Civettictis civetta
espèce de mammifères
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Civette africaine, Civette d’Afrique, Civette (Stricto sensu)
Statut CITES
Répartition géographique
- Viverra civetta von Schreber, 1778 (Protonyme)
- Viverra civeta G. Cuvier, 1797
- Civetta vulgaris E. Geoffroy Saint-Hilaire, 1803
- Viverra concolor G. Fischer, 1814
- Viverra Civitta A. Smith, 1833
- Viverra poortmanni Pucheran, 1855
- Viverra civetta orientalis Matschie, 1891
- Viverra megaspila Noack, 1891
- Viverra (Civetta) orientalis Matschie, 1895
- Viverra civetta portmanni Matschie, 1900
- Civettictis civetta Pocock, 1915
- Civettictis civetta congica Cabrera, 1929
- Civettictis civetta schwarzi Cabrera, 1929
- Viverra civetta matschiei Pocock, 1933
- Civettictis civetta civetta Shortridge, 1934
- Viverra viverra Zimara, 1935
- Viverra civetta australis Lundholm, 1955
- Viverra civetta volkmanni Lundholm, 1955
- Viverra civetta civetta Eisentraut, 1963
- Viverra civetta congica Coetzee, 1971
- Viverra civetta schwarzi Coetzee, 1971
- Civettictis civetta australis Kock, Künzel & H. A. Rayaleh, 2000
- Civettictis civetta pauli Kock, Künzel & H. A. Rayaleh, 2000
- Civettictis civetta volkmanni Kock, Künzel & H. A. Rayaleh, 2000
La Civette africaine ou d’Afrique (Civettictis civetta) est une espèce de mammifère carnivore de la famille des viverridés. Il s’agit de l’espèce nominale du nom vernaculaire « Civette », ainsi que la seule espèce du genre Civettictis[1]. Comme son nom l’indique, cette espèce est originaire de l’Afrique subsaharienne, largement répartie dans les bois et les forêts secondaires où elle est considérée comme étant très commune. Si elle est classé comme préoccupation mineure sur la Liste rouge de l'UICN depuis 2008. Dans certains pays, elle est toutefois menacée par la chasse, et des individus capturés dans la nature sont élevés pour la production de civettone destinée à l’industrie du parfum.
La civette africaine est principalement nocturne et passe la journée à dormir dans une végétation dense, mais se réveille au coucher du soleil. C’est un mammifère solitaire doté d’un pelage à la coloration unique : les taches noires et blanches recouvrant son poil grossier et les anneaux de sa queue constituent de curieux motifs. Les bandes noires autour de ses yeux ressemblent fortement à celles du raton laveur. Parmi ses autres caractéristiques distinctives figurent ses postérieurs disproportionnellement grands et sa crinière dorsale qu’elle hérisse pour intimider ses adversaires. C’est un omnivore généraliste, se nourrissant de petits vertébrés, d’invertébrés, d’œufs, de charognes et de matière végétale. C’est l’un des rares carnivores capables de consommer des invertébrés toxiques comme les termites et les mille-pattes[2],[3]. Elle détecte principalement ses proies par l’odorat et l’ouïe plutôt que par la vue.
Étymologie
Le nom de genre Civettictis est une fusion du mot « civette » et du mot grec « ictis », signifiant « belette ». Le nom spécifique civetta et le nom commun « civette » proviennent de l’arabe ar-Latn|zabād زَبَاد ou sinnawr al-zabād سِنَّوْر ٱلزَّبَاد (« chat à civette »(ici le musc))[4].
Noms locaux et indigènes
Taxinomie et évolution

Viverra civetta était le nom scientifique introduit en 1776 par Johann Christian Daniel von Schreber lorsqu’il décrivit la civette africaine à partir de descriptions et comptes rendus antérieurs[7]. Schreber est donc considéré comme l’autorité binomiale.
En 1915, Reginald Innes Pocock décrivit les différences structurelles entre les pieds des spécimens de civettes africaines et de zibeth (Viverra zibetha) de la collection zoologique du muséum d’histoire naturelle de Londres[8]. En raison de différences marquées, il proposa Civettictis comme nouveau genre, avec C. civetta comme unique taxon[8].
Les sous-espèces suivantes furent proposées au XXᵉ siècle, et sont toujours valides selonITIS ()[9] :
- C. c. congica, décrite par Ángel Cabrera en 1929, était un spécimen zoologique provenant du haut fleuve Congo[10].
- C. c. schwarzi, proposée par Cabrera en 1929 pour des spécimens de civettes africaines d’Afrique de l’Est[10].
- C. c. australis, décrite par Bengt G. Lundholm en 1955, était basée sur un mâle spécimen type et trois paratypes collectés près de la rivière Olifants dans le nord-est du Transvaal[11].
