Vinaigre des quatre voleurs
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au musée des arts précieux Paul-Dupuy à Toulouse.
Le vinaigre des quatre voleurs, ou vinaigre de la peste[1], ou vinaigre antiseptique[2], est une macération dans du vinaigre de plantes aromatiques et médicinales à propriétés antiseptiques.
L'utilisation traditionnelle du vinaigre et des préparations à base de vinaigre aromatique comme produits médicinaux est très ancienne.
Une légende
La légende de l’invention de ce vinaigre, met en scène plusieurs voleurs sans scrupules qui détroussent des victimes de la peste et leurs maisons, durant une épidémie, sans en être eux-mêmes être contaminés. Interrogés sur leur résistance, ils révèlerent le remède qu’ils prenaient quotidiennement, celui-ci fut nommé le « vinaigre des quatre voleurs ».
Selon un article de 1987 de Sud Ouest :
« Quatre bonshommes avaient étranglé des pestiférés dans leur lit pour leur voler les biens. Quand on les avait arrêtés, ils furent condamnés à être brûlés sur le bûcher, à un carrefour. Mais un juge voulait connaître pourquoi ces bonshommes, qui avaient étranglé d'autres qui avaient la peste noire, ne se l'étaient pas attrapée, eux... Alors, on leur promit que s'ils disaient leur secret, ils ne seraient pas brûlés ; on les pendrait seulement. Ces quatre voleurs avaient préféré indiquer leur remède. [...] Le vinaigre était regardé comme un fort bon antipestilentiel. Les voleurs s'en frottaient les mains, le visage, leurs tempes, en respiraient souvent et s'en rinçaient la bouche chaque jour ; même que certaines gens en mouillaient une petite éponge pour se la porter aux narines en cas de besoin. Ce vinaigre des quatre voleurs était le meilleur préservatif contre la grande peste noire qui avait tué dans les 25 millions d'hommes en cinq années, sans compter ces quatre bonshommes pendus pour avoir étranglé des pauvres pestiférés[3]. »

Origine
La date, le lieu et même le nombre de voleurs, de même que la composition du remède lui-même, sont l’objet de différentes variations. La date est généralement comprise entre le XIVe et le XVIIIe siècle, et citent les villes de Marseille et de Toulouse[4].
Origine Franciscaine
Selon l'Histoire de la pharmacie de Louis Reutter de Rosemont (d)
, de 1931, le Vinaigre des quatre voleurs est produit dès le XVI siècle par des franciscains sous le nom d'« Acetum bezoardicum »[5],[6]. À cette époque, le vin et le vinaigre entraient dans de nombreuses préparations médicinales[6].
Il est convenue qu'aucun de ces voleur n'est l'inventeur de cette recette. En effet, les pharmacopées et les nombreux ouvrages populaires vendus en temps d'épidémie contiennent déjà par dizaines des formules analogues. Notamment, dans le volume imprimé à Paris en 1624 sous la signature de « Joseph du Chesne, sieur de la Violette, conseiller et médecin ordinaire du Roy ». Il y est fait appel à toutes les formes pharmaceutiques connues : opiats, pilules, eaux, thériaques, parfums », « vinaigres » et autres. Et il n'est peut-être pas un seul produit d'origine minérale, végétale ou animale qui n'y figure ![5].
En 1963, Maurice Bouvet (d)
affirme chercher depuis plus de quarante ans le nom des quatre voleurs. D'après le docteur Boinet, ils sont Marseillais[a]. Selon Bouvet, ils seraient Toulousains[b],[5].
Toulouse
En 1628, durant l'épidémie de peste qui sévit à Toulouse entre 1628 et 1631[7],[8], parait un « brief recueil des remèdes les plus expérimentés pour se préserver et guérir de la peste » de Jean de Queyrats, l'un des deux seuls professeurs de pharmacie s'adressant aux apothicaires qui existe en France à cette époque, l'autre est Eugène-Humbert Guitard appartenant à l'Université de Montpellier[5].
