Union démocratique du travail
parti politique français (1959-1966)
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L'Union démocratique du travail (UDT) est un ancien parti politique français fondé en 1959, rassemblement historique des gaullistes de gauche au début de la Ve République. Elle regroupe à l'origine des militants de l'indépendance de l'Algérie, progressistes sur les questions économiques et sociales par rapport au mouvement gaulliste majoritaire, l'UNR.
| Union démocratique du travail | |
| Présentation | |
|---|---|
| Fondation | (refondation) (refondation) |
| Disparition | |
| Fusionné dans | UNR-UDT (1962) UT (1971) MGP (1982) |
| Fondateurs | Louis Vallon René Capitant Jacques Debû-Bridel |
| Positionnement | Centre à centre gauche |
| Idéologie | Gaullisme de gauche Travaillisme Troisième voie Paritarisme Souverainisme Progressisme |
Travaillistes partisans de l'association du capital et du travail menés par Louis Vallon et René Capitant, ils forment alors le seul mouvement de gauche adhérant pleinement aux nouvelles institutions.
L'UDT s'associe avec l'UNR pour les élections législatives de 1962 et fusionne avec elle pour créer l'UNR-UDT — malgré l'opposition croissante de ses membres à Georges Pompidou — dans l'espoir d'y former l'aile gauche du gaullisme.
Historique
Centre de la réforme républicaine (1958-1959)
Le Centre de la réforme républicaine (CRR) est créé le 3 juillet 1958. Sa création intervient dans la foulée du retour au pouvoir de Charles de Gaulle et des craintes à gauche d'une dérive dictatoriale portées par les factions d'extrême droite et le Comité de salut public d'Alger. La cheville ouvrière du parti est Jean-Claude Servan-Schreiber. Sa direction intègre de nombreuses figures de la Résistance et de la France libre, notamment plusieurs Compagnons de la Libération comme Roger Barberot (ex-RPF), Pierre Clostermann (député radical), Yvon Morandat (ex-RPF), Jean de Lipkowski (député UDSR), Pierre Naudet (député radical) ou Alban Vistel[1].
Le CRR se positionne à la charnière de la gauche non communiste et du centre progressiste. La principale thèse défendue par le mouvement lors de sa fondation est que le général de Gaulle constitue le meilleur rempart pour sauver la République des menaces fascistes et factieuses. Le rôle du CRR est donc d'agir comme un « bouclier » politique de gauche autour du chef du gouvernement, afin de lui donner la légitimité démocratique nécessaire pour mater les extrémistes d'Alger et imposer une solution pacifique. Son projet socio-économique s'inspire de l'esprit des réformes hardies du Conseil national de la Résistance (CNR).
Il appelle ainsi à voter massivement « Oui » lors du référendum constitutionnel du 28 septembre 1958. Cependant, il refuse de s'aligner ou de se fondre dans le grand parti gaulliste officiel de droite, l'Union pour la nouvelle République (UNR). Ainsi il décide d'investir ou d'apporter son soutien officiel à de nombreux candidats lors des élections législatives de novembre 1958, afin d'incarner une alternative réformatrice et sociale. La stratégie d'indépendance électorale face à la vague de l'UNR s'avère toutefois difficile, n'obtenant aucun député élu à l'issue de ce scrutin.
Tirant les leçons de cet échec électoral, les dirigeants du CRR choisissent de regrouper les forces éparses de la gauche gaulliste. Le 14 avril 1959, le CRR participe activement à la création de l'Union démocratique du travail (UDT), aux côtés de figures comme Louis Vallon, Pierre Billotte et Gilbert Grandval. Jean-Claude Servan-Schreiber, Gilbert Beaujolin et Jean de Lipkowski intègrent le bureau exécutif provisoire de cette nouvelle formation.
Le parti des gaullistes de gauche (1959-1962)
L'UDT est officiellement créée le 14 avril 1959. Elle naît du constat de l'émiettement des différentes forces du « gaullisme de gauche » au lendemain des élections législatives de novembre 1958.
Le parti résulte du regroupement de plusieurs sensibilités et laboratoires d'idées, notamment :
- Les cadres du Centre de la réforme républicaine (Jean-Claude Servan-Schreiber, Gilbert Beaujolin et Jean de Lipkowski).
- Des membres de l'Association nationale pour le soutien de l'action du général de Gaulle (Bernard Dupérier, Pierre Lefranc et Jacques Foccart).
- Des dissidents de partis de la gauche traditionnelle (SFIO, radicaux) et d'anciens résistants.
Le bureau exécutif provisoire est placé sous la direction de Louis Vallon (secrétaire général), épaulé par des figures d'envergure telles que le général Pierre Billotte et Gilbert Grandval. Le théoricien du droit René Capitant en devient également l'un des piliers intellectuels.
Toutefois, dès le 18 juin 1959, des divergences internes provoquent la démission de onze membres du comité directeur (Gilbert Beaujolin, Jean-Claude Servan-Schreiber, Philippe Dechartre) qui reconstituent le CRR de manière autonome, sans pour autant freiner l'essor de l'UDT.
L'UDT se positionne dès l'origine comme un rassemblement de militants favorables à l'indépendance de l'Algérie. Alors que l'UNR est profondément traversée par des déchirements internes entre partisans de l'Algérie française (autour de Jacques Soustelle) et gaullistes disciplinés. L'UDT soutient de manière inconditionnelle la politique d'autodétermination menée par le général de Gaulle. Le parti sert de caution de gauche et de recours politique pour le Président durant toute la durée de la guerre d'Algérie.
