Élections législatives grecques de 1932
From Wikipedia, the free encyclopedia
| ||||||||||||||
| Élections législatives grecques de 1932 | ||||||||||||||
| 250 sièges du Parlement grec (Majorité absolue : 150 sièges) | ||||||||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Type d’élection | Élection législative | |||||||||||||
| Corps électoral et résultats | ||||||||||||||
| Votants | 1 175 983 | |||||||||||||
| Votes exprimés | 1 171 637 | |||||||||||||
| Votes blancs | 4 346 | |||||||||||||
| Parti du Peuple – Panagis Tsaldaris | ||||||||||||||
| Voix | 395 974 | |||||||||||||
| 33,80 % | ||||||||||||||
| Sièges obtenus | 95 | |||||||||||||
| Parti libéral – Elefthérios Venizélos | ||||||||||||||
| Voix | 391 521 | |||||||||||||
| 33,42 % | ||||||||||||||
| Sièges obtenus | 98 | |||||||||||||
| Parti Progressiste – Geórgios Kaphantáris | ||||||||||||||
| Voix | 97 836 | |||||||||||||
| 8,35 % | ||||||||||||||
| Sièges obtenus | 14 | |||||||||||||
| Parti agraire – Alexandros Mylonas | ||||||||||||||
| Voix | 72 311 | |||||||||||||
| 6,17 % | ||||||||||||||
| Sièges obtenus | 15 | |||||||||||||
| Front uni des Travailleurs et des Paysans – Nikos Zachariadis | ||||||||||||||
| Voix | 58 223 | |||||||||||||
| 4,97 % | ||||||||||||||
| Sièges obtenus | 10 | |||||||||||||
| Parti des travailleurs agricoles – Aléxandros Papanastasíou | ||||||||||||||
| Voix | 69 057 | |||||||||||||
| 5,89 % | ||||||||||||||
| Sièges obtenus | 8 | |||||||||||||
| Représentation de l'assemblée | ||||||||||||||
| Premier ministre de Grèce | ||||||||||||||
| Sortant | Élu | |||||||||||||
| Parti libéral Elefthérios Venizélos |
Panagis Tsaldaris Parti du Peuple | |||||||||||||
| modifier - modifier le code - voir Wikidata | ||||||||||||||
Les élections législatives grecques de 1932 ont lieu le 25 septembre au scrutin proportionnel uninominal afin de renouveler les parlementaires des deux chambres du Parlement, la Chambre des Députés et le Sénat. Les élections placent au coude-à-coude les deux grands partis de la vie politique grecque de l'entre-deux-guerres, le Parti Libéral d'Elefthérios Venizélos et le Parti du Peuple de Panagis Tsaldaris.
Le gouvernement Venizélos reste au pouvoir après les élections mais, incapable de former un gouvernement, il remet sa démission au président de la République Aléxandros Zaïmis qui nomme à sa place le chef du Parti du Peuple, son rival Panagís Tsaldáris qui est investi le 4 novembre 1932 par la Chambre des Députés sur la base d'une coalition entre les Conservateurs et le Parti National Radical.
Réformes de Venizélos
La Grèce, devenue une république en 1924, connaît une période de relative stabilité politique et économique depuis que les élections législatives de 1928 ont donné une majorité claire au Parti Libéral d'Elefthérios Venizélos : ce dernier poursuit, alors que la Grèce doit gérer l'intégration d'un million et demi de réfugiés hellénophones ayant fui l'Asie mineure après la désastreuse guerre gréco-turque et le traité de Lausanne, une politique de développement industriel et d'attraction des investissements étrangers. Il a fait rejoindre la monnaie nationale, la drachme, au système monétaire international de l'étalon-or.
La Grèce a tenté de participer à l'étalon-or, mais sans succès car elle ne parvenait pas à respecter ses exigences budgétaires. Par conséquent, elle n'a pas pu bénéficier du mécanisme d'ajustement de l'étalon-or qui aurait permis de contenir les déficits extérieurs[1].
La politique de développement des infrastructures fut essentiellement financée par des emprunts souscrits par le gouvernement hellénique auprès de banques ouest-européennes. Entre 1917 et 1932, la dette fait plus que doubler, passant de 360 à 790 millions USD. En mai 1932, le gouvernement fut dans la nécessité de déposer un moratoire sur le remboursement de la dette : il était devenu impossible d'honorer les obligations de l'État, car, pour le seul exercice budgétaire 1931-1932, les remboursements de la dette extérieure avaient absorbé 43 % des recettes fiscales. La banqueroute grecque provoqua les protestations officielles du gouvernement britannique, qui détenait 67 % de la dette du pays. Sous pression de la Grande-Bretagne, de la France et de l'Italie, les principaux créanciers, Venizélos remit la démission de son gouvernement le 21 mai 1932 au président de la République Aléxandros Zaïmis. Ce dernier en appelle à la composition d'un gouvernement « œcuménique » d'union nationale. Le républicain de gauche, Aléxandros Papanastasíou, dont le parti agrarien représentait ce qui était considérée comme l'aile gauche du Parti Libéral, est nommé le 26 mai à la tête d'un cabinet large, mais sans inclure le nationaliste et royaliste Geórgios Kondýlis. Le refus de Venizélos et des Libéraux de voter la confiance au cabinet Papanastasíou entraîne sa chute presque immédiate et le 4 juin suivant, Venizélos retrouve le pouvoir en attendant les élections de septembre.
