Élections législatives fidjiennes de 2022

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Inscrits693 915
Votants473 910
Blancs et nuls3 326
Élections législatives fidjiennes de 2022
Les 55 sièges du Parlement
Corps électoral et résultats
Inscrits 693 915
Votants 473 910
68,25% en diminution 3,4
Blancs et nuls 3 326
Fidji d'abord  Frank Bainimarama
Voix 200 246
42,60%
en diminution 7,4
Sièges obtenus 26 en diminution 1
Alliance populaire  Sitiveni Rabuka
Voix 168 581
35,76%
Sièges obtenus 21
Parti de la fédération nationale  Biman Prasad
Voix 41 830
8,90%
en augmentation 1,5
Sièges obtenus 5 en augmentation 2
Parti libéral social-démocrate  Viliame Gavoka
Voix 24 172
5,15%
en diminution 34,7
Sièges obtenus 3 en diminution 18
Représentation du Parlement
Diagramme
Premier ministre
Sortant Élu
Frank Bainimarama
Fidji d'abord
Sitiveni Rabuka
Alliance populaire

Des élections législatives ont lieu aux Fidji le afin d'élire pour un mandat de quatre ans l'ensemble des 55 membres du Parlement, le corps législatif monocaméral.

Le parti Fidji d'abord du Premier ministre Frank Bainimarama perd la majorité absolue des sièges tandis que le principal parti d'opposition, le Parti libéral social-démocrate, s'effondre au profit de l'Alliance populaire, issu de sa scission. Le recul de Fidji d'abord aboutit à une alternance avec la formation d'un gouvernement de coalition constitué des trois partis d'opposition qui porte le dirigeant de l'Alliance populaire Sitiveni Rabuka, au poste de Premier ministre.

En , le contre-amiral Frank Bainimarama prend le pouvoir par un coup d'État, renversant le gouvernement nationaliste autochtone du Premier ministre Laisenia Qarase. Il accuse ce dernier d'aggraver les tensions dans le pays en menant une politique qui privilégie systématiquement les intérêts de la majorité ethnique autochtone, aux dépens des autres citoyens et notamment de la minorité indo-fidjienne. Frank Bainimarama dirige alors une dictature militaire pendant huit ans. Durant cette période, il établit une égalité des droits entre tous les citoyens, quelle que soit leur appartenance ethnique, et promeut un sentiment d'appartenance nationale commune. Il fait inscrire cette égalité des droits dans une nouvelle Constitution. Il rétablit des institutions démocratiques via les élections de septembre 2014, qu'il remporte[1],[2]. Son gouvernement remporte également les élections de 2018, mais avec une majorité nettement diminuée, ne disposant plus que d'une majorité de deux sièges au Parlement[3].

La date exacte du scrutin suivant, qui peut légalement être organisé au plus tard le , reste longtemps inconnue, une situation vivement critiquée par l'opposition. Après plusieurs mois d'attente, le gouvernement finit par annoncer le la tenue des élections législatives pour le 14 décembre suivant[4],[5].

Système politique et électoral

Les Fidji sont une république parlementaire et une démocratie multipartite dotée d'un parlement monocaméral. Le Parlement des Fidji est composé de 55 sièges pourvus pour quatre ans au scrutin proportionnel plurinominal avec vote préférentiel et seuil électoral de 5 % dans une circonscription électorale unique couvrant l'ensemble du pays[6],[7].

Le scrutin se déroule sous la forme d'un unique vote préférentiel. Chaque électeur vote pour un seul candidat parmi ceux présentés par les partis en lice ou ceux se présentant sans étiquette, et chaque voix reçue par un candidat est également comptabilisée comme une voix pour le parti dont il est membre. Après décompte de l'ensemble des voix réunies par les partis et candidats indépendants en lice, les cinquante-cinq sièges à pourvoir sont répartis à la proportionnelle selon la méthode d'Hondt entre ceux ayant franchi le seuil électoral de 5 % du total des suffrages exprimés. Les sièges obtenus par chaque parti sont alors alloués à leurs candidats dans l'ordre du nombre de votes préférentiels obtenus par chaque candidat individuellement[6],[8].