- C. c. volkmanni, également décrite par Lundholm en 1955, était un spécimen provenant des environs d’Otavi en Namibie[11].
- C. c. pauli, décrite en 2000 par Dieter Kock, Künzel et Rayaleh, était un spécimen collecté près de la côte de Djibouti[12].
Une étude de 1969 nota que la civette présentait suffisamment de différences dentaires par rapport aux autres viverrinés pour être classée dans son propre genre[13].
Évolution
Une étude phylogénétique de 2006 montra que la civette africaine est étroitement apparentée au genre Viverra[14]. Il fut estimé que le clade Civettictis-Viverra a divergé de Viverricula il y a environ 16,2 millions d’années ; la civette africaine s’est séparée de Viverra il y a 12,3 millions d’années[14]. Les auteurs suggérèrent que la sous-famille des Viverrinae soit bifurquée en Genettinae (Poiana et Genetta) et Viverrinae (Civettictis, Viverra et Viverricula)[14]. Le cladogramme suivant est basé sur cette étude.
| Viverrinae |
| |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Caractéristiques
| Formule dentaire | |||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| mâchoire supérieure | |||||||
| 2 | 4 | 1 | 3 | 3 | 1 | 4 | 2 |
| 2 | 4 | 1 | 3 | 3 | 1 | 4 | 2 |
| mâchoire inférieure | |||||||
| Total : 38 | |||||||
| Dentition de la civette africaine. | |||||||
La civette africaine possède un pelage grossier et rêche dont la couleur varie du blanc au jaune crème en passant par du roux sur le dos. Les rayures, taches et plages sont d’une teinte brun foncé à noire. Les lignes horizontales sont marquées sur les membres postérieurs, les taches sont généralement présentes sur le milieu du corps et s’estompent en rayures verticales au-dessus des membres antérieurs. Son museau est pointu, ses oreilles petites et arrondies. Une bande noire traverse ses petits yeux et deux bandes noires entourent son cou court et large. Le long de la colonne vertébrale, depuis le cou jusqu’à la base de la queue, se situe la crinière dorsale érectile. Les poils de cette crinière sont plus longs que ceux du reste du pelage[1].
La crête sagittale de son crâne est bien développée, offrant une grande surface d’attache pour le muscle temporal. L’arcade zygomatique est robuste et fournit une large surface d’insertion pour le muscle masséter. Cette musculature, associée à une mandibule puissante, lui confère une morsure puissante. Ses pattes noires sont compactes, avec des coussinets glabres, cinq doigts par manus dont le premier est légèrement en retrait par rapport aux autres. Ses longues griffes courbées sont semi-rétractiles. La longueur tête-corps est de 67 à 84 cm, la queue mesurant de 34 à 47 cm. Le poids moyen est de 11 à 15 kg, avec une plage allant de 7 à 20 kg[1].
C’est le plus grand viverridé d’Afrique[15]. Seul le binturong est susceptible d’être plus lourd parmi les viverridés du monde[16]. Sa hauteur au garrot moyenne est de 40 cm[17]. Mâles et femelles possèdent des glandes périnéales et anales, plus volumineuses chez les mâles[1]. Les glandes périnéales sont situées entre le scrotum et le pénis chez le mâle, et entre l’anus et la vulve chez la femelle[18].
Répartition et habitat

Les civettes africaines dorment généralement pendant la journée dans les hautes herbes proches des points d’eau en Afrique centrale et australe. Elles fréquentent souvent les savanes, les forêts et parfois les zones riveraines. Les herbes hautes et les fourrés leur offrent la protection nécessaire durant la journée[1]. Dans le Parc national du Haut-Niger en Guinée, elles ont été recensées lors d’enquêtes menées entre 1996 et 1997[19].
Au Gabon, dans le Parc national de Moukalaba-Doudou, elles ont été photographiées en lisière de zones forestières lors d’un inventaire en 2012[20].
Dans le Parc national du plateau de Batéké, elles ont été enregistrées dans les forêts galeries le long de la rivière Mpassa au cours d’enquêtes menées entre et [21].
En République du Congo, elles ont été observées dans la mosaïque forêt-savane de l’Ouest congolais du Parc national d’Odzala-Kokoua lors d’enquêtes menées en 2007[22].
Dans le complexe protégé transfrontalier Dinder–Alatash (Soudan et Éthiopie), elles ont été recensées lors d’enquêtes menées entre 2015 et 2018[23]. Elles sont également fréquemment observées dans le massif nord de Degua Tembien en Éthiopie[5].
Comportement et écologie
Les civettes africaines déposent leurs excréments dans des latrines[18],[24]. Ces toilettes aménagés contiennent des fruits, des graines, des exosquelettes d’insectes, des anneaux de mille-pattes, et parfois des touffes d’herbe[25]. Le rôle de ces civetries dans la dispersion des graines et la régénération forestière fait encore l’objet de recherches[26],[27]. Comme les félidés, les mâles marquent également leur territoire en projetant leur urine vers l’arrière[28].
