Ukraine c. Russie (Crimée)

From Wikipedia, the free encyclopedia

TitreUkraine contre Fédération de Russie (Crimée)
Codenos 20958/14 et 38334/18
Tribunal(fr)(en) Cour européenne des droits de l'Homme
Grande chambre
Ukraine c. Russie (Crimée)
Titre Ukraine contre Fédération de Russie (Crimée)
Code nos 20958/14 et 38334/18
Organisation Conseil de l'Europe
Tribunal (fr)(en) Cour européenne des droits de l'Homme
Grande chambre
Date 25 juin 2024
Recours affaire interétatique
Personnalités
Composition de la cour Síofra O'Leary (présidente)
Georges Ravarani
Marko Bošnjak
Gabriele Kucsko-Stadlmayer
Pere Pastor Vilanova
Arnfinn Bårdsen
Krzysztof Wojtyczek
Faris Vehabović
Stéphanie Mourou-Vikström
Tim Eicke
Lətif Hüseynov
Jovan Ilievski
Gilberto Felici
Erik Wennerström
Ioannis Ktistakis
Diana Sârcu
Mykola Gnatovskyy (juges)
Autre personne Søren Prebensen (greffier adjoint de la Grande chambre)
Branche droits fondamentaux
Importance affaire phare
Chronologie
  • 13 mars 2014 : indication en mesures provisoires
  • 16 décembre 2020 : décision sur la recevabilité
Citation l'État défendeur doit prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer, dès que possible, le retour, en toute sécurité, des prisonniers en question transférés de la Crimée dans des établissements pénitentiaires situés sur le territoire de la Fédération de Russie
Solution Violation des articles 2, 3, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 14, 18, 38 de la Convention européenne des droits de l'Homme et des articles 1 et 2 du Protocole no 1 à la Convention et de l'article 2 du Protocole no 4 à la Convention
ECLI ECLI:ce:ECHR:2024:0625JUD002095814
Mot clef et texte juridiction extraterritoriale, pratiques administratives, droit à la vie, torture, traitements inhumains et dégradants, détention arbitraire, procès équitable, légalité des délits et des peines, vie privée et familiale, liberté de pensée, de conscience et de religion, liberté d'expression, liberté de réunion, discrimination, but inavoué, droit de propriété, droit à l'instruction, liberté de circulation
Lire en ligne CEDH, GC, 25 juin 2024, Ukraine c. Russie (Crimée), nos 20958/14 et 38334/18

L'affaire Ukraine c. Russie (Crimée) est un regroupement de deux affaires interétatiques devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), intenté par l'Ukraine et concernant des violations des droits de l'homme par la fédération de Russie sur le territoire de la république autonome de Crimée et de la ville de Sébastopol après son occupation, dans le cadre de la guerre russo-ukrainienne.

Dans son arrêt du , la Grande chambre, formation la plus solennelle de la CEDH, a jugé la fédération de Russie responsable de violations nombreuses et systémiques de la Convention européenne des droits de l’homme sur le territoire de la Crimée. La Cour a établi que la fédération de Russie a exercé un contrôle effectif sur la république autonome de Crimée à partir du , c'est-à-dire à partir du moment où son territoire a été pris par des éléments des forces armées russes jusqu'au « référendum » du 16 mars 2014 et dans la période qui a suivi.

Cette décision est importante dans la pratique de l’examen des requêtes interétatiques par la CEDH. Il s’agit de la première affaire interétatique entre l’Ukraine et la fédération de Russie dans laquelle la CEDH a rendu une décision finale sur le fond[1].

En mars 2014, la fédération de Russie a mené une opération militaire qui a conduit à l’occupation puis à ce qu'elle considère comme « l'annexion » de la république autonome de Crimée, ce qui n'est pas reconnu internationalement, dans le contexte de la guerre russo-ukrainienne. L’Ukraine a déposé un certain nombre de requêtes interétatiques auprès de la Cour européenne des droits de l’homme, qui ont ensuite été jointes dans de mêmes procédures[2].

L'affaire porte sur deux requêtes, jointes par la CEDH le  :

  • requête no 20958/14 : introduite par l'Ukraine le 13 mai 2014 contre les violations de la Convention européenne des droits de l'homme par la fédération de Russie en Crimée (république autonome de Crimée et dans la Ville autonome de Sébastopol).
  • requête no 38334/18 : introduite par l'Ukraine le 10 août 2018, se concentrant sur la persécution et l’emprisonnement illégal de personnes que l'Ukraine considère comme des prisonniers politiques en Crimée.