Le droit de vote s'acquiert à l'âge de 18 ans, et voter n'est pas obligatoire[6]. Le nombre de sièges du parlement est régulièrement ajusté pour suivre l'évolution démographique du pays. Il était ainsi de 50 en 2014, 51 en 2018, et 55 en 2022[7].

Après les élections, la nouvelle assemblée procède à l'élection du président du Parlement. En application de l'article 93 de la Constitution, si un parti dispose d'une majorité absolue des sièges au Parlement, le chef de ce parti devient Premier ministre, à condition d'avoir lui-même été élu député. Si aucun parti n'a de majorité claire, le Parlement procède à l'élection d'un Premier ministre parmi ses membres. En vertu du principe de gouvernement responsable, le Parlement peut démettre le Premier ministre de ses fonctions à tout moment[9].

Partis politiques et candidats

Le parti Fidji d'abord dispose d'une courte majorité absolue des sièges dans le Parlement sortant. Fondé par Frank Bainimarama en amont des élections de 2014, il est relativement libéral sur le plan économique, mais a également mis en œuvre une politique de développement des infrastructures en zones rurales, d'éducation gratuite et de subventions aux petites entreprises, qui a accru sa popularité[10].

Le principal parti d'opposition est le Parti libéral social-démocrate (Sodelpa), qui malgré son nom est un parti conservateur et social-libéral. Il rassemble les nationalistes autochtones partisans du gouvernement déchu de Laisenia Qarase, et souhaite toujours promouvoir les intérêts spécifiques de la majorité autochtone de la population. Il espère par ailleurs instaurer le christianisme comme religion d'État, tandis que la Constitution introduite par le gouvernement Bainimarama en 2013 fait des Fidji un État laïque. Le chef du Sodelpa est Viliame Gavoka depuis [11].

Seul autre parti représenté au Parlement sortant, le Parti de la fédération nationale, dirigé par le député Biman Prasad, représente historiquement les intérêts de la communauté rurale indo-fidjienne.

Parmi les partis ne disposant pas de représentant au Parlement sortant, le plus important historiquement est le Parti travailliste, social-démocrate et multi-ethnique. Principal parti de gauche des années 1980 aux années 2000, il a perdu l'essentiel de ses partisans au profit du parti Fidji d'abord, et ne recueille plus que 2,4 % des voix en 2014 puis 1,7% en 2018. Il est mené sans discontinuer depuis 1991 par Mahendra Chaudhry.

Cinq autres partis politiques s'enregistrent pour les élections de 2022. L'Alliance populaire est fondée en septembre 2021 par Sitiveni Rabuka en faisant scission du Sodelpa et inclut aussi la députée Lynda Tabuya ; tous deux ont démissionné du Parlement pour créer ce parti[12],[13]. Le Parti de l'unité des Fidji (en), fondé en 2017, axe ses propositions sur une reconnaissance différenciée des besoins des communautés ethniques du pays, et sur la gratuité de l'enseignement supérieur[14],[15]. Les trois autres partis sont le parti Nous Unissons les Fidji (fondé en ), le Parti de la Nouvelle Génération () et le Parti de Tous les Peuples ()[13].

Principales forces politiques
Parti
Nom en anglais
Idéologie Dirigeant Résultat en 2018
Fidji d'abord
FijiFirst
Centre à centre droit
Social-libéralisme, anti-communautarisme
Frank Bainimarama 50,02 % des voix
27 députés
Parti libéral social-démocrate
Social Democratic Liberal Party
Droite
Nationalisme ethnique, nationalisme chrétien, économie sociale de marché
Viliame Gavoka 39,85 % des voix
21 députés
Parti de la fédération nationale
National Federation Party
Centre à centre gauche
Social-démocratie, intérêts des Indo-Fidjiens
Biman Prasad 7,38 % des voix
3 députés
Alliance populaire
People's Alliance
Centre droit
Conservatisme, libéralisme
Sitiveni Rabuka Scission du
SODELPA

