Élections législatives grecques de 1950

From Wikipedia, the free encyclopedia

Typed’électionÉlection législative
Inscrits2,1 MVoir et modifier les données sur Wikidata
Votants1 696 146
Votes exprimés1 688 923
Élections législatives grecques de 1950
250 sièges du Parlement grec
(Majorité absolue : 126 sièges)
Type d’élection Élection législative
Corps électoral et résultats
Inscrits 2,1 MVoir et modifier les données sur Wikidata
Votants 1 696 146
Votes exprimés 1 688 923
Votes blancs 7 223
Parti du Peuple  Konstantínos Tsaldáris
Voix 317 512
18,80%
en diminution 36,3
Sièges obtenus 62 en diminution 94
Union politique nationale  Sophoklis Venizélos
Voix 213 721
17,24%
Sièges obtenus 56 en augmentation 8
Union nationale progressiste du Centre  Nikólaos Plastíras
Voix 277 739
16,44%
Sièges obtenus 45 en augmentation 45
Parti Geórgios Papandréou  Geórgios Papandréou
Voix 180 185
10,67%
Sièges obtenus 35 en augmentation 35
Coalition Démocratique  Aléxandros Svólos
Voix 163 824
9,70%
Sièges obtenus 18 en augmentation 18
Alignement Politique Indépendant  Konstantinos Maniadakis
Voix 137 618
8,15%
en augmentation 8,2
Sièges obtenus 16
Représentation de l'assemblée
Diagramme
Premier ministre de Grèce
Sortant Élu
Ioánnis Theotókis
Parti populaire
Sophoklís Venizélos
Parti libéral

Les élections législatives grecques du 5 mars 1950 sont organisées six mois après la fin de la guerre civile, qui a vu la victoire de l'armée royaliste hellénique soutenue par les États-Unis d'Amérique et la Grande-Bretagne sur la guérilla communiste. Comme en 1946, elles ont lieu au scrutin proportionnel mais le nombre de députés au Parlement est révisé, passant de 354 à 250 sièges. Aucun parti n'obtint la majorité absolue[1].

La Coalition d'Union Nationale (en grec Ηνωμένη Παράταξις Εθνικοφρόνων), coalition de droite nationaliste formée autour du Parti du Peuple qui avaient remporté les élections précédentes, n'est pas reconduite pour les élections et le Parti du Peuple présente ses propres candidats. Il obtient 18, 80 %, talonné par le Parti Libéral qui le précède avec 17, 24 % et l'Union nationale progressiste du Centre avec 16, 44 %. Le reste des voix est éparpillée entre plusieurs partis de gauche. Le centre-gauche était représenté par Geórgios Papandréou, et la gauche socialiste avait formé une coalition soutenue par le Parti Communiste alors banni de la vie politique, le Parti Démocratique.

Les élections législatives de 1950 sont les premières après la fin de la guerre civile six mois plus tôt, en 1949, et les troisièmes depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale si l'on prend en compte les élections du Comité politique de libération nationale du printemps 1944.

La guerre civile entraîne la marginalisation de la gauche au profit de la droite conservatrice et nationaliste. Le pays entre dans une période de démocratie sous surveillance : démocratique en principe et autocratique en réalité[2]. Le Parti Communiste est interdit ; ses membres sont internés dans des camps de « réhabilitation » situés sur des îles inhabitées et éloignées du continent[3],[4]. Le 14 octobre 1949, le roi Paul Ier sanctionne une résolution « concernant les mesures de réforme nationale » («Περί μέτρων εθνικής αναμορφώσεως») qui prévoit l'internement systématique des prisonniers de guerre communistes sur l'île de Makrónissos[5]. La gestion de l'internement est confiée à l'Organisme des Centres de Réadaptation de Makronissos (Οργανισμὸς Αναμορφωτηρίων Μακρονήσοι, O.A.M.) nouvellement créé, sous la tutelle conjointe des ministères de la Justice, des Affaires Militaires, de l'Éducation et de l'Ordre Public :

« Σκοπὸς τοῦ ἀνωτέρω Ὀργανισμοῦ εἶναι ἡ διὰ τῆς διαφωτί σεως καὶ διαπαιδαγωγήσεως ἀναμόρφωσις τῶν εἰς αὐτὸ ὑπὸ τοῦ Κράτους παραπεμπομένων ἀτόμων συμφώνως ταῖς δια τάξεσι τοῦ παρόντος ψηφίσματος. »

« Le but dudit Organisme est, par l'éclairage [idéologique] et l'éducation, la réadaptation des individus qui lui sont envoyés par l'État conformément aux dispositions de la présente résolution. »[6]

