Cette structure, proche des Croix de Feu est fondée en mai 1934 dans le contexte de la crise du 6 février 1934. Elle entend lutter contre l'antisémitisme se développant à droite dans les années 1930 en rappelant le souvenir de l'union sacrée et en soulignant l'attachement de la communauté juive aux valeurs du franco-judaïsme. L'UPFI s'oppose au Front populaire et à la LICA, elle partage avec l'extrême-droite française le rejet de l'immigration des Juifs en provenance d'Allemagne et de l'Europe de l'Est dont elle interdit d'ailleurs l'adhésion à l'association. Elle entend défendre la solidarité nationale et l’identité française. Initialement bien vue des instances communautaires juives de France, dont le consistoire central, elle est progressivement discréditée en raison de ses positions de plus en plus droitières et proches des ligues, dans un contexte de montée du nazisme. Suite à la fonte de ses effectifs, l'UPFI cesse d'exister fin 1938.
L'avocat Edmond Bloch fonde l'UPFI en mai 1934[1], avec Léon Koscziusko, vice-président d'une section parisienne des Croix de Feu[2], Fernand Benda, vice-président[note 1], Jean Sitri, Jean et René Lisbonne, secrétaire général. D'autres membres des Croix de Feu figurent parmi les fondateurs, tel Marcel Diamant-Berger, président de l'Union nationale des évadés de guerre[2],[note 2]. Des personnalités juives de premier plan adhèrent à l’UPFI: avocats, banquiers mais aussi militaires comme le général de brigade Alphonse Weiller et plusieurs colonels. S'y retrouvent également l’écrivain André Maurois, le dramaturge Henri Bernstein et le grand rabbin de Constantine, Maurice Eisenbeth[3].
L'UPFI a pour objet de «rassembler tous les Français israélites et non israélites dans un but de propagande et d'action nationale et de maintenir et de perpétuer au-dessus de toutes considérations de classes, de partis et de croyances les traditions de patriotisme, de solidarité et d'union qui font la force de la nation française»[2].
C'est une petite association d'un peu plus de 500 adhérents[4], essentiellement des Alsaciens et des Lorrains[5]. L’UPFI compte 140 membres à Forbach, 130 à Metz, 100 à Strasbourg, Nancy et Reims. L'association n'est ouverte qu'aux personnes de nationalité française, elle est donc fermée aux Juifs étrangers[6],[5]. Les Juifs peuvent être membres actifs, les non-Juifs, membres sympathisants[7].
Histoire
L'association est fondée en mai 1934 dans le contexte de la crise du 6 février 1934. L'UPFI, ancrée à droite, proche des Croix-de-Feu du lieutenant-colonel de la Rocque souhaite, d'après l'historien Philippe Landau, «regrouper les Israélites patriotes» dans un contexte de montée des ligues d'extrême droite et alors que de nombreux Juifs se tournent vers des partis progressistes[8].
L'association adopte les slogans, «Français d’abord»[9] ou «Il faut choisir». Dans le contexte de l'afflux d'immigrés juifs, notamment allemands, le premier manifeste de l'association s'élève implicitement contre le Front populaire naissant et la Ligue internationale contre l'antisémitisme (LICA).
La première manifestation publique organisée par l'association est la commémoration des vingt ans du décès du rabbin Abraham Bloch, un aumônier militairetué à l'ennemi en 1914 qui, selon une image d’Épinal diffusée notamment par Maurice Barrès, tendait un crucifix à un soldat catholique blessé lorsqu'il fut mortellement touché par l'artillerie allemande. L'association décide, avec le soutien implicite du consistoire israélite d'ériger un monument commémoratif sur les lieux de sa mort, au col d'Anozel dans les Vosges[8]. La cérémonie se tient le . La délégation comprend le ministre des pensions, Georges Rivollet, Edmond Bloch, des représentants du consistoire, dont le grand-rabbin de Nancy, Paul Haguenauer, des représentants d'associations vosgiennes d'anciens combattants[10],[11],[8],[note 3].
L'UPFI prône l'assimilation, s'oppose à ses deux ennemis, «le racisme à la manière hitlérienne (et) le matérialisme des Soviets», proclame en juin 1936 dans un manifeste que «la nation prime la race, que la religion passe après la patrie»: «Les Français de confession israélite affirment (...) que la première des solidarités humaines qu'ils pratiquent est la solidarité nationale. Soldats français ils ont été, citoyens français ils restent (...)». Le manifeste affirme aussi qu'«attaquer le judaïsme, c'est saper la base du christianisme» et appelle à l'union: «Contre les divisions, contre les haines, contre les luttes religieuses ou racistes, nous nous élevons de tout notre cœur, de toutes nos énergies françaises»[12],[13]. En , Edmond Bloch fait adhérer l'UPFI au Rassemblement français[14], l'initiative anticommuniste de l'UNC lancée l'année précédente par Jean Goy - qui est alors le co-secrétaire général du comité France-Allemagne. Dans la foulée, l'UNC et l'UPFI tiennent un meeting présenté par Goy contre le mouvement «des Sans-Dieu» et le matérialisme communiste[15],[16]. Le rabbin Jacob Kaplan, annoncé, se désiste sous la pression du Consistoire.
