Ville des rois morts et du peuple vivant
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« Ville des rois morts et du peuple vivant » est une périphrase désignant la ville de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).
Construite sur une double antithèse, elle vise à réconcilier le passé prestigieux de la nécropole royale avec l'histoire populaire et ouvrière de la commune.
Historique et origines
L'expression est attribuée au poète et journaliste communiste Jean Marcenac (1913-1984)[1],[2],[3], qui l'a formulée pour la première fois dans les colonnes de L'Humanité après la Seconde Guerre mondiale[2]. Elle émerge dans le contexte de la « Banlieue rouge », où la municipalité cherche à s'approprier le patrimoine national (la Basilique) tout en affirmant la primauté de la classe ouvrière. La structure de la phrase oppose :
- Les « rois morts » : le patrimoine monumental et les 42 rois enterrés dans la basilique ;
- Le « peuple vivant » : les habitants, la vitalité sociale et la souveraineté populaire.
Popularisée au début des trente glorieuses, elle témoigne aussi de la vitalité démographique et de l'augmentation progressive du pouvoir d'achat de la classe ouvrière en banlieue. Revers de la médaille, la banlieue est aussi stigmatisée à différentes époque, dans le "département le plus connu et le plus caricaturé de France"[4]. Ainsi, selon l'historien Emmanuel Bellanger, l'épisode de , où sa citation par le nouveau maire est déformée dès le lendemain de son élection, relève des "discriminations qui remontent aussi à l’histoire de la banlieue rouge, ouvrière et populaire" et rappellent sa triste histoire de stigmatisation[5].
Usage et popularisation
Après la Libération, dans les années 1950 et 1960, l’objectif affirmé des élus de banlieue est d'investir à Saint-Denis, ville frontalière de Paris, dans ce que peut être la ville communiste exemplaire, la « capitale du peuple » et ainsi "reconstruire la France" après la guerre, et même, "par un jeu d’échelle temporel, construire la France de demain", selon la revue Socio-anthropologie[6]. La formule "la ville des rois morts et du peuple vivant" est reprise par Patrick Braouezec, à la tête de Saint-Denis de 1991 à 2004[7]. Lors de sa première prise de parole, il évoque Saint-Denis comme « la ville des rois morts et du peuple vivant »[8].
Cette définition est ensuite devenue un véritable « mantra » municipal sous la mandature de Patrick Braouezec, qui l'utilise pour définir sa politique de « désenclavement » culturel de la basilique, affirmant que le monument ne doit pas être déconnecté de ses habitants. Elle est depuis reprise par l'ensemble de la classe politique locale comme un marqueur d'identité territoriale[9].
L'auteur, journaliste et documentariste Antoine Tricot raconte dans son livre d' comment "quelques jours seulement" après son installation, une Dionysienne animant un stand sur la place de la mairie lui a offert un badge : « Saint-Denis, ville des rois morts et du peuple vivant »[4], [10].
Polémique de mars 2026
Dans la nuit du 15 au , juste après son élection au 1er tour, le nouveau maire Bally Bagayoko (LFI) reprend la formule, en réponse à une question, en duplex télévisé, de Darius Rochebin sur LCI, qui rappelle dans sa question que Saint-Denis est le lieu où ont été enterrés une quarantaine de rois de France [11], déclarant : « Saint-Denis, c'est la ville des Rois et du peuple vivant »[12].
Un court extrait, déformé, de cette interview est diffusée sur X, par le compte SpectateursFr, spécialisé dans le partage de contenus tronqués d’actualité[12], sous forme d'une vidéo de dix secondes, relayée dès le lendemain, à 8h50 du matin[11],[13]. Il est repris par le chef d’entreprise Emmanuel de Villiers, frère de l'ancien ministre Philippe de Villiers[13].
A la fin des 10 secondes, dont 8 consacrées à la question de Darius Rochebin, on entend le maire répondre[12], mais seulement 4 mots, "des rois, la ville des rois", avec le son diminué sur la première consonne du mot "rois", créant l'illusion d'une simple sonorité "ois".
M. de Villiers a ensuite réagi dans une publication sur X, accusant le futur maire de Saint-Denis d’avoir affirmé que la ville serait « la ville des Noirs »[13].
Au même moment, des messages du même genre, venant de Gilbert Collard et Jean Messiha, candidat Reconquête aux municipales à Evreux[13] ont atteint des centaines de milliers, voire plus d’un million de vues[11]. La mésinterprétation sera par la suite attribuée à la paronymie entre les mots « rois » et « noirs » ainsi qu'au bruit ambiant.
Dans la séquence non faussée[13], celle de l’interview originale, les propos de Bally Bagayoko sont très clairs et la prononciation de "rois" intelligible[12], en réponse à la question, il dit «des rois, la ville des rois», puis précise, toujours de manière audible à l’antenne : "la ville des rois et du peuple vivant". Le journaliste de LCI Darius Rochebin, souriant, poursuit et Bagayoko répète "la ville des rois et du peuple vivant"[13].
Cnews a consacré dès le lundi un débat à la fausse citation[11], qui est ensuite aussi évoquée dans C ce soir, sur France 5, le lundi soir, par Alexandre Deveccio, responsable des pages "Débats" du Figaro, qui la maintient malgré les doutes du présentateur Karim Rissouli[13].
Le mardi matin sur RMC, la journaliste Apolline de Malherbe pose la question au maire, sur la base des commentaires erronés de la veille, et il dément catégoriquement[14], en remerciant la journaliste d'avoir pu le faire, grâce à son invitation[13].
Peu après, une vérification des faits par l'AFP révèle que la vidéo diffusée la veille est 'difficilement audible' [12].
Le mardi soir, Alexandre Devecchio a rectifié sur X ses allégations de la soirée précédente, mais sans s'excuser[13], tandis que Karim Rissouli a tenu à présenter ses excuses[11],[13], pour n'avoir pas été en mesure de rectifier dès la veille, malgré sa méfiance, les propos de son invité[13].
Plus tard, en fin de journée sur Franceinfo, Jean-Sébastien Ferjou, cofondateur et directeur de la publication d'Atlantico, est immédiatement contredit par Catherine Tricot, lorsqu'il répête l'information erronnée et depuis démentie[13].