Chronologie de la procédure

13 mars 2014 : Le gouvernement ukrainien introduit une requête interétatique no 20958/14 concernant des violations de la Convention sur le territoire de la république autonome de Crimée et de la Ville autonome de Sébastopol (la péninsule de Crimée) après l’établissement d’un contrôle effectif par les forces armées russes, ainsi que les événements dans l'est de l'Ukraine.

La CEDH ordonne le jour même, à titre de mesures provisoires urgentes, aux parties de s’abstenir de toute action qui pourrait constituer une menace pour la vie et la santé de la population civile sur le territoire de la Crimée, et à se conformer aux obligations découlant de la CEDH.

26 août 2015 : Le gouvernement ukrainien introduit une nouvelle requête interétatique no 42410/15 contre la Russie, se concentrant quant à elle sur le cas de la Crimée[3].

9 février 2016 : Une chambre de la troisième section de la CEDH a scindé la requête no 20958/14 en deux affaires distinctes : la première (sous le même numéro) concernait la Crimée, tandis qu'une nouvelle affaire portait sur les événements dans l'est de l'Ukraine était enregistré sous un nouveau numéro.

29 novembre 2016 : Il a été procédé de même avec la requête no 42410/15 : la Crimée conservait ce numéro et une nouvelle affaire était créée concernant l'est de l'Ukraine, sous un nouveau numéro.

7 mai 2018 : Une chambre de la première section de la Cour s'est dessaisie des affaires nos 20958/14 et 42410/15 au profit de la Grande chambre, la formation la plus solennelle de la CEDH.

11 juin 2018 : La grande chambre de la CEDH a joint les deux affaires nos 20958/14 et 42410/15 dans une seule et même procédure, Ukraine c. Russie (Crimée), sous le premier numéro 20958/14.

10 août 2018 : Le gouvernement ukrainien a introduit une requête no 38334/18, concernant la persécution et l’emprisonnement illégal de personnes que l'Ukraine considère comme des prisonniers politiques, ainsi que le transfert de prisonniers de Crimée vers le territoire internationalement reconnu de la Russie.

11 septembre 2019 : La grande chambre tient une audience publique sur la recevabilité de l'affaire no 20958/14 suite aux exceptions préliminaires concernant la compétence de la Cour soulevées par la fédération de Russie[4].

16 décembre 2020 : La grande chambre rend une décision déclarant partiellement recevable l'affaire no 20958/14 et décide de lui joindre l'affaire no 38334/18[5],[6].

16 mars 2022 : La Russie annonce se retirer du Conseil de l'Europe et de la Convention européenne des droits de l'Homme. Elle est exclue de l'organisation ce même jour[7].

22 mars 2022 : La CEDH décide que la Russie demeure liée par la Convention européenne des droits de l'Homme jusqu'au 16 septembre 2022[8].

13 décembre 2023 : La grande chambre tient une audience publique sur le fond de l'affaire (et la recevabilité de la requête no 38334/18). La Russie n'est pas présente à l'audience[9].

25 juin 2024 : la grande chambre de la CEDH rend son arrêt sur le fond de l'affaire. La Russie n'est pas présente lors de la lecture.

Décision sur la recevabilité

La salle d'audience de la grande chambre de la Cour européenne des droits de l'Homme.

Le 16 décembre 2020, la grande chambre de la CEDH a rendu une décision déclarant l'affaire partiellement recevable[10]. La Cour a confirmé que la fédération de Russie exerçait un contrôle effectif sur le territoire de la république autonome de Crimée et la ville de Sébastopol depuis le 27 février 2014 et était donc responsable du respect de ses obligations au titre de la Convention européenne des droits de l'homme sur ce territoire[11].

Dans le même temps, la Cour a partiellement déclaré irrecevable une partie des griefs de l’Ukraine, en particulier ceux qui n’étaient pas suffisamment étayées par des preuves ou qui n’avaient pas la nature systémique requise pour une affaire interétatique[12].

La Cour a également examiné l’objection de la Russie concernant le non-épuisement des voies de recours internes[13]. La partie russe a affirmé que l’Ukraine ou les individus ne s’étaient pas adressés aux tribunaux et aux autorités russes pour protéger leurs droits. L’Ukraine a noté qu’en cas de violations systémiques, ces moyens sont inefficaces et que cette exigence perd donc de sa pertinence. La CEDH a décidé que la nature des allégations de pratique administrative peut exempter un requérant de l’obligation d’épuiser les recours de l’État défendeur (qui exerce un contrôle effectif) s’ils sont illusoires ou inefficaces[14].

Verdict

Voir également

Références

Related Articles

Wikiwand AI