A contrario, l'association fait preuve de cécité face à la montée du nazisme dont le caractère totalitaire et antisémite est rarement décrit dans les bulletins de l'UPFI. La dénonciation de l'idéologie hitlérienne n'est utilisée qu'en tant que prétexte pour renvoyer dos à dos bolchévisme et nazisme[17].
L'engagement croissant de l'association et de ses fondateurs auprès de ligues nationalistes et antisémites et nationalistes fait fuir nombre d'adhérents.Edmond Bloch apparait aux côtés de Xavier Vallat, et de Louis Darquier de Pellepoix, il envoie une lettre de félicitation au député de Neuilly Henri de Kérillis[18]. Dans L'Action française, le journaliste Georges Gaudy loue le travail effectué par Bloch et son association[18]. Par dérision, les membres de l'association sont surnommés les PIAF «patriotes israélites antisémites français» au sein de la communauté juive[19].
Le général Alphonse Weiller, le colonel Émile Hesse et l’historien Robert Anchel choisissent de s’engager au sein du Comité de vigilance, créé en 1938 par des responsables du Consistoire et de l’Alliance israélite universelle, afin de lutter contre la montée de l’antisémitisme en France et les menaces posées par le nazisme[5]. L'UPFI, «discréditée et isolée» ne subsiste que grâce au dynamisme de son dirigeant Edmond Bloch et est déjà moribonde en janvier 1938, en raison d'un manque d'adhérents[18] et disparait à la fin de cette année[20].
Annexes
Notes
↑Né en 1881, officier de la Légion d'honneur (1935, promotion du ministère des finances) et décoré de la croix de guerre, il est rédacteur en chef des publications financières de l'agence Fournier.
↑Diamant-Berger (1893-1990) s'est engagé à 18 ans, a été fait prisonnier (c'est un compagnon de captivité du futur général de Gaulle), est capitaine de cavalerie de réserve, écrivain ancien combattant
↑Texte gravé sur la stèle: Ici, le 29 août 1914, le Grand Rabbin Abraham Bloch, aumônier aux armées française a été tué après avoir porté la croix du Christ à un soldat catholique mourant. Inauguré le 2 sept. 1934 par M. G. Rivollet, ministre des Pensions.
↑«Union nationale des Israélites patriotes», Le Matin, , p.2 (lire en ligne)
123Richard Millman, «Les croix-de-feu et l'antisémitisme», Vingtième Siècle. Revue d'histoire, vol.38, no1, , p.47–61 (DOI10.3406/xxs.1993.2679, lire en ligne, consulté le )
↑Charles Enderlin, «Edmond Bloch, les croisades d’un juif ami des antisémites», Orient XXI,
↑Philippe-Efraïm Landau, «La communauté juive de France et la Grande Guerre», Annales de démographie historique, vol.103, no1, , p.91–106 (ISSN0066-2062, DOI10.3917/adh.103.0091, lire en ligne, consulté le )
123Philippe-Efraïm Landau, «La presse des anciens combattants juifs face aux défis des années trente», Archives Juives, vol.36, no1, , p.10–24 (ISSN0003-9837, DOI10.3917/aj.361.0010, lire en ligne, consulté le )
↑Ralph Schor, L'antisémitisme en France dans l'entre-deux-guerres: prélude à Vichy, Complexe, , p.211
↑Pierre Birnbaum, Un mythe politique: La «République juive»: De Léon Blum à Pierre Mendès France, Fayard, 1988
↑«L'Union patriotique des Français israélites adhère au rassemblement de l'Union nationale des combattants», Le Figaro, , p.4 (lire en ligne)
↑Chris Millington, The French veterans and the Republic: The Union nationale des combattants. 1933-1939, Cardiff University, (lire en ligne), p.204-205
↑«La réunion du "Rassemblement français" contre le mouvement "sans dieu"», L'Univers israélite, (lire en ligne)
Philippe-E. Landau, Les Juifs de France et la Grande guerre: un patriotisme républicain, CNRS éd, , 296p. (ISBN978-2-271-06723-4)
Paul Netter, Un grand rabbin dans la Grande Guerre: Abraham Bloch, mort pour la France, symbole de l'union sacrée, Triel-sur-Seine, Italiques, , 143p. (ISBN9782356170125)