Résultats

Résultats des législatives fidjiennes de 2022[16]
Parti Voix % +/- Sièges +/-
Fidji d'abord (FF) 200 246 42,55 en diminution 7,47 26 en diminution 1
Alliance populaire (PA) 168 581 35,82 Nv. 21 en augmentation 21
Parti de la fédération nationale (NFP) 41 830 8,89 en augmentation 1,51 5 en augmentation 2
Parti libéral social-démocrate (SODELPA) 24 172 5,14 en diminution 34,71 3 en diminution 18
Parti de l'unité des Fidji (UFP) 13 100 2,78 en augmentation 1,26 0 en stagnation
Parti travailliste fidjien (FLP) 12 704 2,70 en augmentation 2,08 0 en stagnation
Nous Unissons les Fidji (WUF) 6 070 1,29 Nv. 0 en stagnation
Parti de Tous les Peuples (APP) 2 638 0,56 Nv. 0 en stagnation
Parti de la Nouvelle Génération (NGP) 964 0,20 Nv. 0 en stagnation
Indépendants 279 0,06 Nv. 0 en stagnation
Votes valides 470 584 99,30
Votes invalides 3 326 0,70
Total 473 910 100 55 en augmentation 4
Abstentions 220 005 31,75
Inscrits / participation 693 915 68,25

Députés élus

Frank Bainimarama recueille à lui seul 29,08 % de tous les suffrages exprimés, soit la grande majorité des suffrages portés sur son parti, devançant nettement tous les autres candidats. Sitiveni Rabuka est deuxième avec 16,52 % des voix. Viennent ensuite Aiyaz Sayed-Khaiyum, le bras droit de Frank Bainimarama, avec 4,79 % de voix ; Lynda Tabuya, figure majeure de l'Alliance populaire, avec 2,54 % ; et Biman Prasad, avec 2,41 %. Mahendra Chaudhry est septième avec 1,22 % des voix, mais son Parti travailliste obtient trop peu de suffrages d'ensemble pour qu'il soit élu[17].

Députés élus par parti[16],[18]
Fidji d'abord Alliance populaire PFN SODELPA
Frank Bainimarama
Aiyaz Sayed-Khaiyum
Parveen Kumar Bala (en)
Mahendra Reddy
Hem Chand
Ratu Josaia Niudamu
Rinesh Rajesh Sharma
Alvick Maharaj
Rosy Akbar
Vijay Nath (en)
Ioane Naivalurua
Inia Seruiratu
Shalen Kumar
Faiyaz Koya (en)
Premila Kumar
Jone Usamate (en)
Viam Pillay (en)
Sanjay Kirpal (en)
Joseph Nand (en)
Semi Koroilavesau
Ifereimi Waqainabete
Viliame Naupoto
Aliki Bia
Naisa Tuinaceva
Mosese Bulitavu
Ketan Kirit Lal
Sitiveni Rabuka
Lynda Tabuya
Charan Jeath Singh
Filimoni Vosarogo
Manoa Kamikamica
Isikeli Tuiwailevu
Iliesa Vanawalu
Siromi Turaga
Ratu Atonio Lalabalavu
Jese Saukuru
Ratu Rakuita Vakalalabure
Maciu Nalumisa
Jovesa Vocea
Sakiusa Tubuna
Vatimi Rayalu
Ro Filipe Tuisawau
Tomasi Tunabuna
Sakiasi Ditoka
Esrom Yosef Immanuel
Kalaveti Ravu
Alitia Bainivalu
Dr Biman Prasad
Lenora Qereqeretabua
Agni Deo Singh
Pio Tikoduadua
Sashi Kiran (en)
Viliame Gavoka
Ifereimi Vasu
Aseri Radrodro

Analyse, conséquences et formation du gouvernement

Le parti Fidji d'abord du Premier ministre Frank Bainimarama enregistre un recul qui lui fait perdre la majorité absolue pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir aux élections de 2014. Le principal parti d'opposition, le Parti libéral social-démocrate (SODELPA), s'effondre quant à lui au profit de l'Alliance populaire, issu de sa scission, tandis que le Parti de la fédération nationale progresse légèrement[19],.