Grèves ouvrières
La situation économique était tout aussi instable : les exportations grecques étaient pénalisées par la politique protectionniste des États-Unis d'Amérique et de l'Europe de l'Ouest, les partenaires commerciaux traditionnels. La politique d'attraction des capitaux étrangers ne fut pas suivi d'amélioration des conditions de travail. En 1932, 199 grèves furent déclarées et mobilisèrent 80 000 travailleurs dans tout le pays. Déjà, les premières grèves générales de 1929 avaient été caractérisées par un glissement des simples revendications économiques vers une confrontation politique intense avec l'État. En mars 1929, lors de la grève générale à Éleusis — un pôle industriel majeur — 2 200 ouvriers provenant de 13 usines différentes cessèrent le travail pour réclamer une augmentation de salaire de 40 % et l'application de la journée de huit heures. Le 5 mars, la gendarmerie affronta les grévistes et la ville fut placée sous une occupation policière quasi totale[2],[3]. La grève finit par s'effondrer sous la pression du gouvernement, mais elle devint en Grèce le symbole de la « lutte prolétarienne » contre la politique économique de Venizélos. La grève d'Éleusis avait été particulièrement suivie par les mineurs du Laurion, qui se mirent en grève au même moment pour protester contre des conditions de travail dangereuses et des rémunérations dérisoires[4]. Les grèves étaient également suivies dans des villes comme Kavála et Thessalonique, centres névralgique de l'industrie du tabac, et où les travailleurs étaient les plus organisés et les plus radicaux sur le plan politique.
Pour la seule année 1932, 199 grèves furent déclarées, auxquelles participèrent 80 000 travailleurs[5].
Idionymo
Face à la pression sociale et l'importance électorale grandissante du Parti Communiste, le gouvernement Venizélos avait présenté en decembre 1928, quatre mois après sa victoire aux élections législatives précédentes, un projet de loi « Sur les mesures de sécurité du régime social et la protection des libertés civiles » («Περί των μέτρων ασφαλείας του κοινωνικού καθεστώτος και προστασίας των ελευθεριών των πολιτών») visant à instituer un délit spécifique : le crime de pensée et d'action visant à renverser l'ordre social établi. La loi proposée stipulait que toute personne cherchant à propager des idées visant au renversement violent du système social ou au détachement d'une partie du territoire national était passible de prison ; le fait d'être membre d'une organisation prônant ces idées est un crime. La loi permet de condamner les suspects à l'exil intérieur sur des îles désertes (εκτοπισμός) sans procès formel, par simple décision administrative. La loi 4229/1929 est adoptée sans grande opposition par la Chambre des Députés en juillet et est promulguée. La subversion politique fut dès lors traité en droit grec comme un delictum sui generis, en grec ιδιώνυμο. Cette loi fut combattue au Parlement par ceux qui étaient considérés comme l'aile gauche du Parti Libéral, Papanastasíou et Kaphantáris[6].
Le 31 août 1931, l'organe de presse du Parti Communiste Rizospastis fut fermé par décision de justice. Entre 1929 et 1936, la loi sert de base légale pour dissoudre la plupart des syndicats liés à la gauche et arrêter pres de 3 000 militants de gauche.
Le régime autoritaire et dictatorial de Ioannis Metaxás — dit régime du 4-Août — conservera l'esprit initial de cette loi lorsqu'il promulguera le 18 septembre 1936 la loi « relative aux mesures de lutte contre le communisme et ses conséquences » («Περί μέτρων προς καταπολέμησιν του κομμουνισμού και των εκ τούτου συνεπειών»). Le Code Pénal grec conservera même après la guerre cette disposition pénale, avec la loi 509/1947 « relative aux mesures de sécurité de l'État, du régime, du système social et de protection des libertés des citoyens » («Περὶ μέτρων ἀσφαλείας τοῦ Κράτους, τοῦ πολιτεύματος, τοῦ κοινωνικοῦ καθεστῶτος καὶ προστασίας τῶν ἐλευθεριῶν τῶν πολιτῶν»), avant que toutes ces mesures surveillant et réprimant les activités des partis politiques soient définitivement abrogées en 1974[7].
Campagne
L'élection législative de 1932 concerne le renouvellement des 250 sièges de la Chambre des Députés et d'un tiers du Sénat. Les élections pour les deux chambres ont lieu simultanément, à la demande du Premier Ministre sortant Venizélos. Les Libéraux craignaient qu'un résultat défavorable aux élections sénatoriales n'ait des répercussions négatives sur les législatives. Le 21 avril 1932, alors que le mandat de trois ans de 48 sénateurs sur 120 arrivait à échéance, il obtient le 11 mai de la Chambre des Députés l'adoption d'une résolution prolongeant le mandat des sénateurs jusqu'à la dissolution régulière du Parlement, prévue elle pour le 25 septembre. Le système électoral en vigueur en 1928, c'est-à-dire le suffrage proportionnel, avait été remplacé par le scrutin majoritaire, souhaité par Venizélos pour garantir l'obtention d'une majorité claire et stable au Parlement[8].
Le 15 septembre, Venizélos affirma que toute division du vote démocratique entraînerait une guerre civile et se posait en rassembleur, jouant sur la stabilité politique depuis les élections précédentes[9].