Les partisans de l'origine toulousaine évoquent une plaquette imprimée intitulée Mémoire contre la peste, approuvé par Claude-Jean-Baptiste Dodart, premier médecin du roy, distribuée dans toute la France en 1721 pour combattre le fléau[9]. L'auteur indique le fameux vinaigre comme étant « un des meilleurs préservatifs » si l'on s'en frotte les tempes, si l'on s'en rince la bouche et si on le respire à travers une éponge. Il ajoute que « cette recette a été tirée des registres du Parlement de Toulouse parce que quatre voleurs y [...] furent condamnés à être brûlés vifs. Et pour qu'on leur adoucît leur peine, ils découvrirent leur secret préservatif. Après quoi ils furent pendus. » Ce récit est mise en doute, car à cette époque, ni le bûcher ni la pendaison ne sont des pratiques courantes, au contraire de l'estrapade[c][5].
Les registres paroissiaux de Couiza (Aude) permet de retrouver un feuillet perdu daté de 1721, nommé « Remède préservatif pour la peste, et fièvres malignes, dit vinaigre des quatre voleurs. »[4]. Ce remède ancien contre la peste est également transcrit par un rédacteur de la deuxième moitié du XVIIIe siècle aux archives départementales de Lot-et-Garonne[10].
Selon Maurice Bouvet (d)
, la recette est « tirée des registres du Parlement de Toulouse ». Cependant, il n'a rien trouvé à Toulouse lors de ses recherches au cours de la dernière guerre. Marcel Pistre n'en fait pas mention dans sa thèse Histoire toulousaine du métier d'apothicaire (1943). Il préconise de consulter les archives du Parlement de Toulouse vers 1630[5].
Marseille
Les sources écrites disponibles et l'absence de mention dans les traités sur la peste de médecins Toulousains du XVIIe siècle permettent de penser que sa diffusion est liée à l'épisode de peste de Marseille de [11].
Cette recette rendue célèbre Antoine Claude Maille, un vinaigrier de Dijon, qui fabriquait ce vinaigre et qui servit d'antiseptique durant l'épidémie de peste qui dévasta Marseille en 1720[12],[13].
Selon Le médecin du pauvre de Louis Peyronnet (Paris, 1906), c'est durant la peste de Marseille en 1720, il s'y trouvait encore quatre joyeux drilles qui profitaient de la misère publique pour augmenter leur bien-être personnel... Le fléau disparut et les voleurs, arrêtés, comparurent devant les juges. Les magistrats leur demandèrent comment ils faisaient pour n'être pas atteints par le fléau. Alors les voleurs racontèrent qu'ils se frottaient le corps et absorbaient du vinaigre. Louis Bodènes, Plougastel-Daoulas[5]. Même origine acceptée par J. J. Virey dans son Traité de pharmacie (1840). P. J[5].
Pharmacopée française
Le vinaigre des quatre voleurs est inscrit au codex en 1748[14] et vendu en pharmacie comme antiseptique[2]. Il est cité dans les Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des Lettres en France depuis 1762 jusqu'à nos jours de Louis Petit de Bachaumont[15]. Il est encore commercialisé aujourd’hui contre les risques de contagion, soins de la peau, capillaires et des muqueuses, fatigue, maux de tête, encombrement respiratoire, élimination des poux et lentes[réf. nécessaire]
Ce vinaigre antiseptique connut des heures de gloire et ne disparut du Codex qu’en 1884[16].
Composition
Selon le Codex de la pharmacopée française de 1837 et de 1884, elle est généralement constituée de vinaigre (de vin, ou de cidre), dans lequel sont macérés durant dix à quinze jours, les plantes ou des épices suivants : grande absinthe (Artemisia absinthium officinale), petite absinthe ou armoise romaine (artemisia pontica), romarin (salvia rosmarinus), sauge officinale (salvia officinalis), menthe (menthe poivrée), rue des jardins (ruta graveolens), fleurs de lavande (lavendula vera), racine de Calamus aromaticus ou acore odorant (acorus calamus), écorce de cannelle (laurus cinnamomum), clou de girofle (caryophyllus aromaticus), noix de muscade (myristica moschata), ail (allium sativum), camphre (camphora)[2],[17].
Analyses et citations en Europe
Inspirations antérieurs
Le vinaigre de rue des jardins (acetum Rutae), était déjà recommandé dans les écrits médiévaux et les herbiers du début de l'époque moderne comme une plante remède contre les poisons et comme action préventive contre la peste[18].
