Équations de Panofsky-Phillips
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En électromagnétisme, les équations de Panofsky-Phillips, nommées d’après Wolfgang Panofsky et Melba Phillips, donnent l’expression du champ électrique E et du champ magnétique B créés par une distribution arbitraire de charges et de courants électriques dans l’espace. Il s’agit d’une généralisation dépendant du temps de la loi de Coulomb pour le champ électrique, et de la loi de Biot et Savart pour le champ magnétique. Ces équations sont la solution générale des équations de Maxwell pour n'importe quelle distribution arbitraire de charges et de courants, et prennent notamment en compte le retard lié à la propagation à vitesse finie des champs E et B dans l'espace (ces derniers se propageant à la vitesse de la lumière dans le vide, notée c).
Ces équations sont apparues la première fois en 1962 dans la seconde édition du livre « Classical Electricity and Magnetism »[1] de Panofsky et Phillips, et il est à noter qu’elles sont équivalentes aux équations de Jefimenko (parues en 1966), bien que leurs expressions formelles pour le champ E soient différentes[2].
Les équations
On note respectivement ρ la densité volumique de charge électrique en chaque point d'un volume V de l’espace, et J la densité volumique de courant électrique.
Si on étudie les champs E et B engendrés en un point M par une distribution arbitraire de charges et de courants contenus dans le volume V, alors, en notant r la distance entre chaque point source et M, et n le vecteur unitaire pointant de chaque point source vers M, les équations de Panofsky-Phillips donnent[1] (au point M) :
avec : , et
Dans ces équations :
- est la permittivité du vide ( = 8,854 187 82 10-12 F/m)
- c est la vitesse de la lumière dans le vide (c = 299 792 458 m/s)
- est la dérivée temporelle du vecteur densité de courant en un point
Analyse
Quatre conclusions principales peuvent être tirées de ces équations[3] :
Propagation et retard
Si on observe les différentes sources du champ électromagnétique apparaissant dans les équations de Panofsky-Phillips (ρ, et ), on s'aperçoit que ces dernières sont systématiquement écrites entre crochets [ ], ce qui implique qu'il faut toujours considérer leur état à l'instant passé (dit instant retardé) t' = (t - r/c), et non à l'instant présent t.
Cela traduit le fait que les champs électrique et magnétique se propagent à la vitesse finie c, soit à 299 792 458 m/s. Il existe donc toujours un certain délai entre une variation au niveau des sources et les effets que celles-ci peuvent engendrer en un autre point de l’espace. Ce délai est égal au temps de propagation des champs entre la source et le récepteur, r/c.
Interprétation physique de chaque terme
Trois termes apparaissent dans la formule du champ électrique E :
- le premier terme est lié à la position retardée des charges électriques sources (on reconnaît la loi de Coulomb exprimée à l'instant retardé t') ;
- le deuxième terme est lié à la vitesse retardée des charges sources. Il apporte une correction au champ coulombien retardé (premier terme) en compensant les effets de retard lorsque les courants sont constants au cours du temps ( = 0). L'une des propriétés notables de ce terme[2] est de s'annuler lorsqu'on a à la fois div(J) = 0 et = 0 (c'est-à-dire en régime stationnaire) ;
- le troisième terme est provoqué par l'accélération (au temps retardé) des charges sources (on pourra parler de « champ d'accélération »).
De même, pour le champ magnétique B, on reconnaît un premier terme lié à la vitesse des charges sources (loi de Biot et Savart retardée), et un second terme provoqué par leur accélération.
Distinction entre champ proche et champ rayonné
Nous pouvons dissocier les différents termes de ces champs en deux catégories : les uns possèdent une décroissance en 1/r², inversement proportionnelle au carré de la distance (nous pouvons par conséquent qualifier ces termes de « champs proches », car ils ne sont significatifs qu’à proximité immédiate des sources), tandis que les autres possèdent une décroissance en 1/r (il s’agit des champs d'accélération, dits aussi champs « rayonnés », qui deviennent de plus en plus prédominants au fur et à mesure que l'on s'éloigne des sources, de par leur décroissance plus lente avec la distance).
- En vert, nous avons les champs proches (décroissance en 1/r²).
- En rouge, nous avons les champs rayonnés (décroissance en 1/r).
Notons que les champs liés à la position et à la vitesse des charges sources possèdent une décroissance en 1/r², et que ceux liés à l'accélération des charges sources possèdent une décroissance en 1/r.
- Dans la zone de champ lointain (c'est-à-dire lorsque r >> λ), on peut considérer les termes en 1/r² comme négligeables devant les termes en 1/r, ce qui permet des simplifications dans le calcul du champ électromagnétique (voir champ proche et champ lointain). Dans ce cas, l'expression des champs émis peut se réduire à :
- où seuls les champs rayonnés sont conservés.
