisation Claire Denis
Sociétés de production Arte
US Go Home
3 immeubles rectangulaires de 3 étages avec 15 fenêtres en largeur, un parking, une pelouse et trois conifères
Une cité HLM du type de celle dans laquelle vivent les personnages principaux.
Réalisation Claire Denis
Scénario Claire Denis et Anne Wiazemsky
Acteurs principaux Alice Houri
Jessica Tharaud
Grégoire Colin
Sociétés de production Arte
Pays de production Drapeau de la France France
Genre Drame
Durée 68 minutes
Première diffusion 1994

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.

US Go Home est un téléfilm réalisé par Claire Denis pour la chaîne de télévision Arte dans la collection Tous les garçons et les filles de leur âge en 1994. Il est diffusé pour la première fois sur la chaîne franco-allemande le . Il raconte l'histoire d'une jeune fille, dans le milieu des années 1960, qui cherche à perdre sa virginité lors d'une fête où son frère est présent.

Après avoir accepté la commande en raison de son envie d'utiliser les musiques de son adolescence (une contrainte de la commande), Claire Denis découvre lors du casting les acteurs Grégoire Colin et Alice Houri avec qui elle tournera de nouveau par la suite. Particulièrement apprécié par des publications comme Les Cahiers du Cinéma ou Télérama (mais parfois moins par d'autres guides des programmes) ce téléfilm a une forte composante autobiographique.

Martine, une adolescente vivant en HLM près d'une base militaire américaine dans la grande banlieue parisienne en 1965 ne pense qu'à une chose : perdre sa virginité. Avec une amie, Marlène, qui, elle, a déjà fait l'amour et fréquente des garçons plus âgés, elle est invitée à une fête où elle pense qu'elle pourra mener son projet à bien. Mais lorsqu'elles arrivent, se cachant pour observer la fête, les deux jeunes filles s'aperçoivent que les parents sont présents et qu'on y danse la farandole... Les deux jeunes filles décident alors de se rendre à une autre fête, celle où se trouve Alain, le frère aîné de Martine, qui ne voit pas d'un très bon œil sa sœur essayer de danser, « et plus si affinités » avec des garçons.

Au matin, sur le chemin du retour, Martine et Alain rencontrent un officier américain, le capitaine Vito Brown, qui accepte de les raccompagner chez eux. Là encore, la musique va attiser et dévergonder les passions et l'établissement de relations.

Fiche technique

Distribution

Musique

Les titres des chansons par ordre d'apparition dans le film sont :

Le film s'ouvre sur un extrait d'une émission de Radio Caroline.

Production

Projet et scénario

La collection Tous les garçons et les filles de leur âge, commandée par la chaîne franco-allemande Arte, est une série de neuf téléfilms, parmi lesquels se trouvent aussi la version courte du film Les Roseaux sauvages d'André Téchiné, intitulée Le Chêne et le Roseau, et celle de L'Eau froide d'Olivier Assayas, intitulée La Page blanche. Le cahier des charges de la série demande de réaliser un film sur l'adolescence, dans une période laissée au choix du réalisateur entre les années 1960 et les années 1990 en utilisant la musique rock de l'époque, en évoquant le contexte politique et en incluant au moins une scène de fête[1]. Chaque film doit durer environ une heure[1] et dispose d'un budget d'environ cinq millions de francs, le tournage (en super 16) ne devant pas excéder vingt-cinq jours[2]. US Go Home, qui aborde le milieu des années 1960, constitue le deuxième téléfilm de la série[1], venant après Le Chêne et le Roseau qui se déroule en 1962 et avant Portrait d'une jeune fille de la fin des années 60 à Bruxelles de Chantal Akerman, qui se passe en 1968.

Claire Denis hésite avant d'accepter la commande mais le fait de devoir utiliser la musique de l'époque emporte sa décision, en particulier la possibilité d'utiliser les morceaux rock de son adolescence qu'elle écoutait seule dans sa chambre comme ceux des The Animals, The Yardbirds ou Ronnie Bird[3]. Elle considère par ailleurs à l'époque de la diffusion du film qu'il n'y a aucune différence en le fait de réaliser pour Arte ou pour le cinéma[3].

La réalisatrice travaille au scénario pour la première fois avec Anne Wiazemsky alors qu'elle a écrit ses autres films avec Jean-Pol Fargeau[4]. Le scénario, selon Grégoire Colin, n'est long que de « quelques pages. »[5]

Casting et tournage

La jeune Alice Houri, quatorze ans au moment du tournage, ment sur son âge lors du casting pour obtenir le rôle de Martine[6]. Celui qui joue son frère, Grégoire Colin, deviendra un des acteurs fétiches de Claire Denis et voit sa carrière réellement lancée avec ce téléfilm[7]. Lors de son casting — fait dans l'urgence à la suite de la défection de l'acteur prévu pour cause d'accident —, il livre pourtant une mauvaise prestation qui aurait dû l'écarter du rôle. Mais Alice Houri déclare qu'il « fait semblant » de mal jouer, alors qu'il est très bon[8]. Il est rappelé pour le rôle à sa grande surprise et il avouera par la suite à la réalisatrice qu'il a agi ainsi parce qu'il savait qu'elle recherchait un acteur amateur alors qu'il était déjà professionnel[8],[n 1]. Claire Denis déclare en 2010 que dès les essais une alchimie s'est mise en place entre Grégoire Colin et l'équipe créant une émulation qui a duré durant tout le tournage[8]. Les deux acteurs principaux de US Go Home seront aussi ceux du film suivant de la réalisatrice, Nénette et Boni, qu'elle réalisera, alors qu'elle avait un autre projet, à la suite du téléfilm, par envie de les retrouver : elle aura en effet  « l'impression de les avoir à peine découverts[9]. » Claire Denis donne aussi un rôle à Vincent Gallo, qui avait déjà tourné avec elle dans Keep It for Yourself en 1991.

