Une semaine de vacances (film)
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Colo Tavernier
Bertrand Tavernier
Gérard Lanvin
Michel Galabru
| Réalisation | Bertrand Tavernier |
|---|---|
| Scénario |
Marie-Françoise Hans Colo Tavernier Bertrand Tavernier |
| Musique | Pierre Papadiamandis |
| Acteurs principaux |
Nathalie Baye Gérard Lanvin Michel Galabru |
| Sociétés de production | Parafrance Films |
| Pays de production |
|
| Genre | Drame |
| Durée | 102 minutes |
| Sortie | 1980 |
Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.
Une semaine de vacances est un film français de Bertrand Tavernier sorti en 1980.
Le film est sélectionné au Festival de Cannes 1980 en compétition officielle[1].
Lyon, hiver 1980, une jeune enseignante, professeur de français, doutant d'elle-même et de sa vocation, prend une semaine d'arrêt de travail pour surmenage. Une semaine de réflexion sur sa vie et sa carrière.
Fiche technique
- Réalisation : Bertrand Tavernier
- Assistants réalisateur : Jean Achache, Charlotte Trench
- Scénario et dialogues : Marie-Françoise Hans, Bertrand Tavernier, Colo Tavernier O'Hagan
- Photographie : Pierre-William Glenn
- Photographe de plateau : Carole Lange
- Format : Eastmancolor, 2,35 : 1, panavision large
- Son : Michel Desrois, mono
- Musique : Pierre Papadiamandis, chansons d'Eddy Mitchell
- Montage : Armand Psenny
- Décors : Jean-Baptiste Poirot
- Costumes : Yvette Bonnay
- Lieux de tournage : Lyon : Lycée Édouard-Herriot, Place Edgar-Quinet, parc de la Tête-d'Or, etc.
- Production : Bertrand Tavernier, Christine Gozlan pour Sara Films, Antenne 2, Little Bear
- Distribution : Parafrance Films
- Durée : 102 min
- Pays d'origine :
France - Sortie en salle en France le
- Genre : Drame
Distribution
- Nathalie Baye : Laurence Cuers
- Gérard Lanvin : Pierre
- Flore Fitzgerald : Anne
- Michel Galabru : Lucien Mancheron
- Philippe Léotard : le docteur Sabouret
- Jean Dasté : le père de Laurence
- Marie-Louise Ebeli : la mère de Laurence
- Philippe Delaigue : Jacques, le frère de Laurence
- Thierry Herbivo : Jean Mancheron, le fils de Lucien
- Catherine-Anne Dupperray : le professeur chahuté
- Philippe Noiret : Michel Descombes
- Sylvia Jouve : la petite fille
- Geneviève Vauzeilles : Lucie, la lycéenne
- Andre Mortamais : le client
- Christian Mur : le chauffeur de taxi
- Jean Sourbier : André
- Nils Tavernier : élève flemmard
- Henri Vart : client du taxi
Production
Genèse
À l'origine du film de Bertrand Tavernier, l'ouvrage Je suis comme une truie qui doute de Claude Duneton[2]. Professeur d'anglais, l'auteur de ce court récit livre, tout à la fois, un témoignage et une réflexion sur son propre métier. Enthousiasmé, le réalisateur souhaite adapter cette histoire en la transposant sur un personnage féminin. Claude Duneton n'y est pas opposé, mais lui conseille, toutefois, de travailler avec une enseignante, Marie-Françoise Hans. Celle-ci va donc participer à la mise au point du scénario. Après avoir rencontré et écouté de nombreux enseignants, Bertrand Tavernier choisit finalement de resserrer et d'élargir son sujet. Il concentre son intérêt sur le protagoniste essentiel du drame, Laurence (Nathalie Baye), professeur en déprime. Dans le même temps, il ouvre son film à toute la vie d'un personnage et de son environnement, « refusant de se cantonner à son métier d'enseignante »[3].