- Dans la zone de champ proche (r << λ), les champs peuvent être calculés en utilisant l'approximation des régimes quasi stationnaires (ARQS). C'est dans cette zone qu'apparaissent les phénomènes tels que l'induction électromagnétique et la force d'Abraham-Lorentz.
Propriétés des champs rayonnés
- Les termes « rayonnés », qui constituent ce qu'on appelle le rayonnement électromagnétique, sont toujours générés par des variations temporelles de courant, c’est-à-dire par des charges accélérées. Une charge électrique qui n’accélère pas ne produira donc aucun champ E ou B possédant une décroissance en 1/r.
- De plus, l’émission est directionnelle (ou anisotrope) : l’amplitude des champs émis dépend de la direction d'observation (elle est nulle sur l’axe d’accélération, et maximale dans le plan orthogonal à l’accélération). Nous pouvons notamment illuster cette propriété en observant les champs émis par un dipôle oscillant :
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- (Un tel dipôle oscillant est incapable d'émettre ou de détecter un rayonnement le long de son axe, tandis que l'efficacité de cette opération est maximisée dans le plan équatorial).
- On notera également que ces termes sont orthogonaux à n, ce qui implique qu’ils sont toujours transverses par rapport à la direction de propagation des champs électromagnétiques rayonnés, comme on peut le voir ci-dessous :

- Les équations de Panofsky-Phillips montrent par ailleurs que le champ magnétique rayonné est lié au champ électrique rayonné par la relation :
- Par conséquent, en zone de champ lointain (r >> λ), le champ magnétique est lié au champ électrique par :
- On a alors .
Ces propriétés permettent par exemple d'expliquer l'origine de la pression de rayonnement.
La fréquence d'oscillation de la source déterminera à quel domaine du spectre électromagnétique appartient le rayonnement émis :

Lien avec les potentiels retardés
L'étude des équations de Maxwell, en particulier celles de Maxwell-Thomson et de Maxwell-Faraday, nous montre[4],[5] (en utilisant le théorème de Helmholtz) que les champs E et B peuvent se calculer à partir de potentiels V et A tels que :
En choisissant la jauge de Lorenz, on trouve comme expression pour ces potentiels retardés :
où V est le potentiel scalaire, et A le potentiel vecteur.
Pour calculer les champs émis par une charge ponctuelle q, on utilisera les potentiels de Liénard-Wiechert.
Expression des champs proches et des champs rayonnés à partir des potentiels
On peut décomposer le potentiel vecteur A en une composante radiale An (portée par le vecteur n) et en une composante transverse A (orthogonale au vecteur n) :
- Si on note respectivement Eproche et Bproche la partie des champs électrique et magnétique qui possède une décroissance en 1/r² dans les équations de Panofsky-Phillips, ces derniers sont liés aux potentiels retardés par les relations :
- Si on note respectivement Eray et Bray la partie des champs électrique et magnétique qui possède une décroissance en 1/r dans les équations de Panofsky-Phillips, ces derniers sont liés aux potentiels retardés par les relations :
La composante radiale de A est donc liée au champ proche, tandis que la composante transverse de A est liée au champ rayonné.
Comparaison avec les équations de Jefimenko
Si l'on compare les équations de Panofsky-Phillips et celles de Jefimenko, on s'aperçoit que leurs expressions sont identiques pour le champ magnétique B, mais diffèrent pour le champ électrique E, bien que les deux formules soient équivalentes[2].
Par ailleurs, on peut constater que l'équation de Panofsky-Phillips pour le champ E offre un intérêt pédagogique supérieur à celle de Jefimenko, dans la mesure où elle met en évidence la séparation entre les champs proches et les champs rayonnés, et où elle permet d'identifier directement les caractéristiques générales des champs rayonnés, ce que ne permet pas de faire l'expression de Jefimenko. Elle permet notamment une meilleure compréhension qualitative du phénomène de rayonnement électromagnétique.
En revanche, l'équation de Jefimenko, de par son écriture plus compacte, est, dans la plupart des cas, plus facile à utiliser que celle de Panofsky-Phillips pour calculer la valeur du champ E dans une situation donnée. L'une des seules exceptions est le cas du rayonnement dipolaire[6].
Les équations de Panofsky-Phillips et de Jefimenko offrent donc des intérêts complémentaires.
Complément
Les équations de Panofsky-Phillips permettent de déterminer l'expression du champ électrique E et du champ magnétique B en tout point de l'espace.
Une fois ces champs connus, on peut en déduire la force agissant sur une particule de charge q et de vitesse v placée au point M en calculant la force de Lorentz :