En droit constitutionnel grec, le recours à l'adoption d'une résolution (ψήφισμα) permettait alors de contourner les libertés civiles standard qu'une loi ordinaire aurait eu du mal à outrepasser. L'incarcération à Makronissos n'était prévu que pour les prisonniers jugés non dangereux, à l'exclusion des condamnés à mort et ceux de plus de vingt-et-un ans condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité (article 10). Au sortir de la guerre civile, l'institution militaire s'impose comme le pilier central de la lutte anticommuniste en Grèce. Ayant acquis une puissance logistique et organisationnelle inédite grâce au conflit et au soutien de la CIA, elle s'affranchit de sa dépendance traditionnelle envers les partis politiques. En 1949, l'armée constitue un État dans l'État, techniquement supérieure et idéologiquement méfiante envers les institutions démocratiques. Malgré des divergences internes sur le rôle de la monarchie ou de la diplomatie, le pouvoir civil se retrouve pratiquement incapable d'exercer une tutelle effective sur les militaires[7]. La Grande-Bretagne d'abord, puis les États-Unis d'Amérique ensuite, ont fourni pendant la guerre civile un actif soutien économique et militaire à l'armée régulière du gouvernement royal au nom de l'endiguement du communisme. La Grèce était pour le bloc de l'Ouest un pays stratégique. Le mémorandum du 6 mars 1950 du département d'État américain en souligne l'importance pour les intérêts des États-Unis :

« L'action entreprise par les États-Unis à l'égard de la Grèce, parallèlement aux événements s'y rapportant, a jusqu'à présent empêché la Grèce de tomber sous la domination communiste et d'en subir les conséquences psychologiques et politiques néfastes... Une interruption brutale ou une réduction excessive du programme d'aide américain à la Grèce tendrait à encourager à la fois les pressions communistes extérieures de cette nature et les manœuvres communistes internes ; cela saperait simultanément la capacité morale et physique des Grecs à résister à ces pressions. L'effondrement du moral et de l'économie de la Grèce sont les facteurs internes les plus susceptibles d'entraîner une domination communiste sur le pays. »[8]

Le socle idéologique du camp gouvernemental après 1949 ne repose pas sur une doctrine préexistante, mais se définit par une opposition réactive au communisme et à la résistance communiste pendant la guerre. La notion de « loyauté nationale » (Εθνικοφροσύνη) est élaborée durant le conflit pour faire barrage à la rhétorique révolutionnaire. En servant de dénominateur commun, l'anticommunisme d'État a permis de transcender les fractures historiques — opposant autrefois vénizélistes et royalistes — pour forger une alliance hétéroclite unie contre le Parti Communiste et ses sympathisants. C’est sur cette base qu'était délivré le Certificat de convictions sociales (Πιστοποιητικό Κοινωνικών Φρονημάτων), mis en place en 1948 (loi 516/1948), indispensable pour travailler, voter ou obtenir un permis de conduire[9],[10].

Scrutin

L'élection a lieu au scrutin proportionnel. Le décret royal du 7 janvier 1950 fixe la date du scrutin au 20 février suivant ; mais sur proposition du Conseil des Ministres, l'élection est ajournée au 5 mars par un nouveau décret royal du 20 janvier 1950. Le pays est divisé en 39 circonscriptions électorales pour un nombre total de 3 042 candidats.

Sur une population de 7 395 219 habitants, 1 696 146 ont pris part au vote.

Résultats

Les partis politiques de gauche, à l'exception des Communistes interdits de participer à la vie politique, se groupent en coalition électorale : la Coalition démocratique (Δημοκρατική Παράταξη) est formée du Parti Socialiste - Union pour la Démocratie populaire (Σοσιαλιστικό Κόμμα – Ένωση Λαϊκής Δημοκρατίας), du Parti libéral de gauche (Κόμμα Αριστερών Φιλελευθέρων) ayant participé à la Résistance communiste pendant l'Occupation et fondé un an auparavant par l'ancien général de l'Armée populaire de Libération nationale Neokosmos Grigoriadis, et l'Union des gauches démocratiques (Ένωσις Δημοκρατικών Αριστερών) issu de l'aile gauche du vénizélisme d'avant-guerre, dirigé par Ioánnis Sofianópoulos. La Coalition démocratique obtient 163 824 voix et 18 sièges sur 250, dont 9 pour le Parti Socialiste, 6 pour les libéraux de gauche et 3 pour l'Union des gauches démocratiques. Le Parti des agriculteurs et des travailleurs (Παράταξις Αγροτών και Εργαζομένων), un parti agrarien de gauche dirigé par Alexandre Mylonas, successeur du Parti agraire d'avant-guerre, obtient 44 308 voix et 3 députés.

Carte des résultats des élections.