Les civettes africaines sont généralement solitaires. Elles utilisent les sécrétions de leurs glandes périnéales pour marquer leur territoire autour de leurs civetries. Ces marquages longent habituellement des sentiers ou routes fréquentés et, dans 96,72 % des cas, se situent à moins de 100 mètres des civetries[29].
En cas de menace, la civette africaine hérisse sa crête dorsale afin de paraître plus grande et plus redoutable aux yeux de ses prédateurs. Ce comportement constitue un bon moyen de défense contre d’éventuels prédateurs[30].
Alimentation
Des recherches menées dans le sud-est du Nigeria ont montré que la civette africaine est omnivore. Son régime alimentaire comprend divers rongeurs, comme des cricétomes (Cricetomys), des souris naines d’Afrique de l’Ouest (Mus musculoides), des souris sylvestre de Tullberg (Praomys tullbergi), le grands Aulacodes (Thryonomys swinderianus) et des souris rayées communes (Lemniscomys striatus). Elle consomme également des amphibiens et petits reptiles, tels que des Amietophrynus maculatus, des serpent de l’espèce Crotaphopeltis hotamboeia, des cobras cracheurs à cou noir (Naja nigricollis), l’agame des Colons (Agama agama) et des scinques du genre Mabuya. S’y ajoutent des oiseaux, des mille-pattes, des insectes (notamment des Orthoptères, Coléoptères et Blattes), ainsi que des carcasses, œufs, fruits (dont ceux du genre Strychnos), baies et graines[31],[32].
Elles peuvent capturer des proies de la taille d’un lièvre, mais se révèlent parfois maladroites avec des proies plus grandes[1]. L’analyse du contenu stomacal de trois individus au Botswana a révélé principalement des enveloppes de palmier éventail (Hyphaene petersiana), de diospyros (Diospyros mespiliformis), ainsi que des restes de crapaud africain de l’espèce Schismaderma carens, de sauterelles (Acrididae) et de larves de coléoptères (Dytiscidae)[33]. De l’herbe est également fréquemment retrouvée dans leurs excréments, probablement en lien avec la consommation de serpents et d’amphibiens[34].
Reproduction
Les femelles en captivité sont polyoestrus[35]. L’accouplement dure de 40 à 70 secondes[18]. En Afrique australe, la saison de reproduction a probablement lieu entre octobre et novembre. Les femelles mettent bas pendant la saison des pluies, entre janvier et février[33].
En captivité, la durée de vie moyenne d’une civette africaine est de 15 à 20 ans. Les femelles construisent un nid, généralement dans une végétation dense et souvent dans un terrier creusé par un autre animal. Elles donnent naissance à une portée de un à quatre petits. Les jeunes naissent relativement développés par rapport à la plupart des carnivores : ils sont couverts d’un pelage sombre et court et peuvent ramper dès la naissance. Ils quittent le nid au bout de 18 jours, mais restent dépendants de leur mère pour le lait et la protection durant environ deux mois[36].
La civette africaine et l’Homme
Menaces
En 2006, on estimait qu’environ 9 400 civettes africaines étaient chassées chaque année dans la partie nigériane et plus de 5 800 dans la partie camerounaise des forêts côtières du Cross–Sanaga–Bioko[37].
Des peaux et des crânes de civettes africaines ont été découverts en 2007 sur le marché de Dantokpa dans le sud du Bénin, où elles figuraient parmi les petits carnivores les plus coûteux. Les chasseurs locaux considéraient déjà l’espèce comme rare, ce qui indique un déclin des populations dû à la chasse pour le commerce de la viande de brousse[38].
Historiquement, la civette africaine a été chassée pour la sécrétion de ses glandes périnéales. Cette substance cireuse blanche ou jaunâtre, appelée civettone, est utilisée depuis des siècles comme ingrédient de base dans la fabrication de nombreux parfums[1]. En Éthiopie, les civettes africaines sont parfois capturées vivantes et maintenues dans de petites cages. La plupart meurent dans les trois semaines suivant leur capture, probablement en raison du stress. L’extraction de la civettone est considérée comme cruelle et a été critiquée par des associations de protection animale[39]. L’écrivain Daniel Defoe avait même investi dans un projet d’élevage de civettes en captivité afin d’exploiter cette sécrétion[40].
Au Botswana, la population de civettes africaines est inscrite à l’Annexe III de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES)[41].
La civette africaine dans la culture
Philatélie
La Civette africaine est représentée sur un timbre du Burundi de 1975 (valeur faciale 17 F, Y&T PA 378).