Le tournage, qui est le dernier de la collection, commence fin [10], la réalisatrice terminant d'abord son film précédent, J'ai pas sommeil[4]. Elle doit travailler rapidement et elle ne peut bénéficier que de quatre semaines de tournage[4]. La cité où vit Martine est du même type que celles où Claire Denis a vécu sa propre adolescence en banlieue parisienne mais la configuration des lieux a évidemment changé depuis les années 1960 et un travail de reconstitution est nécessaire[6]. Par ailleurs, les murs de la maison de la fête ont été repeints afin de donner aux visages des acteurs un aspect « livide[5]. » Le fait que le scénario soit court laisse beaucoup de liberté aux acteurs, Grégoire Colin allant jusqu'à déclarer qu'il a « tout improvisé » sur ce film[5].

Le titre de travail du film est Boom-boom[10], en référence à la chanson du même nom mais comme celle-ci ne sera finalement pas utilisée, elle lui préfère finalement US Go Home qui sont les mots qui apparaissent sur un graffiti à la fin du film[6].

Accueil critique

Plan américain d’un homme penché sur un micro dont il tient le pied en diagonale, bouche grande ouverte, yeux fermés
Eric Burdon, chanteur du groupe The Animals, auteur de la chanson Hey Gyp sur laquelle Alain (Grégoire Colin) danse dans sa chambre.

Contrairement à trois autres téléfilms de la série, US Go Home ne connaît pas de version longue exploitée en salle : les droits musicaux pour une telle sortie seraient très importants et il faudrait longuement négocier avec Arte pour obtenir la possibilité de transformer ce téléfilm en long métrage[4].

Lors de la première diffusion télévisée, Télérama donne au film ce qui est à l'époque sa meilleure note possible soit TT. Le magazine souligne que, même s'il s'y trouve des marques de l'époque décrite (la présence de bases américaines en France, les personnages qui fument des Gauloises bleues ou apprennent le russe) le film est comme « atemporel[11]. » Si le thème de ce téléfilm, que le magazine qualifie de « sobre essai d'une heure », reste classique, l'article souligne la qualité de jeu de ses acteurs : la scène lors de laquelle Alain danse dans sa chambre est considérée comme une « scène d’anthologie », tandis que le jeu de l'actrice principale, Alice Houri, est remarqué pour le contraste entre « son fou rire sans cesse menaçant » et « des éclats de douleur qui surgissent sans crier gare[11] ».

D'autres guides des programmes sont plus mitigés : Télé 7 jours donne au film la note de 77[12] (sa note maximale est de 777), tandis que Télé poche[13] et Télé Star[14] déplorent les longueurs du téléfilm, ce dernier magazine notant que le rythme du film « peine à faire naît l'émotion. » Télé poche apprécie néanmoins la scène de la rencontre avec le G.I. et met deux étoiles au film (sur trois possibles)[13] tandis que Télé Star apprécie les acteurs du film et lui met la note T (TT étant la note maximale)[14].

À la même époque les Cahiers du cinéma se montrent enthousiastes, aussi bien sur l'ensemble de la collection Tous les garçons et les filles de leur âge que sur ce film particulier. Ils annoncent en couverture « Patricia Mazuy, Claire Denis, Chantal Akerman à l'assaut de la télévision[15]. » Dans l'introduction au dossier que la revue consacre à la collection, qualifiée « [d']expérience unique à la télévision française », le film de Claire Denis fait partie pour la revue de ceux « à découvrir en priorité[16] », Stéphane Bouquet considérant que Claire Denis « a réussi un des plus beaux films de la série » et qu'elle est « un très grand cinéaste du corps et des pulsions[17] ». La scène de la fête dans la grande maison bourgeoise, est en particulier qualifiée « [d']intense moment de cinéma ». Il note qu'elle aborde le sujet des premières relations sexuelles de manière frontale en évitant toute vulgarité[17].

Lors d'une rediffusion de la série en 1997 le journal L'Humanité insiste particulièrement sur la qualité des acteurs, jugeant que « le couple frère-sœur que composent Grégoire Colin et Alice Houri illumine le film de Claire Denis[18] ». À l'occasion d'une autre rediffusion de la série, cette fois en 1999, Libération, écrit que dans cette collection de téléfilms « cinq, au moins, sont des chefs-d'œuvre », incluant US Go Home parmi ceux-là[1].

Lors de la présentation du film à une rétrospective du travail de la réalisatrice à l'université Harvard en , le texte introductif décrit « U.S. Go Home [comme] le grand film, peu connu, de Claire Denis[n 2],[19]. »

Analyse

Notes et références

Annexes

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