Le recul de Fidji d'abord entraîne des négociations en vue de la formation d'un gouvernement de coalition, aucune formation ne détenant seule la majorité. L'Alliance populaire et le PFN s'étant accordés avant l'élection à gouverner ensemble[20],[21], Fidji d'abord et la coalition AP/PFN disposent du même nombre de sièges chacun, manquant de deux sièges la majorité absolue.

Le SODELPA appelle dès le 18 décembre les autres partis d'opposition à se réunir, tout en posant ses propres conditions liées aux intérêts des autochtones, dits iTaukei[22]. N'écartant pas la possibilité d'une coalition avec Fidji d'abord, le SODELPA indique qu'il pourrait prendre jusqu'à deux semaines pour se décider et exige, en contrepartie de son soutien, la multiplication par dix du budget alloué aux affaires autochtones ; le rétablissement du Grand Conseil des Chefs (conseil de chefs coutumiers autochtones aboli par le gouvernement Bainimarama), la gratuité de l'enseignement supérieur, et l'ouverture d'une ambassade fidjienne « en Terre sainte » à Jérusalem au nom de l'identité chrétienne revendiquée par le parti pour les Fidji[20],[23].

Le 20 décembre, après avoir reçu et entendu les représentants des autres partis, le comité de direction du Sodelpa vote à bulletin secret et choisit, par seize voix contre quatorze, de former un gouvernement avec l'Alliance populaire et le PFN plutôt qu'avec Fidji d'abord. Les trois partis s'entendent sur un gouvernement de coalition mené par Sitiveni Rabuka, et qui disposera d'une courte majorité absolue au Parlement (vingt-neuf sièges sur cinquante-cinq)[24],[25],[26]. Le lendemain, le secrétaire général du Sodelpa, Lenaitasi Duru, obtient l'annulation des résultats du vote du comité de direction du parti, deux personnes ayant voté alors qu'elles n'étaient plus membres du comité[27]. Un nouveau vote se tient le 23 décembre, dans les règles, et le comité se prononce par treize voix contre douze pour une coalition avec l'Alliance populaire et le PFN plutôt qu'avec Fidji d'abord[28].

La nouvelle assemblée siège pour la première fois le 24 décembre. Elle élit le grand chef Ratu Naiqama Lalabalavu, candidat de la nouvelle majorité, à la présidence du Parlement par vingt-huit voix contre vingt-sept pour le président du Parlement sortant, Ratu Epeli Nailatikau, candidat proposé par le parti Fidji d'abord. Ratu Naiqama est issu du Sodelpa mais n'avait pas obtenu de siège de député à ces élections législatives[29]. Lenora Qereqeretabua, du PFN, est élue vice-présidente du Parlement, par vingt-huit voix contre vingt-sept pour Viliame Naupoto[30]. Sitiveni Rabuka est ensuite élu Premier ministre, à bulletin secret, par vingt-huit voix contre vingt-sept pour Frank Bainimarama, et prête serment le jour même devant le président de la République Ratu Wiliame Katonivere[31]. Le nouveau Premier ministre nomme son gouvernement dans la foulée, dont trois vice-Premiers ministres, issus des trois partis de la coalition : Biman Prasad (PFN), qui est aussi fait ministre des Finances, Viliame Gavoka (SODELPA) qui est aussi fait ministre du Tourisme, et Manoa Kamikamica (PA), qui devient aussi ministre du Commerce extérieur et des Petites et Moyennes Entreprises[32]. Frank Bainimarama est formellement élu chef de l'opposition parlementaire par les députés de son parti[33].

Suites

Notes et références

Lien externe

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