« Tous mes films s'appuient sur des doutes », affirme Bertrand Tavernier. Une semaine de vacances expose effectivement deux faces du doute. D'abord, celui d'une enseignante, Laurence, professeur de français, face à son métier et à qui son médecin, lui prescrivant une semaine de repos, lui dit : « C'est les maths qu'il faut enseigner, çà c'est du solide ! Même après Mai 68, un angle droit est resté à 90° ! » ou encore, à propos de l'enseignement dispensé aux élèves : « Leur apprend-on toujours Heredia ? Est-il toujours au potage ? » Laurence confiant, plus tard, à son partenaire (Gérard Lanvin) : « Plus tu leur donnes l'occasion de s'exprimer, plus c'est nul. » Ensuite, le doute perçu comme enjeu essentiel de l'éducation. « Faut-il apprendre une vérité ou apprendre à chercher la vérité ? Ce doute-là est au cœur du film comme il était l'interrogation essentielle du livre de Claude Duneton[4]. » Dans le film, ce débat est traduit, entre autres, par la discussion entamée entre Laurence et Anne (Flore Fitzgerald) sur la nécessité du doute, condition préalable à un bon enseignement. Ce à quoi, Pierre (Gérard Lanvin) rétorque : « Douter, c'est un luxe. Au départ, les gosses, ce qu'ils ont besoin, c'est la certitude. Si tu leur en donnes pas, t'en feras jamais des gens qui savent douter [...] mais une génération de paumés. »
« Racontant l'histoire d'un prof, le film ne se désintéresse pas des élèves. Les enfants sont omniprésents, sans pourtant que le film crée d'opposition entre leur monde et celui des adultes. [...] L'avenir des enfants est une question angoissante pour tous les adultes du film », juge Jean-Dominique Nuttens[4]. Celui-ci note, par ailleurs, que « les enfants dans l'œuvre de Bertrand Tavernier sont toujours regardés dans leurs rapports avec les adultes, très souvent pour montrer le mal qui leur est fait : [...] enfants qui ne se croient pas intelligents » en ce qui concerne Une semaine de vacances : Lucie (Geneviève Vauzeilles), en particulier, « chrysalide que l'école ne parvient pas à percer »[4]. On verra, dès le pré-générique, en signe d'amour et d'admiration une affiche de L'Incompris de Luigi Comencini, incontestable cinéaste du monde de l'enfance, sur laquelle la caméra pose son regard dans l'appartement de Laurence.
Attribution des rôles
Dès l’écriture du scénario, Bertrand Tavernier souhaite Gérard Lanvin dans le rôle de Pierre qu'il avait apprécié dans Tapage nocturne de Catherine Breillat, sorti en 1979. « Je l’ai tout de suite laissé libre de rajouter des phrases dans les dialogues écrits pour éviter qu’il se sente prisonnier du texte. Gérard a un sens de la langue absolument épatant. Il transforme tout avec légèreté et cocasserie. Et il a formé un couple sublime avec Nathalie Baye… », déclare Tavernier[1].
Le rôle de Laurence est tout d'abord écrit pour Arlette Bonnard, avec qui il a tourné Des enfants gâtés en 1977, qui refuse, souhaitant se consacrer au théâtre[1]. Tavernier pense alors à Nathalie Baye dont c'est le premier rôle principal. « Sur le plateau, dès le premier jour, c’est comme si Une semaine de vacances avait été écrit pour elle. Elle était tellement juste, elle traduisait si merveilleusement la peur de son personnage tout en vous faisant fondre dès qu’un sourire illuminait son visage. Elle était sublime à cadrer. Et il s’est passé quelque chose de très fort entre elle et Lanvin pendant le tournage. Au point que cela m’a incité à réécrire la fin du récit. Je monte toujours mes films en parallèle des tournages. Et face à ce que je voyais, il m’apparaissait totalement impossible que leurs personnages se quittent à la fin comme prévu », déclare Tavernier[1].