Les origines du « Vinaigre de Quatre Voleurs » remonte au XVIII siècle. Les racines historiques de cette spécialité médicinale se trouvent en France. Le vinaigre de vin produit par les membres de la guilde des vinaigriers selon la méthode orléanaise est réputé pour sa qualité, bien au-delà des frontières françaises[1]. Dès le milieu du XVIII siècle, les pharmaciens s’efforçent de percer le secret bien gardé de la fabrication du vinaigre. Pendant de nombreuses années, la production de vinaigre à partir de liquides alcoolisés fut considérée comme « le secret du vinaigrier », un art difficile maîtrisé seulement par les initiés[1].
Des auteurs antiques et médiévaux recommandaient déjà l'utilisation du vinaigre et des préparations à base de vinaigre contre la fièvre et pour la prévention des maladies infectieuses ou contagieuses[19].
Citations ultérieurs
Le « vinaigre de quatre Voleurs », également orthographié « vinaigre des quatre Voleurs » est également connu en Europe de l'Ouest. Dans les pays anglophones, sous le nom de « Four Thieves Vinegar », en Allemagne « Essig der vier Diebe » ou « Vierräuberessig », en Espagne « Vinagre de los cuatro ladrones » et en Italie « Aceto dei quattro ladroni »[1].
Le « vinaigre de peste » est connu des pharmaciens et des médecins français, au moins depuis le « Codex Medicamentarius, seu Pharmacopoea Parisiensis » de 1748 sous la monographie « Acetum Prophylacticum, vulgó, Des Quatre Voleurs »[20]. La composition de la recette mentionnée ici diffère de celle mentionnée par Bernhard Nathanael Gottlob Schreger (de) par l'ajout d'ingrédients tels que le romarin, l'ail, l'écorce de cannelle, les clous de girofle, le calamus et la noix de muscade. Avec la même composition, la monographie du « Codex Medicamentarius, seu Pharmacopoea Parisiensis » de 1758 s'intitulait alors « Acetum Anti-Septicum, vulgó, Des Quatre Voleurs »[21]. À cette époque, un antiseptique n'était pas entendu comme un agent germicide, mais comme un agent de décomposition qui combattait les mauvaises odeurs, supposément pathogènes[1]. Le « vinaigre contre la peste, ou des quatre voleurs » est cité en 1753 par Moyse Charas dans la Pharmacopée royale galénique et chymique[22].
Un examen de la littérature cosmétique française de la fin du XVIIIᵉ siècle révèle que le « vinaigre de peste » n’était pas uniquement mentionné dans les ouvrages pharmaceutiques ou médicaux. Le médecin français Pierre-Joseph Buc'hoz (1731-1807) le mentionne le comme remède contre les épidémies dans son ouvrage cosmétique « Toilette de Flore », publié à Paris en 1771[23].
De France, la recette parvint en Autriche et apparut dans la Pharmacopoea Austriaco-Provincialis de 1774 sous le nom d’« Acetum Antisepticum Seu Cardiacum »[24]. Cette monographie est annotée de la mention « Gallis Vinaigre des quatre voleurs dictum », témoignant des liens étroits qui existe alors entre la France et l’Autriche, dans le contexte où Marie-Antoinette d'Autriche (1755-1793) se marie à Louis XVI en 1770 et devint reine de France en 1774[1].
Samuel Hahnemann (1755-1843) contribue à percer le secret de la production de vinaigre en France. En 1787, il traduit et publie « Herrn Demachys Kunst des Vinizfabrikanten, mit einige Anmerkungen von Herrn Struves ». Le pharmacien français Jacques-François Demachy (1728-1803) explore les aspects physiques et chimiques de la production de vinaigre, et le médecin et pharmacien Ernst Friedrich Struve (1739-1806), propriétaire d'une pharmacie-brasserie à Neustadt en Saxe, s'intéresse également à la production de vinaigre, alors considérée comme faisant partie de l'industrie brassicole. Hahnemann commente également en détail le « vinaigre de peste » dans le sixième chapitre, « Vinaigres épicés et aromatiques » de cet ouvrage, notamment en ce qui concerne sa faible solubilité du camphre[25].