Les deux grands partis qui structuraient déjà la vie politique grecque d'avant-guerre, le Parti du Peuple et le Parti Libéral, arrivent tous deux en tête du scrutin mais sont concurrencés par l'Union nationale progressiste du Centre (Εθνική Προοδευτική Ένωσις Κέντρου) fondée quelques mois plus tôt par le général Plastíras, rassemblant trois partis d'inspiration vénizéliste et libéral démocrate : le Parti démocratique progressiste (Δημοκρατικόν Προοδευτικόν Κόμμα) d'Emmanuel Tsouderós, Premier Ministre du gouvernement grec en exil entre 1941 et 1943, et ce qu'il restait du Parti progressiste (Προοδευτικόν Κόμμα) de Geórgios Kaphantáris, mort trois ans plus tôt[11]. L'Union nationale progressiste du Centre réunit 277 739 voix et 45 sièges, 11 de moins que le Parti Libéral. Georgios Papandréou, figure politique de l'entre-deux-guerres et Premier Ministre à la Libération, se présente et son parti obtient 180 185 voix et 35 sièges. Le Parti de l'Union Nationale (Εθνικόν Ενωτικόν Κόμμα) fondé par Panagiótis Kanellópoulos, qui représentait l'aile droite du Parti Libéral d'avant-guerre, qui avait obtenu aux élections précédentes 19, 28 % des suffrages, n'en recueille plus que 5, 27 % et passe de 9 à 6 députés. Parti national de Grèce (Εθνικόν Κόμμα Ελλάδος), issu de la Résistance anticommuniste dirigé par Napoléon Zervas, obtient 61 575 voix ; il passe de 20 sièges gagnés en 1946 à 7 sièges. Ce furent les dernières élections du parti, qui fusionne par la suite avec le Parti Libéral.

À l'extrême-droite, l'Alignement politique Indépendant (Πολιτική Ανεξάρτητος Παράταξις) représentait les nostalgiques du régime du 4 août de Ioannis Metaxás. La coalition avait été fondée en 1949 par Konstantinos Maniadakis et son parti Renaissance grecque (Ελληνική Αναγέννηση) et Theodoros Tourkovassilis, ancien gouverneur de la Banque de Grèce a la tête du Parti nationaliste (Κόμμα Εθνικοφρόνων). Maniadakis était une figure emblématique du régime de Metaxás : il en avait été le ministre de l'Ordre Public. Il s'était distingué par la répression brutale des opposants politiques, notamment par l'usage systématique de la torture, de l'exil forcé et de l'emprisonnement. Il avait développé un réseau de renseignement et de surveillance omniprésent, la Direction spéciale de la sécurité de l'État (Διεύθυνση Ειδικής Ασφάλειας του Κράτους), inspiré des méthodes des polices politiques de l'époque pour quadriller la société grecque. Dans sa lutte contre le communisme, il avait organisé l'infilatration et la désintégration du Parti communiste grec en créant une fausse direction du parti et en publiant une version contrefaite de son journal officiel, Rizospastis. Il avait imposé la pratique des « déclarations de repentir » (δήλωση μετανοίας), une méthode de soumission idéologique qui restera un outil central de la répression en Grèce après la guerre civile pour surveiller et écarter de la fonction publique les anciens combattants ou sympathisants de l'Armée démocratique de Grèce. L'Alignement politique Indépendant gagne 137 618 voix et 16 députés.

Le Nouveau Parti (Νέο Κόμμα) fondé deux ans plus tôt par Spíros Markezínis obtient 42 157 voix et 1 député : Markezínis échoua à être élu dans sa circonscription. Fondateur du mouvement fasciste Desmos (Δεσμός) pendant l'Occupation, il avait joué un rôle de coordinateur dans le financement d'organisations anti-EAM par des financiers grecs et avait œuvré avec l'industriel Christos Zalokóstas, un ancien collaborationiste, à la Libération pour la réhabilitation des bataillons de sécurité, paramilitaires supplétifs des Allemands, au nom la lutte contre le communisme[12],[13]. Markezínis fusionnera aux élections suivantes son parti avec l'Alarme grecque du maréchal Papágos et il servira comme ministre de l'Économie dans le gouvernement de ce dernier entre 1952 et 1955[14]. Le seul député du Nouveau Parti était Andreas Stratos, ancienne figure du Parti du Peuple et ministre de la Santé et de la Prévoyance Sociale entre avril et novembre 1946.

D'autres plus petites formations politiques se sont aussi présentés mais n'ont pas obtenu suffisamment de voix pour obtenir le moindre siège au Parlement. À l'extrême-droite, le Parti des Xites (Εθνικό Κόμμα Χιτών) parti irrédentiste, royaliste et anticommuniste lié à l'Organisation X de Geórgios Grívas obtient 0,84 % des suffrages sans parvenir à faire élire un seul député. Le Parti de la Résurrection Nationale de la Grèce (Κόμμα Εθνικής Αναστάσεως της Ελλάδας) d'Antonis Fosteridis, qui avait combattu la guérilla communiste pendant la guerre civile, faisait partie des autres nombreuses micro-formations qui tentaient de concurrencer l'Alignement politique Indépendant de Maniadakis : sans député, le parti fut absorbé un an plus tard par l'Alarme grecque.

Analyse

Scrutin par région

Références

Related Articles

Wikiwand AI