Tavernier devait retravailler avec Nathalie Baye dans un western, Sœur perdue, l’histoire d’une pionnière débarquant au Canada avec Bernard Giraudeau dans le rôle d'un photographe aventurier. Mais l'actrice tombe enceinte et ne trouvant pas les financements, il tourne Un dimanche à la campagne avec Sabine Azéma[5].
Tournage
Le film est tourné du au [6].
Enfin, donnée incontournable : « Bertrand Tavernier a choisi de filmer à Lyon ce moment de flottement dans la vie d'un être, Lyon dont l'atmosphère [...] s'accorde parfaitement à l'esprit du personnage. Avec son chef-opérateur, Pierre-William Glenn, il a su rendre cette qualité dissolvante de l'atmosphère (évoquée par Gabriel Chevallier), ces jeux du ciel flou, choisissant de filmer cette histoire intimiste et ténue en format scope, celui des grands espaces, des passions violentes[4]. » Le rapport à la cité lyonnaise est, de surcroît, inverse à celle de L'Horloger de Saint-Paul. « La vue emblématique s'est modifiée. Tavernier inverse même la structure du plan : au lieu de quitter son personnage pour projeter la caméra sur le décor, il part d'un paysage réduit à ses lignes fantomatiques (un brouillard noie Saint-Paul et la lointaine passerelle Saint-Vincent) et se recentre peu à peu sur le jardin des hauteurs où déprime la jeune femme », écrit Philippe Roger[7].
Rappelons, en guise de conclusion, ce que Bertrand Tavernier dira, plus tard, au moment du tournage de Lyon, le regard intérieur : « Dans les moments de doute, de remise en question ou d'angoisse, j'éprouve souvent le besoin de revenir me promener à Lyon, de revenir filmer à Lyon[8]. » Au cours de cette semaine de vacances, Laurence (Nathalie Baye), traversée par l'incertitude, arpente les rues de la cité, à la quête d'une nouvelle raison de vivre.
Comme pour L'Horloger de Saint-Paul, l'action d'Une semaine de vacances se situe à Lyon. Dans le film, on remarque Philippe Noiret dans un petit rôle - celui de Michel Descombes - qu'il a tenu en 1973 dans L'Horloger de Saint-Paul où il incarnait le rôle principal. Bertrand Tavernier reconstitue le temps de cette scène de dîner le duo Galabru-Noiret qu'il avait fait jouer dans Le Juge et l'Assassin quatre ans auparavant.
Après un travelling panoramique aérien sur le Rhône, filmé à à contre-courant ; à hauteur du cours d'Herbouville, surgit sur l'écran une citation : « Éducation Nationale : Tout condamné à vivre aura la tête bourrée », due à Jacques Prévert. Notons d'autre part, que le Pont Winston-Churchill, traversé par la Citroën Méhari de Pierre (Gérard Lanvin), le compagnon de Laurence (Nathalie Baye) nous apparaît, tel qu'il était encore à cette époque, c'est-à-dire une construction métallique à trois arches. En 1983, il devient un pont en béton précontraint.
Bande originale du film
C'est la première bande originale de film de Pierre Papadiamandis, le compositeur attitré d’Eddy Mitchell. « J’avais en effet envie que des titres d’Eddy Mitchell - comme La Dernière séance - ponctuent le récit. Dans l’équipe, on était tous fous de lui, on connaissait un nombre incalculable de ses chansons par coeur. Alors, j’ai voulu aller plus loin et j’ai donc demandé à Pierre Papadiamandis de s’essayer à cet exercice inédit pour lui de la musique de film. C’est un pianiste absolument formidable et il a composé pour Une semaine de vacances des mélodies merveilleuses de délicatesse et trois chansons originales qu’interprète Eddy qui en a aussi écrit les textes : Une semaine ailleurs, Rien qu’un numéro et Sens unique. Je n’avais jamais rencontré Eddy avant la séance d’enregistrement où il a été un modèle de professionnalisme. Une prise et une seule pour chaque chanson. Et c’est cette rencontre qui m’a poussé à lui proposer dans la foulée de jouer dans Coup de torchon », déclare Tavernier[1].