En 1795, le médecin, chirurgien et professeur d'université allemand Bernhard Nathanael Gottlob Schreger (de) (1766-1825), décrit cette légende et l'usage de ce vinaigre macéré dans l'ouvrage Kritisches Dispensatorium der geheimen, spezifischen und universellen Heilmittel (Dispensaire critique des remèdes secrets, spécifiques et universels). Il conseille en période de Maladie transmissible, de se rincer la bouche avec ce vinaigre, de l'inhaler par le nez et de se laver les mains avec[26].
Les auteurs allemands du début du XIXe siècle considéraient les ingrédients utilisés — contenant des huiles essentielles —, lui attribuaient une place importante en médecine et recommandaient l'utilisation de cette préparation pour prévenir les infections lors d'épidémies, comme en 1831, où une épidémie de choléra était présente en Allemagne. Cependant, les mécanismes de transmission épidémique étaient alors encore inconnus. La croyance de l'époque soupçonnait des « poisons épidémiques » d'en être la cause, réutilisant les remèdes précédemment utilisés lors d'épidémies telles que la peste. Le vinaigre et les préparations à base de vinaigre figuraient parmi les prophylaxies anti-infectieuses recommandées et fréquemment utilisées autrefois[27].
Le pharmacien allemand Johann Trommsdorff (1770-1837), considéré comme le père de la pharmacie scientifique, décrivait également la production de nombreux « vinaigres aromatiques et parfumés » dans son ouvrage de cosmétique de 1805, « Kallopistria ou l'Art de la Toilette du Monde Élégant », notamment le « Vinaigre Antiseptique ou Vinaigre des Voleurs »[28]. Étant donné que le « Vinaigre des Quatre Voleurs » était considéré comme un moyen de prévenir les maladies infectieuses, c'est-à-dire, selon la définition actuelle, comme un antiseptique au sens de la réduction des germes, la question s'est posée de savoir si, et à quelle dilution, le vinaigre pouvait être utilisé[1].
Le médecin praticien Georg Friedrich Most (d)
(1774-1845), mentionne en 1843 le « vinaigre des quatre voleurs » comme agent protecteur contre les infections dans son Encyklopädie der Volksmedicin (Encyclopédie de médecine populaire)[29]. Une description en est également faite dans l'Oeconomische Encyclopädie (en), publiée initialement en 1773 par Johann Georg Krünitz (1728-1796), réédité en 1808 et en 1854[30].
Les pharmaciens Philipp Lorenz Geiger (1785-1836) et Karl Friedrich Mohr (1806-1879) éditent pour la pratique pharmaceutique, la Pharmacopoea Universalis en deux volumes (1835–1845). Le second volume recense de nombreuses préparations d'aceta. Le nom « Vinaigre de Quatre Voleurs » apparaît comme synonyme dans la monographie « Acetum Antisepticum. Giftessig. Vinaigre antiseptique ». Les auteurs font référence à de nombreuses pharmacopées européennes qui contenaient cette recette ou une similaire[31].
Le pharmacien Hermann Hager (en) (1816–1897), également auteur d'ouvrages pharmaceutiques, mentionne le Gewürzessig (vinaigre épicé) et le Vierräuberessig (vinaigre des Quatre Voleurs) comme synonymes d'« Acetum Aromaticum » dans le commentaire de la septième édition de la « Pharmacopoea Borussica » en 1865. L'« Acetum Aromaticum » figurait déjà dans la première édition de la Pharmacopoea Borussica en 1799, remplaçant l'« Acetum Bezoardicum », un agent détoxifiant. L’« Agent » et l’« Acetum Prophylacticum », une préparation à base de vinaigre utilisée pour prévenir les maladies infectieuses[32], ainsi que l’« Acetum Aromaticum », figuraient également dans la première édition de la « Pharmacopoea Germanica » en 1872[1].
Usages
Les préparations à base de vinaigre contre les germes pathogènes escherichia coli, enterococcus faecalis, staphylococcus epidermidis, proteus vulgaris et pseudomonas aeruginosa. Le vinaigre, l'acide acétique et les préparations à base de vinaigre aromatique démontrent une activité antibactérienne jusqu'à une concentration de 0,5 %, calculée sur la base de la teneur en acide acétique[33].
Le « vinaigre de quatre Voleurs » est un antiseptique biologique traditionnel reconnu comme assez efficace[1].