Sur le plan économique, l'UDT défend une orientation résolument progressiste et travailliste. Sous l'impulsion de René Capitant et de Louis Vallon (futur auteur de l'« amendement Vallon »), le parti milite pour la mise en œuvre de la doctrine gaullienne de l'Association capital-travail (ou participation). L'UDT rejette à la fois le capitalisme libéral et le collectivisme marxiste, prônant l'entrée des travailleurs dans la gestion et les bénéfices des entreprises.
Le parti diffuse ses idées à travers son organe de presse officiel, le journal Notre République, dont le premier numéro paraît en juillet 1959.
Fusion avec l'UNR (1962-1969)
En novembre 1962, à la suite de la dissolution de l'Assemblée nationale consécutive au référendum sur l'élection du président au suffrage universel, l'UDT conclut une alliance électorale étroite avec l'UNR. Les deux partis présentent des candidatures communes sous l'étiquette UNR-UDT. Cette coalition remporte une victoire historique, frôlant la majorité absolue à l'Assemblée nationale. L'UDT obtient 15 députés classés à l'extrême gauche de la mouvance gaulliste (comme Yves Guéna, Christian Poncelet ou Edmond Nessler) qui intègrent le groupe parlementaire unique.
Bien que l'UDT conserve une existence juridique, des structures et des colloques propres afin de préserver sa sensibilité de gauche, elle est progressivement absorbée par la dynamique unitaire du mouvement gaulliste.
En novembre 1967, l'UNR-UDT se dissout formellement pour donner naissance à l'Union des démocrates pour la Cinquième République (UD-Ve), qui deviendra plus tard l'Union des démocrates pour la République (UDR). Cet événement marque la fin de l'UDT en tant que parti autonome.
Reformations de l'UDT (1969 et 1979)
La nouvelle UDT
Suite à la démission du Général de Gaulle après l'échec du Référendum du 27 avril 1969, plusieurs gaullistes de gauche ne souhaitent pas soutenir la candidature de Georges Pompidou. Ainsi, ils quittent l'UDR pour former de petits mouvements comme l'Union gaulliste populaire de René Capitant ou l'Union populaire progressiste de Jacques Debû-Bridel.
Ils décident alors de se regrouper en septembre 1969 et de reformer l'Union démocratique du travail (UDT) afin de porter un regard critique sur l'action du président Pompidou qu'ils jugent droitière[2]. On y retrouve René Capitant, Louis Vallon, Maurice Georges ou Jacques Debû-Bridel.
Cette nouvelle UDT fusionne en octobre 1971 avec d'autres groupuscules gaullistes d'opposition comme le Front du progrès (FP) de Jacques Dauer ou le Front des jeunes progressistes (scission de l'UJP) de Dominique Gallet, pour former l'Union travailliste (UT) tandis que ceux restés fidèles au gouvernement fondent le Mouvement pour le socialisme par la participation (MSP)[3].
Une troisième UDT
En 1972, Jacques Debû-Bridel et Dominique Gallet quittent l'Union travailliste (UT) pour former un an plus tard le Front progressiste (FP)[4]. Après avoir tenté de présenter la candidature de Dominique Gallet à l'élection présidentielle de 1974, le FP soutient finalement celle de François Mitterrand.
Après un rapprochement avec l'Initiative républicaine et socialiste (IRS) de Léo Hamon au sein de la Coordination nationale des gaullistes d'opposition, le FP forme en mai 1977 l'Union des gaullistes de progrès (UGP) avec François Binoche comme président d'honneur et souhaite intégrer le Programme commun[5]. Pour marquer son détachement avec le RPR de Jacques Chirac qui a opéré un virage libéral, l'UGP change encore de nom en 1979 pour reprendre celui de l'Union démocratique du travail (UDT).
Cette troisième UDT fusionne finalement en juin 1982 avec la Fédération des républicains de progrès (FRP) pour former le Mouvement gaulliste populaire (MGP). Ce dernier participe en 1990 à la Convention pour la Ve République (C5R) qui souhaite rassembler les gaullistes soutenant ou ralliant la majorité de gauche dans le cadre de la politique d'« ouverture » proposée par le gouvernement Rocard.
Organe de presse
L'UDT a publié Notre République (le rédacteur en chef étant Frédéric Grendel), qui tranchait par sa tenue et son alacrité avec le journal de l'aile « officielle » du gaullisme : La Nation.
Personnalités membres de l'UDT
Secrétaire général de l'UDT
- René Capitant : 1959-1962
Députés
| Département | Nom | Groupe | Remarques | |
|---|---|---|---|---|
| Alpes-maritimes | Diomède Catroux | UNR-UDT | Député RPF de 1951 à 1955 | |
| Bouches-du-Rhône | Pierre Marquand-Gairard | UNR-UDT | ||
| Charente-maritime | Jean de Lipkowski | UNR-UDT | Député Radical puis UDSR de 1956 à 1958 | |
| Côtes-du-Nord | Robert Richet | UNR-UDT | ||
| Dordogne | Yves Guéna | UNR-UDT | ||
| Isère | Alban Fagot | UNR-UDT | ||
| Loire | Paul Rivière | UNR-UDT | ||
| Manche | Jacques Hébert | UNR-UDT | ||
| Oise | Edmond Nessler | UNR-UDT | ||
| Rhône | René Caille | UNR-UDT | ||
| Seine | René Capitant | UNR-UDT | Député UDSR puis RPF de 1945 à 1951 | |
| Pierre Billotte | UNR-UDT | Député RPF puis ARS de 1951 à 1955 | ||
| Seine-et-Oise | Louis Vallon | UNR-UDT | Député RPF de 1951 à 1955 | |
| Tarn | Antonin Tirefort | UNR-UDT | ||
| Vosges | Christian Poncelet | UNR-UDT | ||